ART : ABU DHABI : LE PETIT ROI EST NU…

La Fédération des Emirats Arabes Unis est une association de familles régnant sur des territoires de taille et population variable, parfois cousinées, dont l’essentiel des revenus est tiré la rente pétrolière et gazière, la confusion étant entretenue entre le budget de l’Etat et l’argent des familles régnantes.

Le Louvre Abu Dhabi est une grosse affaire.

Nonobstant les qualités de la construction dessinée par Jean Nouvel, c’est surtout une rente d’un milliard d’euros qui va, régulièrement, alimenter la caisse du grand musée français et de la Réunion des Musées nationaux, d’après ce que l’on dit.

La seule utilisation du nom Louvre va rapporter 400 millions au Musée parisien, somme que l’on comparera utilement avec les 93,7 millions de la subvention 2018 pour charges de service public accordée à l’établissement.

Le Louvre Abu Dhabi attend, soit dit en passant, d’être rejoint  par le Musée national Prince Zayed ou une annexe du Guggenheim, le British Museum ayant renoncé à ouvrir une succursale dans l’émirat.

Tout cela pour exposer de manière temporaire quelques unes des œuvres rangées dans les réserves du Musée à destination du ravissement de la clientèle choisie des émirs, et donc de leur familles, de leurs invités, plus quelques hommes d’affaires venant étudier les avantages de la plate forme de services financiers que Dubai a progressivement mis en place pour préparer l’après pétrole.

Le discours d’Emmanuel Macron a sonné de manière étrange à l’occasion de cette inauguration.

Ainsi, a t il parlé de l’intéressante conception qu’il peut avoir de l’esthétique en situation…

Citons
La beauté est en soi une éducation parce qu’elle nous incite à viser plus haut, à sortir de nous-mêmes, de notre condition ; parce qu’elle nous apprend que nous sommes au monde pour agir mais aussi pour contempler, pour réfléchir, pour dialoguer.

Parce qu’elle nous met face à notre condition humaine dans un monde qui s’emploie tellement à nous ravaler au pire de nous-mêmes. Parce qu’elle nous apprend que la beauté est aussi d’ailleurs et que la beauté d’ailleurs est parfois tellement semblable à la nôtre. Elle construit un pont entre les continents qu’aujourd’hui certains voudraient diviser, elle construit un pont entre les générations.

Que ce musée ait émergé à Abu Dhabi a pour la France beaucoup de
sens ; vous êtes aujourd’hui à l’épicentre de ce monde dont la globalisation s’accélère. Vous êtes le point névralgique où se rencontrent le monde occidental et le monde oriental. Vous êtes tournés vers l’Europe autant que vers le monde arabe et vers l’Inde et la Chine.

Vous tenez ce point d’équilibre entre le continent européen, le continent africain et le continent asiatique. Vous êtes au cœur des tensions géopolitiques qui secouent le monde. Vous êtes partie prenante à ces défis civilisationnels et religieux, éminemment complexes, mais aussi aux crises climatiques déterminantes qui nous traversent.

 Aussi ce qu’ensemble ici nous édifions c’est en quelque sorte la concrétisation vivant de ce « musée imaginaire » rêvé par Malraux ; ce sont ces chefs-d’œuvre de tant de continents et de tant d’époques ainsi rassemblés, ainsi résumés. Et le faire ici a un sens tout particulier.

Tous ces défis, vous les affrontez avec un esprit de responsabilité auquel je veux rendre hommage. Vous les affronter cher Mohamed avec une détermination, un courage, qui font que la France sera toujours à vos côtés comme elle l’est aujourd’hui pour ce défi du beau comme pour tous les autres défis.
(fin de citation)

Outre le fait qu’on peut toujours se demander si Emmanuel Macron a gardé les vaches avec son Altesse Mohamed Bin Zayed, on aura remarqué l’hommage adressé à un pays qui est quand même devenu une sorte de plate forme des transactions financières discrètes, pour ne pas dire autre chose…

Au demeurant, comme on s’entend toujours entre esthètes, Emmanuel Macron n’a pas manqué de citer l’excellent Marc Ladreit de Lacharrière, PDG du holding Fimalac et de l’agence de notation Fitch, ce généreux mécène que l’on voit publiquement engagé dans certaines œuvres philanthropiques mais dont le nom est aussi apparu, pour ceux qui l’auraient oublié, dans l’affaire Fillon en qualité d’employeur de …Pénélope Fillon et qu’il a été mis en examen à ce titre.

Quand un Président de la République rend ainsi publiquement hommage, à l’étranger, à une personnalité certes honorable mais impliquée dans une procédure judiciaire, je ne sais  plus tout à fait ce qu’il convient de penser.

Membre du conseil artistique des Musées nationaux, Marc Ladreit de Lacharrière vient par ailleurs de prendre position en Arabie Saoudite (vous me suivez?) en rachetant, avec le concours de la filiale internationale de la Caisse des Dépôts (CDC International), pour environ 100 millions de dollars le producteur Uturn, domicilié à Djeddah et spécialisé dans la création de contenus pour Youtube.

Tout cela deux jours après le discours du Président de la République.

Il faut dire que Marc Ladreit de Lacharrière, descendant d’une famille noble ardéchoise, a déjà quelques intérêts dans une entité appelée Diwanee, basée aux Emirats et qui tient des sites
d’@ commerce destinés au public féminin du Moyen Orient.

Les folles soirées des émirs semblent donc beaucoup devoir à la France et à la très intéressante convention fiscale que nous avons ratifiée avec les Emirats…

Faut il, à ce stade, rappeler que les Emirats Arabes Unis se sont positionnés comme l’un des pays susceptibles d’acheter une soixantaine de Rafale au groupe Dassault, avions de combat apparemment nécessaires pour que l’armée de l’air locale intervienne, avec celle d’Arabie Saoudite, au Yémen, dans cette guerre disparue des radars qui a déjà fait 10 000 victimes et deux millions de réfugiés ?

Sans doute une certaine idée de la « beauté » comme dit l’autre…

Comme celle ci, tirée du rapport annuel d’Amnesty International.

Cette année encore, les autorités ont restreint de manière arbitraire les droits à la liberté d’expression et d’association, et arrêté et poursuivi en justice, aux termes des textes législatifs sur la diffamation et des lois antiterroristes, des opposants et des personnes critiques à l’égard du gouvernement, ainsi que des étrangers. Les disparitions forcées et les procès inéquitables restaient des pratiques courantes. Les détenus étaient régulièrement torturés et maltraités. De très nombreuses personnes condamnées les années précédentes à l’issue de procès inéquitables se trouvaient toujours en détention ; certaines étaient des prisonniers d’opinion. Les femmes continuaient de faire l’objet de discrimination dans la législation et dans la pratique. Les travailleurs migrants étaient en butte à l’exploitation et aux mauvais traitements. Cette année encore, des tribunaux ont prononcé des sentences capitales ; aucune exécution n’a été signalée.
(fin de citation)

Ah ! La Beauté, l’Art, sans oublier l’Argent !..

 

 

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