LOI TRAVAIL : UN AIR DE VALLSE DÉJÀ ENTENDU

Après s’être accordé un délai de « consultation » de quinze jours supplémentaires et s’être tant convaincu de l’urgence de l’adoption du texte qu’il devrait déjà faire partie de l’ordre du jour de la session extraordinaire – au demeurant assez ordinaire – de juillet prochain, le Gouvernement Valls a donc rendu ses arbitrages sur le contenu de la loi réformant la négociation collective, le travail et l’emploi ou loi
El Khomri.

Et, à la vérité, ces arbitrages ont un air de déjà vu, tant les rôles semblent parfaitement distribués et les positions exprimées par les uns et les autres comme écrites d’avance.

N’accablons pas plus Myriam El Khomri à qui le rôle de Ministre du Travail va comme un gant de boxe à une dentellière et dont l’expérience professionnelle (outre les jobs d’étudiants) se limite, depuis son stage de fin de DESS, à la fréquentation des cabinets d’élus socialistes, parlementaires ou municipaux.

Son rôle va consister à répéter à l’envi les mêmes approximations que depuis le début, présentant par exemple le compte personnel d’activité ( 150 heures au moins, 400 heures peut être pour les
« illettrés » non diplômés chers à Emmanuel Macron) comme une avancée au regard du congé individuel de formation, qui peut attendre 1 200 heures, préparer à un diplôme, et ce, à compter de trois ans d’ancienneté dans la même entreprise, même si la démarche doit s’intégrer dans la politique de formation de la dite entreprise…

Et elle lira avec conviction les notes préparées par ses conseillers techniques pour rejeter par exemple le passage aux trente deux heures dans les entreprises qui le souhaiteraient ou pour justifier du passage d’accords d’entreprise qui, en en rabattant sur les « droits
«  des salariés, pollueront peu à peu tout le dialogue social avec un dumping digne de pays en voie de développement…

Manuel Valls, pour sa part, est également dans son rôle.

Il l’a dit et répété, et d’autres Ministres avant lui, « il ne veut discuter qu’avec les syndicats réformistes », et récuse par principe les syndicats « conservateurs », dont le défaut, faut il le souligner, est d’être juste majoritaires en termes de représentativité.

Des « conservateurs » qui, soit dit en passant, commencent à en avoir quelque peu assez de voir se développer une précarité de l’emploi qui n’a fait que croître et embellir au fil des compromis du passé, notamment ceux acceptés par la CFDT, la CFTC ou même la CGC.

On aura quand même observé avec intérêt comme un Premier Ministre s’affichant socialiste considérait comme décisif de s’assurer le soutien de syndicats dits «  réformistes », oubliant sans doute par là même qu’une bonne partie de l’électorat de François Hollande doit avoir l’habitude de voter CGT, FO ou encore FSU en situation professionnelle…

La position des syndicats n’a pas surpris, elle non plus, plus que cela, celle de la CGT comme de FO étant a priori acquise au rejet du contenu et de la « philosophie générale » de la réforme, dont il faut bien convenir qu’elle n’a guère varié.

Et que le lapsus linguae de Myriam El Khomri sur « quinze minutes, quinze jours » de concertation, commis en réponse aux questions d’actualité au Gouvernement, avait quelque fond.

La position de Laurent Berger, responsable de la CFDT, parlant
« d’avancées » sur le texte, était plus que prévisible et il était évident que le week end avait été mis à profit par les parties en présence (Gouvernement, CFDT et autres) pour se mettre d’équerre sur le contenu des choses.

L’abandon du barème de pénalisation aux prud’hommes des licenciements abusifs et/ou illégaux pour un barème indicatif illustre assez bien toute l’affaire.

La décision du juge, en l’espèce, après consultation des conseillers prud’hommes présents (dont, obligatoirement, un représentant employeur, ne l’oublions jamais) est d’abord la réparation d’un préjudice matériel et/ou moral subi par un(e) salarié(e).

Elle ne constitue donc pas une sorte de loterie instantanée avec un niveau de « gain » prévu à l’avance.

Quant à l’introduction d’une généralisation de la « garantie jeune «, cette allocation de 460 euros versée pendant un an aux jeunes sortis du système scolaire sans formation, elle montre, me semble t il, une fois encore, à quel point est on prêt dans ce pays à dépenser relativement beaucoup d’argent pour des mesures quasi cosmétiques.

Ah si seulement 900 000 jeunes pouvaient ainsi disparaître des listes, bien trop longues, de Pôle Emploi !

Laurent Berger marche dans les pas d’Edmond Maire, Jean Kaspar, Nicole Notat ou François Chérèque qui l’ont précédé dans le rôle : celui d’accepter des reculs sociaux inacceptables comme ce fut le cas avec les deux réformes des retraites (de 2003 et 2010), comme celle de 2012 avec le recul à soixante deux ans de l’âge légal de départ en retraite et l’augmentation de la durée d’affiliation pour exercer son droit à liquidation de pension à taux plein.

La position de Pierre Gattaz, qui est bien le fils de son père, fut à la fois outrée et, d’assez loin, la plus fine.

Le responsable du MEDEF ( dont la représentativité n’est au demeurant jamais questionnée alors que la situation me semble le mériter) a en effet présenté comme des « reculades inacceptables «  les quelques ajustements opérés sur le texte initial de la loi.

Ce faisant, il fait coup double.

Il « marque à gauche » le projet de loi, lors même celui ci conserve, entre autres, l’abandon du « principe de faveur » (en clair, pas d’accord d’entreprise en dessous de la loi et/ou de la convention collective de branche, le en dessous concernant évidemment les conditions générales de travail et de rémunération des salariés) et tend à préserver ce qui représente pour lui un acquis, c’est à dire l’essentiel du texte, qui n’a pas varié.

Accessoirement, il définit les contours de la stratégie d’amendements que peut suivre l’opposition actuelle ou le contenu des textes futurs qu’elle sera amenée à présenter, une fois gagnées les élections de 2017.

Si vous avez l’impression de ne pas avoir été conviés au bal et si la petite musique qu’on y joue vous déplaît à l’oreille, prenez votre place dans l’orchestre et changez la partition.

La France est un pays suffisamment riche pour avoir un code du travail protecteur de la santé et de la vie privée des salariés.

LOI SUR LE TRAVAIL : LA LANGUE DE BOIS FACE A LA VIE !

Prévisibilité (nom féminin) : concept renouvelé qui consiste à faire porter le risque industriel ou financier des actionnaires d’une entreprise par les seuls salariés.

Synonyme : assurance de se retrouver au chômage si le vent tourne pour l’entreprise. Continuer la lecture de LOI SUR LE TRAVAIL : LA LANGUE DE BOIS FACE A LA VIE !