ELECTIONS AMERICAINES : A L’OUEST DU NOUVEAU ?

Et l’on se souvenait de quelques contradictions apparentes : si les Democrats (avec Johnson entre autres) ont beaucoup fait pour les droits civiques des minorités (au risque d’y perdre le soutien électoral des « petits Blancs «  du Sud, désormais largement acquis aux Republicans), ils firent aussi la guerre en Corée ou encore au Vietnam dont les armistices et cessations d’hostilités furent signés par des Présidents Republicans.

Tout a cependant, sur la durée « longue », changé depuis 1980 et le succès de Ronald Reagan lors du scrutin présidentiel.

Passe encore qu’il ait battu lors de cette élection l’un des premiers sudistes authentiques, Democrat et non raciste, à avoir été élu Président des USA, à savoir Jimmy Carter.

Ou qu’il n’ait comme titres de gloire qu’une carrière d’acteur de second plan dans une filmographie de qualité plutôt moyenne, dont il reconnaissait lui même qu’elle n’avait pas marqué l’histoire du cinéma.

Mais suffisamment le milieu hollywoodien pour faire de l’intéressé le président du Syndicat des Acteurs…

Le véritable visage de Ronald Reagan, connu pour ses fameux « reaganomics » (une politique économique de l’offre, associée à la réduction des impôts, de la création monétaire et des dépenses publiques), c’est qu’il a été flanqué pendant huit ans d’un Vice Président d’une intelligence réelle, à savoir George Bush père , à qui l’Histoire fera l’injustice de voir son fils élu pour une durée plus longue que celle de son propre mandat.

Bien que, justement.

Parce que, de mon point de vue, le vrai Président des USA, de janvier 1981 à janvier 1993 (on se souviendra que l’élection de novembre ne se matérialise, pour le vainqueur, que le 21 janvier suivant pour ce qui est de l’investiture), fut George Bush, ancien patron des services de la CIA, cet Etat dans l’Etat dont la puissance ne pouvait que faire de l’individu concerné qu’un dirigeant avisé, fût ce au service de causes parfois discutables.

On pourrait d’ailleurs poursuivre cet exercice de parallélismes des formes en remarquant que Dick Cheney, pur produit et représentant du lobby militaire (Halliburton..), fut le véritable Président des USA lorsque Bush fils parvint, dans les conditions que l’on sait, pour quelques bulletins illisibles du comté de Dade à Miami City, à se faire élire en titre.

Bien qu’ayant obtenu moins de suffrages populaires que le remarquable Al Gore, vice Président sortant de Bill Clinton.

Résumons notre affaire : depuis 1980, les USA ont eu, en qualité de Président, un produit de la famille Bush pendant vingt ans (même par procuration pendant huit ans et peut être huit de mieux), huit ans de Clintonmania, avant que ne se produise l’invraisemblable, à savoir l’élection d’un Président Noir pendant huit ans, Mrs Clinton se trouvant être un temps au poste enviable de Secrétaire d’Etat.

Le fait est et demeure ; derrière la relative stabilité du personnel (que la campagne de 2016 risque d’une certaine manière de prolonger si, d’aventure, Hillary Clinton l’emporte), une évolution politique s’est produite.

Une évolution qui a rendu le parti républicain de plus en plus droitier et qui a, relativement, déplacé vers la gauche le centre de gravité du parti démocrate.

De ce point de vue, la première élection de Barack Obama, fondée sur la participation massive de couches nouvelles de population, notamment au sein de la jeunesse mais aussi des minorités afro américaines ou hispaniques, avait modifié la donne habituelle des conventions, caucuses et primaires organisés entre électeurs « inclus », laissant le plus souvent de côté la grande masse des couches populaires.

Or, de toute évidence, ce sont les habitants des grands quartiers populaires de Chicago, New York ou Los Angeles (entre autres) qui firent le succès de la candidature Obama.

Si vous distinguez le comté de Cook (Chicago centre ville) du reste de l’Illinois lors des scrutins 2004 et 2008, Barack Obama laisse son Etat d’élection à son adversaire.

Dans l’évolution en cours, 2016 marque une grande date.

Car il y a de fortes chances de penser, malgré tout, qu’au terme du scrutin de novembre, les USA éliront une femme à la Maison Blanche, ce qui serait inédit.

Tout en paraissant, pour certains aspects, parfaitement inévitable, eu égard aux états de service de l’impétrante…

Pour le reste, notons que les Republicans se déchirent entre un homme d’affaires réactionnaire et populiste d’origine néerlandaise et deux candidats issus de l’immigration hispanique (autre aspect nouveau, même si seul Ted Cruz est encore en course) tandis que le challenger officiel de Mrs Clinton est un sénateur issu de la communauté juive de Brooklyn, par ailleurs non membre du Parti et considéré comme « socialiste ».

Bernie Sanders, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un sujet intéressant.

C’est peu de dire qu’il a produit un certain effet lors de ces primaires, notamment par le niveau important de soutien financier qu’il a pu recueillir, sans pour autant solliciter les généreux donateurs que constituent certaines entreprises ou certains groupements.

Ainsi, si Hillary Clinton mène la course en tête, du point de vue des levées de fonds (plus de 285 millions de dollars à ce jour), Bernie Sanders a réuni pour sa part près de 140 millions de dollars, produit de milliers de dons de particuliers sans apport de gros donateurs.

Ted Cruz peut continuer le combat avec Trump parce qu’il a réuni, pour l’heure, environ 180 millions de dollars, quand le milliardaire de l’immobilier en est encore à moins de 40 millions de dollars…

L’argent ne suffirait il plus dans les élections américaines pour garantir le succès ?

A croire que, vu que Jeb Bush, un temps candidat,                                                                                          avait réuni près de 125 millions de dollars pour les primaires républicaines pour mieux se retirer, nous puissions redécouvrir les charmes du militantisme avec les autres candidats…

C’est en tout cas ce militantisme qui semble porter, du côté républicain, la candidature de Trump et, côté démocrate, celle de Sanders.

Les résultats des primaires sont parfois assez intéressants à lire.

Dans le camp républicain, Trump est arrivé en tête quasiment dans tous les scrutins sauf lorsqu’il y avait un « local » de l’étape du jour ou la présence d’une population proche de l’un de ses adversaires.

Ainsi, le principal succès de Cruz, lors du scrutin au Texas, est évidemment lié au fait qu’il est élu de l’Etat.

Pour les démocrates, les choses sont plus complexes.

En effet, de manière générale, si Hillary Clinton a remporté les Etats du Sud en s’appuyant sur le vote des Noirs, composante principale de l’électorat qui, de toutes manières, votera majoritairement républicain en novembre prochain, Sanders a eu tendance à gagner dans les fiefs démocrates du Nord Est et au sein de certains électorats improbables du parti démocrate dans certains Etats de tradition républicaine.

Les succès de Mrs Clinton sont signifiants : South Carolina, Alabama, Arkansas, Georgia, Tennessee, Texas, Louisiana, Virginia, Mississippi, Florida et North Carolina, soit onze Etats du Sud.

Succès également dans l’Ohio et l’Etat de New York, dernier scrutin en date.

Hillary Clinton a également gagné, d’assez peu, un certain nombre d’Etats clé.

C’est le cas pour l’Illinois (pour 25 000 voix sur plus de deux millions d’électeurs et grâce à une avance de plus de 90 000 voix sur Cook County), le Massachussetts (17 000 voix pour 1,2 million d’électeurs, l’écart se faisant sur Boston et son agglomération), le Missouri (environ 1 500 voix sur près de 620 000 électeurs, l’écart se faisant sur Saint Louis et, dans une moindre mesure, Kansas City).

Elle avait également gagné de peu le caucus de l’Iowa (pour quatre suffrages sur tout l’Etat…), celui du Nevada (grâce aux caucuses de Las Vegas), et, avec plus de netteté, la primaire de l’Arizona, Etat de tradition républicaine.

Les succès de Sanders affectent le Nord Est : Maine, New Hampshire, Vermont, avec une avance de plus de 150 000 suffrages au vote populaire dans les deux derniers nommés.

Mais concernent aussi la région des Grands Lacs : Michigan (courte majorité de 18 500 voix), Wisconsin (avance de 135 000 votes), Minnesota (plus de 45 000 votes d’avance dans le caucus) ou encore Nebraska (près de 5 000 votes dans le caucus).

Sanders l’a aussi emporté dans les Etats plus à l’Ouest, certains fiefs républicains indécrottables (Wyoming, Utah, Idaho, Kansas, Oklahoma, Alaska) mais aussi dans des fiefs démocrates comme le Washington (Etat de Seattle) ou Hawaii Islands.

Sans compter le Colorado.

Le vote de New York, cette nuit, a conforté la position de Hillary Clinton.

Pour autant, il nous permet de vérifier, une fois encore, que l’électorat démocrate votant pour Mrs Clinton est marqué par la présence des minorités (les quartiers à majorité noire de New York City ont accordé 70 % des voix à Hillary Clinton, soit douze points de plus que l’Etat), par le caractère urbain (près de 250 000 voix d’avance dans la Grosse Pomme pour Clinton sur une avance générale inférieure à 300 000 voix sur l’Etat) et par un recrutement social plutôt aisé (69 % des voix pour Clinton dans l’électorat déclarant plus de 100 000 dollars de revenus mais 60 % dans la tranche moyenne entre 50 et 100 000 dollars.)

Et que la campagne de Sanders parle à l’Amérique moyenne salariée.

C’est là un élément essentiel du débat politique à venir dans le pays.

 

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