QUAND MARION LE PEN S’OCCUPE DE LA DETTE, IL NE FAUT EPARGNER AUCUN…DETAIL !

Parmi les propositions formulées par le Front National dans le cadre de la campagne présidentielle, figure en bonne place le retour à la souveraineté monétaire par sortie de la zone euro, retour au franc et, par voie de modification, nouveau profilage de la dette.

Le discours marino lépeniste est un discours fondamentalement étatiste et s’appuie sur des présupposés théoriques pour le moins discutables.

Il s’appuie d’ailleurs en grande partie sur des citations tronquées d’économistes, notamment états uniens, qui se trouveraient pratiquement alliés objectifs du parti marino lepéniste sans le savoir.

Que Marine Le Pen invoque les mânes de Milton Friedman, dont le Chili de Pinochet devint le lieu d’expérimentation des théories (notamment avec la destruction intégrale de l’assurance vieillesse collective et son remplacement par des cotisations uniquement individuelles), passe encore.

Mais qu’elle appelle à la rescousse Joseph Stiglitz ou encore Paul Krugman qui, dans ses chroniques au New York Times, argumente sur la nécessité de l’effacement de tout ou partie des dettes publiques, là, c’est plus complexe.

Et il faut toujours se garder, quand on cite des économistes états uniens et même britanniques, d’un petit quelque chose.

C’est que ces penseurs viennent d’un pays qui voit assez souvent l’Europe comme un concurrent qu’il convient d’affaiblir.

Comme l’Europe s’affaiblit très bien elle même en menant des politiques de concurrence interne larvée, il suffit peut être d’en ajouter encore.

Ceci posé, il y a quelque chose qui ne se discute pas et qui est vrai pour l’ensemble des programmes électoraux des uns et des autres.

C’est le fait que les trois quarts de la production française de biens et de services sont exclusivement destinés au marché domestique et que, par conséquent, le retour éventuel au franc ne se traduirait, pour cet ensemble, que par une multiplication du prix actuel en euros par sa valeur théorique en francs au niveau défini par la parité initiale, soit 6 ,55957 francs pour un euro.

On peut cependant craindre assez vite une dévaluation de la monnaie nationale restaurée sur le marché des changes internationaux.Ainsi, la livre sterling est l’objet de bien des attaques depuis quelques mois.

Au moment du Brexit, en juin 2016, la devise britannique se situait aux alentours de 0,75 livre pour un euro.

Les cours les plus récents vont de 0,85 à 0,9 livre, soit une dévaluation de fait de 12,5 à 20 %.

Cette situation pose d’ailleurs déjà de sérieux problèmes dans certaines régions de notre pays où résident notamment des retraités britanniques dont les pensions, vcrsées en livres dévaluées, n’ont plus le même pouvoir d’achat que précédemment.

On peut donc objecter à tout électeur lepéniste versé dans les questions économiques (si tant est que cela puisse exister…) ou en tout cas se faisant quelques illusions sur le contenu du programme de sa candidate favorite que nous courons tout de même le risque d’une hausse du nominal de la dette publique de quelque chose comme 250 à 400 milliards d’euros x 6,55957…

La défense opposable, celle du fonctionnement de la planche à billets par présentation des effets du Trésor à la Banque de France ne constitue pas en soi une réponse suffisante, sauf à générer une création monétaire source de nouvelle dévaluation de la devise nationale…

Ceci posé, le problème principal de la démarche lepéniste réside plutôt dans le vaste «plan de rachat » de la dette publique par les compagnies d’assurance vie au travers de l’affectation de la collecte des primes versées par les assurés.

Comme les marchés financiers ne sont jamais tombés de la dernière pluie, on se rappellera qu’en 1984, une fois réformé le système bancaire dans le sens libéral que nous connaissons et dont les crises ont fait la une de l’actualité, le gouvernement Fabius Beregovoy avait particulièrement développé l’assurance vie, moyennant force avantages fiscaux associés, en vue de permettre à l’Etat de disposer des moyens de financer son action de long et moyen terme par captation de l’épargne sur ce support ainsi valorisé.

L’objectif a été atteint au delà de toute espérance : les marchés financiers et les banques se sont spécialisés dans le financement (de plus en plus onéreux) de l’économie et des entreprises, y compris par le développement des organismes de placement collectif en valeurs mobilières, allant toujours plus loin dans la sophistication (titres hybrides des années 90, titrisation à partir de 1993 – 1994) tandis que les compagnies d’assurance restaient fidèles à leurs valeurs sûres : immobilier spéculatif, immobilier de bureaux, immeubles touristiques et titres obligataires, c’est à dire titres de dette publique essentiellement, avant le développement des offres d’entreprise.

Comme de juste, le marché obligataire a trouvé une vigueur nouvelle tant avec les titres émis par l’Etat que ceux produits par les grandes entreprises nationales soumises à la règle de l’autonomie financière, ou encore ceux des collectivités locales et, à partir de la création de la CADES (à compter du plan Juppé), des titres émis par les administrations de Sécurité Sociale.

Et nous nous retrouvons avec les données suivantes : à la fin du deuxième trimestre 2016, selon la Banque de France, les 2 052 Mds d’euros d’actifs de l’assurance vie sont ainsi ventilés.

108 Mds d’euros sont placés dans des entreprises non cotées (l’équivalent du capital de 1,4 million de SARL par exemple), 72 Mds dans des entreprises cotées.

La part des assurances dans le capital des entreprises cotées est, somme toute, assez réduite, eu égard à la capitalisation du CAC 40, qui dépasse ces temps derniers les 1 300 Mds d’euros.

Et qui vaut environ 280 Mds d’euros pour 1 000 points de l’indice vedette…

La part des assurances est toutefois suffisante pour jouer un certain rôle dans la gestion de nombreuses entreprises.

402 Mds ont été souscrits dans le cadre d’organismes de placement collectif non monétaires et 72 Mds dans des organimes à vocation monétaire.

Le faible rendement actuel des SICAV monétaires (on y perd de l’argent même) caractérise pour l’heure un désengagement des compagnies d’assurances et la priorité accordée à leur placement préféré, c’est à dire le marché obligataire.

1 345 Mds d’euros sont ainsi engagés sur ce marché, constituant donc plus de 65 % des placements.

Mais aussi 80 % de la variation de l’encours et plus de 70 % de la valorisation de l’actif sur la période.

En clair, le Front national propose de mettre en œuvre ce qui est déjà le cas, c’est à dire l’acquisition par les compagnies d’assurance de tous les titres de dette publique (ou presque).

 Il est même probable que la quasi totalité des titres de dette publique détenus en France par des résidents le soit par le truchement de ces contrats d’assurance vie.

Et qu’il n’existe donc guère de marge pour racheter les titres détenus par les non résidents…

Sauf à décider, par exemple, que les compagnies d’assurance se délestent de leurs actions, avec le risque de mettre en cause le devenir des sociétés, notamment les PME non cotées, où elles disposent de tout ou partie du capital.

Ou de liquider leurs parts de SICAV au plus offrant, avec des risques évidents de moins values en cas de ventes massives et précipitées…

On rappellera d’ailleurs à ce titre que les actifs de nos compagnies d’assurance, pour des raisons évidentes de rendement, sont également placés sur les marchés financiers étrangers, les titres de dette publique y étant parfois plus rémunérateurs qu’une dette publique française dont le taux à dix ans est, ces jours ci, à 1,1 % (il a beaucoup remonté) et le taux moyen pondéré autour de 1 %.

C’est à dire que tout « repli » sur les obligations du marché domestique pourrait conduire soit à une perte de rendement des contrats d’assurance vie (pas sûr que les épargnants apprécient, notamment les plus aisés), soit à un relèvement du taux négociable des obligations françaises sur les marchés.

Car l’assurance recouvre des réalités fort différentes, entre les salariés qui mettent un peu d’argent de côté, en attendant la retraite et les familles les plus aisées qui en ont fait un instrument d’optimisation fiscale significatif, notamment en matière de transmission.

Fin 2013, selon des éléments que j’ai pu trouver (je ne suis pas certain que les choses aient beaucoup changé depuis quant aux masses en jeu), près de 25 millions de ménages étaient détenteurs d’un contrat d’assurance vie d’un montant plutôt réduit, avec 707 Mds d’euros gérés par les compagnies.

Soit un encours moyen inférieur à 30 000 euros par foyer, somme quasi exonérée d’imposition en cas de dénouement.

Avec un montant de cette nature, on se retrouve avec l’équivalent de la somme d’un Livret A et d’un livret de développement durable.

Nous avions ensuite 2 675 000 foyers aisés, où l’assurance vie jouit d’une fonction patrimoniale, à la tête d’un encours de 426 Mds d’euros, soit un niveau moyen d’encours de près de 160 000 euros par foyer, ce qui constitue un intéressant complément de patrimoine.

Mais nous avions aussi le « gratin » de l’assurance vie, avec 72 000 ménages très aisés à la tête d’un encours de 254 Mds d’euros, soit une moyenne supérieure à 3,5 millions d’euros.

Là, on se situe sur une autre échelle où des biens immobiliers se retrouvent « placés » en assurance vie (un placement n’a jamais uniquement consisté à effectuer des versements monétaires…) et où l’on fait de l’optimisation pour contourner, par exemple, l’application de l’ISF ou organiser une transmission de patrimoine au travers de rachats partiels…

De fait, la proposition du Front national, s’il convenait de la résumer se déclinerait ainsi.

Un, payer la dette.

Car, au cas où on l’aurait oublié, le Front National ne met nullement en cause la réalité de la dette publique de quelque pays que ce soit.

Pour le FN, sans doute pour être compris de Mme Michu ou de M. Dupont, une dette est une dette et doit être remboursée.

Deux, drainer la quasi totalité de l’assurance vie vers le refinancement de la dette publique française ce qui ne peut se faire qu’au détriment du rendement des contrats.

En clair, si vous êtes un petit épargnant (l’un des 25 millions de ménages petits souscripteurs en clair), vous risquez de voir la performance de votre placement piquer du nez.

Comme c’est déjà le cas dans la dernière période du fait de la chute des taux d’intérêt observée depuis 2013/2014…

Si vous êtes un moyen ou gros souscripteur, vous pourrez toujours imputer la moins value sur vos revenus en modifiant votre portefeuille.

Merci Marine Le Pen de s’intéresser ainsi à la préservation des intérêts des plus riches !

Trois, si un gouvernement FN force les assureurs à racheter des titres de dette publique (outre qu’ils en ont déjà beaucoup), nul doute que ceux ci ne manqueront pas de solliciter un relèvement de leur rémunération sur les nouveaux titres mis en circulation.

A moins que la planche à billets se mette à cavaler…

On indiquera juste alors que, dès 2017, il faudra tout de même accroître de 10 % la masse monétaire en jeu sur le territoire français pour faire face aux besoins de financement de l’action publique.

La seule proposition, contenue dans le programme de Marine, de fusionner allégements de cotisations sociales et CICE dès 2017 conduirait à mobiliser environ 50 Mds d’euros tout de suite.

Dernier point : si le taux d’intérêt des obligations d’Etat (et des autres) connaît une hausse même limitée, le service de la dette n’en sera que plus coûteux.

Et cela pèsera sur le déficit et la capacité à réduire les impôts…

Pour un salarié petit épargnant, le programme de Le Pen se traduira donc par une perte de revenus sur son épargne et un charge fiscale maintenue.

Le diable est donc dans les détails, une fois encore…

L’ODYSSEE DE FRANCOIS FILLON : DE CHARYBDE EN SCYLLA !

Après avoir gagné le soutien des électeurs de droite les plus attachés à certaines valeurs lors de primaires victorieuses, François Fillon s’est fait rattraper par quelques affaires qui n’auraient, probablement, jamais du voir le jour.

Alors que, passé l’effet primaires, l’impétrant moine sarthois était en train de se battre avec Marine Le Pen pour parvenir au second tour d’une élection présidentielle « gagnée d’avance », un bien connu journal satirique paraissant le mercredi a annoncé que, député, François Fillon avait, à plusieurs reprises, embauché directement des membres de sa famille dans les fonctions d’attaché parlementaire.

Je dois dire que l’affaire a au moins révélé qu’existait dans notre pays une profession assez méconnue, celle de collaborateur d’élus, alors même qu’elle est constitue le filon de nouveaux talents exploité par nombre de formations politiques pour trouver leurs futurs cadres. Continuer la lecture de L’ODYSSEE DE FRANCOIS FILLON : DE CHARYBDE EN SCYLLA !