LUXEMBOURG : JUNCKER TOMBE DE SON CHEVAL

Les enquêtes d’opinion avaient prévu un tassement de l’influence des chrétiens sociaux, au pouvoir depuis de longues années, animés par la figure tutélaire de Jean Claude Juncker, le fameux président de l’Eurogroupe qui donnait des leçons à tous les pays de la zone euro sur leur mode de gestion des affaires publiques et protégeait sans complexe le secret bancaire et les activités financières spéculatives de la place de Luxembourg.

Pour le décor, il était connu.

Les cent six communes du Luxembourg sont réparties en quatre circonscriptions couvrant au Nord, l’arrondissement de Diekirch, à l’Est celui de Grevenmacher tandis que l’arrondissement de Luxembourg est scindé en une circonscription Centre, autour de Luxembourg et une circonscription Sud, dont Esch sur Alzette, à la frontière française, est la plus importante commune.

Nord et Est sont plutôt rurales, le Centre plus urbain et activités d’affaires et administratives, le Sud urbain et industriel.

Dans le Parlement sortant, la majorité était constituée par les vingt six députés du CSV (parti populaire social chrétien en français) et les treize députés du LSAP (parti ouvrier socialiste luxembourgeois).

Dans l’opposition, figuraient à droite l’ADR et ses deux élus, deux d’entre eux étant devenus indépendants.

Au centre on trouvait les neuf élus du Parti démocratique (DP en VO), ancien parti de Gouvernement dans les années 70, quand le Grand Duché connut une évolution sensible de sa législation (abolition de la peine de mort en 1974, du divorce pour faute en 1975 et autorisation de l’IVG en 1978, le tout dans un pays de tradition catholique affichée).

A gauche, enfin, on trouvait les élus des Verts (Dei Greng) au nombre de sept et l’unique élu, dans le Sud, de la coalition Dei Lenk, issue en partie du Parti communiste local.

Un Parti maintenu en vie par quelques militants, notamment dans la partie Sud du pays.

Le pouvoir social chrétien n’est pas d’hier, depuis la défaite de Gaston Thorn, leader des démocrates, aux élections de 1979.

Autant dire que le vote de ce 20 octobre n’est pas sans importance.

Comme le prévoyaient les sondages, le CSV a connu un tassement de son influence.

Lors du scrutin précédent, le CSV avait obtenu 1 129 368 voix et 38 % des suffrages.

Il avait devancé le LSAP (POSL), 695 830, soit 21,5 % des suffrages.

Puis venait le DP (PD), 432 820 voix, 15 % des voix.
On trouvait ensuite Dei Greng (Verts), 347 388 voix, soit 11,7 % des suffrages.

Enfin, on avait l’ADR (RDA), 232 744 voix, soit 8,1 %, devant Dei Lenk (La Gauche), 109 184 voix, soit 3,3 %.
Puis le KPL (PCL), 49 108 voix, soit 1,4 % tandis qu’une liste de citoyens obtenait 28 512 voix et 0,8 %.

Cette année, les résultats ont connu quelques évolutions.

Le CSV obtient finalement 1 103 636 voix, soit 33,7 % et 23 élus au lieu de 26.

Les socialistes du LSAP ont réalisé 664 586 voix, soit 20,3 %; un pourcentage en tassement qui n’empêche cependant pas le parti de maintenir ses 13 élus.

Le DP arrive en troisième position, avec 597 879 voix, soit 18,3 % des votes, ce qui lui permet d’obtenir
13 élus également.

Dei Greng (les Verts) ont réuni 331 920 voix, soit 10,1 % des voix, ce qui réduit le nombre de leurs députés
à 6.

L’ADR, privée de deux de ses sortants, a rassemblé 217 683 voix, soit 6,6 % des votes et 3 élus.

Un de moins que lors du scrutin précédent mais un de plus au regard de la situation de fin de législature.

Dei Lenk (la Gauche) a rassemblé 161 759 voix; soit 4,9 % et obtenu un élu de plus dans la circonscription du Centre.

Les communistes du KPL (PCL) ont réuni 53 669 voix, soit 1,6 %, sans obtenir d’élu.

Enfin, échec du Parti de la Démocratie intégrale (PID en VO) avec 49 290 voix et 1,5 % comme avec les Pirates qui recueillent 96 270 voix, soit 2,9 %.

Deux vainqueurs dans ce scrutin : le DP et Dei Lenk, seuls partis à progresser véritablement en sièges et
en voix.

Au vote préférentiel, deux candidats du DP, dont Xavier Bettel, maire de Luxembourg, sont en tête de tous les candidats dans leur circonscription, à savoir dans le Nord et au Centre.

Et si Jean Claude Juncker remporte un franc succès personnel dans la circonscription Sud, il ne peut toutefois empêcher son parti de perdre l’un de ses neuf députés sur place.

La poussée du DP, principal bénéficiaire du scrutin est nette.

Dans le Nord, le parti gagne 5,5 % à 23,7 % au lieu de 18,2 %.
Dans l’Est, le gain est de 3,2 % à 18,6 %.

Dans le Centre, il obtient 25 % et progresse de 5,6 %.

Et dans le Sud, 12,7 % au lieu de 10,1 %.

Les gains de Dei Lenk sont plus modestes mais ils sont réels et lui permettent d’obtenir un élu sur la capitale.

Toujours est- il qu’une majorité de rechange (ou majorité Gambia, associant le rouge des socialistes, le vert de Dei Greng et le bleu des démocrates) existe désormais (elle compte 32 élus sur 60) et qu’elle semble partie pour gouverner sans les sociaux chrétiens.

Une réflexion sur « LUXEMBOURG : JUNCKER TOMBE DE SON CHEVAL »

  1. Une coalition « Gambia » historique sur plusieurs points :
    -ce serait une première coalition tripartite où le parti arrivé en tête ne serait pas présent
    – cela mettrait fin à près de 35 ans de gestion CSV-…
    – et cela mettrait fin à 31 années de présence de Juncker au sein du Gouvernement. Sa carrière gouvernementale a commencé en décembre 1982…

    Quid de l’avenir de Juncker, si DP-LSAP-Déi Greng s’allient ?
    Simple député d’opposition en attendant une éventuelle faille de la nouvelle majorité ? Candidat à la Présidence de la Commission Européenne ?

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