BREXIT : LA FIN DE L’UNION SOVIETIQUE SE RAPPROCHE

Nul doute que beaucoup des observateurs attentifs de la vie politique européenne ont été fort surpris de constater, le 24 juin au matin, que les Britanniques, à la stupéfaction générale, avaient opté pour la sortie de l’Union européenne dont le Royaume Uni faisait partie depuis le 1er janvier 1973 et les accords passés, entre autres, entre le Premier Ministre conservateur Edward Heath et le Président français Georges Pompidou.

On se souviendra qu’à l’époque, un referendum d’adhésion fut organisé en France pour savoir si nous acceptions l’élargissement du Marché commun au Royaume Uni, à l’Irlande, au Danemark et à la Norvège.

Tandis que Danois, Norvégiens et Irlandais votaient sur l’adhésion (que seuls les Norvégiens ont finalement refusé), nous votions sur leur entrée à plus de 68 %, mais avec une abstention et des votes nuls pour plus de 46 % du corps électoral de l’époque !

Ce n’est qu’en 1975 que les Britanniques furent consultés sur leur appartenance au Marché commun, qu’ils approuvèrent largement avec près de 17,4 millions de votes OUI, contre un peu moins de 8,5 millions de NON.

Toutes les régions du Royaume avaient voté pour à l’exception de deux archipels perdus de l’Ecosse, à savoir les Shetland au Nord Est et les Hébrides au Nord Ouest.

Le soutien à l’adhésion fut massif dans les comtés huppés du Sud de l’Angleterre (dépassant les trois quarts des suffrages), mais moins net dans les grandes agglomérations (grand Londres, Grand Manchester, Merseyside, Tyneside, Glasgow, par exemple).

La campagne du NON, faut il le souligner, fut alors en grande partie animée par la gauche travailliste et notamment Tony Benn.

Ensuite le Royaume Uni est devenu un pays de l’Union européenne, mais un pays quelque peu à part, conservant sa monnaie (la livre), ne signant pas les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, obtenant de ne pas contribuer au niveau présumé de son économie au budget communautaire et recevant les subsides européens pour ses régions les plus déshéritées.

Ces relations conflictuelles furent notamment l’apanage de la période Thatcher, le moment où TINA, surnom donné à Miss Maggie pour sa dureté (There Is No Alternative), contraignit le reste de ses partenaires à émettre le fameux « chèque britannique », ristourne accordée au pays sur sa contribution supposée.

Un chèque britannique traduit sous la formule célèbre « I want my money back », de Miss Maggie qui, à la même période, fermait ses mines de charbon et opprimait les catholiques d’Irlandu du Nord après avoir fait la guerre à l’Argentine pour la possession des Iles Malouines.

De manière générale, le Royaume Uni s’est souvent positionné, en matière de construction européenne, en faveur des évolutions libérales les plus marquées, les gouvernements conservateurs se prononçant le plus souvent pour la privatisation des services publics, l’ouverture à la concurrence des industries de réseau (télécommunications, transports, énergie) avec les résultats que l’on connaît, au Royaume Uni comme ailleurs en Europe.

C’est à dire, bien souvent, une dégradation de la qualité du service rendu, et un coup de frein du côté de l’équipement public et du développement des infrastructures au profit de la guerre des prix.

N’oublions jamais l’image de notre réseau téléphonique.

De 1965 à 1985, le téléphone, équipement quasi confidentiel des ménages, (12 % de familles équipées en 1960) est devenu un bien à la disposition de tous et, de surcroit, d’usage automatique, les standards ayant été « électronisés ».

En vingt ans, depuis l’ouverture à la concurrence de la téléphonie mobile, les opérateurs n’ont toujours pas été capables de réduire les « zones blanches », ces parties du territoire où l’on ne capte pas les réseaux mobiles ou l’Internet haut débit.

L’autre aspect du Royaume Uni, depuis l’adhésion à l’Union, c’est évidemment le développement des sources de sa désunion sociale.

S’il fallait en trouver quelques traces, il suffirait de se plonger dans la dynamique filmographie du cinéma britannique depuis quarante ans qui, de « Transpotting » à «  Fish and Chips » en passant par le cinéma de Ken Loach ou celui de Stephen Frears, The Full Monty ou Billy Elliott, témoigne, du rire aux larmes, de l’émotion à la colère, de la situation profonde du pays.

Cette croissance continue des inégalités sociales et économiques a d’ailleurs une traduction politique qui fait d’au moins la moitié des circonscriptions électorales aux Communes de quasi inexpugnables fiefs des Conservateurs ou des Travaillistes.

Les unes parce que peuplées d’électeurs aux destins favorisés, les autres pour des raisons exactement inverses.

Le Labour a renoncé de longue date, semble t il, à renverser le capitalisme mais la classe ouvrière britannique continue de le soutenir et de s’y identifier.

Quoique…

Politiquement, on ne saurait oublier que le centre de gravité des députés européens britanniques a, de manière historique, été placé plus à droite que celui des autres pays de l’Union.

En 1979, avec une participation électorale de moins d’un tiers des inscrits, 60 des 78 élus de la délégation britannique venaient du parti conservateur.

Cinq ans plus tard, les Conservateurs obtiennent 45 sièges contre 32 au Labour, la participation se fixant à 33 %.

En 1989, la participation atteint 36 % et le Labour passe en tête avec 45 sièges, étendant sa domination sur l’Ecosse (sauf les Highlands), les anciennes régions industrielles de l’Angleterre, le Pays de Galles et le Grand Londres.

Le scrutin de 1994 traduit une domination du Labour avec 62 élus sur 84, les Conservateurs chutant à 18 sièges.

Avec l’élu social démocrate d’Irlande du Nord, la délégation britannique du Labour est alors devenue la plus importante du groupe des socialistes européens et la plus importante composante nationale, quelque soit le parti.

En 1999, la participation s’est effondrée à 24 % du corps électoral, conduisant à la perte de 33 sièges pour le Labour.

10 sièges vont aux Libéraux, 3 à l’UKIP, 2 aux Verts, au parti gallois Plaid Cymru et au SNP écossais.

A noter que le pays a alors utilisé, pour la première fois, un mode de scrutin proportionnel régional modifiant de fait la répartition des élus.

Enfin, le Sinn Fein nord irlandais a manqué d’environ 2 000 suffrages d’être en situation d’être élu.

En 2004, le même système électoral attira un peu plus les électeurs (un peu plus de 38 % de votants) pour 27 élus conservateurs, 19 du Labour, 12 de l’UKIP comme des Libéraux démocrates, 2 Verts, 2 SNP et 1 Plaid Cymru.

Autre nouveauté : le Sinn Fein obtient sa première députée européenne en Irlande du Nord.

2009 vit une nouvelle poussée à droite avec l’élection de 26 conservateurs et 13 UKIP, le parti de Nigel Farage devançant en voix le Labour.

En Irlande du Nord, le Sinn Fein obtint la première place et la participation se fixa à moins de 35 %.

Enfin, en 2014, UKIP arriva en tête (24 sièges), devant le Labour (20 élus), les Conservateurs (19 élus), 3 sièges allant aux Verts, 2 au SNP et 1 aux Libéraux.

Un siège fut attribué au Plaid Cymru tandis que le Sinn Fein réussit une fois encore à terminer première force en Irlande du Nord.

Depuis 2004, notons le, les Conservateurs ne sont plus dans le groupe du Parti Populaire Européen, étant devenus l’assise du groupe des Réformistes et Démocrates Européens.

Ce groupe, largement multinational, doit l’essentiel de ses parlementaires européens aux conservateurs britanniques et au parti Polonais Droit et Justice (Prawo i Spradwiedliwosc), parti actuellement au pouvoir à Varsovie.

Le départ de la délégation britannique au Parlement européen modifierait évidemment quelque peu les rapports de forces au sein de cette Assemblée.

Sur 678 sièges attribués aux autres pays de l’Union, il reste 171 élus au PSE, 53 au groupe GUE et 49 au groupe Verts, soit 273 élus de sensibilité de gauche.

Le groupe Europe des Libertés et de la Démocratie (38 membres dont 24 UKIP) est appelé a priori à disparaître et le groupe ECR (20 conservateurs sur 45) ne semble guère mieux loti.

Nous risquons donc de nous retrouver avec un Parlement européen un peu plus orienté au centre droit où le groupe du PPE pèsera relativement plus lourd, devant un groupe socialiste affaibli.

Mais évidemment, là n’est pas le sujet.

Le sujet, c’est bien évidemment le vote des Britanniques.

Premier aspect du vote : le niveau de la participation.

Le taux de 72,21 % de votants est l’un des plus élevés observés dans le pays depuis longtemps.

C’est en effet la participation la plus élevée depuis les élections générales d’avril 1992 qui avaient vu la victoire de John Major sur le travailliste gallois Neil Kinnock, futur commissaire européen.

Lors du dernier scrutin général (en 2015), le taux de participation avait atteint 66 %.

Résultat : sur 46 501 241 inscrits, 33 577 342 personnes ont voté et 33 551 983 bulletins ont été validés.

Très faible nombre, par conséquent, de bulletins blancs ou nuls (25 359), loin des 90 000 des européennes de 2014…

17 410 742 électeurs ont voté en faveur du « Leave ».

UKIP était le seul parti représenté au Parlement à appeler à voter ainsi.

Mais le parti anti UE a recueilli un peu moins de 3,9 millions de voix lors des élections générales de 2015.

C’est donc une bonne partie de l’électorat conservateur et même des travaillistes qui a ainsi voté en faveur du départ.

A noter d’ailleurs que le nombre des votes favorables au départ est supérieur au total des votes UKIP + conservateurs des élections générales.

Il semble donc bien qu’il faille chercher ailleurs les raisons du résultat.

Et il est sans doute assez facile, pour ne pas dire méprisant pour l’électorat, de limiter le vote « Leave » aux électeurs âgés, issus de milieux modestes, faiblement éduqués et habitant des zones rurales…

Si tel avait été le cas, les Highlands écossais auraient massivement voté en faveur de la rupture avec l’UE .

Le vote « Leave » est majoritaire sur l’ensemble de l’Angleterre, à la notable exception du Grand Londres, au Pays de Galles (mais pas sur Cardiff) et dans les comtés protestants d’Ulster.

Son score le plus faible est de 51,8 % dans le Sud Ouest, région comprenant entre autres les comtés de Kent, Sussex, Surrey, Hampshire, Buckinghamshire.

Il s’agit du bastion historique du parti conservateur, qui y détient en effet 78 des 83 députés aux Communes et y a obtenu 51 % des voix lors des élections générales de 2015.

C’est la région des West Midlands, constituée autour de Birmingham, Coventry, Walsall ou Wolverhampton qui a le plus voté en faveur du « Leave » avec 59,3 % des votes.

34 des 59 sièges de député sont conservateurs (dans les secteurs ruraux) et les 25 autres travaillistes, provenant des aires urbaines de Birmingham (9), Coventry (3), West Bromwich (2), Stoke on Trent (3), Walsall (2) ou Wolverhampton (3).

Le rapport de forces est donc moins déséquilibré dans cette partie du pays que dans le Sud Est et la part du vote Leave plus forte.

Avec 58,8 % de Leave, le vote de la Région des East Midlands, autour de Derby, Leicester, Nottingham et Lincoln, se positionne ensuite.

Là encore, 32 sièges sur 46 sont allés aux conservateurs lors des générales de 2015, confinant le Labour dans les circonscriptions urbaines et les anciens bassins miniers de la Région.

Avec 58 %, la Région Nord Est (autour de Newcastle entre autres) vient ensuite.

C’est le cœur de l’Angleterre travailliste, avec 26 sièges de député sur 29 sur la Région.

La région du Nord Ouest, autour de Liverpool et Manchester, n’a donné qu’un peu plus de 53,6 % des voix au Leave.

51 des 75 députés de la région sont membres du Labour, souvent élus avec des majorités écrasantes et des participations plus faibles…

Il semble bien que ce qui fait la différence est plutôt lié aux traditions politiques de chaque région.

Notons aussi le résultat de l’Est de l’Angleterre (Suffolk, Norfolk entre autres), qui a voté à 49 % conservateur lors des générales de 2015 et leur a donné 52 des 58 députés, le Labour étant confiné sur Luton, Norwich et Cambridge.

Avec près de 76 % de votants, 56,5 % des votes se sont exprimés pour la sortie de l’UE.

De fait, on est bien contraint de penser que, comme à chaque fois qu’un referendum a lieu dans quelque pays que ce soit, les motivations des électeurs, quelque soit leur choix, ont été diverses.

Et il est aussi réducteur de qualifier « d’inclus », diplômés évolués et riches, tirant parti de la mondialisation les électeurs du « ‘Remain » et « d’exclus », pauvres hères sans culture, ceux du « Leave ».

Il est fort probable, même, que l’électeur travailliste londonien ait voté pour le Remain avec la même lucidité que celui de Sunderland a voté pour le Leave, parce qu’il voulait signifier ainsi son rejet de l’Europe telle qu’elle se fait et son opposition au Gouvernement de David Cameron.

Et les électeurs conservateurs ont dû voter de la même manière…

Et j’ai bien l’impression que toute l’agitation commise depuis le vote du 23 juin dans les media européens ne cherche, in fine, qu’à nous masquer l’essentiel.

C’est à dire que l’Union européenne actuelle ne fait pas recette et qu’il est plus que temps de changer l’orientation générale de la chose…

S’il en fallait une preuve, ce serait bien du côté des jeunes Britanniques.

On a supposé que le vote Leave était d’abord un vote de personnes âgées, nostalgiques du passé impérial de la Couronne et l’on mettait le résultat du referendum sur le compte d’un « generation gap » opposant jeunes europhiles nourris au lait d’Erasmus et vieux europhobes anciens combattants de l’Armée des Indes…

C’est juste un peu oublier que si les jeunes votants ont massivement choisi le vote Remain, il aurait mieux valu qu’ils fussent plus nombreux.

Car si 72 % des électeurs sont venus dans les polling stations au final, 64 % des jeunes les ont délaissées.

Il y a décidément quelque chose qui ne passe plus dans le discours européen et qui rappelle étrangement la période de la chute du mur de Berlin.

 

 

rien_ne_les_arrete

DANS NOTRE GRANDE SERIE « RIEN NE LES ARRETE », AUJOURD’HUI : LAURENT BERGER, LE SEUL BERGER QUI LAISSE SON TROUPEAU SE FAIRE DEVORER PAR LES LOUPS

J’avoue mon incompréhension.

Est ce la filiation originelle de la Confédération Française Démocratique du Travail, qui veut que ce syndicat soit un avatar de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, c’est à dire que les valeurs du catholicisme imprègnent tant l’organisation syndicale qu’elles la poussent jusqu’au bout du désir d’être martyre ?

Est ce une simple opportunité politique qui laisserait penser qu’une concertation commise en accéléré et sans consultation excessive de la grande masse des adhérents suffirait à positionner l’organisation en soutien indéfectible de la loi « Travail « ? Continuer la lecture