Les chiffres du chômage : Dépasser le quantitatif, examiner le qualitatif

les chiffresIl est évident que, s’il y a des chiffres qui font l’objet de controverses, ce sont bien ceux du chômage dans notre pays.

Comme chacun le sait sans doute, nous avons régulièrement communication, par la voie audiovisuelle et radiodiffusée, des « chiffres du chômage », variable d’ajustement des politiques publiques et de leur popularité éventuelle…

Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a quelque difficulté à s’y retrouver dans le maquis des définitions et des principes retenus pour l’évaluation du sous – emploi ou de la privation d’emploi dans notre pays.

Cet article va donc tenter de fixer les choses, en précisant les principaux champs visés par les différentes études statistiques.

Des études d’autant plus faillibles qu’elles sont, assez largement, conditionnées par la « manifestation » de l’existence des privés d’emploi eux – mêmes.

Or, de ce point de vue, depuis la fusion de l’ANPE (agence d’Etat employant des assimilés fonctionnaires) et de l’UNEDIC (organisme paritaire privé chargé d’une mission de service public), c’est-à-dire l’union de l’organisme chargé de connaître des situations de privation d’emploi et de celui habilité à pallier, par le versement d’allocations, à cette situation, nous rencontrons, chez nombre de chômeurs, une certaine réticence tout à fait naturelle, d’ailleurs.

Notamment chez les jeunes sans emploi, parfaitement convaincus que l’inscription à  Pôle emploi ne leur assurera aucune allocation quelconque.

Bref, revenons d’abord à la classification des sans emploi.

Cette classification obéit à cinq catégories de privés d’emploi.

La catégorie A concerne les privés d’emploi, recherchant un contrat à durée indéterminée à temps plein.

C’est la plus fournie des catégories de privés d’emploi et c’est la seule qui fasse l’objet d’une communication officielle.

Quand on parle du nombre des chômeurs en France, on parle de ceux de la catégorie A.

La catégorie B, pour sa part, regroupe les chômeurs désirant d’exercer, à temps partiel, un emploi sous la formule d’un contrat à durée indéterminée.

Elle correspond, si l’on peut dire, à une certaine demande d’emploi chez les mères de famille et les femmes travailleuses, de manière générale.

Mais elle est aussi, parfois, une catégorie alimentée par d’anciens inscrits catégorie A se désespérant d’occuper un emploi à temps plein.

La catégorie C, ensuite, regroupe les chômeurs recherchant un emploi temporaire ou saisonnier.

Enfin, les catégories D et E comprennent les privés d’emploi dispensés pour des motifs divers de recherche d’emploi (ces chômeurs sont soit en stage, soit malades, soit engagés dans un contrat aidé, etc, etc…).

Et pour faire bonne mesure, nous avons les chômeurs de l’Outre Mer, continûment distraits de quelque catégorie que ce soit et dont le nombre n’est pas même ajouté à celui des « A » métropolitains.

Alors, là-dessus, prenons octobre 2013.

En catégorie A, selon Pôle Emploi itself, 3 275 200 inscrits, nombre en baisse de 20 500 sur septembre, mais en hausse de 185 200 sur l’année dernière.

En catégorie B, le nombre de demandeurs est en hausse de 23 700 à 661 200 personnes, avec une hausse de 53 000 cas sur un an.

En catégorie C, c’est encore mieux, si l’on peut dire, avec 36 400 personnes de plus en un mois et de 74 300 personnes en un an.

La catégorie compte désormais 946 600 inscrits.

Ce qui signifie qu’en lieu et place de 3 275 200 inscrits, nous avons en réalité 4 883 000 personnes à la recherche d’un emploi, soit à temps plein, soit à temps partiel, et pour un nombre croissant, disposées à accepter un CDD…

L’Outre – Mer, pour sa part, vient ajouter ses propres statistiques à la situation déjà préoccupante.

En catégorie A, selon Pôle Emploi, on dénombre en effet 262 500 privés d’emploi dans nos départements d’Outre – Mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte, même si je ne suis pas certain que cette île soit déjà prise en compte) et 37 000 de plus avec les catégories B et C.

299 500 Domiens sont donc privés d’emploi.

Les catégories D et E, pour leur part, ajoutent respectivement 279 200 et 366 700 personnes de plus au total, ce qui nous amène à avoir, pour la France métropolitaine, 5 528 900 chômeurs toutes catégories et 5 828 400 avec l’Outre – Mer.

Sur un plan plus directement qualitatif, il faut ensuite regarder les différentes catégories.

Pour les privés d’emploi de catégorie A, les hommes sont plus nombreux que les femmes (52,3 %).

Pour les classes d’âge, notons que les jeunes, depuis l’élection de François Hollande en mai 2012, sont vingt mille de plus chez les hommes à être privés d’emploi mais que leur part relative diminue (de 17,3 à 16,6 % du total chez les hommes).

Chez les jeunes femmes, le nombre des privées d’emploi tend à se stabiliser en valeur absolue (plus neuf mille privées d’emploi depuis mai 2012) et relative (16 % au lieu de 17,1 %).

Dans le même temps, chez les plus âgés, au-delà de cinquante ans, le nombre total des privés d’emploi augmente (hausse de 124 100 depuis mai 2012) et leur part relative aussi (de 20,5 à 22 % du total).

Ce que peut laisser penser ces premières données, c’est que le chômage est « combattu » chez les jeunes à grand renfort d’emplois aidés alors que les dispositifs sont de moins en moins opératoires pour les salariés plus âgés.

Au demeurant, le niveau de qualification initiale des jeunes peut aussi leur permettre d’occuper certains emplois et leur autorise une plus grande polyvalence (sans traduction automatique du côté de la fiche de paie, faut – il le rappeler), que n’ont pas nécessairement des salariés âgés, victimes de plans sociaux…

Mais cette situation est peut être contrebattue par l’analyse du reste de la population privée d’emploi.

Ainsi, la demande de catégorie A a progressé de 347 600 personnes depuis mai 2012.

Mais la demande des catégories B et C, est en hausse de 175 700 personnes.

Ce qui veut dire qu’un chômeur sur trois, en position de demande d’emploi, est prêt soit au travail à temps partiel, soit à accepter un contrat à durée déterminée.

A noter que les femmes dominent très largement les deux catégories.

En B, elles constituent près de 60 % des demandes et en C, elles représentent plus de 52 % des privés d’emploi.

C’est-à-dire que le chômage en France est d’abord féminin (il y a 2 452 000 chômeuses et 2 431 000 chômeurs) et que ce chômage est plus demandeur d’une offre de travail atypique.

Plus de 36 % des femmes sont prêtes à travailler à temps partiel ou en CDD, contre moins de 30 % des hommes.

Autre signe préoccupant : la durée du chômage tend à s’allonger, puisque 2 029 000 chômeurs le sont depuis au moins un an.

Un autre élément fourni par Pôle emploi est celui des demandeurs d’emploi susceptibles de percevoir le RSA.

Aujourd’hui, en catégories A, B et C, 961 164 privés d’emploi sont éligibles au revenu de solidarité active et 779 549 ont des droits payables.

Cela fait pratiquement un sans emploi sur cinq en droits ouverts et plus d’un sur six en droits payables.

Le phénomène est encore plus fort en Outre – Mer avec des taux de chômeurs au RSA allant de 34,8 % à Saint Martin à 46,1 % sur l’Île de la Réunion.

Le pourcentage de chômeurs au RSA dépasse les 20 % (en droits payables) dans des départements comme l’Aube, frappée par la crise du textile ; la Haute Vienne, touchée sans doute par le relatif enclavement du Limousin ; l’Ariège qui a aussi perdu ses pôles industriels anciens ; les deux départements du Nord Pas de Calais ; l’Aisne limitrophe ; les Bouches du Rhône.

C’est une France du déclin industriel, de l’exclusion, de la misère et de la précarité qui se développe et se dessine avec ces chiffres de Pôle emploi.

 

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