LE NEGATIF, C’EST POSITIF !

Vous aurez sans doute remarqué que le débat sur la dette publique ne fait plus forcément la une des débats financiers et budgétaires.

Il faut dire que l’exécution du budget 2019 recèle une petite surprise qui vaut tout de même son pesant d’or.
(c’est bien le cas de le dire).

Premier élément de la situation : le déficit public, inscrit en loi de finances initiale à 107,7 Mds d’euros, du fait des mesures « gilets jaunes » (discours officiel pour masquer que les principaux gagnants sont les entreprises ayant bénéficié d’exonérations de cotisations sociales supplémentaires) et de la « pérennisation » du CICE sous forme d’exonérations sociales permanentes, se trouve réduit, en exécution, à 96,8 Mds d’euros.

Ce qui représente 10 Mds d’euros en moins, à peu de choses près.

Pour financer tout cela, l’Etat fait fonctionner l’Agence France Trésor, c’est-à-dire qu’il émet des titres de dette publique, certains de long terme (ce sont des obligations, parfois indexées sur l’inflation grâce à une mesure initiée par Dominique Strauss Kahn qui s’était inquiété alors du pouvoir d’achat des rentiers) et d’autres de court terme.

Ceux – là, ce sont des Bons du Trésor à durée de vie courte (souvent quelques mois ou trimestres) qui ont, depuis 1972, remplacé l’usage de la planche à billets par celui de l’impression de Bons.

Nous sommes, depuis un certain nombre d’années, engagés dans un processus de taux d’intérêt négatifs, encouragés par les prises de position des grandes Banques centrales (BCE ou Federal Reserve Bank) qui ont fixé des taux directeurs négatifs et qui imposent par exemple aux banques un taux de – 0,5 % sur les fonds laissés en dépôt, en attente d’emploi.

Pour la France, la situation est simple.

Depuis le 25 août 2014, les émissions de Bons du Trésor se réalisent avec des taux négatifs, pour le plus grand bien de nos comptes…

La situation est un peu différente pour les obligations depuis plusieurs mois, mais il est de plus en plus fréquent que l’on émette des obligations à taux zéro et que la négociation permette de réduire le coût de certains emprunts antérieurs.

On rappellera ici que l’Etat aura émis cette année pour 200 Mds d’euros de titres de moyen et long terme dont 130 consacrés à amortir la dette existante, qui s’élève, pour le compte de l’Etat, à 1 857 Mds d’euros environ.

 Dans cet ensemble, ceci posé, la part des titres de court terme (Bons du Trésor) n’aura pas bougé en 2019, restant fixée à 114 Mds d’euros.

Mais la gestion active de la dette, qui avait déjà permis une réduction de cette partie de l’encours (les Bons du trésor représentaient un volume de 134 Mds d’euros fin 2016), a rapporté 17,5 Mds au budget de l’Etat.

Cette somme, tout à fait considérable, même si elle ne représente qu’un pour cent ou peu s’en faut de la dette totale de l’Etat, est en grande partie la conséquence des taux négatifs.

Qu’on y songe : le taux d’intérêt à dix ans (TEC 10) de la dette publique était de 0,795 % en septembre 2017.

 Il se situait à 0,781 % un an plus tard avant un retournement de situation total et un taux de – 0,239 % en ce mois de septembre 2019.

A 50 ans, on est passé de 1,975 % à 0,806 %.

Nous sommes à un niveau où le taux d’intérêt réel (inflation déduite) est également négatif.

Rien par conséquent qui ne permette de voir une partie de la situation des comptes publics s’améliorer.

Mais pour quel usage de ces facilités financières nouvelles ?

QUESTIONS D’ACTUALITE

La France devrait mettre en place des quotas d’immigration, à raison des manques de main d’œuvre disponible dans certains secteurs d’activité.

Faut il faire observer que cela ne concernera pas les ressortissants communautaires, qui jouissent a priori du droit de libre circulation sur le territoire de l’Union européenne .

Ce qui vaut donc pour les Néerlandais ou les Suédois, mais aussi pour les Polonais, Slovaques, Croates et, à terme, Roumains et Bulgares…

La mesure est évidemment étendue aux ressortissants des pays dits de l’Espace Economique Européen (Islande, Norvège, Suisse entre autres)…

Ce qui met, nécessairement, hors de l’application des quotas une part non négligeable de la population étrangère résidant en France.

Et centre le débat sur ce que l’INSEE, en appui au rapport annuel sur les étrangers en France pour 2017, a pu mesurer.

Il y avait alors en France un peu moins de 3 millions d’étrangers en France dont un peu plus de 600 000 Algériens, de 510 000 Marocains, de 210 000 Tunisiens, de 205 000 Turcs, 110 000 Chinois, 275 000 originaires de quatre anciennes colonies françaises d’Afrique (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun) et un peu plus de 70 000 originaires de l’ex Congo belge.

La grande affaire de l’immigration, c’est qu’elle demeure, depuis une quarantaine d’années, étroitement liée au regroupement familial et à la venue régulière d’étudiants.

Dans les années 50 et 60, le patronat français faisait venir, parfois en procédant à de quasi « rafles », de la main d’œuvre jeune et disponible pour effectuer nombre des tâches difficiles de plus en plus refusées par les salariés français.

Dans le courant des années 70, alors que la crise avait tendance à s’installer dans le paysage économique, on mit un terme à l’immigration économique (ou presque), on favorisa le retour au pays (le fameux « Prends 10 000 balles et tire toi » de la prime Stoléru) et on accepta le regroupement familial.

En allant jusqu’à tolérer la polygamie pratiquée dans certains pays de l’Ouest Africain ou dans certaines régions du Maghreb.

Une tolérance qui consistait à donner, par exemple, les allocations familiales au nom de la première épouse et à attribuer une allocation à la deuxième épouse et ses enfants sous d’autres critères…

Les deux principaux motifs d’entrée ?

Donc le regroupement familial avec plus de 87 000 demandes reçues en 2017, dont une majorité d’enfants de ressortissants français.

Et, ensuite, l’entrée pour études avec près de 80 000 arrivées, trois pays se situant en tête avec environ 10 000 expatriés chacun (Maroc, Algérie et …Chine).

Sur les secteurs en tension, quelques mots.

Juste pour indiquer que ce sont les secteurs du bâtiment et des travaux publics, celui de l’hôtellerie restauration et celui de l’agriculture, dans une autre mesure, qui connaîtraient des déficits de main d’œuvre.

Le rapport 2017 précité fait état de 1 140 dossiers de constatation de travail illégal intéressant des étrangers sans titre de séjour.

Sur ces 1 140 cas (sans doute assez loin de la réalité), 357 concernaient le bâtiment et les travaux publics et 287 l’hôtellerie et la restauration, soit 56 % des infractions constatées.

Simple relation de cause à effet ?

LE PRINTEMPS ARABE EST IL DE SAISON ?

La question pouvait se poser.

Après l’installation en Egypte du pouvoir pour le moins répressif et autoritaire du Maréchal Sissi (une sorte de Sissi imperator si l’on veut), après l’élection en Tunisie d’un juriste certes éminent mais profondément conservateur et semblant avoir partie liée avec le mouvement islamiste Ennadha, on pouvait avoir l’impression que les espoirs nés du Printemps arabe s’étaient en quelque sorte « perdus dans les sables » et qu’une chape de plomb, récemment coulée, allait finir de noyer les rêves et les illusions nées des révoltes populaires.

Où en sommes – nous en effet ?

Les monarchies du Golfe, passés les Championnats du Monde d’athlétisme au Qatar, ont repris leur bonhomme de chemin, avec tout de même l’introduction du géant pétrolier Aramco à la Bourse de Riyad, pour une capitalisation supérieure à celle de l’ensemble du CAC 40, continuant de massacrer allégrement les populations civiles du Yémen avec des armes en partie fournies par la France et financer l’intégrisme religieux partout dans le Monde avec leurs pétrodollars.

Pour donner une petite idée, on rappellera ici que les bénéfices d’Aramco sont l’équivalent du déficit de l’Etat en France.

Mais, à la vérité, nous sommes encore loin de la réalité qui voudrait que le monde arabe reste, en quelque sorte, comme rétif aux changements qui affectent bien des parties du monde d’aujourd’hui.

C’est ainsi que le peuple irakien s’est dernièrement soulevé contre la vie chère et la situation créée par le Gouvernement installé par les Américains suite à leur intervention militaire et que l’affaire est loin d’être achevée.

De son côté, à l’autre bout du monde arabo – musulman, la jeunesse algérienne, qui a déjà obtenu le retrait de la vie politique d’Abdelaziz Bouteflika, continue de presser alors que le pouvoir politique est littéralement vacant, occupé qu’il est par un Abdelkader Bensalah prolongeant au-delà des délais prévus par la Constitution son « intérim «  présidentiel.

Et la situation économique du pays ne semble pas plus reluisante, d’autant que les mesures de libéralisation prévues par la loi de finances pour 2020 ne semblent pas les réponses adaptées aux questions posées.

Mais l’épicentre des contestations populaires se situe plutôt aujourd’hui du côté de Beyrouth et du Liban, secoué par un mouvement social d’une ampleur sans précédent dans ce qui fut, un temps, la « Suisse du Moyen Orient ».

Le fait générateur semble bénin puisqu’il s’est agi de la taxation des communications téléphoniques passées par Internet, c’est-à-dire par l’usage assez largement répandu de What’s App ou de Skype par des Libanais soucieux de réduire leur budget « communication », dans un pays de hausse continue des prix de bien des services publics.

Pour autant, il me semble utile de revenir sur quelques unes des réalités de ce pays.

Dans les accords secrets Sykes Picot, signés entre la France et l’Angleterre avant la fin de la Première Guerre Mondiale et le traité de Sèvres d’août 1920 (qui les reprendra), le Liban fut, suite au partage programmé de l’Empire Ottoman, placé dans la zone d’influence de la France, à l’instar de la Syrie, de la Cilicie (aujourd’hui une partie de la région d’Adana et le sandjak d’Iskenderun) et d’une participation à l’exploitation des champs pétrolifères de Kirkouk en Irak.

Grand comme le plus grand des départements français de Métropole (la Gironde), le Liban faisait cohabiter des populations d’origines diverses.

La population libanaise recoupe en effet une mosaïque assez étonnante de religions, avec la quasi-totalité des chapelles de la religion chrétienne et de la religion musulmane.

On trouve en effet au Liban des catholiques romains, des orthodoxes, des maronites, des grecs melkites, quelques protestants, des assyro – chaldéens, des arméniens, des syriaques d’obédience diverse mais aussi un nombre croissant de sunnites, chiites, alaouites et autres musulmans.

Et pour conclure, si l’on peut dire, une minorité druze, dont la relion est un dérivé de l’islam chiite.

Cette diversité religieuse a inspiré ce que l’on appelé « le compromis de 1943 », accord tacite de répartition des pouvoirs entre Maronites (Présidence de la République), Sunnites (Premier Ministre) et Chiites (Présidence du Parlement).

Cet accord tacite, posé au terme du mandat français sur le Liban, a guidé la vie politique (et continue de le faire) du pays, tout en favorisant, comme cela pouvait être craint, l’émergence de familles « claniques » ayant tendance à se poser en chefs de file de leur communauté religieuse respective, tout en contrôlant largement l’activité économique du pays.

Car, dans la filiation quasi génétique des Libanais à exercer des activités commerciales (ils ne sont pas descendants des Phéniciens pour rien), qualités que l’on retrouve notamment au sein de la diaspora syro – libanaise de par le monde et notamment en Amérique Latine, les fortunes ont commencé de s’édifier.

Ce fut ainsi vrai pour les clans Frangié, Chamoun, Eddé ou encore Gemayel.

Les musulmans ne furent cependant pas en reste comme l’illustre la réussite du clan Hariri, qui a fourni notamment le dernier Premier Ministre ayant démissionné du pays…

Ce qui fut la Suisse du Moyen Orient, son coffre fort, sa villégiature favorite a été, au milieu des années 70, frappé par les effets du conflit israélo – arabe.

La présence de plus en plus forte de réfugiés palestiniens modifiait en effet le fragile équilibre politique du pays, d’autant que si Israël bombardait régulièrement le pays supposé accueillir de dangereux « terroristes palestiniens » et notamment dans la partie Sud du territoire libanais.

Et le fameux Septembre Noir palestinien, en Jordanie, où les forces de l’Organisation de Libération de la Palestine furent battues par les troupes du royaume hachémite ne simplifia pas la situation (1970).

Beyrouth devint alors le centre de la politique palestinienne, une part essentielle des réfugiés venant résider dans le pays.

La confrontation politique et militaire a duré de fort longues années, avec son cortège habituel d’horreurs et de massacres, comme lors du siège du réduit palestinien de Tall Al Zaatar (la colline du thym), en août 1976 où plus de deux mille personnes furent exécutées par les combattants des milices chrétiennes, ou phalangistes (Al Kataeb).

Les Phalangistes eurent le soutien de la Syrie d’Hafez el Assad, celui-ci poursuivant de fait ses propres objectifs de mainmise sur le pays, illustrés par la constitution de la milice de la SAIKA.

 L’intervention israélienne de 1982, menée par Tsahal et le général Ariel Sharon, se conclut en septembre par ce qu’il est convenu d’appeler le massacre de « Sabra et Chatila », ordonné en représailles de l’assassinat de Béchir Gemayel, l’événement causant la mort d’environ 3 500 civils palestiniens.

A partir de 1990, le Liban a cependant cessé de servir de paillasson aux velléités guerrières de ses voisins pour le moins envahissants pour revenir peu à peu à une situation normale et pacifiée de démocratie réelle mais fragile.

Fragile parce qu’elle demeure définie par l’appartenance religieuse, l’affiliation politique des partis comptant somme toute assez peu, d’autant qu’ils ont tous, autant qu’ils sont, mis de plus en plus d’eau dans leur vin…

Les chefs de clans/partis se sont surtout distingués, pour l’essentiel, par leur propension à tirer parti de leur position pour s’enrichir, au point que l’un des débats du moment, à Beyrouth, est la discussion d’une loi d’amnistie générale dont le Président du Parlement (Nabih Berri, par ailleurs leader du parti chiite Amal) a du repousser l’examen.

La rue libanaise, pour sa part, réclame un peu plus de transparence, notamment sur les avoirs détenus par les membres de la classe politique (qui comptent aussi au premier rang des insolentes fortunes du pays) dans des pays extérieurs au Liban…

L’ensemble de la classe politique locale est donc, très largement, contesté par la population libanaise.

IL faut dire que, selon certains éléments, l’essentiel de la richesse d’un pays par ailleurs doté d’une dette publique de 151 % du PIB et victime d’une liaison obligée de sa monnaie avec le dollar (la parité de la livre libanaise suit l’évolution de la devise US) est totalement capté par la micro société des chefs de clans politiques chrétiens ou musulmans.

Sauf que, dans un Liban devenu depuis quelques années comme une sorte de pays exutoire de la parole arabe (on trouve l’équivalent des Guignols de l’Info sur l’une des chaînes de télé locales), tout semble bien en train de changer.

Comme le dit l’universitaire Karim Emile Bitar, directeur de l’Institut d’Etudes Politiques de la prestigieuse Université Saint Joseph de Beyrouth

« Le Liban passe par une phase historique. C’est extrêmement émouvant. Des Libanais de toutes les confessions chantent l’hymne à la joie de Beethoven en bas d’une mosquée de Beyrouth ; toutes les barrières idéologiques sont en train de tomber. Une citoyenneté libanaise émerge. La peur change de camp. Mais d’énormes risques pèsent encore sur ce pays : les trois principaux partis communautaires ne veulent pas lâcher du lest. « 

Nul doute que c’est bien de cela dont il s’agit dans un pays où la moitié du corps électoral ne s’est pas déplacée lors du scrutin de 2018, le plus récent.

Espace politique indépendant