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EMMANUEL MACRON

30 mai 2016

Emmanuel Macron, longtemps conseiller occulte pour l’Economie de la Présidence de la République, est depuis l’un des renouvellements gouvernementaux devenu Ministre de l’Economie du Gouvernement Valls.

Auteur d’un fameux projet de loi comportant, entre autres dispositions, le développement d’un réseau d’autobus à bas prix destinés aux nécessiteux incapables de goûter au luxe des TGV de
la SNCF, la privatisation et la vente à l’encan de la quasi totalité des entreprises publiques sans autre stratégie que celle d’en tirer le maximum à l’instant T, et l’extension du travail du dimanche, le jeune et sémillant Ministre s’est depuis quelque temps senti investi d’un destin national.

Sa jeunesse (il est né quand j’étais déjà lycéen, c’est dire), son audace, la modernité de son couple (lui a réussi, bande de nuls, à coucher avec la prof qui peuplait vos rêves érotiques de collégien boutonneux ! ), son sourire dentifrice appréciable sur photo de téléphone portable, tout plaide en sa faveur.

En même temps, quelques rappels.

Emmanuel Macron est d’Amiens mais il ne vient pas d’Etouvie ; vu que son père est un neurologue réputé, enseignant au CHU de la capitale picarde et sa mère médecin conseil.

Et sa scolarité ne s’est pas déroulée dans au Lycée Jean Baptiste Delambre, mais au Lycée privé la Providence, dont les taux de réussite au bac n’ont rien à envier à ceux des grands lycées parisiens.

Pour faire bonne mesure, Emmanuel Macron a certes épousé sa professeure de français, mais celle ci avait aussi le bon goût d’être une demoiselle Trogneux (ah les noms picards), héritière d’une chocolaterie confiserie réputée dans la région des « Hauts de France » pour vendre à la fois les macarons d’Amiens et les fameux Petits Coeurs d’Arras, une de ces saletés au chocolat qu’on peut ramener d’une éventuelle visite dans la ville de Robespierre…

Le mariage des deux amoureux s’est déroulé au Touquet, station balnéaire dont on sait à quel point elle est ouverte aux « illettrés » et aux « sans dents » et maintenant « sans costard ».

Bref, Emmanuel Macron, bien qu’il soit né le même jour que Staline (mais pas la même année, of course), ce serait plutôt un Le Quesnoy qu’un Groseille sur le long fleuve tranquille de la vie…

Pour le reste, le brillant cursus scolaire du p’tit Manu l’a conduit de la Providence à l’ENA, tout en ayant échoué, malgré une position de lauréat du concours général en français en 1994, après son hypokhâgne à Henri IV, à atteindre la rue d’Ulm voisine et l’Ecole Normale Supérieure.

Rassurons tout de suite le lecteur : Manu n’a jamais connu le chômage puisque sa position à l’ENA lui a permis (après avoir mené un contentieux au Conseil d’Etat sur la validation des résultats de son année de diplôme, manifestation éclatante de sa défense des plus modestes et des plus vulnérables) d’intégrer l’Inspection générale des Finances, corps supérieur de la Fonction Publique en général réservé aux premiers dans la « botte » des diplômés de notre chère grande école.

En août 2007, Manu participe à la commission Attali, ce qui va faire de l’ancien conseiller de François Mitterrand (et gestionnaire calamiteux de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, rappelons le tout de même) un de ses parrains dans ce monde de brutes aux bonnes manières qui garde jalousement les passerelles entre haute fonction publique et direction d’entreprises et/ou de banques privées.

Quand il s’oppose au plafonnement de la rémunération des PDG de grandes entreprises, Macron sait de quoi il parle.

Il veut laisser perdurer ce système bien huilé où l’on passe effectivement du « service public » au privé, pour y pantoufler à l’aise…

Que fera t il demain s’il n’est plus Ministre, non mais des fois…

Cest ainsi que, utilisant les parachutes disponibles, le p’tit Manu devient associé gérant chez Rothschild, sans doute pour parfaire ses connaissances du monde de l’entreprise.

C’est au travers de cette expérience qu’il goûte notamment aux délices de retirer de confortables plus values d’opérations d’achat revente de titres, comme dans une opération où il a « conseillé «
le groupe Nestlé.

Mais évidemment, de telles qualités ne pouvant rester en friche, après avoir été approché par la droite comme par le Parti socialiste pour exercer certaines responsabilités, Emmanuel Macron est devenu Secrétaire général adjoint de l’Elysée avant de finir Ministre de l’Economie.

Les observateurs assez fins de la vie politique auront d’ailleurs remarqué que, dans la dernière mouture du Gouvernement Valls, l’intéressé n’est plus qu’en treizième position dans l’ordre du protocole, ceci traduisant une certaine dévaluation.

Au demeurant, on peut se demander, à part d’avoir accru le trafic d’autobus à la gare routière de Bagnolet Mercuriales, ce que la loi Macron a pu changer en termes économiques et sociaux puisque les organisations syndicales des salariés du commerce se sont rendus compte qu’une opposition majoritaire à l’ouverture du dimanche suffisait  à rendre inopérant le dispositif contenu dans le texte.

C’est d’ailleurs à ce propos que la loi El Khomri, entre autres dispositions, prévoit de contourner cet obstacle en facilitant les décisions unilatérales d’employeurs en matière de fixation des horaires de travail.

L’impact de la loi Macron sur la croissance semble assez faible, sans parler de celui sur la situation de l’emploi.

Vu que d’avril 2015 à avril 2016, notre pays comptait, toutes catégories confondues, plus de 100 000 chômeurs de plus.

Macron, ceci dit, des fois, parle un peu trop et souvent trop vite.

Je n’insisterai pas ici sur la naissance de son mouvement politique
« EMarche » dont les initiales reprennent les siennes.

Pour faire de l’humour, si EM cela donne Emmanuel Macron, cela peut aussi donner Enorme Melon.

Mais, depuis qu’il avait traité les salariés du groupe Doux
(en Bretagne) « d’illettrés », oubliant sans doute un peu vite la responsabilité directe de leur épouvantable patron de ne pas leur avoir fait valoir le moindre droit à une formation même élémentaire, voilà qu’il n’en manque pas une.

Ainsi, sans doute pour se singulariser, s’était il interrogé il y a peu sur le fait de revenir sur les trente cinq heures de travail par semaine.

Le Ministre doit sans doute travailler plus que ce temps là (ce qui semble d’ailleurs plutôt un signe de mauvaise organisation de son temps personnel de travail), mais il oublie, une fois encore, que lesdites trente cinq heures n’ont toujours pas le moindre sens pour les salariés des entreprises de moins de vingt personnes qui n’en ont jamais vu la couleur…

Ca fait du monde, plus de 6 millions de salariés !

Et, hier, passant dans les rues de Lunel, commune sinistrée au plan économique de la Petite Camargue héraultaise, Emmanuel Macron a rencontré sur son chemin des militants syndicaux engagés dans l’action contre le texte de réforme du droit du travail.

Il venait de visiter une structure accueillant une vingtaine de jeunes en formation avec les métiers du numérique et s’est pris de bec avec les impétrants.

Entre autres puissants arguments politiques, Emmanuel Macron a lâché « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee shirt, la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».

Mais que répondre un truc pareil à un militant CGT en tee shirt lui parlant droit constitutionnel et des effets désastreux de l’usage du
49 – 3 dans l’opinion publique est tout simplement taper à côté de
la plaque.

C’est le monde à l’envers : les militants syndicaux ordinaires parlent politique et Constitution, les Ministres sortent des arguments de Café du Commerce.

Monsieur Hollande, arrêtez le massacre !

Le plus amusant, dans l’histoire, c’est sans doute qu’avec le temps qu’il faisait à Lunel, valait mieux tomber la veste hier !

 

LAURENT BERGER, LE SEUL BERGER QUI LAISSE SON TROUPEAU SE FAIRE DEVORER PAR LES LOUPS

31 mai 2016

J’avoue mon incompréhension.

Est ce la filiation originelle de la Confédération Française Démocratique du Travail, qui veut que ce syndicat soit un avatar de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, c’est à dire que les valeurs du catholicisme imprègnent tant l’organisation syndicale qu’elles la poussent jusqu’au bout du désir d’être martyre ?

Est ce une simple opportunité politique qui laisserait penser qu’une concertation commise en accéléré et sans consultation excessive de la grande masse des adhérents suffirait à positionner l’organisation en soutien indéfectible de la loi « Travail « ?

Toujours est il qu’à la lecture d’un entretien accordé par Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT, à un grand quotidien populaire cette semaine, je me suis interrogé pour savoir ce que signifiait encore le syndicalisme pour ce dirigeant syndical.

Question posée : La CGT s’oppose à la priorité donnée aux accords d’entreprise sur la convention collective ou sur la loi…

Réponse de Laurent Berger : Il y a beaucoup de fantasmes dans tout cela. (ah c’est érotique?).

Ce changement de hiérarchie (NDLR : hiérarchie des normes qui veut qu’en application du fameux principe de faveur, sauf quelques cas expressément prévus par la loi, aucun accord d’entreprise ne peut proposer aux salariés de garanties inférieures à ce qui est fixé par la convention collective de branche et, a fortiori, par la loi) ne concerne ni le SMIC, ni les salaires, ni les règles de sécurité.

Là, on relit la phrase et on cherche un truc à boire, vu qu’on a déjà le souffle coupé.

Oyez, braves gens, et essuyez vos lunettes au cas où, mais voici qu’il n’est pas question de discuter du SMIC dans la loi El Khomri et de concevoir, par exemple, vu qu’on inverse la hiérarchie des normes, un SMIC jeunes, un SMIC régional, départemental ou d’entreprise.

En même temps, pour rassurer Laurent Berger, on rappellera le sens de l’acronyme.

SMIC, cela veut dire Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, le qualificatif utilisé laissant entendre son caractère général, applicable à toute activité salariée en quelque point du territoire et dans quelque secteur économique que ce soit !

Ceci dit, manque de bol, pourrait on dire, pour Laurent Berger, voilà
t y pas que l’article premier de la loi dite «  Travail » précise qu’on va mettre en place une commission des Sages destinée à formuler des propositions pour réformer la partie législative du code du travail.

La loi El Khomri, c’est un peu comme les rasoirs à deux lames, donc.

Pour la première, on va limiter le champ couvert par le texte à quelques questions (nous allons voir lesquelles) et d’ici deux ans, une seconde loi viendra s’occuper de ce que la première n’aura pas traité.

Car la suite de la réponse de Laurent Berger vaut son pesant d’or.

Il nous dit en effet «  Il (le texte de loi) ne concerne QUE l’organisation et le temps de travail et RIEN D’AUTRE».

Laurent Berger a le sens de la formule et tout est dans le « que », justement.

Car si on prend simplement les articles 2 (739 alinéas dans la version du projet de loi issue des « travaux » de l’Assemblée Nationale) et 3 (418 alinéas supplémentaires), on mesure un peu mieux ce que constitue le potentiel de ce « que » ici convoqué.

Je doute que Laurent Berger soit oulipien mais reprenons simplement le champ couvert par ces articles 2 et 3 d’un projet de loi travail qui en compte, soit dit en passant, désormais 100.

Thèmes de l’article 2 ?

Travail effectif, astreintes et équivalences ; Durées maximales de travail ; durée légale et heures supplémentaires ; aménagement du temps de travail pour une durée supérieure à la semaine, horaires individualisés ; conventions de forfait (jours ou heures) ; travail de nuit ; travail à temps partiel et travail intermittent ; Jours fériés, journée du 1er mai, journée de la solidarité ; congés payés, droit au congé, durée du congé, prise de congés, indemnités de congé, caisse de congés payés ; le tout achevé par une longue liste de dispositions à actualiser au sein du code du travail.

L’article compte ainsi 95 aliénas de mesures de coordination…

Thèmes de l’article 3 ?

Congés pour événements familiaux, congé de solidarité familiale, congé de proche aidant, congé sabbatique, report de congés payés, congé de formation mutualiste, congé de participation à un jury d’examen, congé pour catastrophe naturelle, congé de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse, congé de représentation, congé de solidarité internationale, congé pour acquisition de nationalité, congé pour création ou reprise d’entreprise, report de congés payés, le tout terminé par une trentaine d’alinéas de coordination.

On le voit, ce n’est presque rien, ce projet de loi dont Laurent Berger nous a indiqué qu’il ne portait QUE sur l’organisation et le temps de travail.

Et dont les élus Républicains, reprenant l’antienne de Pierre Gattaz, nous disent qu’il ne recouvre plus rien de fondamental.

Un simple exemple : au détour de l’article 2, sur la partie concernant les jours fériés chômés, il est juste précisé qu’à défaut d’accord, c’est l’employeur qui fixe les jours fériés chômés.

Sans avis du délégué du personnel ni même de l’inspection du travail.

Demain, hors le 1er mai (et encore), vous pourrez fort bien vous retrouver à travailler le jeudi de l’Ascension ou le Lundi de Pentecôte du simple fait de la décision unilatérale de votre employeur.

Et je ne parle évidemment pas de l’article 30 ( redéfinition du licenciement économique pour tordre le cou à la jurisprudence existante et les « faciliter »), la validation des conventions de forfait jours ou heures illégales (article 5), la validation a priori des accords ne comportant pas de clause de revoyure (article 7) ou encore les referenda par contournement des accords majoritaires (article 10), tous dispositifs conduisant à déséquilibrer le texte.

Laurent Berger, historien spécialiste du catholicisme social, ancien permanent de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), une organisation qui participe aujourd’hui aux manifestations contre le texte de la loi El Khomri, ancien responsable d’une structure d’insertion et permanent syndical depuis …vingt ans, est un étrange pasteur.

Force est de constater qu’il livre pour le moment le troupeau des adhérents de son syndicat et, plus généralement, celui des salariés, aux appétits sans limites des « loups » prêts à concevoir plans sociaux et à utiliser les nombreux ressorts offerts par le texte pour imposer leur vue à des salariés toujours plus fragilisés par la précarité.

Si tant est que la loi réformant le code du travail ait l’heur d’apporter quelques avancées, pourquoi ne pas la limiter précisément à ces avancées ?

Pour le moment, ceci dit, il me semble urgent d’arrêter Laurent Berger dans sa démarche.

Un code du travail par entreprise sur la base d’une multitude d’accords à géométrie plus que variable, non merci !