Le droit d’asile est totalement dévoyé. Entre 2007 et 2012, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 73 % !

25 octobre 2013
thématique : n'importe quoi
Sous ces déclarations spectaculaires, une nouvelle démonstration de discours parfaitement éloigné de la réalité et de la vérité des chiffres.

L’auteur de ces martiales déclarations a « son rond de serviette » chez BFM et chez Calvi où, à défaut de sa grande cheftaine, il représente le Front National.

Il s’agit, vous l’aurez reconnu, de l’excellent Florian PHILIPPOT, aspirant maire de Forbach ( et non de Francfort, comme eût dit le regretté Pierre Desproges), qui a tenu ce discours ce 23 octobre lors d’un débat organisé dans le cadre du grand Soir 3, où il figurait aux côtés de David Assouline, Sénateur (cela me fait toujours un peu rire de penser que l’un des leaders du mouvement étudiant anti loi Devaquet de 1986 ait connu ce destin) PS de Paris et de Nadine Morano, qui n’est plus que déléguée générale de l’UMP…

Revenons donc à Florian Philippot, dont le discours appelle à la fois observations de forme et de fond.

Les mots ont été soigneusement choisis et l’expression est au point.

I – Le droit d’asile est « dévoyé ».

C’est tellement mieux de dire que les demandeurs du droit d’asile en usent et en abusent plutôt que de dire que la France se trouve aujourd’hui être l’un des pays les plus fermés à la demande d’asile.

Ainsi, pour être précis, et avoir été à la source (le rapport annuel d’activité de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, l’OFPRA), voici les données effectives.

La France a recensé en 2012 55 255 demandes d’asile (majeurs + mineurs dits accompagnants, ce que j’appelle des enfants en général) contre 52 147 en 2011, soit une hausse de 6 % en un an.

Le tout pour un pays dont je rappelle qu’il compte aujourd’hui 65 millions d’habitants et plus et qu’il est physiquement présent sur quatre continents, puisqu’il ne faut jamais oublier que les Antilles, Saint Pierre et Miquelon, la Guyane, Mayotte, la Réunion ou nos archipels du Pacifique sont aussi des territoires français.

A titre de comparaison, l’Allemagne dont la totalité du territoire se situe en Europe, a enregistré 64 539 demandes d’asile en 2012 contre seulement 45 741 en 2011, soit une progression de 41,1 % des effectifs.

Pour poursuivre, indiquons que la Suisse (environ 7 millions d’habitants) reste fidèle à sa tradition d’asile avec 28 631 demandes en 2012, au lieu de 22 551 en 2011 et que la Suède (qui compte 9,5 millions d’habitants) a enregistré 43 887 demandes d’asile, en lieu et place de 29 648 l’année précédente.

Le royaume nordique a ainsi accueilli 11 000 réfugiés syriens sur son sol en 2012, de la même  manière qu’il avait accueilli 18 559 Irakiens en 2007, au plus fort des tensions intérieures dans ce pays.

Par comparaison, la France comptait fin 2012  2 490 réfugiés politiques irakiens et 510 réfugiés politiques syriens.

Nul doute que le second contingent a dû augmenter cette année, puisque nous avons connu en 2012 une véritable explosion du nombre des demandes d’asile en provenance de Syrie, passées de 100 à 450, soit une hausse de 350 %, mais, comment dire, tout de même sacrément marginales par rapport aux près de deux millions de Syriens qui ont fui le théâtre de la guerre pour des camps en Turquie et en Irak…

II –  Entre 2007 et 2012, le nombre de demandes d’asile a augmenté de 73 % !

Là, on est dans le champ de la pure politique politicienne.

Suivez mon regard, comme dirait l’autre.

Entre 2007 et 2012, cela fait référence, immédiatement, à l’époque de Sarkozy.

Ce Sarkozy, concurrent du FN sur sa gauche (si l’on peut dire), et dont il faut décrédibiliser le bilan pour justifier du vote FN et du célèbre « la gauche, la droite, on a vu ce que cela donnait, autant voter Le Pen ».

Autre habile remarque : on utilise un pourcentage au lieu d’utiliser des chiffres en négligeant évidemment quelques petits détails.

Retour aux chiffres bruts : en 2012, donc, le nombre de demandes d’asile, en termes de personnes concernées (avec les mineurs) atteint 55 255.

Celui des premières demandes se situe à 41 254 pour l’année.

Le nombre de premières demandes était de 23 804 en 2007 et, compte tenu de tous les paramètres, on avait 29 937 demandes (premières demandes, réexamens, mineurs accompagnants).

Florian Philippot pourrait donc avoir raison sauf qu’en 2007, comme chacun le sait, il n’y avait pas la guerre en Syrie, notamment…

Et il oublie surtout quelque chose d’assez essentiel.

C’est que les demandes d’asile étaient 57 616, toutes catégories confondues, en 2004, et que nous avons enregistré en 2003 pas moins de 52 204 premières demandes, soit quasiment 11 000 de plus qu’aujourd’hui !

Le droit d’asile n’est pas un pis – aller utilisé par d’habiles réseaux pour contourner les limites de l’espace Schengen ou je ne sais trop quoi encore.

Il obéit à des logiques de « flux » liés aux tensions plus ou moins fortes existant dans le monde.

Il est par contre intéressant de constater d’où viennent les demandes.

Puisque le Vice Président du FN fait référence à 2007, un regard sur les demandes 2007.

Sur 23 804 enregistrées, 9 229 venaient…d’Europe !

Avec 2 250 demandes venues de Serbie (essentiellement des Kosovars), 2 039 de Turquie (d’abord des Kurdes) et 2 001 de Russie !

On comptait 5 334 demandes venues d’Asie dont 1 845 du seul Sri Lanka (c’est-à-dire des Tamouls fuyant un pays alors ravagé par la guerre civile).

Puis 816 demandes venues des Amériques dont 588 d’Haïti…

Et 8 223 demandes venues d’Afrique dont 1 802 de la seule République démocratique du Congo, pays où fait rage une guerre civile interminable, ayant pour objet le contrôle de ses richesses minières (comme toujours).

Notons aussi, pour quantifier l’invasion de familles entières, que 50,3 % des demandeurs étaient célibataires et que leur moyenne d’âge ressortait aux alentours de 32 ans…

En 2012, la république démocratique du Congo arrive en tête de tous les pays pour la première demande avec 4 010 dossiers (quasiment 10 % du total), devant la Russie (2 873), le Sri Lanka (2 436), le Kosovo (2 084), la Chine (2 035), le Pakistan (1 860), la Turquie (1 768), la Géorgie (1 760), l’Albanie (1 688) et l’Arménie (1 526).

Nous avons donc toujours un grand nombre de demandes émanant de pays où se sont produits ou continuent des conflits majeurs (RDC, Sri Lanka), et un groupe de pays où les tensions régionales diverses, voire l’oppression de minorités (cas des Rrom au Kosovo ou en Albanie) sont à l’origine des demandes.

Ceci dit, ce qu’oublie évidemment de dire Florian Philippot, c’est que demande ne veut pas dire automatiquement accord.

Et que la France, de ce point de vue, se distingue par le niveau élevé de rejets des demandes formulées.

En 2007, nous comptions 23 804 premières demandes, 6 133 réexamens et 5 583 demandes concernant les mineurs.

Et nous avons eu 3 401 décisions positives de l’Office (environ 12 % du total) et 5 380 au total suite aux recours.

En 2012, on compte en effet finalement moins de 180 000 réfugiés politiques dans notre pays.

Le classement des pays d’origine de ces personnes dotées du statut, sous quelque forme que ce soit.

En Europe, nous comptons encore 51 359 réfugiés dont 11 438 ressortissants russes, 10 887 Turcs puis 5 592 ressortissants de l’ex Yougoslavie, majorés par 4 118 Bosniens, 2 576 Kosovars, 2 152 Serbo – Monténégrins,  1 186 Serbes, 300 Macédoniens et 77 Croates.

L’ex URSS fournit également 3 633 Arméniens, 2 567 Azéris, 471 Biélorusses, 67 Baltes, 380 Moldaves, 719 Ukrainiens, 2 391 Géorgiens.

En Asie, nous avons d’abord les Sri Lankais avec 23 225 réfugiés sous protection puis le pôle Indochine (12 666 Cambodgiens, 7 335 Laotiens et 8 605 Vietnamiens).

Le Bangladesh (2 834 personnes), l’Afghanistan (2 590), l’Irak (2 620) et l’Iran ( 2 172) suivent ensuite.

Pour la Syrie, en pleine guerre civile, nous étions à 510 réfugiés et 130 personnes sous protection subsidiaire.

En Afrique, la RDC est en tête avec 12 585 personnes protégées, loin devant la …Mauritanie (4 899), la Guinée (4 111), le Mali (3 428), le Congo (3 318), l’Angola (3 258), le Rwanda (2 723).

Aux Amériques, sur 4 836 personnes protégées, nous avons 3 710 Haïtiens.

Autant dire que moins de 5 % des résidents étrangers en France disposent du statut de réfugié.

Où est l’invasion ?

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