L’insoutenable légèreté de Didier MIGAUD

Il y a vingt ans d’ici, Didier Migaud, jeune militant socialiste de l’Isère, fut l’un des rares députés
que le PS put garder, à l’issue de la débâcle électorale de mars 1993, l’intéressé étant réélu dans une circonscription loin d’être facile, regroupant une partie de la banlieue de Grenoble
(du côté de Fontaine notamment) et un territoire éminemment montagnard, le siège courant en
effet dans les massifs de l’Oisans (canton de Bourg d’Oisans), du Vercors (Villard de Lans)
ou du Trièves, plus le plateau matheysin.

Un découpage sur mesure, si l’on peut dire, où Didier Migaud fut donc élu en 1993 avec un peu
plus de deux mille voix d’avance sur un pur produit de l’appareil Carignon, le maire de l’Alpe d’Huez, Jean Guy Cupillard, qui finira par alimenter la rubrique juridique…

La performance de Didier Migaud fit de lui l’un des plus tenaces députés de l’opposition
socialiste entre 1993 et 1997, lors de la législature où l’Assemblée nationale fut la plus
nettement contrôlée par la droite et le fit, de fait, remarquer, d’autant qu’il choisit rapidement d’intervenir sur les questions les plus simples, à savoir les affaires financières et budgétaires.

Son brillant succès du scrutin du printemps 1997 acquis (réélection avec 63 % des votes au
second tour) conduisit Didier Migaud à devenir rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, c’est à dire l’un des députés les plus éminents du Palais Bourbon, appelé à travailler
sur les questions fiscales et budgétaires dans le courant du Gouvernement de la gauche plurielle.

On se souviendra (heureux temps ?) qu’il fut à l’origine de la « découverte » subite d’une
prétendue « cagnotte » de 30 milliards de francs dans les comptes de l’État, produit d’une
fiscalité des entreprises portée, entre autres, par une inflexion relativement positive de la
situation économique. Continuer la lecture de L’insoutenable légèreté de Didier MIGAUD

Réforme du mode scrutin

LA BOÎTE À SURPRISES N’A PAS DIT SON DERNIER MOT.

Réforme, le mot est assez à la mode et s’applique tout aussi bien au texte tendant à transformer les activités bancaires (les spécialistes de la chose semblent laisser entendre  que cela ne change pas grand chose) qu’au droit du travail, dont nous avons vu qu’il faisait l’objet d’une négociation préliminaire d’un nouveau projet de loi sur le sujet.

Mais il s’applique aussi, singulièrement aux institutions politiques de notre pays, sous des auspices tout à fait multiformes avec, un peu en vrac, une modification de la composition du Conseil constitutionnel faisant perdre aux anciens Présidents de la République leur qualité de membre de droit, la réforme du Conseil supérieur de la Magistrature et celle de la Cour de Justice de la République, et, de manière plus directe pour le citoyen, une réforme des modes de scrutin.

On a souvent reproché au système politique de notre pays de comprendre un trop grand nombre d’élections, considérées comme désuètes pour quelques unes, puisque nous élisons des maires et des conseils municipaux (dans le cadre des municipales), des conseillers généraux (élections cantonales), des conseillers régionaux (régionales), des députés aux législatives et un Président à la présidentielle, sans oublier les sénateurs aux sénatoriales dans le cadre d’un scrutin délicieusement suranné, propice à tous les arrangements contre nature…

Cinq niveaux de pouvoir, si l’on compte bien, ce qui fit dire un jour à un Président de
la République que nous étions en face d’un « mille feuilles territorial », oubliant que
la situation est assez proche ailleurs, voire plus complexe encore. Continuer la lecture de Réforme du mode scrutin

Mali : Où était passé Bernard Henri Levy ?

Depuis maintenant quelques jours, l’armée française, répondant à l’appel au secours d’un gouvernement provisoire (l’actuel Président du Mali n’est qu’un intérimaire installé par
les militaires suite au coup d’État qui s’était ensuivi de l’invasion du Nord du pays par les islamistes), est engagée dans une campagne militaire dont on ne sait d’ailleurs, nonobstant la résolution onusienne l’autorisant, combien de temps elle peut durer, ni quels objectifs elle recouvre tout à fait.

Il s’agit, selon les sources les plus officielles, de permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, aujourd’hui sérieusement entamée (la moitié du pays est sous la coupe des bandes armées prétendues islamiques et l’autre moitié gérée vaille que
vaille par un pouvoir politique assez faible).

Le territoire du Mali présente d’ailleurs des caractéristiques pour le moins intéressantes, produit de partages post – coloniaux pour le moins spectaculaires puisque l’ensemble des frontières Nord du pays est taillé au cordeau, qu’il s’agisse des 2 200 kilomètres longeant la frontière mauritanienne comme des 1 375 délimitant, entre dunes mouvantes et rochers abrupts, celle avec l’Algérie.

Le pays est donc largement désertique, la moitié de sa superficie ou peu s’en faut procédant de la zone saharienne ;

Les trois régions actuelles de Gao, Kidal et Tombouctou, aujourd’hui sous contrôle des forces dites islamistes ou rebelles, constituent au final l’essentiel du territoire du pays
mais n’accueillent que 10 % de la population malienne.

On comptait 544 000 habitants dans la région de Gao, dont 90 000 environ dans la capitale régionale ; plus de 680 000 habitants dans celle de Tombouctou
(environ 55 000 dans la ville sainte du Sahara) et seulement 68 000 habitants dans
la région de Kidal, dont 11 000 dans le chef lieu.

Les autres régions du Mali sont plus peuplées, étant situées près du grand fleuve Niger, comme Mopti, Ségou ou la capitale Bamako, ou dans des zones parfois un peu plus fertiles, comme Sikasso, ville victime, lors de la colonisation française, d’une opération de bombardement de civils en mai 1898.

La région de Sikasso, bénéficiant d’une plus forte pluviométrie, compte à elle seule plus de 2,6 millions d’habitants, soit donc plus que les trois régions du Nord réunies.

Le district de Bamako, limité pour l’essentiel à la capitale du Mali, compte pour sa part un peu plus d’1,8 million d’habitants.

La région de Kayes, aux frontières avec le Sénégal et la Mauritanie, en grande partie en zone sahélienne, compte pour sa part environ 2 millions d’habitants et constitue, de longue date, la principale région d’émigration vers la France.

La diversité ethnique des habitants du pays (depuis les Peuls Soninkés de la région de Kayes aux Touareg de Taoudenit), la faiblesse des infrastructures, l’exploitation encore balbutiante des ressources naturelles, la dominante coton d’une agriculture intégrée quelque peu de force dans le champ de l’économie internationale, tout concourt à faire
du Mali un pays fragile.

En 2009, pour situer les idées, le Mali disposait d’un produit intérieur brut de
8 965 millions de dollars, plaçant le pays à la 124e place mondiale de ce point de vue,
avec une production nationale représentant 0,33 % de la production française.

C’est à dire, pour aller vite, que la production annuelle de l’économie malienne représente à peine plus d’une journée de production en France. Continuer la lecture de Mali : Où était passé Bernard Henri Levy ?