UN MONDE ENTRE LES PIEDS ET UN REVE CONTINU DANS LA TETE

La première fois que j’ai du regarder avec un quelconque intérêt un match de football, ce devait être en mai 1970, à une époque où l’arrêt Bosman n’avait pas encore fait ressentir ses effets sur le football européen, pour la finale d’une Coupe des Clubs Champions Européens où chaque pays présentait uniquement son champion et rien de plus.

Si ce n’est le tenant du titre, vainqueur de la Coupe précédente, si ce club n’avait pas réussi à redevenir le champion de son pays.

Cette finale, jouée au San Siro de Milan qui n’était pas encore devenu le stade de Silvio Berlusconi, opposait le Celtic Glasgow, le grand club catholique écossais, au Feyenoord Rotterdam, premier club néerlandais, avant l’avènement de l’Ajax Amsterdam, à remporter une telle compétition.

Le club dut à un but de son attaquant suédois de poche, Ove Kindvall, de battre après prolongation le club écossais qui avait pourtant ouvert le score.

Ensuite, pour faire bonne mesure, la même année, Saint Etienne, au terme de quatre années de succès, battit Nantes en finale de la Coupe de France à Colombes (5-0) avant que je ne sois happé par la fièvre, une fois pour toutes, par la Coupe du Monde 1970 et les exploits de Pelé, Gerson, Rivelino et autres Jairzinho, venant emporter leur troisième titre au fil de six victoires consécutives.

A cette époque, il y avait déjà des joueurs opérant à l’étranger mais les joueurs européens jouaient en majorité dans leur championnat national, exception faite des Irlandais, Ecossais ou Danois, déjà « exportés » sans parler des Yougoslaves, tandis que les meilleurs joueurs sud américains restaient fidèles à leur pays d’origine.

Suffit de regarder le palmarès de la Coupe Intercontinentale des  Clubs, opposant champion d’Amérique du Sud et champion d’Europe pour s’en rendre compte…

En 1970, l’équipe de France ne comptait guère au niveau européen, n’ayant su se sortir d’un groupe qualificatif de Coupe du monde comptant la Suède de Kindvall et une équipe de Norvège composée de semi amateurs venus nous battre à Strasbourg par 1 but à 0 dans un soir gris de l’automne 1968, avant d’encaisser un terrible 0-5 en mars 1969 à Wembley, face aux champions du Monde anglais.

Pourtant, deux futurs sélectionneurs de l’équipe nationale font partie de la formation humiliée…

Mais le football de l’époque est au bord de ses premiers bouleversements.

La France, toute à sa nostalgie de l’aventure de Suède 1958, ne sait pas encore qu’elle va changer de position dans la hiérarchie du sport.

Entre 1967 et 1970, l’AS Saint Etienne vient de remporter quatre titres de champion de suite, appuyant son équipe première sur les jeunes issus du centre de formation et l’éclosion de quelques « vedettes «  étrangères méconnues comme la « Panthère Noire », l’avant – centre malien Salif Keita, auteur de 142 buts avec l’ASSE en cinq saisons dont 42 pour la saison 71-72, où il concurrence, pour le Soulier d’or du meilleur buteur européen l’attaquant yougoslave de l’OM, Josip Skoblar (44 réalisations).

L’ASSE est concurrencée par le FC Nantes, qui procède exactement de la même manière et promeut nombre de joueurs venus des clubs amateurs du Grand Ouest.

De 1963 à 1983, ces deux clubs vont décrocher quinze des vingt titres de champion de France, ne laissant que deux trophées à l’OM de Skoblar et Magnusson, deux autres à l’AS Monaco (qui développe aussi une politique de formation) et un au RC Strasbourg.

Les joueurs issus des deux clubs vont peu à peu constituer l’ossature de l’Equipe de France, qui se qualifiera pour l’Argentine en 1978, finira 4e lors du Mundial espagnol de 1982 et décrochera le titre de champion d’Europe des Nations en 1984.

Le changement frappe aussi en Europe avec le règne de l’Ajax et de son football total, où les positions définies par avance sur le terrain s’effacent devant les critères de possession du ballon et de mouvement de l’ensemble de l’équipe, soit en attaque, soit en défense.

Du premier tour de la Coupe 1970 – 71 à la finale, à Belgrade, de la Coupe 1972 – 73, l’Ajax Amsterdam gagne dix neuf matchs européens, pour trois nuls et trois défaites, alignant treize matches consécutifs sans défaite, marquant quarante sept buts pour douze encaissés…

Les choses ont bien changé depuis cette date, notamment avec cette Ligue des Champions qui s’apparente de plus en plus à une sorte de compétition réservée aux meilleurs clubs des pays européens les plus marqués par la « religion » football, lesdits clubs présentant des équipes constituées par les meilleurs joueurs possibles, de quelque pays soient ils originaires, grassement payés en salaires directs et revenus publicitaires associés.

Partout où l’attachement au football va de pair avec la capacité à rassembler des sommes très importantes, tout est possible.

Ce n’est donc pas demain qu’un club serbe, croate ou belge pourra jouer de nouveau un grand rôle dans le football européen.

Par contre, les joueurs serbes, croates ou belges continueront de fournir la main d’œuvre de qualité indispensable à la formation d’équipes de clubs performantes en Angleterre, France, Allemagne, Italie ou Espagne.

Et je ne parle pas des vedettes sud américaines, jadis engagées par les clubs argentins (Independiente, River Plate, Boca Juniors,…), brésiliens (Sao Paulo FC, Santos, Fluminense, Flamengo, Internacional de Porto Alegre) ou uruguayens (Penarol, Nacional), opérant désormais quasiment tous dans les grands clubs européens.

Dans le championnat du monde des Clubs, organisé depuis l’an 2004, on compte quatre succès sud américains pour onze victoires européennes. Continuer la lecture de UN MONDE ENTRE LES PIEDS ET UN REVE CONTINU DANS LA TETE