PRIMAIRES DU PS : DERNIERE LIGNE DROITE AVANT L’IMPASSE ?

Deux candidats ont, d’une certaine manière, crevé l’écran lors des deux débats organisés depuis le début de la campagne des primaires du PS.

Ni l’un ni l’autre ne sont au demeurant membres du Parti Socialiste, puisqu’il s’agit des écologistes de service, Jean Luc Bennahmias et François de Rugy.

Commençons par le premier, aujourd’hui âgé de 62 ans et qui dispose déjà d’une assez longue carrière de militant politique qui l’a conduit de la lutte contre la loi Debré au début des années 70 ( « Debré salaud, le peuple aura ta peau »), loi prise à l’endroit des sursitaires du service national au Modem de François Bayrou en passant par l’agit prop écologiste, la presse pour jeunes à vocation contestataire, le socialisme autogestionnaire, les Verts et désormais, un Front démocrate, rassemblant a priori des militants du centre gauche à vocation écolo.

A la fois juif et protestant, Jean Luc Bennahmias est à lui seul une sorte de raccourci de la vie politique française des quarante dernières années, même s’il oublie, dans sa fiche de présentation de la primaire, de rappeler certains de ces antécédents.

La première fois que j’ai vu son nom quelque part, ce fut dans l’équipe de rédaction d’un mensuel nommé Antirouille, journal alternatif aux « requins de la presse pour jeunes » et qui a fourni à la France notre candidat à la primaire et le dessinateur Gérard Mathieu, dont le trait acéré a maintes fois servi dans la presse syndicale, entre autres.

La première fois que j’ai vu l’impétrant, ce fut lors d’une fête annuelle de Lutte Ouvrière, une de ces Pentecôte dans la forêt de l’Isle Adam où le militant venait écouter la sainte parole d’Arlette Laguiller et ressentir le feu sacré de la Révolution réveiller ses sens.

Le parcours politique de Jean Luc Bennhamias est donc pour le moins déroutant et l’a conduit notamment à être, dès 1981, candidat dans le   Val de Marne pour le compte des Comités Communistes pour l’Autogestion (CCA), mouvement syncrétique de la Ligue communiste révolutionnaire et du Parti Socialiste Unifié, créé en 1977 et disparu cinq ans plus tard, qui a compté en son sein des gens comme Maurice Najman, ancien journaliste de Libération, François Morvan, cancérologue et passé de l’extrême gauche au MDC de Chevènement avant de se rallier à Nicolas   Dupont Aignan plus récemment ou encore Didier Leschi qui fut l’un des plus proches collaborateurs de Chevènement quand celui ci exerça quelques fonctions ministérielles.

Après le passage aux CCA, Jean Luc Bennahmias investit le champ de l’écologie politique, devenant même conseiller régional écologiste dès 1992 en Ile de France et parvenant à se faire élire maire adjoint, délégué aux Transports, de la ville de Noisy le Grand en 1995.

On le retrouve pourtant en 2002 à Marseille où il défie Renaud Muselier lors des législatives avant de s’implanter, pour les Verts, dans la cité phocéenne.

Comme le vent tourne quelque peu, en 2007, Jean Luc Bennahmiss devient membre du Modem, dans le sillage de la candidature de François Bayrou, le troisième homme de l’élection d’alors qui n’en accepte cependant toujours que deux au second tour.

Toute ressemblance avec une situation actuelle serait évidemment fortuite.

Voilà donc pour le candidat de Force Démocrate, parti membre de l’Union des démocrates et des écologistes ;

La mouvance écologiste nous fournit également la candidature de François Goullet de Rugy, âgé de 43 ans et déjà député de Loire Atlantique depuis dix ans.

Fils d’enseignant et issu d’une famille de la noblesse lorraine, François de Rugy a commencé sa carrière comme opposant de Jean Marc Ayrault dans son fief de la 3e circonscription en 1997 en obtenant un score inférieur à 4 % avant de se retrouver engagé sur une circonscription plus partagée (la 1ere), couvrant une partie de Nantes mais aussi les secteurs d’Orvault et Sautron.

Autant dire que, sur ce siège, on est un peu dans un « swing seat », les deux communes périphériques pouvant contrebalancer le vote nantais.

En 2002, le candidat PS avait perdu de 1 369 voix au second tour, l’emportant à Nantes mais perdant à Orvault et Sautron.

Elu en 2007, François de Rugy s’est peu à peu imposé comme l’un des plus éminents membres de la mouvance écologiste au Palais Bourbon, même s’il a échoué à remporter, en 2008, la mairie d’Orvault, commune qui lui avait pourtant donné 382 voix de majorité lors du second tour des législatives.

Une défaite municipale d’autant plus amère que François de Rugy vit sa liste perdre environ 500 voix sur le scrutin législatif quand la liste de droite en gagnait 400.

L’aventure ministérielle ayant cessé de tendre les relations entre responsables écologistes, François de Rugy se retrouve pour l’heure candidat de la primaire du PS et Vice Président de l’Assemblée Nationale.

Animé de certaines convictions, il est clairement apparu comme une sorte de professeur un peu sévère lors des débats organisés dans le cadre de la primaire.

Cela peut il faire le compte ?

D’autant que le plateau s’est encore renforcé de deux impétrants.

Le premier, prof de philosophie et théoricien vivant de la laïcité, c’est Vincent Peillon, candidat un peu surprise, âgé de 56 ans, professeur de philosophie (il obtint son bac à seize ans et sa licence à vingt), fils d’un banquier communiste et d’une directrice de recherche à l’INSERM, neveu du professeur Baulieu et petit fils du professeur Blum, deux des plus remarquables personnalités de la médecine française, entre autres ascendants de l’arbre généalogique.

Le frère aîné de Vincent Peillon, Antoine, est journaliste d’investigation à La Croix, dont le travail s’est avéré déterminant sur un certain nombre d’affaires de délinquance financière et fiscale, auteur notamment du livre « Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au cœur de l’évasion fiscale ».

Après avoir pratiqué l’import export au début des années 80, Vincent Peillon passe le CAPES en 1984, ce qui l’amène à enseigner dans un des grands lycées lyonnais, Edouard Herriot puis, une fois titularisé, dans un établissement de Calais.

L’agrégation réussie, il reste encore deux ans sur place avant d’être muté à l’IUFM de la Nièvre.

Sa carrière politique commence fin ds années 80 quand, repéré par Pierre Moscovici, il finit par être placé en détachement comme collaborateur parlementaire d’Henri Emmanuelli, alors Président de l’Assemblée Nationale.

Il devient docteur en philosophie en même temps et, après la débâcle électorale de 1993, se remet à enseigner au Lycée Joliot Curie de Nanterre puis à La Folie Saint James de Neuilly sur Seine.

Mais il commence alors à jouer un rôle au PS, en présentant une motion au Congrès de Liévin avant de s’imposer peu à peu dans l’organisation, notamment dans le département de la Somme.

En 1997, parmi les divines surprises, si l’on peut dire, des élections législatives anticipées provoquées par la dissolution Chirac De Villepin, figure en bonne place la victoire de Vincent Peillon dans la 3e circonscription de la Somme, correspondant à la région industrielle du Vimeu, regroupant des cantons ouvriers comme ceux de Gamaches (vallée de la Bresle côté picard) ou Friville Escarbotin et des cantons plus ruraux comme celui d’Oisemont, fief de la famille Bignon.

Pas de grandes villes (Friville ne compte même pas 5 000 habitants), mais des activités industrielles anciennes (notamment la métallurgie) et plutôt en déclin, quelques activités touristiques autour des stations de Mers Les Bains ou Cayeux sur Mer, et donc, beaucoup de petites communes rurales.

Au premier tour de 1997, c’est le candidat de droite sortant, Jérôme Bignon (aujourd’hui sénateur), qui arrive en tête avec un peu plus de 34 % des votes.

Vincent Peillon parvient en deuxième position, avec un peu de 24 % des votes, devançant le candidat communiste Jacques Pecquery (ancien maire et conseiller général de Gamaches), adversaire de Bignon an second tour de 1993, avec 21,6 %

Au second tour, Peillon l’emporte, la forte participation (83 %) le portant vers la victoire avec près de 4 000 voix d’avance sur le candidat sortant.

La dynamique de gauche le fait ainsi progresser de 2 500 voix quand son adversaire, déjà en position délicate, ne progresse que d’un peu plus de 900 suffrages.

Et le siège revient à gauche, ce qui avait déjà été le cas, notamment entre 1962 et 1968, puis de 1978 à 1986 avec le député communiste Michel Couillet, ancien maire d’Ault, puis de 1988 à 1993 avec le socialiste Pierre Hiard, pendant les années 1988 à 1993.

Vincent Peillon ne fera qu’un mandat de député, avant d’être élu au Parlement européen.

Il est en effet battu en 2002, victime notamment du vote des chasseurs au gibier d’eau, ceux ci disposant autour de Saint Valéry de certaines positions, avec le conseiller général Nicolas Lottin.

Les électeurs CPNT se reportant plutôt sur Jérôme Bignon, celui ci est élu de nouveau député avant de connaître une réélection en 2007.

Au premier tour de ce scrutin, dans le droit fil de la victoire de Nicolas Sarkozy, la gauche réunit 20 225 voix contre plus de 26 000 aux candidats du centre, de droite et d’extrême droite.

Au second, Jérôme Bignon ne retrouve que 23 703 voix contre 23 560 pour Vincent Peillon, soit un écart de 143 suffrages pour …155 communes !

Depuis, Vincent Peillon s’est contenté de figurer comme parlementaire européen, au demeurant assez peu actif, préférant se concentrer sur l’animation de courants à l’occasion des congrès du PS, notamment avec Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou encore Henri Emmanuelli, au sein du courant Nouveau Parti socialiste.

Vincent Peillon mène campagne avec ses amis contre le Traité Constitutionnel Européen mais le Congrès du Mans consacre la fracture du courant entre lui et Montebourg, d’autant que Peillon se rallie à Ségolène Royal dès les Universités d’été de La Rochelle 2006 et devient l’un de animateurs de la campagne présidentielle de l’intéressée, une campagne dont il est devenu évident qu’elle avait été comme « sabotée » par une partie de la direction du PS.

Peillon va d’ailleurs suivre Ségolène Royal lors du tragi comique congrès de Reims, avant de se séparer plus ou moins d’elle en 2009.

Plus récemment, devenu Ministre de l’Education, il est à l’origine de la fameuse réforme des rythmes scolaires, décidant d’une plus grande implication des collectivités locales dans l’organisation du temps scolaire.

Le dernier candidat de la primaire, c’est Benoît Hamon.

L’ex Ministre de l’Education et de l’Economie sociale et solidaire a moins de cinquante ans, et a connu le parcours d’un militant étudiant contre la loi Devaquet (1986), avant d’exercer des responsabilités au MJS (il en fut le secrétaire national) du temps, désormais assez lointain, où il était plutôt rocardien.

Les années 90 le voient plutôt agir comme conseiller technique dans des cabinets ministériels (après des débuts dans le cadre du travail parlementaire auprès des élus ou du Premier secrétaire du PS Lionel Jospin) et sa carrière ne prend vraiment tournure que comme animateur des courants de gauche du PS et ses premiers mandats électifs, le plus signifiant étant celui de député des Yvelines, dans la 11e circonscription, construite autour de Trappes et d’une partie de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines.

Il bat en 2012 le candidat sortant, Jean Michel Fourgous, maire UMP d’Elancourt et représentant affiché du MEDEF au Palais Bourbon où il a, en maintes reprises, transformé les revendications de l’organisation patronale en amendements.

Populaire parmi les jeunes militants du Parti socialiste, Benoît Hamon, avec un discours de gauche affiché, parvient également à attirer vers lui des socialistes de conviction profonde qui ont, notamment, été perturbés par le débat sur la loi El Khomri.

Ceci posé, les différentes lignes de fracture qui ont lézardé l’édifice socialiste depuis 2012, d’ores et déjà matérialisées par les lourdes pertes en termes de positions électives (notamment lors des municipales, départementales et régionales), les ruptures avec le monde enseignant, avec le monde du travail et les syndicats, avec une bonne partie des milieux associatifs (notamment lors des débats sur la « vague migratoire » et le terrorisme) risquent fort de trouver une traduction ces deux dimanches d’hiver 2017.

Une traduction qui, dans le cadre d’une campagne électorale quelque peu « plan plan » notamment du point de vue de Manuel Valls, contraint à l’annulation de plusieurs de ses meetings et l’audience rétrécie sous les deux millions de téléspectateurs du deuxième débat de la primaire, pourrait se manifester par une faible participation, inférieure à celle du même scrutin de 2011.

Le nombre de bureaux de vote est au demeurant moins élevé qu’en 2011 (il s’en faut de 1 500 points sur le territoire), où l’on avait enregistré près de 2,7 millions de votants au premier tour et un peu moins de 2,9 millions au second.

Problème du PS 2017 : le premier débat (sur TF1 entre autres) avait attiré 3,8 millions de curieux mais le second (sur les chaînes d’information en continu), seulement 1,75 million.

L’audience des débats 1 et 3 de la primaire de la droite avait été supérieure à la participation constatée tandis que le débat 2 (en partie lié au fait qu’il était diffusé sur l’ensemble BFM I Télé,) se trouvait grosso modo aux deux tiers de la participation constatée.

Je suis certain que Solférino signerait de suite pour une participation de 2,5 millions d’électeurs le 22 janvier.

Le problème, c’est que le manque d’élan de la campagne ne conduise, in fine, le nombre de votants sous le million.

Auquel cas je ne parierais pas sur le maintien du candidat PS lors du scrutin présidentiel lui même.