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EL FUTUR ? UNA REPUBLICA LLIURE CATALA, SOCIAL I DEMOCRATIC ?

Le moins que l’on puisse dire des images fournies par les media officiels ou non de la journée du 1er octobre dernier en Catalogne est que leur retransmission n’a pas servi la cause de l’Etat espagnol, personnifié par la déclaration de la Vice Première Ministre, Soraya Saenz de Santamaria, évoquant, depuis La Moncloa, une « réponse ferme et proportionnée » des forces de police (et singulièrement de la Guardia Civil), à l’organisation d’une consultation référendaire considérée comme illégale par le pouvoir madrilène.

Les forces centrifuges, à l’oeuvre en Espagne, ne partent pas de rien et leur génération n’a rien de spontané dans un pays qui a vécu pendant plusieurs siècles (de janvier 1492 à 1931 de fait) sous l’apparence d’une unité issue du mariage d’Isabelle la Catholique et de Ferdinand d’Aragon, oubliant qu’à plusieurs reprises (et notamment au tournant du XVIIIe siècle  ou sous Napoléon 1er et le règne éphémère de son frère Don José) l’unité nationale s’est trouvée fracturée, sans parler des guerres carlistes et de la Première République espagnole, suite à l’abdication du roi Amédée Ier de Savoie.

L’Espagne, en tant que telle, fut une construction politique et nationale de longue haleine, le roman ibérique comprenant entre autres une longue présence des Arabes et des Berbères dans la péninsule, depuis le passage du détroit de Gibraltar (pour Djebel Al Tarik, du nombre du chef de l’invasion musulmane) jusqu’au 2 janvier 1492, fin du califat de Grenade et début de la catholicisation forcenée du pays.

Ce qui fit perdre à l’Espagne une partie des élites juives et musulmanes qui vivaient jusque là dans le pays,

La Reconquista achevée, l’Espagne catholique devint une grande puissance maritime au point de partager avec le Portugal les terres conquises dans le Nouveau Monde.

S’ouvrit ainsi la période dite du Siècle d’Or, où les flottes impériales dominaient les mers, ramenant d’Amérique et d’ailleurs or, métaux précieux, tomates, pommes de terre et chocolat, entre autres.

Mais le XVIIe siècle fut une longue série de défaites militaires et politiques qui privèrent le pays d’une partie de son territoire (Traité des Pyéneées de 1659 par exemple) avant de devenir, pendant la Guerre de Succession, l’objet même du conflit.

A l’époque, les Catalans firent d’ailleurs un mauvais choix en optant pour le camp autrichien dansa confrontation avec les Bourbons installés à Madrid.

Mais la vivacité de la culture catalane ne se démentit pas pour autant,  caractérisée notamment par la musique et la danse, la langue ou encore la cuisine, sans parler des relations avec l’économie et le reste du monde.

De son origine d’avoir été la « Marche d’Espagne » de Charlemagne, la Catalogne a conservé une langue où l’élément arabe est infiniment moins présent que dans le castillan, tandis que la corrida est un sport inconnu sur le territoire de la Generalitat et que le flamenco andalou, mélange prenant de musique orientale, flamande et gitane, y laisse place à la sardane, où les harmonies vont plutôt chercher dans les tréfonds de la musique ancienne et les pas dans celle des danses antiques…

Au demeurant, comme nul ne l’ignore, la Catalogne n’est pas la seule partie quelque peu originale d’une Espagne qui compte également en son sein un Pays Basque à la personnalité affirmée, une communauté d’Aragon et une du Levant (autour de Valence) qui demeurent proches de la Catalogne, sans parler des Baléares ; une Andalousie assez fortement typée et une Galice qui s’apparente, comme les Asturies, à une région celte.

N’oublions pas, en dernière instance, les Canaries où l’Afrique s’est mêlée à l’Europe.

L’unité de l’Espagne est donc un subtil équilibre qui, faut il le rappeler, ne s’est le plus harmonieusement exprimé que lorsque le pays a échappé à la monarchie pour devenir, pendant deux courts intermèdes, une République.

N’ayons pas peur de le dire ; sans l’intransigeance des post franquistes du Parti Populaire Espagnol (issu de l’Alliance Populaire, parti formé en 1975 par Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de l’Intérieur de Franco) de Mariano Rajoy, nul doute que les forces centrifuges à l’oeuvre entre Madrid et Barcelone, largement favorisées par un mode de construction européenne qui tend à mettre en question les équilibres nationaux, nous n’aurions sans doute pas connu le 1er octobre.

Le désastreux spectacle des Gardes Civils explosant les vitres d’écoles et de collèges devant des électeurs totalement désarmés a tendu inutilement la situation.

Cela fait quelque temps pourtant que la Catalogne attend de disposer de pouvoirs renforcés et que la vie politique ibérique est d’ailleurs souvent marquée, au moment de constituer les majorités parlementaires aux Cortès,  par les calculs autour du degré d’autonomie laissé aux Communautés autonomes, et notamment les plus revendicatives, comme le Pays Basque ou la Catalogne qui se trouvent aussi être, pour le malheur du pouvoir central, les régions industrielles et économiques les plus actives du pays.

Où en sommes nous, alors même que la Catalogne connaît ce jour une grève générale d’une puissance inégalée (Carles Puigdemunt a annoncé que les fonctionnaires de la Generalitat n’auraient pas de retenue salariale en cas de participation au mouvement) ?

Plus de deux millions d’électeurs ont, dimanche dernier, fait valoir leur souhait d’indépendance et d’instauration d’une « République catalane » mettant un terme à ce que le chef de file de la Candidatura d’Unitat Popular,  Antonio Banos i Bomcompain, appelait le 27 septembre 2015, lors des élections régionales remportées par les partis indépendantistes et notamment la coalition « Junts pel Si », « la transition bourbonienne ».

Car c’est bien de cela dont il s’agit.

Depuis la désastreuse affaire Urdangarin (du nombre de l’ex joueur de handball devenu gendre du roi et impliqué dans un scandale financier), depuis la réprobation soulevée par le safari de Juan Carlos, puis son abdication et l’arrivée sur le trône de Don Felipe, Prince des Asturies (la région étant, par tradition, l’apanage du Dauphin), l’émergence dans le paysage politique de Podemos, tout cela a bousculé l’ordre établi par les Constituants de 1978.

La mort de Franco, comme chacun le sait, avait mis un terme, par principe, à l’exercice de la longue régence du vainqueur de la guerre civile.

Il s’agit alors de faire en sorte que la monarchie puisse se réinstaller sans difficultés majeures, dans une société de plus en plus taraudée par la modernité et qui demeurait la seule dictature dans la partie « occidentalisée «  de l’Europe après la Révolution des oeillets au Portugal et la chute du régime des colonels en Grèce, victimes de leur incapacité à empêcher la Turquie, sous un fallacieux prétexte, de faire main basse sur le Nord de Chypre.

La France de Giscard a joué un rôle essentiel dans l’installation au pouvoir de Juan Carlos de Borbon, candidat putatif de l’appareil franquiste mais néanmoins ouvert aux indispensables évolutions d’une société et d’un pays qui ne pouvaient décemment rester hors jeu.

Dans les dernières années du franquisme, les très puissantes manifestations qui se produisirent lors de l’affaire des « procès de Burgos » mettant en cause des nationalistes basques, accusés d’actes terroristes et passibles de la peine de mort, alors appliquée par usage du garrot, cet instrument de torture hérité des procès de la Très Sainte Inquisition, avaient montré que, dans ses tréfonds, la société espagnole était « travaillée » par les idées nouvelles…

Le travail d’installation de la « démocratie octroyée » fut au demeurant relativement facilité par l’émergence du rôle politique d’une forme de bourgeoisie post franquiste »éclairée » dont Adolfo Suarez, premier Premier Ministre de Juan Carlos, constituait une forme d’archétype (licencié en droit de la Complutense de Madrid, Suarez avait franchi tous les échelons du pouvoir franquiste jusqu’à devenir le chef du Mouvement National, le parti unique) mais aussi par le virage social démocrate du Parti Social Ouvrier Espagnol, celui ci ayant abandonné le discours marxisant de la période posguerra pour un verbe plus « Internationale socialiste » après le congrès de Suresnes.

Un Congrès de Suresnes qui fut un petit peu comme le Bad Godesberg du PSOE, la ligne imprimée par Felipe Gonzalez ne faisant pas, par exemple, de l’alliance avec le PCE la condition de l’accès au pouvoir.

Au terme du processus, tous les partis politique bénéficiaient du droit de se présenter aux élections à l’Assemblée Constituante, sous la condition de reconnaître la monarchie et de jurer allégeance au Roi.

Ce qui fit difficulté pour le PC Espagnol attaché à la République.

Cet accord sur les formes du pouvoir (monarchie parlementaire démocratique) alla de pair avec la définition d’une large communauté des Régions du pays, l’Espagne étant découpée en Communautés autonomes regroupant les différentes provinces du pays.

Et nous avons ainsi le Pays Basque, la Navarre, l’Aragon, la Catalogne, les Baléares, le Levant, Murcie, La Castille et la Manche, l’Andalousie, La Castille et Léon, la Rioja, La Cantabrie, les Asturies, la Galice, les Canaries, l’Extrémadure et même la communauté de Madrid qui ne recouvre que la province de la capitale.

Si l’échec du grotesque coup d’Etat militaire du lieutenant colonel Tejero (en 1981) permit au Roi Juan Carlos de se positionner comme le meilleur défenseur de la démocratie, il n’empêche qu’il fallut encore attendre quelques années pour mettre  à la retraite les derniers pontes de l’armée issus de la Guerre Civile et épurer police et institutions des derniers franquistes connus.

Ensuite, l’Espagne s’est arrimée à l’Union Européenne dans les années 80, ce qui lui a fait découvrir les charmes de la taxe sur la valeur ajoutée et de la distribution des fonds communautaires.

La Catalogne, selon Eurostat, se situe à un bon niveau de développement économique si l’on prend en référence le découpage régional des pays de l’Union.

Elle est, dans un premier temps, plus riche en termes de production que l’ensemble des pays de l’Est européen (sauf la très peuplée Pologne) et dépasse naturellement les petits Etats que sont Malte, Chypre ou le Grand Duché de Luxembourg, comme d’autres entités comme la Grèce ou le Portugal.

Au niveau administratif national, la Catalogne est dépassée par la Communauté flamande de Belgique (sans qu’aucune province ne la dépasse pour autant), par les Lander allemands de Bavière, du Bade Wurtemberg, de Hesse, de la Rhénanie du Nord Westphalie, l’Ile de France, Rhône Alpes Auvergne, la Lombardie et l’Inner London.

Il s’agit donc de l’une des régions du Top 10 européen et elle constitue, de fait, un territoire parfaitement viable, au plan économique, d’autant qu’on peut douter que les Néerlandais, Britanniques ou Allemands puissent  renoncer avant peu aux plages catalanes où ils viennent martyriser au soleil leur peau laiteuse…

Il est juste à craindre que le discours du gouvernement Rajoy comme celui de Don Felipe aient contribué à creuser le fossé entre Madrid et Barcelone, et que le point de non retour est aujourd’hui atteint.

Notons, pour le coup, que les trois pays de l’Union Européenne dont l’unité nationale  est aujourd’hui la plus sujette à caution se trouvent être des monarchies (Espagne, Belgique et Royaume Uni), ce qui devrait faire réfléchir aux formes actuelles de régime politique au regard des aspirations populaires.

Élection en Catalogne

MAS QUE MAI O NUNCA MAS ?

Une bonne partie de l’Europe avait, hier, les yeux fixés sur Barcelone et la Plaça Sant Jaume, où se font face à face, depuis un bon bout de temps, le Palau de la Generalitat de Catalunya, c’est à dire le Parlement régional, et l’Ajuntament de Barcelona, Hôtel de ville de la cité comtale, port ouvert sur le monde, peuplé de fous géniaux, de mauvais garçons et de bourgeois avisés en affaires.

Depuis la mort de Franco, la Catalogne, cette région à la fois riche et rétive, qui inspira un certain capitalisme ibérique et généra militants anarchistes et marxistes, peintres audacieux et  chanteurs à la libre parole, poètes chantant les merveilles de la foi (si tant est qu’il y en eût) et architectes s’attaquant aux escaliers du ciel, a recouvré une bonne partie de ses droits antérieurs. Continuer la lecture de Élection en Catalogne