MEXIQUE : LA REVANCHE D’EMILIANO ZAPATA ? (1)

En 1911, le Mexique, alors pays essentiellement rural, désertique, montagneux et tropical, peuplé d’environ 15 millions d’habitants, encore sous le coup de la longue dictature de Porfirio Diaz, mena l’une des premières grandes révolutions du XXe siècle, avant la Chine et la Russie, une Révolution qui nous a laissé quelques chansons au rythme très allant et de solides leçons sur le processus révolutionnaire et ses aboutissants.

Les six années pendant lesquels le pays de l’Aigle fut traversé par les combats révolutionnaires virent l’alliance du petit peuple paysan et des couches urbaines intellectuelles (qui ne comptaient pas d’effectifs considérables) face aux tenants de la dictature, souvent issus de l’armée, soutenus par une Eglise catholique en retard de quelques décennies et bien évidemment souvent d’origine créole, dans un pays comptant des millions de métis d’Indiens.

La défaite des porfiristes et de leurs continuateurs (Huerta) ne priva cependant pas la Révolution mexicaine d’être trahie par une partie de ses tenants, les élites engagées de ce côté finissant par se débarrasser des chefs issus de la paysannerie et du petit peuple (Zapata, Villa).

Dans cette période mouvementée, le Mexique connut l’assassinat de son premier Président Venustiano Carranza en 1920, avant que les mandats d’Alvaro Obregon (qui avait combattu Diaz et Huerta avant de se retourner contre Villa et Zapata) et Plutarco Elias Calles ne « stabilisent » un pays où l’on passera plusieurs décennies à affirmer l’idéal révolutionnaire sans le traduire dans la réalité du vécu des Mexicains.

Calles créera même un parti politique, le Parti National Révolutionnaire, tout à la fois nationaliste, porteur des idéaux de la Révolution (et notamment de la réforme agraire), anticlérical et organisation politique structurée au niveau national pour contrôler la vie sociale, économique et politique du pays.

En 1946, ce Parti deviendra le Parti Révolutionnaire Institutionnel ( !), exerçant la prédominance sur l’appareil d’Etat jusqu’en …2000 sans interruption.

Une seule période d’exception figure dans ce règne du PRI et de ses prémices de 1925 à 2000, c’est le mandat de Lazaro Cardenas, entre 1934 et 1940, marqué entre autres par la nationalisation du pétrole, l’accélération sensible de la réforme agraire, le soutien ouvert à la République espagnole en guerre avec les franquistes et une inflexion socialiste de l’ensemble des politiques publiques.

Originaire du Michoacan, un des Etats du Centre Sud du pays, très « indianiste », Lazaro Cardenas s’avéra toujours sensible à la condition paysanne, à l’inverse d’une bonne part de ses prédécesseurs, originaires du Nord (Obregon, Calles) et de familles plus aisées…

Le PRI, membre de l’Internationale Socialiste, connut une lente mais sûre évolution l’amenant à devenir un parti au mieux social démocrate, mais en fait d’essence libérale, soutien des milieux d’affaires, de la bourgeoisie urbaine et du caciquisme dans les régions rurales.

Il disposait d’une opposition officielle, si l’on peut dire, avec le Parti d’action nationale (PAN), parti ancré à droite et au centre droit, conservateur au plan moral et proche d’une démocratie chrétienne de bon aloi…

La lente mais sûre évolution du PRI vers le libéralisme a provoqué, entre autres, une scission à gauche, donnant naissance, au tournant des années 90, au Parti de la Révolution Démocratique (PRD) qui a présenté à l’élection présidentielle d’abord Cuauhtemoc Cardenas, fils de l’ancien Président, aujourd’hui âgé de 84 ans, puis, à deux reprises et sans succès, Andres Manuel Lopez Obrador, 65 ans, ancien maire de Mexico, mais vainqueur du scrutin 2018.

AMLO a, pour ce faire, construit un nouveau parti politique disposant de nouveaux alliés.

Il s’agit du MOuvement de REgénération NAtionale (MORENA), point de rassemblement de militants issus du PRD, des mouvements sociaux, des associations paysannes, du mouvement syndical et dont le nom est un jeu de mots en langue castillane désignant « La Brune », c’est-à-dire la femme du peuple par excellence…

AMLO a passé alliance avec un parti de gauche de moindre importance, allié jusqu’alors du PRD, le Parti du Travail (PT) et avec le parti « Encuentro Social », d’inspiration évangéliste et disposant d’une certaine aura dans les populations indiennes.

Certains ont d’ailleurs glosé sur le fait que le PES était plutôt un parti conservateur…

Deux autres alliances se sont constituées face à celle conduite par la MORENA.

L’une a rassemblé le PAN, ce qui pouvait rester du PRD et un autre parti progressiste et social libéral, le Mouvement Citoyen (ex Convergence).

L’autre, autour du PRI qui avait emporté le dernier scrutin présidentiel avec Enrique Pena Nieto, rassemblait donc le PRI, les Verts mexicains (qui sont plutôt d’obédience centriste, par comparaison avec leurs homologues européens) et le parti Nouvelle Alliance, issu du syndicalisme enseignant à l’origine et d’essence sociale libérale.

L’enjeu de l’élection, marquée comme d’habitude par des incidents très sérieux (on a compté plusieurs dizaines de morts durant la campagne électorale, on a dérobé des urnes, des listes électorales et des paquets de bulletins de vote, etc…), était de savoir si le pouvoir, fort corrompu, du PRI allait pouvoir se sortir des nombreux scandales, parfois liés au narcotrafic, qui marquent le pays.

Le taux de criminalité, particulièrement élevé dans le pays, la situation économique et sociale générale (bien que le Mexique apparaisse en 15e position au plan mondial en termes de production intérieure brute) étaient autant d’enjeux d’importance.

D’autant que l’élection de Donald Trump aux USA et la perspective, malgré l’Accord de Libre Echange d’Amérique du Nord (NAFTA en version originale), de la réalisation du « mur » anti immigration clandestine le long de la frontière USA / Mexique avaient tendu également le contexte.

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