LA FRANCE VA T ELLE ADHERER A L’ALLIANCE BOLIVARIENNE POUR NOS PEUPLES DES AMERIQUES ?

Vous avez du remarquer, depuis quelques jours, que la progression d’un des candidats de l’élection présidentielle occupe quelques commentateurs qui se sont d’abord interrogés sur le pourquoi et le comment des choses et qui ont commencé de regarder avec un peu plus de précision ce qui constituait le programme électoral de l’intéressé.

Ce candidat, c’est celui de la France insoumise, Jean Luc Mélenchon, déjà mis à l’épreuve en 2012 où il avait, pour le moins, obtenu un succès d’estime (plus de 11 % des voix) qui ne s’était pas tout à fait matérialisé ensuite.

Nulle volonté, en ce qui me concerne, de faire le panégyrique de tel ou tel candidat, au delà de ses qualités (comme en tenant compte de ses défauts), et le moins que l’on puisse dire est que l’intéressé n’en manque pas.

Il suffit sans doute de comparer un discours d’Emmanuel Macron avec un discours de Jean Luc Mélenchon pour se représenter à quel point, notamment sur la forme, le vocabulaire et même le contenu, le jeune ancien Ministre de l’Economie de François Fillon, malgré tout son talent, est derrière l’ancien Ministre délégué à l’Enseignement Professionnel de Lionel Jospin.

Ce n’est pas s’avancer que de dire que le candidat de la France Insoumise a probablement laissé la meilleure impression lors des débats télévisés, débats qui ont marqué d’ailleurs le début du décrochage du candidat socialiste et attesté des difficultés de Marine Le Pen à élargir sa base électorale.

Du coup, un certain nombre de commentateurs et de journalistes se sont interrogés sur le contenu du programme de Mélenchon, largement analysé et scruté par les fameux instituts dont nous avons déjà parlé, et ont notamment repéré une proposition pour le moins stupéfiante.

A savoir l’adhésion éventuelle de la France à l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques ou ALBA.

Alors, là évidemment, on touche à quelque chose de particulier puisque qui dit Bolivarien, dit Venezuela, avec Chavez, Maduro et j’en passe, sans parler de ses relations privilégiées avec Cuba et je ne sais trop quel pays sulfureux…

Car, il est d’assez bon ton de se tordre le nez et de dire bien des choses sur le Venezuela ou Cuba.

Une telle lecture, qui tend en particulier à assimiler en général avec dictature le régime en place dans ces pays, me semble un peu superficielle.

Parce qu’il ne faut pas oublier que Chavez n’a jamais présidé aux destinées du Venezuela qu’avec l’onction du suffrage universel et qu’il s’est notamment trouvé un referendum révocatoire pour confirmer son élection, suite au soutien constaté dans l’opinion.

Il ne faut pas plus oublier que le Venezuela est un pays pétrolier, producteur d’une huile de qualité relativement médiocre eu égard aux usages des produits pétroliers, mais qui constitue de loin l’élément principal de ses recettes d’exportation.

Et que la chute des cours du pétrole est, depuis trois ans, à la base des difficultés financières, économiques et sociales d’un pays qui n’a sans doute pas assez mené d’efforts en matière de développement et de diversification pour éviter les ennuis aujourd’hui rencontrés.

Ce qui ne retire rien aux avancées de l’époque Chavez, notamment du point de vue sanitaire, social, éducatif, avancées mises en question par les difficultés actuelles.

On se rappellera aussi qu’avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez et à la très sensible augmentation de la controverse politique dans le pays (certains scrutins vénézuéliens ont atteint durant cette période des niveaux qui feraient pâlir d’envie bien des sondeurs et analystes politiques en France), le Venezuela, comme la Colombie, la Bolivie et d’autres pays de la zone était une sorte de démocratie formelle où s’organisait l’alternance entre un parti social démocrate plutôt pâle et des partis chrétiens démocrates guère différents.

Ainsi, Hugo Chavez fut élu en 1998 avec une participation de 63,45 % du corps électoral et dut sa dernière réélection en 2012 à une participation atteignant 80,52 %.

Et le nombre de ses voix est passé de 3 670 000 environ à plus de
8 190 000…

La même remarque pourrait être faite pour Cuba, pays que j’ai visité il y a fort longtemps, à l’époque d’avant la chute du mur de Berlin, et qui m’avait laissé une impression fascinante.

Parce que la réalité de Cuba, c’était d’être sorti des manifestations les plus vives du sous développement, le pays ayant de quoi faire face aux problèmes sanitaires, aux questions éducatives, sans parler de la vivacité de son activité culturelle.

Je me souviendrai toujours de la soirée passée dans une « Casa de la Trova » (ou Maison de la Chanson) du centre de l’île où un modeste guajiro, venu pousser la chansonnette comme d’autres amateurs sur une scène ouverte, avait marqué notre présence de touristes français en chantant « Les Feuilles Mortes ».

Cuba, dans les premières années de la révolution castriste, a tout de même fait reculer la malnutrition, l’analphabétisme et réalisé une réforme agraire avant que les Noirs du Sud des Etats Unis n’aient le droit de s’asseoir dans les mêmes autobus que les Blancs.

Et puis Cuba, c’était aussi ces discussions politiques évitées ou presque, et cette apparente pression constante sur les esprits.

Cuba n’était pas et n’est toujours pas une démocratie au sens où nous l’entendons, et cela se faisait sentir.

Le pays l’avait il cependant jamais été, sa révolte de 1898 lui ayant été confisquée par les Etats Unis, escamotée par l’amendement Platt (1905) autorisant ceux ci à intervenir en tant que de besoin dans les affaires intérieures de Cuba, et victimes de x coups d’Etat, le dernier ayant installé à la tête du pays Fulgencio Batista, « Face d’ananas », qui avait vendu l’île, ses villes, ses lieux de spectacle et de plaisir aux mafias les plus diverses ?

Mais regardons donc un peu ce qu’est l’ALBA.

Le principe fondateur de l’alliance est de constituer, face à la zone de libre échange voulue par les USA, dans le prolongement de l’ALENA, pour couvrir l’ensemble de ses transactions avec les autres pays du continent, une sorte de projet alternatif de commerce, de coopération et de développement, fondé sur des échanges équilibrés entre les parties.

C’est que l’Amérique Latine, pour peu que l’on se place du point de vue du paysan mexicain, de l’indien maya du Guatemala ou de l’aymara vivotant sur les hauts plateaux de Bolivie, c’est tout de même de longue date l’arrière cour des Etats Unis, où les gringos du Nord sont venus, depuis les guerres d’indépendance, « faire leur marché » à bon compte, en installant au besoin au pouvoir des dictateurs tous plus grotesques ou ridicules les uns que les autres, souvent sanguinaires, et sans la moindre espèce de vision politique de long terme pour leur propre pays.

Il suffit pour cela de lire encore et toujours Garcia Marquez, entre autres, qui décrit par le menu, dans l’Automne du Patriarche, ce qu’il en est.

Et que dire de Pablo Neruda, poète pourchassé par la police de Gonzalez Videla, alors dictateur du Chili, contraint à l’exil, son grand œuvre du « Canto General » dans son bagage ?

L’histoire a retenu le nom du poète, Nobélisé pour ses vers et ses textes lumineux et jeté aux oubliettes celui du dictateur !

Il y a d’ailleurs quelque paradoxe, parfois, que d’écouter l’hymne national de l’Uruguay ou de l’Argentine (comme de quelques autres pays latino américains) quand on se souvient que ces pays ont maintes fois connu des régimes autoritaires plus ou moins obscurantistes, plus ou moins accueillants par exemple d’anciens criminels de guerre nazis…

L’hymme uruguayen fait souvent résonner la formule « Libertad o con gloria morir » (je vous dispense de l’évidente traduction) qui a du s’appliquer, par exemple, au sinistre régime de Juan Maria Bordaberry, dans les années 70, fondé sur la terreur politique à l’endroit de toute opposition…

L’ALBA, acronyme évoquant évidemment « l’aube » telle la promesse d’un jour nouveau, est donc un accord de caractère diplomatique et commercial, assez éloigné cependant des formes habituelles des accords commerciaux.

Il s’agit en effet, dans ce cadre, de définir les conditions d’échanges mutuellement avantageux aux parties en présence.

L’exemple en est fourni par l’accord entre le Venezuela et Cuba qui établit que le pétrole vénézuélien est fourni à prix privilégié au
« Crocodile vert » des Caraïbes en échange du concours de la médecine cubaine et de ses nombreux spécialistes à la politique de santé au Venezuela.

Au demeurant, l’ALBA, au grand désappointement de certains, ne se limite pas aux deux pays précités dont le régime est si controversé en France et en Europe.

Elle associe en effet d’autres pays membres, comme la Bolivie, l’Equateur ou l’Uruguay sur le continent latino américain (trois démocraties en développement) et dont les chefs d’Etat sont plutôt de gauche.

Selon l’index de démocratie produit chaque année par The Economist (et qui retient nombre de caractères de la démocratie occidentale comme éléments de mesure), l’Uruguay est aujourd’hui une démocratie de plein exercice quand les Etats Unis et la France se retrouvent moins bien classés en qualité de « démocratie imparfaite ».

Mais l’ALBA comprend aussi d’autres membres, à savoir Antigua et Barbuda, la Dominique, Sainte Lucie, Saint Vincent et Grenadines, le Nicaragua, Saint Christophe et Niévès, ou encore la Grenade.

C’est à dire qu’une partie des pays du CARICOM ( le « Marché Commun «  de la Caraïbe ) participe également à l’association.

Il y a aussi des observateurs qui ne peuvent évidemment manquer d’intriguer puisqu’il s’agit de l’Iran ou encore de la Syrie, contrées fort éloignées de l’Amérique et de la Caraïbe mais qui savent ce qu’est un contentieux avec les USA…

Le Salvador, pour sa part, est assez près de prendre partie à l’accord et le Suriname est également en position d’observateur invité.

La France dispose de plusieurs entités territoriales dans la région : de Saint Pierre et Miquelon au Nord à la Guyane sur l’Equateur, en passant par la Martinique, la Guadeloupe, Saint Martin et Saint Barthélemy, c’est environ un million de personnes qui vivent sous pavillon français.

Mais c’est aussi une présence dans une partie du monde qui n’est pas sans éveiller quelques convoitises quant aux richesses de son sous sol, par exemple.

Et qui n’est pas sans enjeu quant aux problématiques du réchauffement climatique comme une catastrophe récente vient encore de le prouver en Colombie.

Et puis, il y a un fait avéré.

Celui qui vaut que, pour le Latino Américain moyen, les conditions de vie des habitants des Départements français d’Amérique sont enviables, quand bien même nous les verrions pour notre part indignes de notre République, comme nous pouvons le constater avec le mouvement social qui touche ces derniers temps la Guyane.

Nous avons, me semble t il, beaucoup à gagner à mieux intégrer Guadeloupe, Martinique ou Guyane à leur espace régional, ne serait ce que pour établir les conditions d’une coopération permettant de tarir les flux migratoires venus d’Haïti ou du Surinam et qui conduisent à déstabiliser les territoires concernés.

L’exil n’est jamais un choix qu’on accomplit dans l’allégresse, pas plus à Port au Prince, Jacmel ou Paramaribo.

Pas plus qu’il ne le fut jadis à Kayes, Alger, Tanger ou Figueres.

Si nous devons adhérer à l’ALBA, c’est déterminés à y agir pour changer la vie de nos ressortissants des Amériques comme celle des habitants des pays avec lesquels nous serions en connivence.

Mais pouvons nous tourner le dos à l’espace latino américain ?

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