KAROUTCHI : ROGER DES VOITURES


3 novembre 2016

Dans notre série « Rien ne les arrête », aujourd’hui Roger KAROUTCHI et ses amis, opposés à la piétonnisation des voies sur berges à Paris ou

KAROUTCHI : ROGER DES VOITURES

Personne ne l’a oublié, mais la France fut, en fin d’année dernière, le lieu de réunion de la fameuse COP 21, conférence internationale au plus haut niveau destinée à faire de la protection de l’environnement et de la lutte contre toutes les pollutions et leurs effets économiques, sociaux, sanitaires et autres quelques unes des priorités des politiques publiques des pays participants.

La France elle même a, depuis lors, recherché les voies et moyens d’une nouvelle réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’une stratégie globale de réduction des pollutions à la source.

Le moins que l’on puisse dire est que si tout le monde partage les intentions, la difficulté vient quand il s’agit de passer aux travaux pratiques.

Roger Karoutchi n’est pas forcément le plus connu des Sénateurs du groupe des Républicains.

Celui qui commença sa carrière comme prof d’histoire géographie dans des lycées de banlieue, arrondissant son traitement par la surveillance des examens, avant de se lancer un peu plus en politique (il suivit un temps Philippe Seguin dans sa croisade contre le Traité de Maastricht) a été conseiller municipal dans plusieurs villes des Hauts de Seine (Boulogne Billancourt, Nanterre,…) avant de trouver un point de chute à Villeneuve la Garenne, localité artificiellement créée par découpage de Gennevilliers (dont la municipalité avait alors le mauvais esprit d’être depuis quelques temps gagnée aux idées socialistes et même communistes).

Dernière commune créée en Région Ile de France, Villeneuve la Garenne compte aujourd’hui un peu moins de 30 000 habitants et peu de choses distingue cette ville de bien des villes de banlieue d’autant que la profusion des logements sociaux et assimilés en font une assez parfaite cité dortoir, vocation qui se manifeste d’ailleurs par la fréquence des déplacements des habitants vers la gare de Saint Denis pour prendre les trains du quotidien vers Paris…

Villeneuve est devenue pour Roger Karoutchi sa raison d’être et plus précisément sa raison d’être Sénateur des Hauts de Seine, fonction qu’il occupe désormais depuis un certain temps, en l’espèce depuis le jour de décembre 1999 où il a été amené à remplacer un certain Charles Pasqua, démissionnaire…

Entre temps, tour à tour conseiller régional, Secrétaire d’Etat, Roger Karoutchi est devenu Inspecteur général de l’Education Nationale, fonction relativement gratifiante permettant en général de percevoir un traitement de bon niveau pour une activité inversement proportionnelle.

Désormais retraité de l’Education Nationale, Roger Karoutchi peut désormais se consacrer à sa mission de parlementaire de ce qui constitue, depuis le renouvellement de septembre 2014, la majorité sénatoriale, c’est à dire l’alliance des Républicains et de l’UDI, centriste…

Fort versé dans les affaires parisiennes et franciliennes, Roger (appelons le ainsi) se met en devoir d’intervenir dans l’ensemble des débats qui concernent de près ou de loin les habitants de la région capitale et il vient de se distinguer une fois de plus.

Le Sénat, après l’Assemblée Nationale, va en effet examiner le projet de loi relatif au statut de Paris.

Roger vient de s’emparer du sujet pour poser une question clé : celle de la piétonnisation des voies sur berges, volonté affichée de la Mairie de Paris qui entend rendre cet espace au grand public, comme cela est déjà le cas, de temps à autre, en plein été, pendant l’opération Paris Plage.

Il a donc déposé en ce sens un amendement avec nombre de ses collègues, sous le numéro 2, un amendement visant à donner pleine compétence au Président de Région (ou à la Présidente, Roger Karoutchi n’est pas un mauvais camarade puisqu’il échoua, en 2010, à devenir le chef de file régional de la liste UMP au profit de Valérie Pécresse, victorieuse en 2015) pour décider de l’affectation de ces voies sur berges.

Des collègues où l’on retrouve de fins connaisseurs des problématiques des transports parisiens comme le Sénateur des Français de … Monaco, un élu de la Sarthe par ailleurs châtelain propriétaire d’un édifice Renaissance, l’élu de l’archipel des Iles Wallis et Futuna, la représentation des Français de …Singapour ou encore la femme du maire de Menton et un ancien Ministre par ailleurs hobereau dans l’Yonne…

Je n’ai rien contre ces différents territoires et leurs habitants mais je constate tout de même l’appareillage étonnant de l’amendement.

Le dit amendement est ainsi rédigé

Sur les axes permettant d’assurer la continuité des itinéraires principaux dans l’agglomération parisienne et la région d’Île-de-France, dont la liste est fixée par décret, les règles de circulation et de stationnement sont déterminées par le président du conseil régional d’Île-de-France après avis conforme du préfet de police. Lorsque cet avis est défavorable, il est motivé au regard des enjeux du projet présenté par le président du conseil régional d’Île-de-France.

(fin de citation)

Sans se livrer à une explication de texte complète de cette « chose », on rappellera un peu rapidement qu’il n’existe pas, dans notre réseau routier, de voirie régionale, puisque soit nous avons un réseau national concédé (on appelle cela une autoroute), soit un réseau national (de plus en plus limité), soit un réseau départemental (souvent un ancien réseau national) et, en dernière instance, un réseau communal.

En kilométrage de voirie, c’est d’ailleurs celui ci qui est, sans conteste, le plus important en France…

On n’ose donc imaginer ce que signifierait la mise en œuvre de la proposition de Roger, pourtant professeur d’histoire géographie à l’origine, mais qui devrait se pencher sérieusement sur les règles d’occupation du domaine public que sa proposition risque de bouleverser…

Ceci posé, pourquoi tant d’efforts ?

La lecture de l’exposé des motifs nous l’apprend.

Il nous est dit, explicitement, qu’il s’agit d’éviter le changement d’affectation des voies sur berges à Paris.

Et pour une raison simple.

Enfin, quelques unes ainsi rappelées (nouvelle citation)

Les voies sur berges constituent aujourd’hui le principal axe routier traversant la capitale d’Est en Ouest et elles sont quotidiennement empruntées par plus de 43 000 véhicules permettant, pour l’essentiel, à des Franciliens de rejoindre leur lieu de travail.

En interdisant la circulation sur les voies sur berges, on sacrifie la qualité de vie des Franciliens, leur capacité à se déplacer, sans pour autant améliorer la vie des Parisiens.

Allonger le temps de trajet Est-Ouest, c’est en outre nuire au bassin économique que représente l’Ile-de-France. La Chambre des Métiers souligne ainsi les risques que cet allongement du temps de parcours fait peser sur les entreprises artisanales parisiennes. À suivre le Medef, il s’agit d’un million d’heures de travail perdues pour l’économie.

(fin de citation)

En clair, la ruine est à nos portes puisque l’économie devrait perdre un million d’heures de travail (probablement sur l’année).

Rendez vous compte : on a réalisé, à la grande époque flamboyante du gaullo pompidolisme et du « tout pour la bagnole » une voie rapide dont l’entretien coûte quand même quelques millions d’euros tous les ans pour qu’elle soit utilisée par moins de 2 000 véhicules à l’heure, dont on peut penser qu’ils transportent un nombre relativement limité de personnes, situé entre 3 et 4 000 dans le meilleur des cas.

N’oublions jamais qu’en agglomération, une voiture a, comme destination pour 95 % du temps, de rester stationnée sur la voie publique ou soigneusement à l’abri d’un parking souterrain payant…

Il conviendrait donc de revenir sur cette idée de piétonnisation des voies sur berges pour préserver un trafic demeurant peu important, de manière générale, et concernant très peu de Franciliens et de Parisiens.

Roger Karoutchi a en effet oublié quelques détails clé, dans sa démonstration, et notamment le fait que six ménages Parisiens sur dix n’ont pas de voiture automobile, si l’on en croit les données fournies par l’INSEE pour les chiffres 2013.

Et que, de fait, les voies sur berges, là, de suite…

Mais il a aussi oublié autre chose, c’est que, dans l’ensemble des déplacements accomplis sur Paris tous les jours, les 43 000 véhicules quotidiens des voies sur berges pèsent somme toute assez peu au regard du seul trafic des gares.

Selon une étude effectuée notamment à la demande du Syndicat des Transports d’Ile de France sur les principales gares parisiennes et franciliennes, il passe en effet rien moins que 360 000 voyageurs quotidiens dans la Gare Saint Lazare, dont les deux tiers consacrés aux trajets domicile travail et 11 % aux trajets domicile lieu d’études quand la Gare du Nord accueille pour sa part près de 250 000 voyageurs dont la moitié pour la fréquentation du Transilien.

La présence du TGV Nord et de l’Eurostar en Gare du Nord ne motive encore, faut il le souligner, que moins du quart de la fréquentation de l’endroit.

Pour aller à l’essentiel, on relève un million de déplacements quotidiens sur le réseau Transilien dans les principales gares parisiennes, ce qui constitue, de fait, un nombre de personnes transportées autrement plus important que celui assis dans les véhicules roulant sur les voies sur berges.

Quand les trains se rendant ou partant de Paris Nord sont 15 % à subir un retard de cinq minutes seulement par jour, cela représente donc au moins sept mille heures de travail perdues sur l’ensemble du réseau Transilien Nord, et donc, de fait, plus de deux millions d’heures de travail pour l’année.

Et ce, pour ce qui correspond peu ou prou au quotidien des usagers de la Gare du Nord, sans retard excessif.

Je ne vous dis pas si seulement un millier de personnes se retrouvent avec une heure de perdue dans des transports en difficulté ou si vous êtes usagers de cette incroyable ligne K entre Paris Nord et Crépy en Valois qui bat tous les records de retard et d’annulation de services.

Une ligne où la ponctualité ne concerne pas un train sur cinq, reportant une bonne partie des problèmes de circulation touchant la ligne B du RER…

Notre ami Roger, plutôt que de s’inquiéter du droit de passage des voitures sur les berges de la Seine, ferait mieux, me semble t il, de se pencher réellement sur les problèmes du transport parisien .

Le problème c’est qu’il s’est, dans le passé, toujours opposé à tout accroissement de la contribution des entreprises (dont les personnels sont régulièrement transportés par les trains, les bus et les métros) au financement des transports collectifs gérés par le Syndicat des Transports.

Finalement, de la constance dans l’effort (ou dans l’erreur, c’est selon), notre ami Roger des Voitures.

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