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LAURENT BERGER, LE SEUL BERGER QUI LAISSE SON TROUPEAU SE FAIRE DEVORER PAR LES LOUPS

31 mai 2016

J’avoue mon incompréhension.

Est ce la filiation originelle de la Confédération Française Démocratique du Travail, qui veut que ce syndicat soit un avatar de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, c’est à dire que les valeurs du catholicisme imprègnent tant l’organisation syndicale qu’elles la poussent jusqu’au bout du désir d’être martyre ?

Est ce une simple opportunité politique qui laisserait penser qu’une concertation commise en accéléré et sans consultation excessive de la grande masse des adhérents suffirait à positionner l’organisation en soutien indéfectible de la loi « Travail « ?

Toujours est il qu’à la lecture d’un entretien accordé par Laurent Berger, Secrétaire général de la CFDT, à un grand quotidien populaire cette semaine, je me suis interrogé pour savoir ce que signifiait encore le syndicalisme pour ce dirigeant syndical.

Question posée : La CGT s’oppose à la priorité donnée aux accords d’entreprise sur la convention collective ou sur la loi…

Réponse de Laurent Berger : Il y a beaucoup de fantasmes dans tout cela. (ah c’est érotique?).

Ce changement de hiérarchie (NDLR : hiérarchie des normes qui veut qu’en application du fameux principe de faveur, sauf quelques cas expressément prévus par la loi, aucun accord d’entreprise ne peut proposer aux salariés de garanties inférieures à ce qui est fixé par la convention collective de branche et, a fortiori, par la loi) ne concerne ni le SMIC, ni les salaires, ni les règles de sécurité.

Là, on relit la phrase et on cherche un truc à boire, vu qu’on a déjà le souffle coupé.

Oyez, braves gens, et essuyez vos lunettes au cas où, mais voici qu’il n’est pas question de discuter du SMIC dans la loi El Khomri et de concevoir, par exemple, vu qu’on inverse la hiérarchie des normes, un SMIC jeunes, un SMIC régional, départemental ou d’entreprise.

En même temps, pour rassurer Laurent Berger, on rappellera le sens de l’acronyme.

SMIC, cela veut dire Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, le qualificatif utilisé laissant entendre son caractère général, applicable à toute activité salariée en quelque point du territoire et dans quelque secteur économique que ce soit !

Ceci dit, manque de bol, pourrait on dire, pour Laurent Berger, voilà
t y pas que l’article premier de la loi dite «  Travail » précise qu’on va mettre en place une commission des Sages destinée à formuler des propositions pour réformer la partie législative du code du travail.

La loi El Khomri, c’est un peu comme les rasoirs à deux lames, donc.

Pour la première, on va limiter le champ couvert par le texte à quelques questions (nous allons voir lesquelles) et d’ici deux ans, une seconde loi viendra s’occuper de ce que la première n’aura pas traité.

Car la suite de la réponse de Laurent Berger vaut son pesant d’or.

Il nous dit en effet «  Il (le texte de loi) ne concerne QUE l’organisation et le temps de travail et RIEN D’AUTRE».

Laurent Berger a le sens de la formule et tout est dans le « que », justement.

Car si on prend simplement les articles 2 (739 alinéas dans la version du projet de loi issue des « travaux » de l’Assemblée Nationale) et 3 (418 alinéas supplémentaires), on mesure un peu mieux ce que constitue le potentiel de ce « que » ici convoqué.

Je doute que Laurent Berger soit oulipien mais reprenons simplement le champ couvert par ces articles 2 et 3 d’un projet de loi travail qui en compte, soit dit en passant, désormais 100.

Thèmes de l’article 2 ?

Travail effectif, astreintes et équivalences ; Durées maximales de travail ; durée légale et heures supplémentaires ; aménagement du temps de travail pour une durée supérieure à la semaine, horaires individualisés ; conventions de forfait (jours ou heures) ; travail de nuit ; travail à temps partiel et travail intermittent ; Jours fériés, journée du 1er mai, journée de la solidarité ; congés payés, droit au congé, durée du congé, prise de congés, indemnités de congé, caisse de congés payés ; le tout achevé par une longue liste de dispositions à actualiser au sein du code du travail.

L’article compte ainsi 95 aliénas de mesures de coordination…

Thèmes de l’article 3 ?

Congés pour événements familiaux, congé de solidarité familiale, congé de proche aidant, congé sabbatique, report de congés payés, congé de formation mutualiste, congé de participation à un jury d’examen, congé pour catastrophe naturelle, congé de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse, congé de représentation, congé de solidarité internationale, congé pour acquisition de nationalité, congé pour création ou reprise d’entreprise, report de congés payés, le tout terminé par une trentaine d’alinéas de coordination.

On le voit, ce n’est presque rien, ce projet de loi dont Laurent Berger nous a indiqué qu’il ne portait QUE sur l’organisation et le temps de travail.

Et dont les élus Républicains, reprenant l’antienne de Pierre Gattaz, nous disent qu’il ne recouvre plus rien de fondamental.

Un simple exemple : au détour de l’article 2, sur la partie concernant les jours fériés chômés, il est juste précisé qu’à défaut d’accord, c’est l’employeur qui fixe les jours fériés chômés.

Sans avis du délégué du personnel ni même de l’inspection du travail.

Demain, hors le 1er mai (et encore), vous pourrez fort bien vous retrouver à travailler le jeudi de l’Ascension ou le Lundi de Pentecôte du simple fait de la décision unilatérale de votre employeur.

Et je ne parle évidemment pas de l’article 30 ( redéfinition du licenciement économique pour tordre le cou à la jurisprudence existante et les « faciliter »), la validation des conventions de forfait jours ou heures illégales (article 5), la validation a priori des accords ne comportant pas de clause de revoyure (article 7) ou encore les referenda par contournement des accords majoritaires (article 10), tous dispositifs conduisant à déséquilibrer le texte.

Laurent Berger, historien spécialiste du catholicisme social, ancien permanent de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), une organisation qui participe aujourd’hui aux manifestations contre le texte de la loi El Khomri, ancien responsable d’une structure d’insertion et permanent syndical depuis …vingt ans, est un étrange pasteur.

Force est de constater qu’il livre pour le moment le troupeau des adhérents de son syndicat et, plus généralement, celui des salariés, aux appétits sans limites des « loups » prêts à concevoir plans sociaux et à utiliser les nombreux ressorts offerts par le texte pour imposer leur vue à des salariés toujours plus fragilisés par la précarité.

Si tant est que la loi réformant le code du travail ait l’heur d’apporter quelques avancées, pourquoi ne pas la limiter précisément à ces avancées ?

Pour le moment, ceci dit, il me semble urgent d’arrêter Laurent Berger dans sa démarche.

Un code du travail par entreprise sur la base d’une multitude d’accords à géométrie plus que variable, non merci !

 

Clash à l’UMP

UNE DROITE UN PEU…GAUCHE ET CARRÉMENT MALADROITE.

Des irrégularités à Marseille, des listes d’émargement dupliquées à Nice, un bureau de vote trop petit à Neuilly, des invectives et des insultes, des appels téléphoniques imaginés ou imaginaires, une Commission de contrôle dont on ne sait qui fait partie, nous aurions pu croire, hier, que nous étions revenus à l’époque tendue où le Parti socialiste, pour son Congrès de Reims, s’était déchiré entre aubrystes et royalistes…

Sauf que, pour une fois, ce fut du côté droit de l’échiquier politique que le trouble s’est créé.

Il faut croire qu’en ce mois de novembre 2012, soit six mois après l’élection de François Hollande et, donc, normalement cinquante quatre mois avant le premier tour de l’élection présidentielle 2017, il importait d’exercer la Présidence du principal parti d’opposition, à savoir l’Union pour un Mouvement Populaire.

Ne serait ce que pour disposer d’une certaine forme d’avantage sur la ligne de départ du rendez vous de ce moment là…

Deux candidats s’étaient finalement déclarés, après le renoncement de quelques impétrants, présentant les qualités connues d’un ancien Ministre et Premier Ministre responsable de multiples « réformes «  essentielles menées depuis dix ans (retraites, école, transports publics), enraciné dans une Vieille France peureuse et relativement traditionnelle, l’autre étant comme le symbole d’une nouvelle catégorie de parvenus (partis de rien, arrivés à quelque chose, et cherchant à aller plus loin et plus haut), une nouvelle droite dite décomplexée ne reculant pas, notamment, derrière un discours de défense de valeurs inégalitaires.

Caressant dans le sens du poil un certain électorat, ou une militance pour le moins poreuse aux idées d’extrême droite, on se souviendra avoir découvert qu’en plein mois d’août, des gamins pouvaient se faire « piquer » leur pain au chocolat par leurs petits camarades de confession musulmane en plein Ramadan, ce qui dénotait une connaissance assez imparfaite des rythmes scolaires…

Comme d’ailleurs des obligations faites à tout adepte de la religion mahométane, les enfants étant le plus souvent dispensés, dans leur jeune âge, de la stricte observance des commandements du Prophète…

Toujours est il que ces deux excellents candidats, l’un jouissant de la notoriété et de l’autorité d’un ancien gouvernant et l’autre tirant parti de l’appareil de l’organisation, se sont « gentiment » opposés, dans le cadre d’un débat télévisuel qui ne fit pas vraiment recette puis dans celui de la journée de ce dimanche 18 novembre, où, au bout d’un certain temps, les coups fourrés et les invectives ont tenu lieu d’éléments de mesure du rapport des forces.

Les temps sont pourtant à agir de manière réfléchie et raisonnée : l’UMP, en perdant le pouvoir (c’est tout de même sa raison d’être), a aussi perdu quelques moyens, bien au delà de savoir que le locataire de l’Elysée n’est plus son champion déchu qui, en avril dernier, n’aura même pas réussi, lors du premier tour de la présidentielle, à atteindre le score de VGE en 1981 avant sa défaite.

Pour ceux qui l’auraient oublié, Nicolas Sarkozy a en effet été moins performant à l’occasion du scrutin de premier tour à l’issue de son premier mandat que ne le fut VGE en 1981 (pour être battu au second) ou Mitterrand en 1988 (pour être réélu).

L’Elysée perdu, moult députés sans siège, dix millions d’argent public en moins dans la caisse, l’UMP, s’il s’agissait d’une entreprise, serait assez proche du dépôt de bilan.

En 2010, dernière année connue pour l’heure, l’UMP faisait face à 45,36 millions d’euros de charges avec un peu moins de 50 millions de recettes.
Ce qui n’empêchait pas que le parti présentât un actif négatif, ses dettes étant largement supérieures à ses biens.

En 2010, les fonds propres de l’UMP étaient négatifs de 3,7 millions, les provisions constituées d’1,6 million environ et les dettes de plus de 37 millions d’euros.

Les 10 millions de financement public perdus, le plan social en cours pour le millier de collaborateurs ministériels, élyséens et parlementaires de moins, cela pose bien des problèmes et peut nourrir bien des rancoeurs.

Question posée : quelle image la bataille de chiffonniers qui anime les partisans des deux challengers peut laisser dans l’esprit des électeurs et électrices ?

Celle d’une « lutte des places » qui prime d’un coup sur les valeurs, l’éthique, le sens même de l’engagement ?

Ou celle d’un parti politique qui va sans doute devoir apprendre la patience.

Etre au pouvoir pendant dix ans et en être privé est sans doute difficile, mais, n’oublions pas, cinquante quatre mois encore…