CHRISTOPHE BARBIER

11.01.2017


Vous ne pouvez pas avoir jamais vu son écharpe rouge sur un plateau de télévision.

Vous le connaissez : invité privilégié de maintes émissions de télévision et de radio, il commente régulièrement la vie politique et notamment l’agitation du bocal médiatique, après avoir écrit moult articles dans un titre historique de la presse française dont il a assuré la direction et piloté la perte d’environ 40 % du lectorat en dix ans…

Celui dont je parle ici n’a pas encore cinquante ans et se pique de faire, de temps en temps, de la littérature et du théâtre et il fréquente assidûment plateaux télé et soirées en ville.

C’est Christophe Barbier, l’un de ces faiseurs d’opinion qui, avec ce politoloque « ‘indépendant » qu’est Dominique Reynié (ancienne tête de liste Les Républicains aux régionales de Midi Pyrénées Languedoc Roussillon), anime les cinq à sept de France 5, l’émission « C’est dans l’air ».

Justement, hier, littéralement porté par le délire éthylique (?) de ses copains du Café du Commerce qu’est devenue cette émission du service public (eh oui…), Christophe Barbier a commenté le programme présidentiel de Jean Luc Mélenchon.

Probable et même parfaitement assumé par l’intéressé que Christophe Barbier n’ait guère d’envie de voter pour ce candidat en avril prochain.

Ne serait ce que parce qu’il était (Barbier) favorable à la ratification du Traité Constitutionnel européen quand Mélenchon était l’un des animateurs de la campagne du vote NON.

Et voici que Christophe Barbier a lâché, sur la question de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, « le jour où les femmes sont payées comme les hommes, tout le monde va applaudir, mais au passage, les entreprises vont avoir beaucoup de mal à encaisser ce surcoût de main d’oeuvre »…

Je dois dire que sur le coup, je suis un peu resté sans voix.

Que Barbier ne soit pas partisan de Mélenchon, dont il reconnaît par ailleurs la « générosité » et les idées « humanistes », et même « utopistes », c’est son droit le plus strict.

Qu’un journaliste se refuse ainsi à l’exercice obligé d’une prétendue objectivité qui n’est que de façade n’est pas condamnable en soi.

Mais qu’au passage, il en profite pour dire en moins de quarante secondes autant d’approximations laisse tout bonnement rêveur (ou rêveuse).

Première idée fausse : Barbier critique la visée mélenchonienne (appelons là ainsi) qui fait que la simple application du principe d’égalité salariale entre les hommes et les femmes suffirait à dégager les moyens financiers nécessaires à l’équilibre de l’assurance vieillesse.

Et de nous indiquer, dans la foulée, que, pour le moment, les femmes retraitées disposent d’une retraite inférieure à celle des hommes.

Tout juste Auguste, pourrait on dire, à la différence près (mais Barbier ne doit pas être sociologue ni très attentif aux mouvements des choses) que, ces dernières années, les femmes salariées liquidant leur pension disposent d’un niveau de retraite plus élevé qu’auparavant.

C’est à dire que, progressivement, la population des retraitées d’avant les réformes, celles des veuves ayant travaillé quelques années avant de s’occuper de l’éducation de leurs enfants, disposant du minimum vieillesse, est remplacée par des générations de femmes ayant connu une carrière complète, et ne souffrant d’ailleurs pas de trop de l’application de la décote sur les pensions.

Nous sommes en 2016 et il convient donc de se souvenir que ce sont, dorénavant, les femmes nées avant 1956, participant des classes d’âge nombreuses de l’après guerre et ayant connu l’essor de l’emploi féminin dans les années 70, à la suite du grand mouvement du printemps 1968, qui font valoir leur droit à pension.

N’oublions pas, par exemple, que ce sont les femmes qui ont été largement embauchées par les chaînes de la grande distribution, par les établissements bancaires en voie d’expansion dans les années 70, par les administrations d’Etat ou locales dans le processus de développement et de structuration des services publics.

60 % des fonctionnaires sont des femmes, aujourd’hui…

Les inégalités de salaire entre hommes et femmes tiennent, pour une bonne part, aux obstacles posés sur leur carrière qui ne leur permettent pas encore toujours d’occuper les fonctions que leurs compétences devraient leur offrir.

Mais, dans le privé, elles sont d’abord et avant tout victimes de politiques de recrutement et de « ressources humaines » profondément discriminatoires.

Les inégalités de salaires sont donc le produit de décisions parfaitement assumées, qui se fondent sur des critères dont je dois dire qu’ils ne font pas suffisamment encore objets de jurisprudence devant les tribunaux compétents.

On notera aussi, ce que semble ignorer souverainement notre ami Barbier, que l’inégalité salariale a beaucoup à voir avec la qualification et que, plus l’emploi est qualifié, plus les éléments de rémunération individuelle viennent perturber les principes de juste rémunération des compétences personnelles.

Mais là évidemment où cela couine le plus, c’est que l’individu se permette de mettre en question ce qui est l’un des acquis du droit du travail (c’est à dire l’égalité salariale) et l’un des objectifs clé de toute politique publique en la matière, c’est à dire l’atteinte de cette égalité.

Une égalité salariale qui « coûterait «  trop cher et mettrait en péril l’économie, vu que les entreprises ne pourraient pas « supporter ce surcoût de main d’oeuvre ».

Une économie comme celle de notre pays, avec 2 200 Mds d’euros de richesse marchande produite, située en cinquième ou sixième position dans le Monde, ne pourrait pas se « payer le luxe » de l’égalité salariale…

Tant de misogynie inavouée mais concrète laisse pensif et limite abattu.

Il est temps que Christophe Barbier se fasse écharper pour de bon dans la rue pour répandre un tel discours.

Par des femmes à barbe ? Oui, fussent elles postiches, pour que l’impétrant comprenne qu’il est temps de relever les salaires , à commencer par celui de nos collègues féminins     victimes de l’arbitraire.

Ce sera mieux pour l’économie et pour la société.