« 0,2 %, La reprise est là ! »

23 octobre 2013

les chiffres
Dans notre série consacrée au sens des chiffres, un petit commentaire sur les déclarations récentes du Ministre de l’Economie et des Finances, se félicitant de la révision à la hausse de la prévision de croissance pour 2012, passée d’un dixième de point à deux dixièmes de point.

De point de quoi, déjà, disent immédiatement les spécialistes du tricot…

De point de produit intérieur brut marchand, précise tout aussi illico le statisticien.

Ce qui signifie, aux prix courants, que la production intérieure brute marchande devrait progresser en 2013 de quatre milliards d’euros au lieu de deux milliards d’euros seulement.

On mesure de suite le caractère spectaculaire de cette croissance retrouvée, selon le Ministre, mais ensuite on peut mesurer un certain nombre d’autres rapports.

Deux dixièmes de point, amis lecteurs et contributeurs, qu’est ce que cela représente ?

Comme l’année commerciale, pour aller vite, couvre par convention 360 jours, on peut considérer qu’un pour cent de PIB représente la production de 3,6 jours, soit un total de quatre vingt six heures et vingt quatre minutes. 

Un dixième de ce total, cela représente donc l’équivalent de l’activité de notre appareil productif pendant huit heures et quarante minutes environ.

Deux dixièmes, cela donne donc dix sept heures et quart ou peu s’en faut… 

Résumons nous : il suffit qu’il y ait un jour férié chômé de moins sur l’année 2013 par rapport à 2012 pour que la croissance revienne…

L’année 2013 n’a pas été aussi riche que cela en « ponts » avec son 1er mai un mercredi, son 14 juillet endimanché, son 15 août placé un jeudi (sauf que les ponts pendant les congés d’été, cela n’existe pas), son vendredi 1er novembre et son lundi 11 novembre.

En 2012, les 1er et 8 mai étaient un mardi, le 1er novembre un jeudi et le 25 décembre un mardi…

Mai 2014 nous prépare trois jeudis intéressants ( les   1er, 8 et 29, jeudi de l’Ascension), faisant du 14 juillet un lundi et du 11 novembre un mardi… 

La croissance sera t elle au rendez vous ? 

Bon, soyons un peu plus sérieux en nous interrogeant sur ce concept, généralement admis, qu’est le PIB.

Car, quand il est appelé à progresser de quatre milliards d’euros, on peut toujours s’interroger sur ce qui permet d’obtenir ce résultat.

Exemple assez typique : celle de la consommation de produits pétroliers.

Il suffit, en particulier, que l’hiver soit plutôt clément et le printemps doux pour que nous nous retrouvions avec une consommation limitée de produits pétroliers, la saison de chauffe de la plupart des logements collectifs étant interrompue prématurément.

Dans le cas contraire, cela peut contribuer à améliorer le PIB.

C’est d’ailleurs l’une des raisons de la « relance «  de l’activité au second trimestre 2013, le temps plutôt maussade du printemps ayant occasionné une plus grande consommation de fuel et de gaz naturel, entre autres.

La consommation de produits pétroliers, de manière tendancielle, peut avoir baissé ces dernières années, ne serait ce que parce que le parc automobile français s’est rajeuni à grands coups de « prime à la casse » et que les voitures d’aujourd’hui consomment moins que celles d’il y a vingt ou trente ans.

Un autre facteur de baisse, apparente, tient au prix des produits concernés.

La hausse considérable des droits d’accises, depuis plusieurs années, a conduit, manifestement, un certain nombre d’utilisateurs de leur automobile à aller trouver, singulièrement dans les zones frontalières, de l’essence ailleurs qu’en France.

Quand les stations service de France font moins d’affaires, le PIB en souffre…

Une autre question essentielle se pose.

Celle de la réalité de l’activité économique que donne  le produit intérieur brut « marchand ».

Trois éléments sont censés contribuer à la formation du produit intérieur brut : la consommation des différents secteurs institutionnels, la formation brute de capital fixe (en clair l’investissement) et, enfin, les exportations.

Notre PIB est de 2 032,3 milliards d’euros, ressources que nous majorons de 602,6 milliards d’euros d’importations.

Aisément compréhensible puisqu’aux dernières nouvelles, nous importons, entre autres, des bananes de Côte d’Ivoire et du pétrole d’Algérie pour faire « tourner la maison France ».

Sur ces 2 634,9 milliards d’euros, 1 500,6 finissent en consommation des ménages, 174,4 milliards en dépenses de consommation des administrations publiques, 401,8 milliards en investissements et 557,6 en exportations.

Mais n’envisager les ménages et les administrations publiques que comme des consommateurs est une erreur.

En effet, le secteur public est générateur de près de 450 milliards d’euros de production en 2012 et de 333 milliards d’euros de valeur ajoutée.

Ainsi, les ménages produisent ils une valeur ajoutée de 345 milliards d’euros en 2012 (311 milliards en 2006) et les administrations publiques en sont à 333 milliards (285 milliards en 2006)

En six ans, la valeur ajoutée ménages plus administrations aura donc progressé de près de 80 milliards d’euros, un montant qu’on ne retrouve pas dans le PIB.

Dans le secteur privé, la croissance aura atteint, sur la même période, 106 milliards d’euros.

Comme quoi la croissance n’est pas toujours là où on croit la trouver.

3 réflexions sur « « 0,2 %, La reprise est là ! » »

  1. Dans le même genre, voici ce qu’a écrit Le Figaro concernant l’Espagne :

    « L’Espagne sort de récession »

    « L’Espagne, plongée en récession depuis deux ans, en est sortie au troisième trimestre avec une croissance de 0,1%, a estimé la banque centrale, dont les calculs sont généralement confirmés par les chiffres officiels. »

    0,1 % de croissance au 3ème trimestre, ça c’est de la reprise.
    On peut déjà souligner qu’il ne s’agit que d’estimations, donc dans 6 mois, il se peut qu’on nous dise que le pays n’était pas vraiment sorti de la récession.

    0,1 % sur le 3ème trimestre avec un PIB annuel équivalent à 1000 Mds d’euros, cela fait un accroissement de 250 millions d’euros sur le trimestre (hypothèse d’un PIB réparti équitablement sur l’année)…

    1. L’hypothèse n’est pas fausse, dans l’absolu, ploumploum.
      D’autant que le troisième trimestre (juillet – septembre) correspond, en Espagne, à la pleine activité touristique.
      Alors, dans ce contexte, 0,1 % de croissance…

  2. C’est vrai, moi qui suis une grande tricoteuse je me suis tout de suite demandé de quel point de tricot il s’agissait !
    C’est presque drôle, ( cela tient à votre plume « vudeloin ») mais à la vérité cela montre comment il est facile de faire dire aux chiffres c’qu’on veut !
    Comme ce week-end il a fait froid et cela ne fait que commencer… il faudra comprendre : relance de l’activité du 4èm trimestre 2013 !

    La France est dans une suicidaire baisse des dépenses.
    Après avoir réduit les impôts des plus aisés, tout semble plutôt bien aller dans le secteur privé qui ne semble pas si touché par l’effort national que nombre de ménages doivent consentir.

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