Parti socialiste

LE POIDS DES MOTS, LE CHOC…DE COMPÉTITIVITÉ.

Il nous faut bien, au moment où l’UMP se déchire entre deux Présidents, après avoir vu le Président devenir socialiste, nous demander ce qu’il en est du principal parti de gauche, à savoir le PS, d’autant qu’il a, dans la foulée de ses succès électoraux, réuni un Congrès de ses militants à Toulouse, un congrès attendu et terminé par l’élection d’Harlem Désir au poste de Premier secrétaire.

Personne n’a vraiment douté de celui qui avait été choisi par Martine Aubry pour lui succéder et qui n’a pas eu, du fait du vote des militants, à dire « Touche pas à mon poste » au courageux Emmanuel Maurel, conseiller régional d’Ile de France, et leader de l’opposition municipale à Persan (Val d’Oise), porte parole de la motion 3 du Congrès de Toulouse,  » Maintenant la gauche « .

Ceci dit, vu que ce Congrès qui semble déjà loin alors qu’il s’est tenu du 25 au 28 octobre dernier, il me semble bienvenu de revenir sur le contenu même des positions exprimées par les chefs de file des différentes motions.

La lecture des textes soumis au vote des adhérents du PS donne, par principe, d’intéressantes indications sur l’état du débat interne au Parti, sur la manière dont les socialistes peuvent expliquer la situation économique et sociale, définir leurs solutions et propositions, sur les idées qui traversent le fond profond du grand mouvement aujourd’hui aux manettes du pays.

Ainsi, on peut lire les cinq motions du Congrès en s’interrogeant sur la présence de quelques concepts dans le texte rédigé.

Si l’on prend le mot « nationalisation », quatre motions sur cinq ne le citent jamais au fil de leur texte.

Seule la motion 3, celle portée par Emmanuel Maurel, Gérard Filoche et Marie Noëlle Lienemann, évoque la question.

Page 14 du texte de la motion, figure même la phrase suivante :
«  Ainsi, nous ne pouvons accepter la fermeture du site de Florange : la nationalisation temporaire de cette aciérie peut répondre à l’urgence du maintien de l’activité et préparer la restructuration de la filière acier en France ».

Prenons maintenant le concept de « coût du travail ».

Là encore, seule la motion 3 cite ce concept, dont il faut bien reconnaître qu’il a assez
peu à voir avec le discours habituel et/ou doctrinal de la gauche, quand bien même
s’est il quelque peu invité dans le débat public.

Donc, seule la motion 3.

Qui indique dès sa page 4 les éléments suivants

Pendant des années, la droite n’a eu de cesse de mettre sur le dos du «coût du travail »
la prétendue mauvaise compétitivité du pays.
Résultat, le chômage a considérablement augmenté et les salaires ont stagné.
Il ne faut pas attendre la relance pour augmenter les salaires, mais il faut
les augmenter pour permettre la relance.

La question du chômage n’est pas liée au «coût du travail». Le coût du travail en Espagne est plus bas que le nôtre et il y a davantage de chômage !
Le coût du travail dans les pays scandinaves est plus élevé que le nôtre et il y a moins de chômage !

La compétitivité n’exige pas de baisser le coût du travail.
C’est au contraire le coût du capital, ses taux de profit, ses marges et dividendes, qu’il faut baisser, car ils sont trop élevés et s’opposent à des produits moins chers et capables d’affronter la fameuse « concurrence internationale ».

Prenons maintenant le concept intéressant, lui aussi, de « compétitivité ».

Comme vous vous en doutez à la relecture de l’extrait de la motion 3 que je viens de joindre à ce petit article, le terme de compétitivité est présent dans ce texte et associé
à une critique en règle de la notion de « coût du travail ».

Mais les autres motions ?

Les motions 2 et 5, les plus faibles au vote militant, n’ont pas utilisé la notion.

Le fait de ne pas en avoir parlé est-il un des facteurs ayant conduit à l’échec ces textes ?

La motion 4, portée entre autres par Pierre Larrouturou et Stéphane Hessel, tous justes séparés d’EELV pour adhérer au PS, cite le concept à plusieurs reprises.

Page 10, la motion fait référence à la hausse de la «compétitivité » allemande et
précise de suite : A quel prix ?

Page 30, elle indique qu’ « en activant les dépenses de chômage, comme le propose
la CFDT depuis vingt ans, on peut financer les créations d’emplois sans nuire à la compétitivité des entreprises ».

Page 43, on nous indique « La course à la compétitivité (en agriculture) a généralisé la monoculture et le développement des grandes exploitations ».

Enfin, reste le cas de la motion 1, celle qui a recueilli le soutien de la majorité des militants du PS, comme de ses dirigeants.

Dès la page 1, la motion indique (je cite) :

Oui nos concitoyens ont voulu changer d’orientation pour le pays qu’une décennie de pouvoir UMP a dangereusement affaibli :

Croissance atone, chômage en hausse, compétitivité des entreprises en baisse dont témoigne le déficit historique de la balance commerciale, dégradation des finances publiques et endettement record.

Page 3, on nous dit :

C’est le sens de la gauche durable qui veut combattre tous les déficits :
Déficits financiers, bien sûr, mais aussi déficits d’emplois, de croissance,
de compétitivité, de protection pour les travailleurs.

Page 12, le thème revient, avec la citation suivante :

Nous devons réarmer la compétitivité économique de notre économie qui s’est considérablement affaiblie ces dernières années,

Mais on aura constaté que la notion de compétitivité n’est jamais associée à celle de coût du travail

Comme j’ai un peu d’humour, j’ai regardé enfin deux notions intéressantes de ce que l’on peut appeler la vulgate socialiste depuis longtemps.

Le mot « capital » et ses dérivés (capitalisme) est assez fortement présent dans la motion 5 « Toulouse mon Congrès » qui conseille même des prises de capital public dans les entreprises pour orienter leurs choix stratégiques.

La notion est assez présente aussi dans le texte de la motion 4 qui critique notamment le « capitalisme dérégulé ».

La motion 3, on s’en doute, porte souvent la notion, marquant notamment son inclination à promouvoir une société nouvelle puisque, page 10, figure la phrase
«  Nous voulons bâtir un projet politique émancipateur, qui participe également à la recherche d’alternatives concrètes au capitalisme ».

La motion 2, pour sa part, n’envisage le concept de capital qu’au travers d’un appel à une taxation identique du capital et du travail, notamment dans le cadre d’une CSG finançant une part croissante de notre Sécurité Sociale (page 3 du texte).

Enfin la motion 1, majoritaire, retient de la notion de capital son caractère essentiellement financier, mondialisé, dérégulé.

La volonté de taxer les revenus du capital comme ceux du travail est évoquée à plusieurs reprises, mais, page 14, on nous rappelle que le Mécanisme Européen de Stabilité permet désormais de recapitaliser les banques…

Prenons maintenant un concept autrement plus sulfureux aux yeux de beaucoup, mais élément fondamental du discours socialiste, celui de « lutte des classes ».

La notion ne figure en tant que telle dans aucune des cinq motions.

Il faut dire que celle de « classe ouvrière » n’y est pas plus.

2 réflexions sur « Parti socialiste »

  1. Je ne suis pas contre une baisse des charges ou plus généralement un choc de compétitivité. Il faut se réarmer industriellement face à l’Allemagne. Mais ce n’est pas en privatisant qu’on va y arriver…..

    Nationaliser c’est vraiment chère comme le disent certains journalistes ? Non !
    Premièrement il s’agirait d’obtenir les minorités de blocage (1/3 du capital)

    Prenez ArcelorMittal : 20 Mds de capitalisation mais 20 Mds de dette….
    On pourrait obtenir offrir une contre-partie convenable aux actionnaires (mais surtout qui avantagerait l’Etat )

    Sinon il existe un moyen simple de taxer le capital…

    1. la question du coût d’une nationalisation est elle-même assez idéologique puisqu’elle devrait reposer sur la notion de la légitimité de la propriété.
      – A partir du moment où une entreprise décide de fermer un site, on pourrait considérer que dans son esprit ce site ne vaut rien. Pourquoi donc déclarer comme JM Ayrault que cela aurait coûté 1 milliard ?
      – Si l’on tient compte des aides de l’Etat dont a bénéficié Mittal, il ne va plus rester grand chose
      – si l’on répercute à Mittal le coût pour la collectivité des suppressions d’emplois, il ne reste plus grand chose à lui verser non plus
      – Enfin, au vu de son comportement de rapace boursicoteur, Mittal est-il « digne' » d’assumer la propriété et la direction d’un groupe industriel dans un secteur stratégique pour l’industrie et la Société ?

      Poser ces questions c’est presque y répondre, mais JM Ayrault nous dirait que c’est contraire aux directives de Bruxelles…

      il faut pourtant rappeler que les derniers exemples de nationalisation temporaire sont le fait de sarkozy et Obama, des bolcheviques notoires (qui en revanche ne l’ont pas fait pour les banques en 2008, alors qu’elles ne valaient plus grand chose non plus)

      Maintenant était-ce bien raisonnable de nous ramener Balladur à Matignon ? (on voit que le clonage a fait de grands progrès)

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