EN MARCHE : LE PAS SAUTILLANT DE LA GRENOUILLE OU LE GLISSEMENT DU CROCODILE ?

Soit En Marche manque de bras et de candidats potentiels partout (je pense qu’on peut rapidement écarter cette possibilité), soit on nous réserve pour la toute fin (et donc la semaine prochaine) les meilleurs morceaux, c’est à dire la liste des accords plus ou moins larvés ou secrets passés avec d’autres organisations politiques.

Ces accords peuvent, manifestement, prendre la forme de la désignation de tel ou tel candidat issu du mouvement ou parti politique partenaire ou celle de l’absence d’un candidat du mouvement macronien dans la circonscription concernée.

Ainsi Manuel Valls qui souhaite « s’inscrire dans la majorité présidentielle » se retrouve sans candidat sur son siège d’Evry Corbeil et il semble qu’il en serait de même pour Myriam El Khomri, jusqu’ici Ministre du Travail.

En réalité, la publication de la première liste des candidats
d’En Marche s’apparente beaucoup plus à une opération de pur marketing, fort éloignée de la politique à l’état pur.

Ainsi, la mention « société civile » accordée à nombre des candidats de cette liste est un qualificatif bien commode qui recouvre des réalités moins reluisantes.

Car, il faut bien caractériser le mouvement d’Emmanuel Macron pour ce qu’il est (et comme ont pu l’être dans le passé d’autres mouvements et partis s’inscrivant en définitive à gauche ou à droite de l’échiquier politique), à savoir une couverture commode pour masquer des opportunistes de tout poil, des perpétuels battus lors de consultations antérieures à la recherche de l’étiquette miracle, ou de quelques doux rêveurs qui pensent que faire des lois est aussi simple que de monter une start up avec quelques copains dans un garage…

Prenons ce concept de société civile.

Cela recouvre par exemple la candidature de Gaspard Ganzer, dans l’une des circonscriptions de Rennes, à peine débarqué de l’Elysée où il assumait les fonctions de conseiller communication.

On sait que l’intéressé a finalement renoncé à se présenter pour être remplacé, selon quelques informations, par …la fille de Pierre Méhaignerie, notable centriste bien connu du département, soutien d’Emmanuel Macron et auteur d’une loi sur le logement dont la crise du mal logement que nous vivons encore, trente ans après sa promulgation, est la fille naturelle…

Mais la société civile, c’est aussi Gabriel Attal, 28 ans (qu’il est jeune), formé aux tâches obscures du syndicalisme étudiant, gratte papier pour Marisol Touraine pendant plus de quatre ans et conseiller municipal de Vanves, où il siège dans l’opposition.

C’est aussi Blaise Mistler, candidat dans la 4e circonscription de la Manche, dont l’activité professionnelle la plus significative a été de servir de collaborateur à maints élus et Ministres de droite, avant de faire « chargé de relations institutionnelles «  pour Canal Plus puis pour la Sacem…

Politiquement de droite, Blaise Mistler a pris le vent d’un échec aux départementales 2015 avec un score inférieur à 9 % au premier tour…

Sa candidature fait hurler parmi les adhérents d’En Marche du côté du Cotentin et les mécontents du Cotentin semblent peu décidés à s’en laisser conter par Paris…

Dans le Nord, la candidature désignée sur l’une des circonscriptions partageant Roubaix et Wattrelos est déjà engagée en politique. Il s’agit de Catherine Osson, adjointe au maire de Wattrelos et conseillère départementale.

Elle présente une autre particularité : elle a été, pendant une assez longue période, la compagne du maire de Wattrelos, Dominique Baert, par ailleurs député PS du secteur…

Une sorte de bien de famille, alors, la 7e circonscription du Nord ?

Mais la société civile nordiste comprend aussi d’intéressants personnages.

Comme le candidat de la première circonscription, Christophe Itier, animateur de la campagne d’En Marche sur Lille, et responsable de la Sauvegarde du Nord, groupement d’entreprises d’insertion agissant depuis 1957 dans la région.

En d’autres termes, même si les intentions peuvent paraître louables, la Sauvegarde du Nord est financée par les pouvoirs publics et quelques généreux donateurs privés pour maintenir le filet de sécurité minimal né des défaillances organisées du service public.

Notons surtout que Christophe Itier s’était positionné comme candidat à la candidature du PS et que, François Lamy ayant été retenu, il a donc décidé de changer de cheval et de casaque.

Les rivalités internes au PS nordiste entre Martine Aubry (qui  n’aime pas beaucoup, non plus, Dominique Baert) et le ministre des Sports Patrick Kanner ont eu d’autres conséquences.

Puisque Daniel Zielinski, collaborateur de Patrick Kanner et inspecteur général de la Jeunesse et des Sports (le genre de poste offert souvent par un Ministre à quelques uns de ses collaborateurs pour bien terminer sa carrière), se retrouve candidat Macron dans la 20e circonscription du Nord.

L’intéressé n’a jamais été élu, mais a suivi la trace et la route de Patrick Kanner, passant avec lui de l’Union des Centres Communaux d’Action Sociale (dont Patrick Kanner fut président) au Ministère…

La société civile, version En Marche, c’est encore Amélie de Montchalin, candidate dans la 6e de l’Essonne, où elle indique avoir quelques ancêtres agriculteurs et qui se trouve être Directrice  Politique Publique et Réglementation du groupe AXA, dont le PDG, Henri de Castries, a été l’un des plus fermes soutiens d’Emmanuel Macron (il a notamment du le mettre en relation avec  quelques donateurs) après avoir soutenu François Hollande en 2012.

AXA, ce groupe toujours aux aguets de tout ce qui peut ouvrir un champ d’action pour la couverture individuelle en lieu et place de la Sécurité Sociale…

N’oublions pas la volonté affichée d’Emmanuel Macron de mettre en place un régime unique de retraite, par points, en lieu et place des régimes de base actuels, fondés sur la solidarité collective, intergénérationnelle et interprofessionnelle.

La société civile, pour la galerie, c’est bien sûr Cédric Villani, notre mathématicien un peu gentiment foldingue détenteur de la médaille Fields mais cela c’est pour la galerie.

Car pour le reste, hormis le quota classique de candidats issus de la
« diversité » étonnamment majoritaires en Seine Saint Denis mais bien évidemment supplantés par les professionnels de la communication institutionnelle dans les Hauts de Seine.

Levons également ici l’hypocrisie des candidats « nouveaux » ou n’étant pas députés sortants, vu le nombre élevé de candidats exerçant un mandat local plus ou moins important (adjoint au maire, conseiller départemental ou régional) et parfois depuis quelques temps…

Le cas le plus intéressant semblant peut être fourni par une vieille connaissance de Jean Paul Delevoye, à savoir Jean Pierre Pont, 67 ans, maire de Neufchâtel Hardelot depuis 1989 et qui a déjà été député entre 1993 et 1997, lors de la fameuse « vague bleue ».

Depuis son échec de 1997, Jean Pierre Pont a insisté mais il n’a jamais retrouvé les bancs de l’Assemblée ni pu s’asseoir dans un fauteuil de Sénateur.

9,2 % des voix lors des législatives 2007, sa dernière tentative en date pour l’Assemblée et 87 voix (2,26%) au Sénat lors du renouvellement 2011.

L’examen des données commande donc de dire que En Marche a tout de même tenté d’éviter les candidats « perdreaux de l’année » , mais que les choses sont si mal faites qu’elles en deviennent quasi risibles.

Car, pour ce qui est de la société civile, il semble bien que le mouvement présidentiel se limite à recruter dans le vivier des chefs d’entreprise nouveau genre, des cadres supérieurs d’entreprises ou d’associations, des consultants en communication, des créateurs de « démarrez à fond », des conseillers financiers, des avocats d’affaires et en immobilier, des collaborateurs d’élus (donc) et que le prolétariat commence pratiquement au niveau du directeur d’école.

Les gens qui peuplent les listes d’En Marche sont sans doute, pour partie, animés des meilleures intentions.

Mais l’affiche de l’une des candidates indiquant « Je suis candidate pour donner une majorité à Emmanuel Macron » traduit le projet.

Celui de faire sortir du marigot une majorité de députés godillots qui voteront, sans trop se poser de questions, ce que leur demandera le pouvoir.

Le 11 juin, les citoyens lucides et éclairés ont le moyen d’éviter à la France ces errements…

Laisser un commentaire