GILETS JAUNES OU DORES SUR TRANCHE ?

Connaissez – vous Evelyne Renaud Garabédian ?

Cette dame élégante désormais âgée de soixante – neuf ans (elle est née dix ans après l’Appel du Général de Gaulle) exerce, entre autres activités, celle de Sénatrice représentant les Français établis hors de France, élue en septembre 2017 sur la liste Divers droite menée par Jean Pierre Bansard, le fondateur du groupe Usines Center, bien connu pour exploiter ces magasins de déstockage qui font les beaux jours de quelques centres commerciaux…

Jean Pierre Bansard ne s’est pas arrêté en si bon chemin puisqu’il a créé ensuite la société Compagnie Internationale Bansard Liagre Entreprises (CIBLE), vouée aux investissements immobiliers dans l’hôtellerie et les espaces commerciaux.

Sans manière, la société CIBLE rachète ainsi deux des marchés de la zone des Puces de Saint Ouen (le Paul Bert notamment) et l’hôtel Intercontinental avenue Marceau.

Jean Pierre Bansard nomme en qualité de Directrice Générale de CIBLE une certaine … Evelyne Renaud Garabédian.

Au début des années 2010, il est nommé comme personnalité qualifiée membre de l’Assemblée des Français de l’Etranger et tente, en 2011 comme en 2014, d’être élu au Sénat au titre des expatriés.

C’est qu’en 2009, Jean Pierre Bansard a créé un « instrument politique », à savoir l’Association solidaire des français de l’Etranger, concurrente des associations existantes comme l’Union des Français de l’Etranger (proche de la droite) ou Français du Monde (plutôt proche de la gauche).

Sa première candidature, en 2011, avec Evelyne Garabedian en deuxième position (déjà) lui vaut 9 suffrages…

La deuxième, en 2014, lui rapporte 61 voix et le prive de représentation pour quasiment rien, puisque le troisième siège de la liste officielle de l’UMP est obtenu à 61,66 voix…

Puis vient le scrutin de 2017.

Le ticket Bansard Renaud Garabedian est élu en raflant 132 voix, à égalité en tête du scrutin avec la liste portée par la gauche sénatoriale !

La liste officielle de l’UMP s’effondre avec 84 voix…

Mais l’élection de Jean Pierre Bansard est invalidée, par suite d’une décision du Conseil constitutionnel établissant quelques « irrégularités » dans les comptes de campagne du candidat.

Qu’on en juge…

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL S’EST FONDÉ SUR CE QUI SUIT :1.Le requérant soutient qu’en méconnaissance des dispositions de l’article L. 52-12 du code électoral, M. BANSARD aurait omis du compte de campagne de sa liste de candidats certaines dépenses, qu’il aurait lui-même financées ou qui, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 52-8 du même code, auraient été prises en charge par des personnes morales autres que des partis politiques, et que la prise en compte des recettes et des dépenses correspondantes entraînerait le dépassement du plafond de dépenses fixé en application de l’article L. 308-1 de ce code.

2.Le requérant soutient à ce titre que les frais du déplacement d’au moins une partie des électeurs sénatoriaux depuis leur résidence à l’étranger jusqu’au bureau de vote ouvert à Paris, aux seules fins de leur participation au scrutin, auraient été supportés soit par M. BANSARD, soit, dans l’intérêt de sa candidature, par une personne morale autre qu’un parti politique. Pour le contester, sont produites en défense les attestations de 24 des 30 électeurs nommément désignés par le requérant, ainsi que celles des deux collaboratrices de M. BANSARD qui auraient prêté la main à ces modalités de financement occulte. En outre, l’une de ces dernières, entendue en qualité de témoin au cours de l’enquête ordonnée par le Conseil constitutionnel, a, sous serment de dire la vérité, réitéré la teneur de son attestation. Cependant, quatre autres témoins ont, sous serment de dire la vérité, confirmé les allégations du requérant, de manière concordante et circonstanciée, en ce qui concerne le transport et le séjour à Paris d’au moins trois électeurs (…)

Le reste à l’avenant…

On peut supposer que la personne morale autre qu’un parti politique soit l’une des sociétés de la nébuleuse constituée autour de CIBLE.

Car, dans sa déclaration signée et déposée en avril 2019 (c’est-à-dire plus de dix huit mois après son élection), Evelyne Renaud Garabédian indique avoir perçu en 2017 rien moins que 30 000 euros de rémunération ès qualités de DG de la société en question.

Et surtout d’avoir conservé des participations et des fonctions dans les différentes entités du groupe Bansard.

Ainsi, Evelyne Renaud Garabédian est elle gérante de la SCI Traktir, dont le capital social est habituel (152,45 euros) en pareil cas, mais la valeur plus importante (2 114 460 euros)…

Elle détient aussi 20 % de Placide Europe, société en nom collectif (ce qui dispense de quelques obligations de publicité) à la valeur de 104 795 euros gérant un service de réservations…

Mais on lui trouve aussi 18 % de Cible financière, cœur du groupe créé par Jean Pierre Bansard, pourcentage à comparer avec les 10 074 906 euros de valeur inscrite au bilan.

18 % aussi de Cofinin, valant 12 407 827 euros, entreprise dont elle fut, jusqu’à son élection, PDG, à l’instar de Cible financière…

Ou 10 % de la société Vivarinco, spécialisée dans la vente de biens immobiliers, et dont le chiffre d’affaires 2017 s’est établi à près de 2,9 millions d’euros, au lieu de moins de 250 000 l’année précédente…

C’est donc à Evelyne Renaud Garabedian, qui semble gagner à être connue et reconnue, que la commission des Affaires Economiques du Sénat a confié la rédaction d’un rapport sur les conséquences économiques des manifestations de « Gilets Jaunes ».

Reconnaissons tout de même que faire produire une analyse de la déperdition des activités commerciales de centre – ville par l’ex Directrice générale d’un Groupe dont la fortune vient de l’exploitation de magasins de demi gros aspirant la chalandise en périphérie, pour cause de moindre coût financier d’implantation, est pour le moins déroutant.

Et la liste des sources utilisées pour alimenter la réflexion semble quelque peu univoque.

A savoir quelques services rattachés à Bercy (même pas le Ministère de la Justice ou celui de l’Intérieur) et une foultitude de chambres de commerce et d’organismes professionnels de commerçants…

Pas le moindre élu local (ès qualités), pas le moindre représentant syndical des salariés…

Simple oubli sans doute.

N’ayons pas peur de le dire.

Les larmes de crocodile que le rapport verse sur la situation des commerçants dont les vitrines ont été brisées, les stocks envolés ou le chiffre d’affaires tiré vers le bas ne trompent personne.

Surtout qu’en pareil cas, au lieu de regarder l’espace d’un instant ce qui a pu provoquer la réitération des manifestations de « gilets jaunes » et les maux de la société ainsi exacerbés, le rapport conclut par des propositions tendant à alléger cotisations sociales et obligations fiscales des entreprises concernées, histoire de leur permettre de se refaire une trésorerie sur le compte de l’Etat…

Un Etat dont il y aurait pourtant tant à dire, au regard de la densité des moyens de maintien de l’ordre mis en œuvre durant tout le cycle des « actes « de la mobilisation des gilets jaunes, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne semble pas avoir tout à fait résolu le risque de la violence urbaine.

 Ni la multiplication des gardes à vue, ni les lancements frénétiques de grenades lacrymogènes, ni la projection des balles de défense et l’utilisation des grenades de désencerclement n’ont, manifestement, dans le contexte d’un code pénal ayant intégré les règles de l’état d’urgence, permis de dépister, par exemple, les plus dangereux « fauteurs de troubles »…    

Peut – être par ce qu’ils sont ailleurs depuis le début.

           

DEBARQUEMENT : UN REGRETTABLE OUBLI

Les quelques jours qui viennent de s’écouler avant le lancement de la  Coupe du Monde de Football féminine ont été l’occasion de marquer le 75e anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 et de l’ouverture, au détriment du projet historique d’Adolf Hitler, d’un second front de combat.

Tout a été dit ou presque sur le caractère spectaculaire de l’opération Overlord, le nombre impressionnant des navires de guerre, des avions et même des combattants (plus de 170 000 le premier jour) engagés dans ce qui reste la plus grande opération de cette nature menée dans l’Histoire militaire.

Mais qui dit second front, dit qu’il y en avait un premier.

Un premier où depuis le 22 juin 1941, se menait une guerre aux conséquences matérielles et humaines considérables entre les troupes allemandes et l’URSS de Staline et son Armée Rouge.

On connaît quelques unes des grandes dates de cette guerre.

Entre l’offensive initiale de la Wehrmacht ; arrêtée devant Moscou à l’hiver 1941 par les renforts sibériens commandés par Joukov, le long siège de Leningrad tenu par les Allemands (et leurs alliés Finlandais) jusqu’au printemps 1944 ; la bataille de Stalingrad, conclue par la reddition de Von Paulus en janvier 1943 et le combat entre chars d’assaut de Koursk, entrainant du point de vue des Allemands la perte de leur suprématie technique, nous connaissons presque tout.

Nous ignorons peut être un peu plus que l’hiver 1943 – 1944 vient d’être l’unité de temps d’un nouveau recul des Allemands sur ce front Est, sous le coup d’offensives soviétiques qui ont libéré l’Ukraine, le Nord Caucase et très largement desserré l’étau autour de Leningrad.

Pour le 22 juin 1944 (date symbolique choisie par référence au jour du lancement de l’offensive Barbarossa, cette violente Drang nach Osten destinée à asservir les peuples slaves de l’URSS) l’Armée Rouge prépare l’offensive Bagration, du nom d’un ancien chef de l’armée impériale, par ailleurs aieul de Madame Hélène Carrère d’Encausse.

L’Armée Rouge a massé plusieurs millions de soldats, épaulés par un grand nombre d’avions, de chars, de canons pour repousser les troupes allemandes et leurs alliés (Roumains, Hongrois notamment) hors les frontières de l’URSS, le premier objectif étant de libérer la Biélorussie de la présence nazie.

Bagration est la première des offensives soviétiques qui, dans la dernière année du conflit, vont mener à la défaite des hitlériens et l’Armée Rouge jusqu’au Reichstag de Berlin.

Elle prive l’armée allemande, au moment où la Bataille de Normandie se déroule, de forces essentielles pour riposter à l’offensive menée par les troupes américaines, anglaises, canadiennes et françaises sur le front Ouest, notamment en matière de forces blindées comme de troupes  d’élite issues de la SS.

Au demeurant, quand le QG de Hitler sera contraint de rapatrier des forces à l’Ouest comme en Hongrie pour résister à la pression, il ne pourra que constater un recul de ses troupes plus marqué sur les parties du front ainsi dégarni.

Sur un strict plan statistique, on estime qu’avant le 6 juin, neuf soldats allemands sur dix étaient engagés sur le front Est et que c’est sur ce front qu’ils subiront les plus grosses pertes.

Ne pas inviter la Russie, en tant que telle, aux cérémonies du 75e anniversaire est donc une erreur.

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