Mais, ils racontent n’importe quoi

 

Vous êtes invités à laisser en fil dans cette rubrique votre sentiment profond, étayé par des preuves et des éléments trouvés par ailleurs dans vos archives et documentations personnelles, sur le caractère parfaitement inexact de certaines assertions entendues sur les media audiovisuels, lues dans la presse et autres.

 

Une sorte de désintoxication que nous voulons collective, mue par la saine fureur d’une colère très juste (comme dit l’autre), contre ce qui procède de l’approximation et de l’enfumage…

 

Un appel vibrant, de fait, à l’exercice plein et entier de votre esprit critique.

thématique : n'importe quoi

Aujourd’hui, nous commençons avec un extrait intéressant de l’entrevue accordée par Brice Hortefeux, ancien Ministre de l’Intérieur, à un grand quotidien populaire.
Citons :

Vous souhaitez revoir le Code de la nationalité en réformant le droit du sol ?

Il faut restreindre l’accès à la nationalité, alors que le gouvernement est en train de l’élargir. En un an, le nombre de naturalisations a ainsi augmenté de 14%. Mais c’est un sujet essentiel sur lequel nous devons éviter d’agiter des chiffons rouges en utilisant de grands mots. Souvenons-nous que le droit du sol était défendu par la monarchie et le droit du sang par les révolutionnaires. Je propose que nous appliquions désormais un principe simple : l’accès à la nationalité ne doit plus être automatique pour les enfants de ceux qui sont venus de manière illégale sur notre territoire.

( fin de citation)

Outre qu’il y aurait beaucoup à dire sur certains éléments de cette entrevue (le recours aux pourcentages  ayant, comme chacun l’aura remarqué, l’avantage de faire plus d’effet que celui aux données chiffrées brutes), commentons ici l’affirmation selon laquelle le droit du sol était défendu par les monarchistes et le droit du sang par les révolutionnaires.

La preuve dans le texte de la Constitution de 1791 qui, dans son titre II, indique (je cite)

Article 2. – Sont citoyens français :
– Ceux qui sont nés en France d’un père français ;
– Ceux qui, nés en France d’un père étranger, ont fixé leur résidence dans le Royaume ;
– Ceux qui, nés en pays étranger d’un père français, sont venus s’établir en France et ont prêté le serment civique ;
– Enfin ceux qui, nés en pays étranger, et descendant, à quelque degré que ce soit, d’un Français ou d’une Française expatriés pour cause de religion, viennent demeurer en France et prêtent le serment civique.

Article 3. – Ceux qui, nés hors du Royaume de parents étrangers, résident en France, deviennent citoyens français, après cinq ans de domicile continu dans le Royaume, s’ils y ont, en outre, acquis des immeubles ou épousé une Française, ou formé un établissement d’agriculture ou de commerce, et s’ils ont prêté le serment civique.

Article 4. – Le Pouvoir législatif pourra, pour des considérations importantes, donner à un étranger un acte de naturalisation, sans autres conditions que de fixer son domicile en France et d’y prêter le serment civique.

(fin de citation)

Et l’on peut également citer la Constitution du 24 juin 1793 ou Constitution de l’An II (robespierriste, si l’on peut dire, puisque celle de la Convention montagnarde) qui stipule, en son article 4 (citation)

Article 4. – Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; – Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français.

(fin de citation)

Je ne pense pas utile d’en rajouter sur l’approximation historique de celui qui fut « le meilleur ami de Nicolas Sarkozy ».

6 réflexions au sujet de « Mais, ils racontent n’importe quoi »

  1. Et voilà qu’une proposition de loi a été déposée par le sarkozyste et énarque Guillaume Larrivé

    Ce dernier explique, je cite :
     »
    « Les enfants nés en France de parents étrangers ont vocation à devenir français, mais cette voie d’accès à la nationalité française ne doit pas être ouverte à ceux qui méconnaissent le pacte républicain »,

    Méconnaître le pacte républicain.
    Je ne pense que ces « étrangers » soient les premiers à le méconnaitre.
    Le fameux pacte républicain a déjà été largement attaqué par les élus de la République à plusieurs reprises. Depuis l’adoption du Traité de Lisbonne, les choses s’aggravent…

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/10/25/les-sarkozystes-s-attaquent-a-leur-tour-au-droit-du-sol_3502808_823448.html

  2. Ce site rend moins bête jour après jour…
    De manière générale, ce qui est acquis, c’est que Hortefeux semble bien avoir raconté absolument n’importe quoi…
    J’attends avec curiosité les futurs messages dans cette rubrique bienvenue !

  3. Les révolutionnaires français partisans du droit du sang ? Mais qu’est-ce qu’Hortefeux raconte là ? Jean-Baptiste « Anacharsis » Cloots, né sujet du royaume de Prusse, et Thomas Paine, citoyen des USA, ont reçu en août 1792 la nationalité française de l’Assemblée législative, et ont été élus le mois suivant députés à la Convention !

  4. Il va sans dire que je n’ai trouvé aucune trace, dans les textes constitutionnels des monarchies,de la reconnaissance du droit du sol ou du droit du sang.
    Ainsi la Charte promulguée par Louis XVIII définit elle tous les Français comme égaux (article 1 de la Charte) mais réserve le droit de vote à ceux payant au moins trois cents francs de contribution directe et ayant trente ans au moins et l’éligibilité à ceux acquittant au moins mille francs de contribution.
    Etrange conception de l’égalité, non ?

    1. C’est vrai. Mais c’est moins hypocrite et pervers que la loi électorale de mai 1850, votée par les monarchistes, conservateurs et assimilés, qui écartait des urnes un tiers des 9 millions de Français de sexe masculin en âge de voter, puisqu’ils ne résidaient pas plus de 3 ans dans la même commune, leur métier (ouvrier de l’industrie ou de l’agriculture surtout) les obligeant à déménager fréquemment pour trouver du travail. La loi ciblait délibérément les classes populaires (« la vile multitude » pour Adolphe Thiers) et ceux qui votaient pour les candidats proches de la gauche et/ou du socialisme.

      La Constitution de la IIe République rétablissait le suffrage universel masculin, les élites, par peur de tout ce qui ressemblait à un rouge, l’ont réduit à néant par la loi électorale de 1850, qui rétablissait sans le dire le suffrage censitaire.

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