Archives de catégorie : Finances publiques

REVENU UNIVERSEL D’ACTIVITÉ : UNE NOUVELLE ATTAQUE DES DROITS DES SALARIÉS ?

Force est de constater que le Plan pauvreté annoncé par le Président de la République présente une contradiction fondamentale.

Celle qui veut que le discours tenu pour en décrire le contenu était inversement proportionnel aux mesures qu’il recouvre. Continuer la lecture de REVENU UNIVERSEL D’ACTIVITÉ : UNE NOUVELLE ATTAQUE DES DROITS DES SALARIÉS ?

Dette publique : faillite de la France ou de la pensée économique ?

Ça y est ! Nous y sommes enfin !

La France, grâce à l’action résolue du Gouvernement élu au printemps 2017 et à la consolidation, dans le périmètre de la dette publique, de la dette portée par la SNCF pour réaliser ses lignes à grande vitesse et laisser dépérir le réseau secondaire tout en prenant position sur les marchés étrangers ouverts à la concurrence, vient de dépasser les 100 % de dette publique au regard du produit intérieur brut de la Nation.

Si l’on en croit quelques économistes à la parole officielle et à la langue de bois, nous serions donc, plus que jamais, en situation de devoir accepter des coupes claires dans les dépenses publiques, seul moyen, d’après eux, de nous éloigner de ce funeste pourcentage qui signifie que, s’il venait à l’esprit de nos créanciers rapaces d’exiger de suite le remboursement de ce qu’ils nous ont prêté, nous n’aurions pas assez de notre travail accumulé sur douze mois pour nous conformer à l’exigence…

L’étonnante culpabilité collective qui découle de cette analyse (sous les variations en mode mineur de la thématique «  nous vivons au – dessus de nos moyens » ou « qu’allons nous laisser à nos enfants « ) souffre toutefois de ne pas correspondre à la réalité économique et de quelques errements conceptuels majeurs qui feraient la honte d’un lycéen découvrant les sciences économiques s’il lui venait à l’idée de les reproduire…

Car, que les choses soient dites une bonne fois pour toutes, mais la comparaison entre dette et production est l’exemple typique de la notion économique construite sur du sable…

Comparer un stock (la dette) avec la somme des flux économiques de la production (le PIB), sans même considérer le caractère parfois discutable de ces flux est une erreur économique fondamentale.

Demander donc à un comptable de dire que compte de résultat et bilan, c’est la même chose.

Eh bien, là, c’est pareil.

D’autant plus que les contempteurs de la dette publique, acharnés à dénoncer l’excès de dépense publique par ailleurs, oublient, suprême insulte à la pensée économique élémentaire, de mettre en évidence qu’il y a, le plus souvent, face à la dette publique, un patrimoine constitué de choses aussi diverses que des autoroutes, des voies ferrées, des équipements publics, le bâtiment de la Philharmonie de Paris ou encore quelques lycées et collèges, sans parler des stades et piscines d’où émergent les futurs Mbappé ou Manaudou…

C’est là oublier cette donnée économique de base qui veut que la raison même de la dette est de rechercher un outil financier pour disposer ensuite d’un bien, matériel ou immatériel, nécessaire à la production (pour une entreprise), à la vie quotidienne (pour une famille) ou à la vie sociale (pour une collectivité publique).

Il m’est arrivé de développer ainsi la parabole du chauffeur de taxi, en présence de l’un d’entre eux, affolé par le discours tenu sur la dette publique.

Je lui fis en effet remarquer qu’il avait acheté, par le biais de la coopérative dont il était adhérent, son propre véhicule de travail, en souscrivant bien évidemment un emprunt pour ce faire.

A la question « Avez-vous attendu d’avoir remboursé cet emprunt pour utiliser ce véhicule ? » et à la réponse négative et naturelle qui s’ensuivit, je lui fis observer que le fait d’être « endetté » pour l’achat de son taxi ne l’empêchait pas de travailler, bien au contraire, même.

Le processus était alors identifiable : le prix de la course que j’allais finalement acquitter serait affecté, pour partie, à l’amortissement progressif de l’emprunt.

La réalité commande évidemment de dire que les mêmes qui s’alarment de la dette publique, pour mieux appeler de leurs vœux de nouvelles baisses de dépenses publiques et d’impôts, n’ont pas la même précaution avec la progression de la dette privée.

Que des étudiants commencent leur vie professionnelle avec un emprunt non encore amorti souscrit au début de leur formation ou que des ménages aient l’équivalent de cinq à six fois leur revenu annuel en prêts immobiliers (sans parler même des crédits dits revolving) ne les inquiète nullement, bien au contraire.

Et pourtant ce doit être aussi néfaste pour l’économie qu’une bonne partie de la dette publique…

Revenons un instant sur cette fameuse dette.

Si l’on en croit le site de l’Agence France Trésor, qui en assure la gestion, la durée moyenne de vie de la dette de l’Etat est de 7 ans et 329 jours à la date la plus récente.

C’est-à-dire que, si l’on était parfaitement honnête en la matière, on diviserait les 1 752,25 milliards d’euros de la dette de l’Etat par 7 ans et 329 jours pour avoir une idée de la charge annuelle des remboursements à effectuer.

Cela fait environ 220 Mds par an…

 L’autre aspect, c’est que notre dette de l’Etat est grevée d’un taux d’intérêt moyen, à dix ans, de 0,69 %.

Un taux que l’on peut utilement comparer avec celui de l’inflation, deux à trois fois supérieur…

Pour aller encore plus loin dans l’analyse, jamais accomplie depuis bien longtemps, on pourrait aussi relever que depuis le 25 août 2014 (ce qui fait tout de même quatre ans !), l’AFT émet des bons du Trésor à taux négatif qui, pourtant, trouvent preneur sur les marchés financiers.

C’est-à-dire que cela fait quatre ans, tout de même, que l’amortissement de ces Bons de court terme est moins coûteux aux finances publiques que le produit de leur collecte.

Et, pour conclure provisoirement sur ce chapitre de la « gestion active «  de la dette, on indiquera qu’avant d’être consolidée dans la dette de l’Etat, la dette de la SNCF a fait l’objet de certaines émissions de titres très longue durée (jusqu’à …99 ans !).

Vous ne trouvez pas étonnant que, contrairement à ce que d’aucuns ont pu prétendre à certaines périodes, la situation de la dette publique soit finalement plutôt satisfaisante, d’autant que les émissions annuelles de dette nouvelle permettent l’amortissement des précédents emprunts.

Ah oui, je vous vois venir.

Et si, par hasard, les marchés financiers ne nous mettaient plus d’argent à disposition ?

Si vous aimez vous faire peur, libre à vous mais n’oublions jamais que si les épargnants allemands disposent de titres de dette publique française (même s’ils ne sont pas toujours au courant), il est fort probable qu’une partie de nos primes d’assurance vie ait été transformée en détention de titres de dette publique allemande…

What else ?

Retenue à la source : si les petits ruisseaux font les grandes rivières, attendez-vous à l’inondation…

Soyons clairs : même si cela va faire tout drôle à quelques jeunes sémillants cadres en début de carrière de laisser entre 500 et 800 euros (voire plus) tous les mois aux services fiscaux, au lieu d’une gestion « optimisée » du compte en banque et du découvert autorisé, la retenue à la source, applicable à compter du 1er janvier 2019, n’est pas vraiment l’aboutissement de la réforme fiscale idéale, faisant enfin rentrer dans le rang une France qui, en Europe, était le seul pays à ne pas l’appliquer.

Sur le fond et la pratique, on notera d’ailleurs de suite que l’état actuel des rentrées fiscales de l’Etat (et notamment l’impôt sur le revenu), malgré notre antique système déclaratif, ne peut être considéré comme défaillant. Continuer la lecture de Retenue à la source : si les petits ruisseaux font les grandes rivières, attendez-vous à l’inondation…