DEUX OU TROIS CHOSES VITE FAIT COMME CA…

Quarante économistes dits de renom ont pris position en faveur d’Emmanuel Macron en expliquant, qu’au delà de quelques divergences sur un point ou l’autre que les choix politiques portés par l’ex Ministre de l’Economie sont préférables aux autres.

Pour un certain nombre, ces économistes avaient d’ailleurs signé un appel similaire, en 2012, pour soutenir la candidature de François Hollande.

Ainsi trouve t on parmi les signataires de cet appel d’émérites penseurs et chercheurs en économie quelqu’un comme Philippe Aghion, auteur de maints rapports macro économiques.

Notamment du fameux rapport «Politiques et croissance économique en Europe », présenté au Conseil d’analyse économique et cosigné par Jean Pisani Ferry, directeur de campagne d’…Emmanuel Macron aujourd’hui, et Elie Cohen, signataire des deux appels dont nous parlons (celui de 2012 et celui de 2017) qui, outre ses académiques activités, a été administrateur (ou l’est encore) de Société générale, de Steria, d’EDF Energies nouvelles, etc, etc…

Un rapport daté de 2006 où l’on pouvait lire (notamment)

 La relance de l’intégration passe à juste titre par deux domaines cruciaux déjà identifiés : le marché des biens, avec l’achèvement de la déréglementation, et celui des services avec la libéralisation des services en réseau, la libéralisation des services aux entreprises et la libéralisation des services financiers. 

(fin de citation)

Les amateurs de qualité de service en matière de téléphonie mobile, de services postaux ou d’autres apprécieront sans doute cette opinion.

Mais le rapport indiquait aussi

La dérégulation financière ne semble pas avoir d’impact significatif sur le chômage.

Et, encore

Il est connu de longue date que les marchés financiers sont l’un des domaines où la contribution de l’intégration européenne à l’efficacité économique peut être la plus forte. Celle-ci apporte en effet à la fois liquidité et diversification des risques. Elle permet donc simultanément de réduire les coûts, de réduire les primes de risque, et d’assurer la stabilité macroéconomique en présence de chocs sectoriels ou idiosyncrasiques, contribuant ainsi à la croissance à long terme. Cette dimension nous semble régulièrement sous-estimée dans l’évaluation des obstacles à la croissance européenne. 

En quelque sorte, Aghion, Pisani Ferry et Cohen recommandaient, d’une certaine manière, de développer toujours plus les instruments financiers sophistiqués, permettant, selon la formule utilisée,
« liquidité et diversification des risques » et que nous avons pu découvrir en action avec les « subprimes » et la « titrisation ».

Voilà donc une partie des économistes ayant fait le choix d’Emmanuel Macron.

Mais je dois dire que j’ai aussi été surpris de constater quelques différences entre son programme (téléchargeable sur le site du candidat ou récupérable auprès du premier militant macronien par vous rencontré) et la profession de foi que vous avez peut être reçue dans votre courrier.

Ainsi ont disparu de la profession de foi la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,33 à 25 %, la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune la réduisant à la seule valeur des biens immobiliers, le transfert sur la CSG de certaines cotisations sociales, la transformation du CICE en exonérations permanentes, entre autres dispositions.

Non rappelée également la proposition figurant dans le programme consistant à limiter à deux le nombre d’offres d’emploi qu’un chômeur pourrait refuser avant suspension de ses allocations chômage.

Sans préciser ce qu’il en est de la « qualité » desdites offres.

Je ne sais pas ce qu’il faut penser de cette sorte « d’excès de synthèse » qui anime la prose d’Emmanuel Macron dans son autodafe.

Mais je vous laisse juge de penser et d’évaluer le choix ainsi opéré de différences sensibles entre un texte et l’autre.

PLACE AUX JEUNES : OU QUAND LE JEUNISME RENCONTRE SES LIMITES

Il n’aura sans doute échappé à personne que l’un des arguments les plus usités pour défendre la candidature d’Emmanuel Macron (dont la campagne semble d’ailleurs marquer quelques limites, l’intéressé ayant annulé son pélerinage chez Rimbaud) est celui de la jeunesse du candidat, qui serait, en cas d’élection, le Premier à fêter ses quarante ans à l’Elysée en décembre prochain.

« je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées /la valeur n’attend pas le nombre des années » fait dire Corneille à Rodrigue dans le Cid, cette adaptation d’un vieux mythe castillan et nul doute que les cours de théâtre de Brigitte Trogneux devenue depuis Macron ont du comprendre quelques scènes de ce texte classique.

Ceci posé, l’un de nos poètes du siècle dernier, l’excellent Georges Brassens nous rappelle pour sa part que «  le temps ne fait rien à l’affaire / quand on est C… »…

Et le fait est qu’Emmanuel Macron, s’il nous révèle une fois encore que la vieillesse est parfois un naufrage (il suffit de regarder ses soutiens), fait parfois preuve d’une ingénuité (feinte?) qui dessert sa propre cause.

Oser, moins d’un an après le vote de la loi El Khomri (qui fait de coûter cher à l’intéressée dans son aventure électorale du côté de Clignancourt), proposer une réforme du droit du travail par … ordonnances relève en effet de l’inexpérience (au mieux) ou de la provocation (au pire).

Dire gentiment aux fonctionnaires, comme je viens de le lire, qu’élire le jeune ex Ministre de l’Economie conduirait à la suppression de
120 000 postes de travail dans le secteur public (et nous avons cru comprendre que c’est le secteur public local qui serait invité, y compris par la contrainte, qui semble être une marque de fabrique du macronisme, à réduire le plus ses effectifs), mais aussi à rétablir le jour de carence en cas de congé maladie, au nom de l’égalité sans doute avec le privé et à favoriser la rémunération au mérite.

Pourquoi ?

Parce que «  Je suis favorable au développement de la rémunération au mérite car le système de revalorisation uniforme par le point d’indice est injuste et démotivant pour les fonctionnaires »

(fin de citation)

Emmanuel Macron doit être le seul « progressiste » que je connaisse qui pense que la justice fondée sur le principe du « travail égal /salaire égal » est la quintessence de l’injustice…

Il a évidemment crû utile d’ajouter que la part de la rémunération au mérite serait différenciée selon la position hiérarchique des fonctionnaires…

Sans blague !

Encore un effort et Emmanuel Macron va trouver normal que Claude Guéant, qui a été condamné pour cela par la justice, ait touché une bonne partie des « primes » de la haute administration de la Police Nationale et sans doute plus qu’il ne devait en percevoir du fait de sa position de Directeur de ladite Police Nationale.

La rémunération au mérite dans le secteur public, c’est la négation même du statut de la Fonction Publique, M. Macron !

C’est surtout la porte ouverte à l’arbitraire, sous toutes ses formes, de la « promotion canapé » à la placardisation.

Essayons, en 2017, autant que faire se peut et même si cela existe parfois (et doit être combattu), essayons d’éviter de transposer dans le secteur public les pires travers du secteur privé.

Le service public, pour être à la hauteur de ce qu’en attendent à juste titre les Françaises et Français, a besoin d’agents et de cadres libres de toute pression, neutres dans leur action, indépendants pour être efficaces.

Et les salariés du secteur public, comme ceux d’ailleurs du secteur privé, ne tombent pas malades par plaisir comme le pensent les
« crânes d’oeuf » qui ont inventé le jour de carence.

La justice, ce n’est pas jour de carence pour tous, c’est indemnisation normale de la maladie comme un événement qui peut se produire et dont la répétition doit finir par éveiller l’attention.

Maintenant, revenons au jeunisme.

Si Emmanuel Macron est bien relativement jeune, qu’en est il de ceux qui l’ont rejoint ?

De gauche à droite, si l’on peut dire…

Nous trouvons Patrick Braouezec, ancien maire communiste dit refondateur de Saint Denis, 66 printemps au compteur.

Mais aussi Robert Hue, toujours sénateur du Val d’Oise, ancien Président du Parti communiste français (la fonction ne fut jamais occupée que par lui, au demeurant), qui semble toujours vert à 70 ans, depuis qu’il siège dans le même groupe que les radicaux de gauche…

Robert Hue fut élu maire de Montigny Les Cormeilles en mars 1977 et fut élu député en 1997 sur le siège d’Argenteuil Bezons (où il s’était présenté) battant notamment un candidat PS nommé Manuel Valls…

Mais c’est évidemment du côté du PS qu’Emmanuel Macron a rencontré moult soutiens.

Notamment de la part de François Patriat, sénateur de Côte d’Or et ancien président de la Région Bourgogne, dont l’expérience politique est limitée.

Agé de seulement 74 ans, François Patriat a une carrière politique marquée par un mandat de conseiller général de 32 ans (1976 – 2008) pour le canton de Pouilly en Auxois, de douze années de gestion de la commune de Chailley sur Armançon (1989-2001), de dix sept années de présence au Conseil régional de Bourgogne (1981 – 1986 d’abord, puis 2004 – 2015), la seconde période étant doublée de l’exercice des fonctions de Président, de l’exercice de mandats parlementaires (député élu en 1981, réélu en 1986 et 1988 ; puis reconduit dans ses fonctions en 1997 avant de devenir Sénateur en 2008, réélu en 2014) pendant une durée cumulée supérieure à 23 ans, sans parler de deux passages ministériels…

Jean Yves Le Drian soutient également Emmanuel Macron.

Le Ministre de la Défense qui s’approche tout doucement de ses 70 ans, est un ancien militant de la Jeunesse étudiante chrétienne et a dirigé le PS sur la ville de Lorient dès 1975.

Il est devenu adjoint au Maire de la ville dès 1977, député dès mars 1978 et a exercé ce mandat jusqu’en 1991, quand il fut nommé pour la première fois Ministre.

Devenu maire de Lorient en juillet 1981, il l’est resté jusqu’en 1998 avant d’opter, en 2000, pour la présidence de Cap l’Orient, l’intercommunalité du coin.

A la surprise générale, Jean Yves Le Drian a été rejoint dans son soutien à Emmanuel Macron par deux autres personnalités de la vie politique bretonne.

A savoir Alain Madelin et Pierre Méhaignerie, tout ce qu’il y a de contraire a priori.

Comme Le Drian, Madelin a un passé de militant politique dans sa jeunesse.

A la nuance près qu’il s’agit de la militance plutôt musclée du mouvement d’extrême droite Occident, organisé notamment dans la fac parisienne d’Assas, connue pour ses enseignements en droit.

Il y fréquente Hervé Novelli (futur Ministre inventeur du statut de l’auto entrepreneur, qui écrira encore en 1981 le programme économique du Front national), Gérard Longuet (toujours Sénateur et plusieurs fois Ministre) ou encore Patrick Devedjian, futur député maire d’Antony.

Alain Madelin découvre d’ailleurs très vite les délices des campagnes présidentielles en pilotant, en 1965, celle de Jean Louis Tixier Vignancour dans le Xe arrondissement de Paris.

La carrière de Tixier Vignancour nous plonge dans les affres de la fin de la IIIe République, puisque l’intéressé fut député élu des Basses Pyrénées en 1936, sous une étiquette de droite anti France Populaire qui l’amènera, le moment venu, à travailler à Vichy sous les ordres du Maréchal Pétain qu’il défendra, d’ailleurs, comme avocat assistant, lors de son procès…

Jean Louis Tixier Vignancour défendra aussi, entre autres célèbres clients, Louis Ferdinand Céline, auteur génial du « Voyage au bout de la nuit » fourvoyé dans les causes de l’antisémitisme et de la collaboration (il suffit de lire, avec toute la distanciation requise,
« D’un château l’autre » sur l’épopée grotesque de Sigmaringen) puis le général Salan, chef de file du « quarteron de généraux en retraite «, partisans de l’Algérie Française, que De Gaulle sut si bien stigmatiser lors de leur tentative de putsch militaire de 1961.

Sa candidature de 1965 lui apportera le soutien d’un peu plus de 5 % des électeurs, l’intéressé ayant confié la direction de sa campagne à un certain Jean Marie Le Pen, élu député pour la première fois en janvier 1956.

Aujourd’hui, donc, Alain Madelin, qui se fit élire député de droite giscardienne (donc non gaulliste) en 1978 dans le pays de Redon, soutient Emmanuel Macron.

Peut être estime t il que l’ex Ministre de l’Economie de François Hollande est il un peu son fils spirituel, à lui qui, en qualité de Ministre, favorisa l’investissement des particuliers dans les entreprises en proposant une remise fiscale sur les apports de fonds (aujourd’hui codifiée sous l’article 199 terdecies O – A du code général des impôts) soumise à conditions proches de celles du dispositif ISF/PME.

Et qu’Alain Madelin, promoteur de la retraite par capitalisation, est aussi partisan de la suppression des régimes de retraite particuliers en situation déficitaire…

Toute ressemblance est sans doute fortuite.

Un autre élu breton important a rejoint Emmanuel Macron.

Il s’agit de Pierre Méhaignerie.
Ce véritable perdreau de l’année (il aura 78 ans entre les deux tours de l’élection présidentielle), ingénieur du génie rural de formation, s’inscrit dans une très longue lignée d’élus locaux et nationaux qui remonte jusqu’à la naissance de la République en France, pour ce qui est pour le moins de la commune de Balazé, berceau de cette lignée.

Le père de Pierre Méhaignerie, Alexis, fut ainsi le chef de file de la démocratie chrétienne en Ille et Vilaine à la Libération, faisant d’ailleurs de son parti (le MRP) le premier du département au scrutin de liste.

Pierre Méhaignerie a été élu député pour la première fois en 1973, reprenant le flambeau de député du pays de Vitré que son père avait du laisser tomber en mai juin 1968.

Spécialiste des élections très confortables (sa liste a encore dépassé les 75 % au premier tour des municipales 2014 à Vitré), Pierre Méhaignerie est surtout resté dans l’histoire ministérielle comme Ministre de l’Equipement et du Logement de Jacques Chirac, lors du gouvernement de cohabitation de 1986 – 88.

Il a, en cette occasion, accolé son nom à la loi LILAS, pour Loi pour l’Investissement Locatif et le développement de L’Accession Sociale à la propriété, une loi qui comprenait, entre autres dispositifs, la promulgation du décret charges, texte qui a reporté les charges de gardiennage d’immeubles au sein des charges récupérables auprès des locataires, alors même que le loyer principal permet déjà de les prendre en compte.

La loi Méhaignerie, pour favoriser l’investissement locatif, a également marqué la fin des loyers loi de 1948, c’est à dire plafonnés, liquidant ce que l’on appelle le « parc social de fait » au profit d’une extension du « marché du logement ».

Elle a aussi généralisé la pratique du congé vente, c’est à dire de la rupture du bail de location pour cause de cession du logement, avec application du fameux « droit de préemption » du locataire, rarement applicable pour cause de fixation du prix de vente aux seules conditions du marché.

La crise du logement que nous connaissons encore aujourd’hui tient, à mon avis, une bonne partie de son origine dans le cadre législatif fixé par le texte Méhaignerie.

Les ventes à la découpe des années 2000, les copropriétés dégradées, ingérables, tout cela est contenu dans la loi Méhaignerie qui a beaucoup fait pour les crises urbaines dont nous payons encore aujourd’hui la facture.
Car, pour donner un exemple précis, quand vous avez un immeuble ancien dont les ex locataires sont tous des familles aux revenus modestes devenus propriétaires pour éviter la mise à la porte (et souffrir de la faiblesse du nombre des logements locatifs sociaux) mais qui ne peuvent, évidemment, faire face à l’entretien de la copropriété « obligée » qu’ils ont constituée.

Et dans ces cas là, nous avons des mal logés toujours plus nombreux.

Au fin fond de la campagne bretonne, du côté de Vitré, pas de problème de logement…

A Paris et dans sa proche banlieue, il n’en est pas de même.

Voici donc quels sont quelques uns des parrains d’Emmanuel Macron qui compte cependant également parmi ceux ci de fortes personnalités comme Alain Minc et Bernard Henri Lévy, ou encore l’ancien journaliste et député européen qu’est Jean Marie Cavada.

Celui ci a 77 ans, et anime désormais un club politique « Génération Citoyens », après avoir été un jeune présentateur du journal télévisé (dès 1972, à 32 ans) puis animateur d’une émission de télévision.

Alain Minc, qui, en février 2008, ne croyait pas à la crise financière qui serait révélée quelques mois plus tard, a pour sa part atteint l’âge de 68 ans et reste encore administrateur de sociétés autoroutières, et d’entreprises comme Prisa (l’éditeur du grand journal espagnol El Pais), Caixa Bank (filiale bancaire de la célèbre caisse d’épargne catalane), Poweo Direct Energie (groupe Bolloré) ou encore Yves Saint Laurent…

Quant à l’excellent BHL, aujourd’hui âgé de 68 ans, il me fait toujours penser, chaque fois que je le vois, à la réflexion d’un collègue de l’IEP Paris, établissement que je fréquentai au début de la « popularité «  de l’intéressé, qui me confiait « La première qualité d’un philosophe, c’est la modestie ».

Le seul problème, c’est que tout cela a mené entre autres à la remarquable intervention en Libye, dont nous voyons les conséquences chaque fois qu’une embarcation d’infortune renvoie sur les côtes italiennes les corps d’exilés noyés dans les flots de la Méditerranée.

C’est avec ces « bonnes fées » qu’Emmanuel Macron est donc candidat pour l’élection présidentielle.

Mais j’ai bien l’impression que tout cela n’a pas grand chose d’un conte pour enfants ni d’une histoire de magiciennes…