PRIMAIRE DU PS : UNE VALSE A DEUX TEMPS ET HUIT DANSEURS…

Les amateurs et connaisseurs de musique ne m’ont voudront pas d’avoir réduit le rythme ternaire habituel de la valse, qu’elle fut triste ou joyeuse, à une simple composition à deux temps, à partir du moment où la consultation prévue fin janvier comportera deux tours.

Un premier pour sélectionner le couple vainqueur et un second pour désigner l’impétrant(e) candidat(e) appelé(e) à se mesurer à François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean Luc Mélenchon et encore quelques autres pour l’élection présidentielle.

La primaire du PS a été lancée ce dernier samedi dans une réunion publique tenue, au niveau national, au Parc de la Villette, en présence d’une assistance plutôt clairsemée, estimée à environ trois mille personnes selon les organisateurs et deux mille cinq cents selon les journalistes présents.

Et cela se situait assez loin, n’ayons pas peur de le souligner, des dix mille personnes attendues au départ.

D’autant que, selon des informations concordantes, les instances nationales du PS ont, pour un certain nombre de participants, avancé le prix du transport en TGV aller et retour…

Le Parti Socialiste semble connaître ces derniers temps des moments difficiles, une sorte de passage à vide limitant, selon certaines sources, les effectifs actuels du Parti à 42 000 cotisants.

Ce qui serait une situation encore plus problématique que celle du début de l’année où l’on comptait environ 15 000 cotisants sur la seule région Ile de France, selon les éléments alors rapportés par la presse.

Cette situation laisse entendre, a priori, que le PS est encore plus bas que ce que j’avais pu relever.

Il serait donc en situation de disposer de moins de 500 cotisants dans des départements comme l’Ain, l’Aisne, l’Allier, les deux départements alpino provençaux, l’Ardèche, l’Aube, les Ardennes, l’Aveyron, le Cantal, la Charente, la Haute Corse, peut être même la Corrèze, le Cher, peut être aussi Creuse, Doubs ou Drôme, sans oublier l’Eure, l’Indre, la Loire, le Loiret, la Meuse et peut être même la Nièvre, les départements alsaciens comme les deux Savoie, les Vosges ou encore l’Outre Mer sauf la Réunion.

Le mouvement de déperdition de l’influence du PS s’est engagé lors des élections partielles organisées dans certaines circonscriptions au fil de l’année 2013 et même dès décembre 2012 (défaite à Béziers), prolongée lors du scrutin de Villeneuve sur Lot (circonscription de Cahuzac démissionnaire), confirmée par l’élection du député sioniste fascisant Meyer Habib sur la circonscription des Français de l’Etranger Proche Orient Méditerranée, et amplifiée par les consultations de 2014 (municipales et européennes) comme celles de 2015 (régionales et départementales).

Cette déperdition de l’influence du PS s’est matérialisée, pour la première fois depuis fort longtemps (peut être le renouvellement de 1986) par une réduction du nombre des sénateurs affiliés au groupe socialiste et républicain.

Les pertes de positions électives ont entraîné la réduction du nombre ds adhérents du Parti, d’autant qu’une bonne partie des cadres du Parti occupait jusque là quelque fonction dans les appareils exécutifs locaux.

Les exemples de la Fédération du Nord, frappée par la perte successive des villes de Roubaix, Tourcoing, Maubeuge, entre autres villes importantes, de la Communauté urbaine de Lille abandonnée aux élus sans étiquette des banlieues rurales de l’agglomération, de celle de Dunkerque perdue par Michel Delebarre au profit d’une dissidence, puis par la chute du Conseil général et, enfin, le sinistre majeur des régionales ainsi que de la Fédération des Bouches du Rhône, littéralement explosée par la poussée de la droite et du FN dans le département et implosée par la dissidence guériniste sont assez emblématiques du phénomène.

Ceci sans oublier l’Ile de France où le Parti a perdu des villes comme Argenteuil, Colombes, Aubervilliers, Aulnay sous Bois, disparaissant de la carte municipale des Hauts de Seine après une partielle mortelle à Clichy La Garenne, échouant à reprendre Epinay sur Seine, abandonnant des positions inattendues comme Eaubonne ou Montmorency, s’inclinant à Eragny sur Oise et laissant à droite des villes historiquement socialistes comme L’Haÿ les Roses (maire PS depuis 1954) ou Livry Gargan (mairie socialiste depuis 1919 avec interruption pendant deux ans après la Libération pour un maire communiste).

C’est donc un Parti assez mal en point qui se lance dans une primaire dont il escompte qu’elle lui permettra d’enrayer le mouvement qui semble le conduire inexorablement à l’éehec électoral et probablement, à la pleine expression des forces centrifuges que l’expérience gouvernementale a pu créer.

Revue de détail des candidats, dont la liste n’est cependant pas encore arrêtée et qui peut varier d’ici le 15 décembre, date de clôture des inscriptions au concours…

Premier candidat : Manuel Valls, ex Premier Ministre, ex Maire d’Evry (Essonne), en instance de redevenir Député de l’Essonne (mandat qu’il pourra exercer en cas de défaite lors de la primaire), âgé de 54 ans, ancien franc maçon, et dont la vie professionnelle fait de lui une sorte d’archétype.

Manuel Valls est en effet un pur apparatchik du parti, n’ayant travaillé que pour des responsables socialistes avant d’en devenir un lui même.

Encore étudiant et de nationalité espagnole (il est né à Barcelone d’un père catalan et d’une mère suissesse italienne), Manuel Valls, adhérent de l’UNEF – ID, fut rapidement promu auprès de Michel Rocard, avant de devenir collaborateur parlementaire de Robert Chapuis, député socialiste de l’Ardèche dans les années 80 (et ancien responsable du PSU, le parti d’origine de Michel Rocard), et de franchir une nouvelle étape avec son élection, à 24 ans, comme conseiller régional d’Ile de France.

A l’époque, Manuel Valls est animateur de l’activité socialiste sur le secteur d’Argenteuil Bezons (Val d’Oise) où il devient secrétaire de la section PS, puis élu local (adjoint au maire communiste d’Argenteuil), candidat aux élections législatives sur la 5e circonscription du Val d’Oise.

Il réalise moins de 12 % des votes en 1993, où le candidat RPR Georges Mothron (qui sera maire de la ville élu en 2001, après soixante six années de municipalité communiste seulement interrompues par la Seconde Guerre Mondiale) est élu.

Il progresse, comme l’ensemble des candidats socialistes, lors des élections législatives de mai /juin 1997, en obtenant un score légèrement inférieur à 18 %, nettement devancé cependant, à gauche, par le candidat communiste …Robert Hue.

Celui ci obtient plus de 30 % des voix au premier tour et est élu au second avec plus de 57 % face à Georges Mothron.

Après ce second échec, l’aventureux Manuel décide de traverser Paris et s’arrête dans l’Essonne, à Evry, auprès du maire socialiste d’alors, Jacques Guyard.

En 2001, tandis que ses anciens camarades argenteuillais sont battus avec l’équipe de gauche sortante (victime de la lame de fond de droite de ces municipales doublée de difficultés financières locales résultat des errements de gestion de la période des années 80), Manuel Valls profite du retrait de Jacques Guyard pour devenir Maire de la ville préfecture de l’Essonne.

Manuel Valls reprend en 2002 le mandat de député de son prédécesseur en battant, avec environ 53 % des votes le candidat de la droite, un certain Serge Dassault.

Il sera réélu avec plus de 60 % des voix en 2007, battant une adjointe UMP de Corbeil, Cristela de Oliveira, qui sera de nouveau battue en 2012, quand Manuel Valls sera élu avec plus de 65 %.

La candidate UMP, mise en cause dans le « système Dassault », installé à Corbeil depuis l’élection de l’industriel à la tête de l’ancienne Sous préfecture de Seine et Oise, ne se représentera probablement en 2017, ayant du renoncer, pour cause de mise en examen, à se présenter dans la ville de Courcouronnes, l’une des localités de la circonscription.

Manuel Valls, comme chacun le sait, s’est présenté aux primaires du PS en 2011 où il fut largement battu par les autres candidats socialistes, terminant avant dernier du scrutin, ne devançant que « le veau sous la mère », c’est à dire le Président du Parti radical de gauche Jean Michel Baylet, héritier de la dynastie Baylet, fondatrice du célèbre journal « La Dépêche du Midi » à Toulouse, d’inspiration radicale socialiste et républicaine lors de sa création.

L’exercice du pouvoir l’a pour le moins légitimé, d’autant que certains de ses concurrents antérieurs (on pense notamment à Ségolène Royal ou Martine Aubry) n’ont plus vraiment vocation à participer à la course.

La remarque vaut évidemment également pour un Laurent Fabius, désormais au Conseil Constitutionnel et à la santé délicate, pour un Dominique Strauss Kahn que ses frasques passées ont définitivement mis hors jeu de la politique active ou pour un François Hollande, victime de l’essoufflement des institutions de la Ve République.

Des institutions qui usent en un quinquennat celui qui exerce la plus haute fonction de l’Etat.

Manuel Valls dispose donc d’une « fenêtre de tir » mais sa position n’est cependant pas évidente, puisque, depuis quelques jours, on se bouscule au portillon.

Deuxième candidat, au demeurant acté puisqu’ayant déposé ses « parrainages », Arnaud Montebourg, plus jeune de quelques mois que Manuel Valls.

L’avocat bourguignon, issu de la parentèle d’un fonctionnaire des impôts et d’une professeur de langue d’origine berbère, a fait des études de droit, dans les années 80.

Sa vie politique est marquée par une adhésion au PS aux alentours de 1985 et une activité médiatique non négligeable, notamment dans les affaires concernant la mairie de Paris (emplois fictifs, faux électeurs entre autres).

Ses activités électives effectives commencent au printemps 1997 où il est élu député de Saône et Loire, dans la circonscription plutôt rurale de la Bresse louhannaise, terre de tradition plutôt conservatrice dans un département où villes ouvrières et Résistance ont constitué le ferment d’un certain attachement à la gauche par ailleurs.

Il bat, assez nettement (de près de quatre mille voix), le sortant de droite René Beaumont, pourtant l’un des hommes forts de la droite départementale (il fut ensuite Sénateur).

A l’époque, Arnaud Montebourg vient d’épouser la mère de ses deux premiers enfants, Hortense de La Briffe, une jeune femme d’environ trente ans à ce moment là, ayant accompli des fonctions de conseillère parlementaire de responsables politiques comme … Edouard Balladur et Philippe Douste Blazy, quand celui ci devint Ministre de la Culture.

La carrière d’Arnaud Montebourg est marquée par son activité au sein du PS, où il anime, notamment avec Vincent Peillon et Benoît Hamon, le courant du Nouveau Parti Socialiste, l’un des courants de « gauche » du PS, quand son activité de député est illustrée par la commission d’enquête sur le blanchiment de capitaux qu’il coordonne avec son ami Vincent Peillon.

On notera à ce propos que le travail accompli par la mission préfigurait d’une certaine manière celui réalisé, tant à l’Assemblée Nationale qu’au Sénat, par les commissions d’enquête sur la fraude fiscale rapportées entre autres par le député communiste du Nord Alain Bocquet (avec la complicité, si l’on peut dire, de Nicolas Dupont Aignan) et son frère Eric, sénateur de même étiquette du même département.

Le rapport Peillon / Montebourg et les rapports Bocquet, au delà de la documentation de première qualité qu’ils fournissent à toute personne intéressée par les questions financières internationales, ont été à la base d’une évolution significative de la législation française en matière de contrôle fiscal comme de lutte contre la fraude, illustrée notamment par la création du Parquet national financier.

Pour l’heure, revenons quelques instants encore sur Arnaud Montebourg, animateur d’un courant de gauche au sein du PS, député réélu en 2002 et 2007, où il battit de fort peu Arnaud Denjean, ancien agent de la DGSE, désigné candidat sarkozyste après avoir battu, cinq ans auparavant, l’avocat François Szpiner.

Président du conseil général de Saône et Loire, en qualité de conseiller général du canton de Montret, Arnaud Montebourg a renoncé à son mandat de député du département en 2012, sa circonscription ayant été remaniée dans le nouveau découpage d’un vaste département à la représentation parlementaire réduite d’un siège.

Nommé Ministre dans le gouvernement de François Hollande, il laissera alors le mandat de Président du conseil général à Christophe Sirugue, futur rapporteur de la loi El Khomri à l’Assemblée Nationale et qui finit la législature avec le mandat de Secrétaire d’Etat à l’Industrie, champ couvert par le Ministère du Redressement Productif d’Arnaud Montebourg.

Arnaud Montebourg va développer, pendant son passage au Gouvernement, une activité politique et médiatique d’une certaine importance, d’autant qu’il défend une vision de l’économie où la protection des intérêts de la Nation n’est pas sans influence sur la nature des décisions prises.

Il s’oppose notoirement à Jean Marc Ayrault et François Hollande sur le dossier de Florange Arcelor Mittal, étant partisan d’une nationalisation temporaire du site là où la tête de l’exécutif préfère le dialogue avec le groupe du milliardaire indien.

Ceci dit, Arnaud Montebourg se retrouve, dans la seconde partie de son passage au Gouvernement, flanqué par un conseiller technique à la Présidence de la République particulièrement ambitieux et aux orientations assez différentes des siennes, un certain Emmanuel Macron.

La suite, on le sait, fut la longue expression de désaccords de fond entre Arnaud Montebourg et François Hollande, désaccords d’autant plus vifs que Manuel Valls était devenu Premier Ministre après le sinistre électoral de mars 2014.

La candidature d’Arnaud Montebourg pour la primaire du PS est donc le signe des fractures internes d’un Parti en difficulté, nonobstant l’agitation qui commence à gagner presse écrite, media audiovisuels et instituts de sondage pour tenter de formater et encadrer une opinion publique encore malléable, sinon indifférente…

Car même si nous allons consacrer un second article aux candidats putatifs de la primaire de janvier, on peut s’interroger, une fois encore, sur l’absolue pertinence de l’exercice, eu égard à sa probable participation électorale et au fait que plusieurs candidats se réclamant ou issus de la gauche ne participent de toute manière en aucun cas à la consultation.