OUI AU METISSAGE, NON AUX AMALGAMES !

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

Hommes de pays loin

Cobayes des colonies

Doux petits musiciens

Soleils adolescents de la porte d’Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d’Aubervilliers

Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied

Au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

Embauchés débauchés

Manœuvres désœuvrés

Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère

Rescapés de Franco

Et déportés de France et de Navarre

Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre

La liberté des autres.

Je ne pouvais pas commencer autrement cet article, comme le fruit d’une longue maturation / macération de la colère, qu’en appelant à l’aide de la démonstration la magnifique simplicité de la poésie de Jacques Prévert.

Voici donc ici convoqué ce texte de plus de soixante ans, qui résonne d’un Paris disparu mais aussi de mots encore d’aujourd’hui, que Prévert, facétieux et cinglant à la fois, appela « Etranges étrangers », comme pour nous rappeler, s’il en était besoin, que la très grande majorité de nos frères humains ont en commun de ne pas être Français et qu’il va bien falloir que nous nous y fassions…

Que ne dit on, depuis plusieurs années, depuis que l’idée nous est venue d’envoyer nos troupes dans les sables du Mali ou les montagnes afghanes, de ceux qui quittent leurs pays de misère, de violence et de mort, enfants perdus de guerres dont ils ne sont que les instruments fragiles ?

Depuis qu’un présumé philosophe a poussé un Président de la République à s’occuper de l’ordre intérieur d’un pays du Nord de l’Afrique, les choses vont de mal en pis et comme nous nous sommes également préoccupés du devenir du Proche Orient sans trop savoir quoi y faire, nous nous sommes comme raidis devant une prétendue invasion de « migrants ».

Oubliant par là même, faut il le rappeler, que, du plus loin qu’il nous soit permis d’y juger et de le savoir, l’Humanité a toujours été faite de migrants…

Et que c’est du berceau du Grand Rift africain et de la Vallée de l’Omo que sont venus ceux qui ont peuplé le Croissant Fertile, jardin d’Eden ravagé par d’obscures guerres menées pour l’eau ou le pétrole et probablement aussi une bonne partie de l’Europe…

La migration, c’est le mouvement, et le mouvement, c’est la Nature même d’une Humanité qui, toujours, a cherché le port d’attache, l’endroit idéal, le pays des rêves, loin des terres incultes, fussent elles celles de la naissance.

Bouger et voir le monde, c’est un passage obligé dans bien des peuples, qu’il s’agisse des Basques, des Galiciens, des Peuls Soninké de la région de Kayes, des enfants de l’Ubaye, des fils d’Irlandais du comté de Mayo, comme un rite initiatique, un moment nécessaire de la vie.

Que fuyaient jadis les pélerins du Mayflower ?

Sans doute les persécutions religieuses et probablement aussi la pauvreté…

Et les White Anglo Saxon Protestants qui le peuvent sont fiers, faut il le rappeler, de présenter, parmi les branches de leur arbre généalogique, l’un des passagers de cette mythique coque de noix.

Qu’ont donc fui les immigrants venus de toute l’Europe au XIXe siècle pour peupler les Etats Unis ?

Pauvreté, guerres, violence, dictatures et régimes despotiques.

Que fuient les pauvres, venus du Sud Soudan, de Libye, d’Erythrée, de Syrie, d’Irak, du Mali ou du Tchad ?

Pauvreté, guerres, violence, dictatures et régimes despotiques.

Comment peut on fermer nos portes aux jeunes Afghans venus du Baloutchistan jusqu’à la jungle de Calais ou la Porte de la Chapelle quand nous savons pertinemment que leur pays continue d’être parfaitement ravagé par la guerre civile entre un régime corrompu et des forces rebelles intégristes ?

La loi anti terroriste que Gérard Collomb, socialiste attiédi passé au macronisme le plus populiste, entend ces jours ci faire adopter par le Parlement est une loi d’amalgame, tendue à désigner chaque ressortissant d’un pays présumé musulman comme un terroriste en puissance.

Une forme de paranoia d’Etat que la presse étrangère a parfaitement ressentie.

La Vanguardia de Barcelone, entre deux articles sur la « question catalane », a ainsi titré « L’exception est faite norme dans la nouvelle loi antiterroriste française ».

L’indécente surenchère de nombre de députés des Républicains (usurpation de nom, dans ces cas là) sur les mesures en matière de garde à vue, de  perquisition et de mesures administratives laisse présager que tout changement politique pourrait nous conduire encore plus loin dans l’ignominie.

Rouvrez Gurs ! Rouvrez Septfonds et Rivesaltes ! Rouvrez Pithiviers et Les Milles !

Rouvrez donc le chemin de croix des peuples martyrs du XXe siècle (Espagnols, Juifs, Gitans, Harkis entre autres) que la France n’a pas su traiter comme il convenait !

Allez donc au bout de la logique qui vous anime !

Pour ma part, puisque j’ai en moi un peu de Belgique et d’Europe de l’Est, je préfère laisser la porte ouverte.

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