DROIT D’ASILE : DERRIERE LES CHIFFRES, LA HAINE ET LA HONTE 

Ouest France est un journal honorablement réputé, premier tirage de la presse quotidienne française, devant les titres de la presse dite nationale dont le tirage fait souvent pâle figure face aux éditions locales du titre d’obédience démocrate chrétienne qui, depuis sa première parution en 1944, a épousé les évolutions politiques et sociales de sa région de diffusion…

Toujours est il qu’il y a fort peu, Ouest France a titré sur le « record de dépôts de demandes d’asile en France « , soulignant le caractère « historique » du dépôt de plus de 100 000 demandes d’asile politique et de protection formulées auprès des services de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides…

Et le fait est que les services concernés auront enregistré, même si les données ne sont encore que provisoires, rien moins que 100 412 dossiers.

Encore faut il préciser que ce chiffre globalise des situations diverses puisque l’on compte 73 689 premières demandes et un nombre important de « mineurs accompagnants » fixé cette année à 19 141, une réalité montrant un caractère nouveau de la demande d’asile.

Depuis la création de l’OFPRA dans les années 50, suite à la ratification par la France de la Convention de Genève, c’est là une évolution sensible des dernières années, à savoir la progression du nombre de mineurs, signe de la fuite de familles entières de ce qui constitue aujourd’hui un théâtre d’opérations militaires ou un territoire marqué par l’oppression et les discriminations.

Autre facteur qui tend à favoriser la progression du nombre des demandeurs d’asile : le fait que l’OFPRA accorde, de plus en plus, protection aux personnes victimes soit de discriminations nées de leur orientation sexuelle, soit de la traite des êtres humains, soit de mutilations physiques (excision par exemple).

Ces situations, au demeurant intolérables, expliquent aussi parfois certaines progressions chiffrées…

Et nul doute qu’il conviendrait sans doute de l’expliquer à une opinion publique souvent prompte aux amalgames en la matière…

La liste des pays de provenance des aspirants à l’asile peut réserver quelques surprises.

En effet, les cinq premiers pays de provenances des demandeurs sont, dans l’ordre : l’Albanie (7 630), l’Afghanistan (5 987), Haïti (4 934), le Soudan (4 486) et la Guinée (3 780).

La Syrie, pourtant meurtrie par une interminable guerre civile, n’arrive qu’en sixième position de ce sinistre classement, avec 3 249 dossiers.

Même si leur niveau d’admission au statut  de réfugié est élevé avec un taux de 95,2 %.

En 2016, le Top 5 comportait déjà l’Albanie (7 432 demandes dont 30 % de mineurs), devant le Soudan (6 163), l’Afghanistan (6 126), la Syrie 6 085 (dont près de 2 500 mineurs, caractérisant un exil familial) et Haïti (5 355).

Comme on l’aura constaté, dans le cas de la Syrie, le nombre de demandes a été divisé par deux, attestant d’une des caractéristiques fondamentales de la question du droit d’asile.

A savoir son lien indéfectible avec les mouvements du monde , les guerres civiles ou événements clé de l’Histoire de tel ou tel pays conduisant au départ de plusieurs dizaines ou centaines de milliers de personnes.

Une chose est d’enregistrer des demandes, autre chose est d’y faire droit.

Et, en la matière, les faits sont établis.

Le taux d’admission est en effet de 12,2 % pour les demandes formulées par des ressortissants européens (Albanie, ex URSS et ex Yougoslavie), 49,4 % en Asie (avec des taux élevés pour les Syriens, les Afghans ou les Yéménites), moins de 5 % pour les Amériques et moins de 30 % pour l’Afrique, malgré les situations de la Libye, de la zone sahélienne, du Soudan et du Congo.

La stricte application du droit existant n’est donc pas une vue de l’esprit et les délais de recours sont, assez souvent, la raison de la présence de tel ou tel aspirant réfugié dans notre pays.

Le laxisme prétendu par certains n’est donc pas au rendez vous et nos frontières loin d’être des passoires soumises à tous les ‘ »appels d’air ».

En ce sens, la circulaire ministérielle du 12 décembre dernier autorisant les forces de police à se livrer à toute opération de contrôle y compris dans les centres d’hébergement ne me semble rien être d’autre qu’une concession au mauvais air du temps qui fait de chaque « étrange étranger » un possible terroriste.

Honte à ceux qui pensent ainsi, lors même nous n’avons devant les yeux que la trace des blessures du monde !

Et honte à ceux qui ont « dubliné » la situation de ces êtres humains tentant de partir vers le bonheur.

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