suite… ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AU CHILI : SECONDE CHRONIQUE D’UNE VICTOIRE ANNONCÉE

Pour autant, la réélection de la candidate de gauche se matérialise avec une déperdition de 250 000 voix environ sur le scrutin de 2005.

La baisse la plus importante affecte la région de la capitale avec une perte de 143 462 suffrages, qui n’empêche cependant pas que le pourcentage global de Michelle Bachelet passe de 54 à 59% sur l’ensemble de la Région.

Pour les autres Régions, si le Nord voit se tasser le nombre des votes Bachelet (mais dans des proportions bien moindres que celles touchant les votes Matthei), les régions comme le Maule (région d’origine des Bachelet immigrés au Chili) ou l’Araucanie connaissent une légère hausse des électeurs rassemblés sur la candidature.

Quant aux régions d’Arica et de Los Rios, qui avaient voté l’une assez nettement en faveur de Michelle Bachelet et l’autre de peu en faveur de Sebastian Pinera en 2005 (entraînant de fait la région de Tarapaca à droite et celle de Los Lagos à gauche), elles sont marquées par une extension du succès de la candidate de gauche.

Regardons cependant d’un peu plus près les communes de plus de 100 000 électeurs inscrits, avec la comparaison avec 2005.

Arica (161 578 inscrits) : Bachelet 31 842, Matthei 20 523

Bachelet 40 003, Pinera 34 272

 

Iquique (150 936 inscrits) : Bachelet 24 943, Matthei 20 860

Bachelet 32 498, Pinera 36 121

 

Antofagasta (245 068 inscrits) Bachelet 45 246, Matthei 28 109

Bachelet 65 072, Pinera 42 417

 

Calama (117 744 inscrits) Bachelet 23 520, Matthei 14 260    Bachelet 32 683, Pinera 21 076

 

 

Copiapo (111 001 inscrits) Bachelet 24 212, Matthei 13 070

Bachelet 29 232, Pinera 21 278

 

La Serena (147 768 inscrits) Bachelet 38 189, Matthei 21 703

Bachelet 39 315, Pinera 31 550

 

Coquimbo (142 497 inscrits) Bachelet 35 404, Matthei 18 180

Bachelet 35 975, Pinera 28 196

 

Quilpué (120 653 inscrits) Bachelet 26 973, Matthei 20 664

Bachelet 29 515, Pinera 29 471

 

Valparaiso (282 643 inscrits) Bachelet 62 265, Matthei 35 284

Bachelet 72 116, Pinera 69 447

 

Vina del Mar (289 559 inscrits) Bachelet 57 055, Matthei 55 633

Bachelet 69 213, Pinera 78 989

 

Rancagua (181 488 inscrits) Bachelet 46 005, Matthei 28 073

Bachelet 51 712, Pinera 43 816

 

Curico (106 688 inscrits) Bachelet 30 415, Matthei 17 015

Bachelet 29 111, Pinera 26 420

 

Talca (167 395 inscrits) Bachelet 50 000, Matthei 24 209

Bachelet 51 307, Pinera 37 601

 

Chillan (141 754 inscrits) Bachelet 39 213, Matthei 23 338

Bachelet 37 758, Pinera 37 264

 

Concepcion (198 299 inscrits) Bachelet 47 123, Matthei 34 281

Bachelet 61 403, Pinera 50 120

 

Los Angeles (145 351 inscrits) Bachelet 33 513, Matthei 26 585

Bachelet 33 498, Pinera 40 483

 

Talcahuano (131 520 inscrits) Bachelet 30 900, Matthei 19 214

Bachelet 38 837, Pinera 31 716

 

Temuco (218 196 inscrits) Bachelet 46 104, Matthei 40 234

Bachelet 46 351, Pinera 55 125

 

Valdivia (126 740 inscrits) Bachelet 34 715, Matthei 17 001

Bachelet 35 329, Pinera 28 037

 

Puerto Montt (162 408 inscrits) Bachelet 34 708, Matthei 23 698

Bachelet 34 499, Pinera 34 241

 

Osorno (135 263 inscrits) Bachelet 36 753, Matthei 18 923

Bachelet 37 626, Pinera 34 188

 

Punta Arenas (117 697 inscrits) Bachelet 26 723, Matthei 12 208

Bachelet 29 790, Pinera 21 295

 

Comme nous pouvions le pressentir, la candidate de gauche réalise le grand chelem dans l’ensemble des villes de province dépassant les 100 000 électeurs, gagnant donc Iquique, Vina del Mar, Los Angeles et Temuco qui avaient voté Pinera en 2005.

C’est la première fois que ces quatre villes placent en première position la candidature de gauche au second tour d’une présidentielle.

Et Quilpué, Chillan et Puerto Montt, où les majorités étaient étroites, ont vu gonfler l’écart.

Par ailleurs, Valparaiso, Vina del Mar, Rancagua, Talca, Chillan, Temuco, Valdivia ont un maire de droite, parfois confronté à un conseil municipal où les forces de gauche et de centre gauche peuvent être majoritaires.

Ceci dit, comme chacun l’aura remarqué, le nombre des électeurs est « en phase » avec l’abstention observée par ailleurs, vu le niveau de participation assez faible dans certaines villes du pays.

Dans la capitale, la situation est un peu différente.

Une bonne partie des cinquante deux communes de la région Métropolitaine ont en effet plus de 100 000 électeurs inscrits.

Voyons ce qu’il en a été.

Puente Alto (338 523 inscrits) : Bachelet 69 751, Matthei 37 854

Bachelet 71 701, Pinera 52 485

 

San Bernardo (209 084 inscrits) Bachelet 47 733, Matthei 27 729

Bachelet 53 714, Pinera 43 395

 

Santiago (283 650 inscrits) Bachelet 54 667, Matthei 40 935

Bachelet 61 733, Pinera 56 951

 

Recoleta (136 299 inscrits) Bachelet 34 709, Matthei 19 551

Bachelet 43 353, Pinera 33 360

 

Estacion Central (127 374 inscrits) Bachelet 32 738, Matthei 16 971

Bachelet 39 894, Pinera 28 701

 

Conchali (119 273 inscrits) Bachelet 32 630, Matthei 16 832

Bachelet 42 153, Pinera 30 749

 

Quilicura (113 456 inscrits) Bachelet 27 688, Matthei 15 076

Bachelet 24 107, Pinera 17 080

 

Renca (110 107 inscrits) Bachelet 29 346, Matthei 12 562

Bachelet 34 383, Pinera 22 405

 

Pudahuel (150 449 inscrits) Bachelet 40 570, Matthei 18 306

Bachelet 39 148, Pinera 25 119

 

Cerro Navia (115 911 inscrits) Bachelet 33 635, Matthei 12 873

Bachelet 40 043, Pinera 23 917

 

Maipu (343 977 inscrits) Bachelet 83 262, Matthei 50 844

Bachelet 82 986, Pinera 62 501

 

El Bosque (135 752 inscrits) Bachelet 36 868, Matthei 18 319

Bachelet 41 712, Pinera 32 704

 

La Granja (103 031 inscrits) Bachelet 27 773, Matthei 11 232

Bachelet 32 540, Pinera 21 064

 

La Pintana (128 437 inscrits) Bachelet 32 657, Matthei 10 485

Bachelet 34 097, Pinera 19 601

 

La Florida (289 671 inscrits) Bachelet 75 361, Matthei 45 963

Bachelet 86 269, Pinera 62 869

 

Nunoa (178 220 inscrits) Bachelet 47 417, Matthei 41 153

Bachelet 54 357, Pinera 49 616

 

Penalolen (175 122 inscrits) Bachelet 47 788, Matthei 25 614

Bachelet 51 739, Pinera 34 857

 

Providencia (162 042 inscrits) Bachelet 28 651, Matthei 41 180

Bachelet 30 261, Pinera  47 124

 

Las Condes (237 232 inscrits) Bachelet 30 848, Matthei 95 157

Bachelet 37 371, Pinera 87 521

De fait, seules Providencia et Las Condes semblent des communes attachées au vote de droite.

Pour les dix sept autres communes, succès donc pour Michelle Bachelet, avec des majorités plus ou moins renforcées au regard du scrutin de 2005 et, a fortiori, de celui de 2009.

Alors, Sebastian Pinera l’avait évidemment emporté à Providencia et Las Condes, mais aussi à Nunoa, San Bernardo et Santiago.

Dans les autres communes de la Région, Michelle Bachelet l’emporte pour la première fois dans un second tour à Buin, Calera de Tango, Paine, Pirqué, San Pedro et Talagante (chef lieu de province).

A Lampa (province de Chacabuco), où elle avait gagné en 2005 de …4 voix (8 138 contre 8 134), commune en développement urbain intense depuis dix ans, elle gagne cette fois ci par 10 364 voix contre 6 715 suffrages Matthei (41 826 inscrits et, selon certaines données, près de 80 000 habitants désormais).

Observation proche dans la commune d’El Monte, où victorieuse en 2005 avec 11 voix (6 849 contre 6 838 votes Pinera), la candidate de gauche l’emporte cette fois avec 7 410 voix contre 4 293.

La candidate de gauche renverse les majorités Pinera dans des communes de tradition de gauche comme Cerrillos (gain de près de quinze points), Independencia (gain de près de treize points), Penaflor (gain de quatorze points).

Outre La Reina, Lo Barnechea, Colina et Vitacura favorables à la candidate de droite (ces communes ont toujours voté à droite et, paradoxalement, plus encore cette fois ci), un certain nombre de communes, toujours de gauche au second tour, ont confirmé cet attachement.

C’est le cas d’Alhué, Curacavi, Huechuraba, Lo Espejo, Lo Prado, Macul, Maria Pinto, Padre Hurtado, Pedro Aguirre Cerda, Quinta Normal, San Joaquin, San Miguel, San Ramon et Til Til.

Dans toutes ces communes, le pourcentage de Michelle Bachelet est le plus élevé obtenu par un candidat de gauche dans un second tour.

Enfin, il reste quelques communes où la victoire de Michelle Bachelet reproduit celle de 2005, à savoir Isla de Maipo, La Cisterna, Melipilla et San José de Maipo (la plus étendue des communes de la Région, fixée au pied des Andes).

Sur l’ensemble de la Région, la candidate de gauche emporte les deux circonscriptions sénatoriales.

Santiago Poniente (circonscription 7) lui donne 675 218 suffrages contre 390 244 pour Evelyn Matthei et Santiago Oriente (circonscription 8) lui en accorde 622 268 contre 511 435 pour son adversaire de droite.

En 2005, Santiago Poniente avait apporté 730 117 voix pour Michelle Bachelet et 574 904 pour Sebastian Pinera et Santiago Oriente avait accordé une majorité de 710 831 suffrages contre 652 755.

Dans les deux cas, il y a donc un accroissement de l’écart mais on constatera, pour la enième fois, que l’électorat de droite est plus stable dans la partie orientale de la Région.

Et l’inexpugnable 23e district apporte cette année 162 211 voix pour Evelyn Matthei, soit plus de 13 % des votes de la Région, pour …144 815 voix Pinera en 2005 !

Ce doit bien être le seul district de tout le pays où la candidate de droite voit ainsi progresser le score de 2005 et rester aussi proche de celui de 2009, où Pinera avait obtenu 169 344 suffrages sur les mêmes communes.

Pour la candidate de gauche, au – delà de la réalité du succès obtenu, la question évidente des liens avec les secteurs les plus populaires du pays est directement posée.

Dans une ville comme Maipu, qui compte plus de 525 000 habitants, où plus de 80% de la population se situe dans les secteurs C, D et E de la population (classes populaires modestes et ménages vivant sous le seuil de pauvreté), c’est moins du quart des électeurs qui votent au second tour pour la gauche.

La même remarque vaut évidemment pour certaines grandes villes de province.

Ainsi, quand des villes minières comme Copiapo ou Calama n’accordent qu’un peu plus de 20 % des suffrages de leurs électeurs à la candidate de gauche, il est clair qu’il y a du chemin à faire.

C’est sans doute l’enjeu des quatre ans à venir.

Ou bien le pouvoir confié à la gauche se traduit par des réformes institutionnelles profondes, une meilleure prise en compte des problématiques sociales et économiques d’un pays qui présente certaines caractéristiques de développement et d’insertion dans le champ économique mondial et nombre de stigmates du sous développement (inégalités sociales profondes, tendance forte à la désertification rurale et à l’urbanisation plus ou moins contrôlée), ou bien le message politique aura de plus en plus de peine à passer dans une population où l’abstention massive observée les 17 novembre et 15 décembre, nonobstant les aléas de fichiers électoraux non épurés, traduit des attentes pour l’heure incapables de se reconnaître dans un personnel politique prisonnier de son recrutement et des contraintes institutionnelles.

Nous le verrons d’ailleurs avec l’analyse du scrutin législatif.

 

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