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LE PREMIER GESTE, C’EST SOUVENT DE MARCHER

De l’origine à aujourd’hui, même si nous n’avons pas que les traces invisibles inscrites dans nos codes génétiques, et bien avant que les mots et la pensée ne trouvent leur expression dans l’écrit, le mouvement naturel de l’Humanité a été de se déplacer.

Je ne sais pas ce que les descendants de Lucy, nés dans la grande déchirure africaine du Rift, sillon brûlant tracé dans la chair du continent, sont venus faire en allant qui vers l’Asie, qui vers l’Europe, mais le fait est qu’ils ont marché…

Le propre de l’Humanité, pour ceux qui l’auraient oublié, c’est de marcher, d’aller au devant de sa destinée à venir pour mieux fuir parfois celle du passé…

Les chasseurs ont recherché de meilleurs terrains de chasse, les pêcheurs des rivières poissonneuses et des mers plus généreuses, et les agriculteurs des terres plus grasses que les sols ingrats jusqu’alors travaillés.

Et qu’a fait le peuple Juif, à la suite de Moïse, sinon de quitter le sol égyptien, lieu de souffrance et de servitude, pour la Terre Promise, le « pays de lait et de miel » où le bonheur faisait ordre du jour ?

Ont ils été chercher ce Paradis perdu, les pélerins du Mayflower, pourrait on se demander ?

Possible, en tout cas, que comme bien d’autres en d’autres temps et lieux, ils aient été se choisir une autre vie sur Terre que celle qui se déroulait jusque là…

Autant dire que nous ne pouvons qu’être abasourdis, honteux peut être, révoltés ou encore scandalisés par la manière dont certains appréhendent ces temps derniers la situation pour le moins mouvante créée par les incertitudes géopolitiques du Moyen Orient et de l’Afrique sahélo saharienne…

Que les choses soient dites : la France n’est pas soumise à je ne sais quelle poussée migratoire qui nous conduirait jusqu’à la submersion.

Pour le coup, ceux qui utilisent ce vocabulaire anxiogène sont d’autant moins qualifiés pour donner leur opinion que ces « migrants », pour la plus grande partie, ne camperont pas sous leurs fenêtres…

Et que leur logement offre en général plutôt une vue sur la Tour Eiffel ou le Bois de Boulogne que sur les berges du Canal Saint Martin ou du Canal Saint Denis.

Le bassin de la Villette est pour quelques uns de ces plumitifs de l’angoisse et de la haine une sorte de « zone de non droit », une contrée inconnue assimilable à je ne sais quel cloaque douteux…

A la vérité, s’ils étaient seulement originaux dans leur discours, cela serait déjà bien…

Le Figaro du 10 mars 1939, parlant de la situation créée par la fin de la Guerre d’Espagne et l’exil forcé de centaines de milliers d’Espagnols républicains et de leurs familles, évoque ainsi le Conseil des Ministres qui, après avoir approuvé le décret d’ouverture de la session de printemps du Parlement, s’est trouvé à réfléchir sur le statut des réfugiés.

(A l’époque, la convention internationale sur le droit d’asile n’existe pas ou de manière rudimentaire avec le passeport Nansen).

Ainsi, le Figaro écrit «  Le conseil sera amené à fixer une résidence à MM. Negrin (leader du PSOE à l’époque et Premier Ministre) et Del Vayo et aux autres ministres républicains ayant demandé asile en France. Il aura également à se prononcer sur les mesures de police à prendre à l’égard des chefs extrémistes réfugiés sur notre territoire. Il entre, croyons nous, dans les intentions du gouvernement d’interdire rigoureusement aux leaders communistes et anarchistes espagnols tout acte de propagande et dans le cas où ils n’observeraient pas la plus stricte neutralité politique de les refouler hors de France. »

Pour les remettre dans les mains de Franco ?

Le grand quotidien conservateur citait notamment les cas de Dolores Ibarruri, dirigeante communiste et d’Enrique Lister, commandant militaire issu lui aussi du PCE parmi les « chefs extrémistes »à surveiller.

On se souviendra que, lorsque Pétain aura pris le pouvoir dans les décombres de la IIIe République, il n’aura aucune difficulté à expulser du territoire français l’ancien Président de la Generalitat de Catalunya, Lluis Companys, et le livrer aux autorités franquistes.

De fait, les plumitifs et propagandistes de la haine et de la méfiance, qu’il s’agisse de journalistes, de pseudo intellectuels ou d’hommes politiques, sont une véritable honte pour la pensée critique.

A tous ceux là, on peut effectivement rappeler ce petit exercice de calcul simple.

Dans le schéma européen de « gestion de la crise migratoire », la France doit s’assurer du traitement de la situation de 24 000 personnes par an.

Par ordre de comparaison, cela fait environ deux réfugiés pour trois communes de notre pays.

Nous pouvons aussi rapporter le nombre de ces réfugiés à celui de la population française (plus de 67 millions), ce qui situe le pourcentage à 0,03 %…

Ce qui, dans une ville comme Paris, pourrait signifier par exemple d’accueillir correctement quelque chose comme 650 réfugiés.

On le voit, nous sommes au bord de l’invasion…

Plus sérieusement, au delà de ce petit exercice d’arithmétique,  on peut se demander de quel bois est faite la loi que le Gouvernement actuel entend mettre prochainement en œuvre et qui vise (sic) à « une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie ».

Un projet de loi qui prévoit, par exemple, de refuser le statut de réfugié à tout ancien militant de l’ETA basque…

Ou de généraliser le renvoi des demandeurs d’asile vers le premier pays de l’Union européenne où ils auraient eu l’idée de poser le pied…

On appelle cela des « Dublinés » puisque l’accord stupide de répartition des demandeurs d’asile a été signé dans la capitale irlandaise.

En même temps, venant d’une institution (La Communauté Européenne) qui accorde quelque vertu à la notion de « shopping de l’asile », comme dirait notre pauvre Ministre Nathalie Loiseau (ancienne directrice de l’ENA, ce qui laisse au moins rêveur), rien ne peut nous étonner.

 

 

 

 

 

 

 

REFUGIES : L’EUROPE COMMENCE A SAMOS ET FINIT A BRUXELLES

C’est désormais un fait acquis.

Le continent européen, depuis la constitution du Marché Commun puis la création de la Communauté Européenne, et désormais d’une Union comprenant vingt huit Etats membres (même si l’un d’entre eux semble appelé à quitter le navire) se présente bel et bien comme une sorte d’Eldorado de la démocratie, de la liberté d’expression, faisant des droits humains sa raison d’être et comme la sève qui court dans les branches de son arbre aux multiples couleurs…

C’est d’ailleurs parfaitement manifeste, cette impression d’Eldorado, quand on voit ce que donne concrètement l’accueil des milliers de réfugiés venus des pays du Sud et notamment des nations aujourd’hui frappées par les guerres civiles et/ou importées.

Je ne sais pas vous, mais j’avoue avoir été marqué par cette laconique et récente dépêche de l’agence britannique Reuters qui parlait de
3 600 morts par noyade depuis le début de l’année 2016 dans les flots de la Méditerranée, cette Mare Nostrum qui, à la fois, sépare et réunit l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

3 600 victimes, c’est l’équivalent du 11 septembre, c’est autant que deux fois (ou presque) le Titanic en avril 1912, mais cette fois ci il n’y aura pas de film à grand spectacle (et à visée clairement politique, au demeurant), pas de chanson de Céline Dion vouée au succès international, pas de monument commémoratif, pas de cérémonie de recueillement ni de cortège officiel de dirigeants politiques en procession compassionnelle… Continuer la lecture de REFUGIES : L’EUROPE COMMENCE A SAMOS ET FINIT A BRUXELLES