DE QUOI MACRON EST IL LE NOM ?

Je dois avouer que, contrairement aux éditeurs de presse hebdomadaire d’information politique, d’actualité heureuse ou de journalisme de caniveau, je n’ai jamais vraiment goûté les qualités dont est paré, depuis quelques temps, l’ex Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, dont on sent confusément, jour après jour, qu’il devient le recours « contre vents et marées » ou « faute de mieux «  plutôt, contre l’implacable choix cornélien entre droite radicalisée et extrême droite pour le scrutin présidentiel.

Emmanuel Macron nous ramène, sous les dehors de la modernité apparente, à l’époque des grands dinosaures.

C’est en effet notre cerveau reptilien qui se trouve une fois encore convoqué pour que le vote par défaut, pour le « moindre mal » en quelque sorte, et pour les six mois qui viennent pour ce qui est de la popularité éventuelle de l’impétrant, joue puissamment son rôle et amène le peuple français à signer avec lui un bail élyséen de cinq ans.

Ce n’est pas la première fois que cela se produit, vu que nous avons vu ce que cela pouvait représenter en 2002 ou en  2012, le rejet de Sarkozy ayant sans doute, sur la durée de la campagne électorale, été plus fort que l’aspiration à voter Hollande.

Constatons d’ailleurs pour le coup qu’une partie des supporters les plus inattendus du « Mozart de la finance » comme l’ont appelé ses premiers employeurs furent aussi des ralliés de la dernière heure à la candidature Hollande en 2012.

Peut être d’aucuns préfèrent ils partager l’apparence de la victoire aveuglante à la lucide amertume de défaites nécessaires pour mener une remise en question digne de ce nom.

Toujours est il qu’il faut manquer de principes, de convictions et quelque part d’éthique pour aboutir à prendre position pour un candidat comme Emmanuel Macron quand on s’appelle Patrick Braouezec, Robert Hue, François Patriat, François Bayrou ou Jean Michel Baylet.

Emmanuel Macron n’est ni un porteur de bonne nouvelle, ni l’illustration de la moindre hétérodoxie politique.

De manière assez logique, les indices boursiers ont ainsi connu une relative embellie quand le ralliement de François Bayrou, vendant le Modem pour un plat de lentilles constitué de quelques sièges de député, a été acquis.

Parce que les marchés financiers ont peur, figurez vous, à la fois de Marine Le Pen dont ils craignent les délires macroéconomiques et anti européens et d’un François Fillon dont la « radicalisation » anti juges (entre autres) les inquiète et porte le ferment de conflits sociaux dont ils ont profondément horreur.

Je ne suis pas certain que la politique menée par Emmanuel Macron, une fois élu, ne serait pas source de tensions sociales nouvelles (le contraire serait même surprenant) mais c’est ainsi qu’elle apparaît.

Notamment parce qu’elle se fonderait sur un rassemblement trans courant, alliant de l’aile droite hollando vallsiste du PS à la frange la plus modérée des républicains.

Emmanuel Macron a été présenté, comme chacun sait, comme un candidat « anti système ».

Ce qui, compte tenu des fonctions exercées par l’intéressé, aurait conduit à considérer le gendre de Jacques Chirac, Frédéric Salat Baroux, comme un « hors système ».

Emmanuel Macron est tellement hors système qu’il devrait atteindre très rapidement le seuil requis des cinq cents parrainages en attirant à lui, d’ores et déjà, le parrainage de six députés (tous socialistes) et d’onze sénateurs (tous socialistes ou radicaux de gauche).

La plupart des élus locaux qui soutiennent le candidat d’En Marche sont d’obédience proche, autour du grand marais d’un centre gauche sevré du pouvoir politique depuis 1958.

A un moment donné, ceci posé, il faut bel et bien se représenter dans quelle situation on se trouve.Cela fait en effet quelque temps que les fins analystes de la vie politique française ont théorisé et glosé sur l’inévitable confrontation de second tour entre droite et extrême droite.

Une telle configuration, déjà éprouvée en 2002, a fait oublier, pour le coup, la réalité profonde des rapports de forces, en fait beaucoup moins déséquilibrés.

Et, surtout, elle fait un peu trop facilement l’économie de la critique nécessaire et radicale d’un mode institutionnel, celui de la Cinquième République, dont l’élection pivot, la présidentielle, est clairement inadaptée à la situation politique.

La candidature Macron est le pis aller, le moindre mal que l’on avance pour éviter la confrontation inévitable qui aurait contraint au moins quatre électeurs sur dix, si ce n’est un sur deux, à choisir au second tour à son corps défendant.

Mais par la même occasion, elle consiste à « tordre le bras «  de l’électeur, en lui faisant faire, dès le premier tour, un choix de second tour.

Ensuite, interrogeons quelque peu les faits.

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais les plus récentes enquêtes d’opinion, même s’il faut les prendre avec toutes les réserves requises, attestent d’une perte d’influence des partis de droite et d’extrême droite.

La moyenne des derniers sondages situe en effet Marine Le Pen aux alentours des 25 % et François Fillon, plus ou moins autour des 20 %.

Je me souviens que, la première fois que j’ai voté lors d’un scrutin présidentiel, la droite parlementaire dite classique (UDF et RPR) avait dépassé les 45 % et que cette évolution, sur la durée, de l’électorat, ne semble pas forcément faire la une des gazettes ni constituer le sujet d’étude que cela mérite.

Toujours est il que nous sommes assez éloignés, dans ce contexte, du résultat de régionales 2015 où le FN avait atteint 27,7 % des voix et l’alliance Les républicains/UDI 26,9 %, le tout majoré de 4,6 % de votes divers droite et extrême droite, soit près de 60 % des votes.

A l’époque, la gauche, dans toutes ses acceptions, avait du se contenter de 37,5 % des suffrages.

Certaines enquêtes d’opinion donnent aujourd’hui autour de 30 % des voix à Hamon et Mélenchon réunis et 20 à 25 % des suffrages à Emmanuel Macron.

Ce qui semble montrer que le vote de gauche a repris quelque vigueur dans la dernière période mais souffre manifestement de la division de ses propres forces.

Et son avenir est obscurci autant par la division Hamon/Mélenchon, qui signèrent pourtant jadis des motions communes dans les congrès du PS que par le ralliement d’une part importante de l’électorat Hollande, transi de peur à l’idée d’un second tour Le Pen / Fillon.

Le candidat d’En Marche jouit donc, de fait, de deux facteurs favorables : il attire un électorat de centre/ centre droit effrayé par la teneur du programme Fillon et il capte un électorat de centre/centre gauche qui ne veut pas d’une sorte de nouveau « 21 avril ».

Cela peut il suffire pour emporter la partie ?

Il ne faudrait cependant pas oublier que le programme présenté par le candidat, avec l’aide de quelques uns des plus purs techniciens du
« système » (je pense par exemple à Jean Pisani Ferry, fils de l’ancien Ministre de De Gaulle et de Mitterrand, père, si l’on peut dire, de la
« ville nouvelle » du Vert Bois à Saint Dizier, mais plus connu comme auteur des accords de Nouméa, et descendant de Jules Ferry, qui a oeuvré comme responsable de France Stratégies jusqu’à son intégration dans l’équipe Macron), peut aussi constituer un des points d’appui de la démarche.

Le premier aspect qui concerne ce programme est l’affirmation de son apparente modestie.

Il n’a pas été présenté par les media comme « délirant » à l’instar de ceux de Le Pen et Mélenchon, présentés comme similaires une fois encore (malgré d’évidentes différences et une stratégie globale bien divergente), il comporte des mesures plus « sérieuses » que l’improbable revenu universel de Benoît Hamon et il n’est pas aussi
« violent » que le programme de François Fillon.

C’est une sorte de programme d’entre deux, de juste milieu, largement « acceptable », convenant à une France qui serait d’un seul coup pacifiée et plus clairement intégrée à l’Europe, acceptant enfin les réformes nécessaires..

On pourrait oser une comparaison littéraire en parlant d’un programme oulipien, mais ce serait, de mon point de vue, faire injure à Pérec, Queneau et consorts que de laisser penser que les potentielles évolutions contenues dans le programme d’Emmanuel Macron nous conduiront à la félicité…

Car le programme est clairement frappé par les stigmates d’un développement futur des inégalités sociales prolongeant dramatiquement le mouvement engagé depuis 2002 en ce sens et que le quinquennat de Hollande, plus encore que la courbe du chômage, n’aura pas fondamentalement inversé.

Quelques éléments de programme nous permettront de voir ce qu’il en est.

Ainsi, le programme de Macron, sous le chapitre « Inventer un nouveau modèle de croissance », propose de réduire à 25 % le taux de l’impôt sur les sociétés aujourd’hui fixé à 33,33 % et déjà réduit par la loi de finances 2017 pour certaines PME.

C’est donc un quart de la recette théorique brute de l’IS qui devrait disparaître, c’est à dire tout de même aux alentours de 15 Mds d’euros, entendu qu’à base constante, si l’on fait varier le taux, le rendement ne peut que s’en ressentir.

Notons tout de même que l’impôt sur les sociétés net, en France, compte tenu de tous les dispositifs qui minent son économie générale, ne rapporte que 1,4 % de PIB, soit cinq fois moins que la TVA…

Cette mesure va de pair, faut il le souligner, avec la transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi en allègements de cotisations sociales « pérennes », c’est à dire, selon les calculs de l’équipe Macron, 1 800 euros d’économie sur le « coût du travail » pour un salarié payé au SMIC et 2 200 euros quand celui ci est payé aux alentours de trois SMIC.

Cette « pérennisation » du CICE va coûter au moins 20 Mds d’euros aux finances publiques qu’il va falloir compenser par une hausse de la CSG, impôt qui en rapporte 100 et semble avoir les faveurs de l’équipe Macron pour « boucher les trous » creusés par les différentes mesures.

Un cinquième de CSG en plus, cela veut dire 1,6 % sur la fiche de paie pour les salariés.

D’autant que 1,7 point de hausse est également appelé pour financer la grande mesure de hausse des salaires, à savoir le basculement des cotisations chômage et allocations familiales sur l’impôt proportionnel.

Dans sa grande bonté, le programme Macron prévoit de dispenser de cette hausse de la CSG les retraités les plus modestes.

Là, c’est jouer sur du velours.

Ainsi, en 2004, 57 % des retraités étaient non imposables.

En 2014, ce pourcentage n’est plus que de 52,5 %, après que 2013 ait marqué un taux d’imposition des retraités majoritaire (à 51,3 %) sur la population concernée.

Effet des réformes mises en œuvre en matière fiscale (remise en cause du quotient familial) comme en matière de retraites, le retraité du début du vingt et unième siècle est moins pauvre que celui de la fin du vingtième.

Macron peut fièrement annoncer la revalorisation du minimum vieillesse, il s’agit là d’une prestation en voie d’extinction, faute de bénéficiaires !

Les retraités seront donc assez largement mis à contribution par la politique de Macron.

Parmi les autres mesures phares du programme, dans ce chapitre « Inventer un nouveau modèle de croissance », figure la baisse de l’Impôt de solidarité sur la fortune, par exemption d’imposition des actions, titres et parts de sociétés.

Avec Macron, plus besoin de passer de « pactes d’actionnaires », et oui aux stock options, aux distributions d’actions gratuites, aux raids boursiers et à la participation aux opérations de LBO !

Ne serait plus taxée que la propriété immobilière, dont la valeur serait évidemment corrigée des dettes liées à l’acquisition !

L’ISF deviendrait un impôt croupion de 2 à 3 Mds d’euros, sorte de surtaxe foncière sur les propriétés bâties…

Un impôt dont il convient de rappeler qu’il ne compte que 343 000 redevables environ en 2015, soit moins d’un pour cent des contribuables !

On mesure de suite l’ordre des priorités qui alimente les concepteurs du programme du candidat affiché comme « progressiste ».

Le même progressisme nous invite également à rétablir une forme de prélèvement libératoire unique sur les revenus du capital, aux alentours de 25 à 30 %.

On rappellera juste ici qu’une bonne partie de la hausse du rendement de l’impôt sur le revenu depuis 2012 procède de la disparition des prélèvements libératoires dont bénéficiaient jusqu’alors les revenus du capital et /ou de placement.

Cette mesure, en toute logique, n’a de sens que pour ceux dont les revenus sont taxés à un niveau égal ou supérieur à 30 %.

Si l’on en croit les statistiques de Bercy, les contribuables dont le revenu est taxé à 41 ou 45 % (les deux tranches les plus élevées du barème et les seules dépassant les 30 %) sont exactement 424 000 soit, là encore, à peine un pour cent des 36 à 37 millions de contribuables de notre pays !

Ont ils tous adhéré à En Marche, qui semble si déterminé à défendre leurs intérêts avant l’intérêt général ?

2017 OU L’AGONIE FLAMBOYANTE DE LA CINQUIEME REPUBLIQUE

Nous vivons quand même, depuis la révélation des turpitudes de la famille Fillon, de drôles de temps et la politique prend, au delà de l’événement en lui même, somme toute d’une assez dérisoire banalité, un tour pour le moins étrange.

Je crois cependant utile d’indiquer ici que le citoyen se trouve sans cesse partagé entre une forme de dégoût pour ces agissements sans aucun doute répréhensibles et une attirance presque malsaine pour le moindre des développements de l’affaire.

Tout cela, faut il le dire une fois encore, nous rend la conscience dispersée et cultive notre cerveau reptilien, incapable de mesurer les processus longs ayant conduit à cette situation. Continuer la lecture de 2017 OU L’AGONIE FLAMBOYANTE DE LA CINQUIEME REPUBLIQUE