UMP : LE BILAN DU SARKOZYSME VERS LE DÉPÔT

 

 

Ah, c’était le bon temps !

 

C’est sans doute que les adhérents de l’UMP, en tout cas ceux qui sont loin d’être des Béotiens et ont quelques années d’appartenance au parti de droite française doivent penser en regardant, avec nostalgie, les yeux embués de larmes, l’époque où leurs champions étaient au pouvoir, de 2002 à 2012.

 

C’était le bon temps, celui de la décentralisation Raffarin, celui de l’état d’urgence, celui du « travailler plus pour gagner plus », celui de la privatisation de Gaz de France, celui des suicides à France Telecom, celui de la chasse aux sans papiers, celui des expulsions de Roms, celui des donations exonérées d’impôt jusqu’à 300 000 euros, celui du bas de laine du pépé transmis aux petits enfants, celui où n’importe quel Ministre pouvait user et abuser des avions de l’Etat pour aller mener une campagne électorale !

 

C’était le bon temps, et les lendemains chantaient, avec un parti fort d’une pléthore de parlementaires tous plus « godillots » les uns que les autres, un Président de la République qui, après avoir poursuivi sans pitié la délinquance de la « racaille de banlieue », avait une idée nouvelle par jour, menant soixante réformes en même temps, un coup pour un tel, tel coup pour tel autre…

 

L’argent coulait à flots, les Universités d’été du mouvement étaient l’occasion de jeux de mots d’une grande finesse sur les mérites comparés des Auvergnats et des autres, le MEDEF souriait , peinard, tranquille, et les travailleurs de Continental, pour ne pas gâcher la fête, étaient à peine autorisés à arroser d’oeufs pourris les dirigeants de leur entreprise leur en annonçant la prochaine fermeture.

 

Oh, bien sûr, quelques séquences électorales avaient tiré le signal d’alarme.

 

Les municipales de 2008 n’avaient pas été très bonnes, les régionales de 2010 avaient été calamiteuses, reconduisant presque en pire le désastre de 2004 et les européennes n’avaient pas été brillantes, avec une sorte de victoire paradoxale (nombre relativement élevé d’élus mais pourcentage assez faiblard).

 

Et puis, surtout, concluant un cycle de mésaventures engagé en 2001, les sénatoriales de septembre 2011 avaient conduit à l’impensable : la gauche avait conquis la majorité des sièges au Luxembourg, dans une configuration inconnue depuis …la Libération !

 

Quelques mois durant, d’ailleurs, de septembre 2011 à avril 2012, le Sénat, cette Assemblée censée modérer les ardeurs de celle élue au suffrage universel, avait connu une étonnante parenthèse dans son existence, devenant le laboratoire des idées et des projets de la gauche en position de conquête du pouvoir pour le printemps 2012.

 

Le grand rendez vous du printemps 2012 s’était mal passé.

 

Malgré une campagne vigoureuse et, dans la dernière ligne droite, une combativité remarquable, Sarkozy avait échoué à se faire réélire, subissant un affront que seul avant lui, sous la Cinquième République, avait subi Valéry Giscard d’Estaing.

 

Et, dans la foulée, par cette implacable mécanique politique mise en place en 2001 avec l’inversion du calendrier électoral, les législatives avaient consacré le basculement de la majorité de l’Assemblée Nationale, laissant sur le carreau un grand nombre de députés UMP, pourtant tous plus méritants les uns que les autres, c’est à dire aveuglément et muettement fidèles au sarkozysme, à son éthique, sa philosophie et sa mise en pratique.

 

Le problème, c’est qu’une telle situation n’a pas que des conséquences politiques stricto sensu.

 

Elle attaque aussi au portefeuille.

 

On ne passe pas impunément de 313 à 194 députés au sein de l’Assemblée Nationale sans que cela n’ait quelque incidence sur les comptes du parti…

 

La situation est aujourd’hui connue.

 

L’UMP qui, en 2011, pouvait compter sur 54 millions d’euros de recettes, dont une part importante d’aide publique aux partis politiques, est aujourd’hui pourvue, a priori, de 35 millions d’euros de ressources.

 

21 millions d’euros provenant de l’aide publique aux partis politiques et 14 millions produits par les versements des adhérents (on appelle cela des cotisations) et des élus.

 

On notera ici que l’adhésion au parti reste toujours fixée à 25 euros annuels.

 

Toujours est il qu’avec ces ressources, le parti a du se séparer d’une partie importante de ses permanents (on peut tout de même s’étonner qu’il n’ait pas procédé, avant 2012, à l’inscription d’une provision pour risques liée à une défaite électorale qui semblait tout de même du domaine du probable), et au non renouvellement d’un grand nombre de contrats à durée déterminée.

 

Les petits fours et les plateaux de victuailles qui présidaient avant 2012 à l’organisation des réceptions du Parti ont fait place aux cacahuètes et aux chips, sans que nous ne connaissions d’ailleurs les marques finalement achetées…

 

La situation de l’UMP est financièrement critique car elle est, de surcroît, gravement endettée par les emprunts destinés entre autres à l’acquisition de son siège, rue de Vaugirard, des emprunts d’un montant cumulé de 55 millions d’euros souscrits auprès de plusieurs établissements de crédit qui exigent le retour  à l’équilibre financier du mouvement avant …2017 !

 

De fait, Jean François Copé est à la tête d’un parti en faillite, dans un état presque plus déplorable que celui des finances publiques au printemps 2012 !

 

Des centaines de militants, d’ex permanents ont été confrontés à des difficultés d’emploi.

 

C’est que 313 députés et 130 sénateurs environ, cela fait tout de même du travail pour plus de 1 300 collaborateurs(trices) parlementaires, et qu’il convient de ne pas oublier dans cette affaire les centaines de conseillers techniques les plus divers qui hantaient les allées et couloirs ministériels depuis 2002.

 

C’est donc à une véritable saignée d’effectifs, un plan social à répliques diverses qu’a du se livrer l’UMP, escomptant pour certains que leur position de fonctionnaire détaché ne les prive tout à fait de perspectives professionnelles.

 

Je ne sais pas si les permanents concernés ont été trouver la CGT ou la CFDT pour défendre leur situation aux prud’hommes mais on se doute bien que tout ne s’est pas passé sans difficultés.

 

Toujours est il que l’UMP, par trop dépendante de l’importance numérique de ses élus nationaux et de l’aide publique,  est dans les plus grandes difficultés, comme une sorte de Grèce française qui serait confrontée à une impasse financière préoccupante.

 

Et les soucis qui animent aujourd’hui les dirigeants du Parti ne sont peut être pas terminés.

 

La validation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, le champion, « ce héros au regard si doux », n’est pas encore assurée.

 

C’est que le 30 janvier dernier, le Journal Officiel a publié le communiqué suivant

 

La loi organique n° 2006-404 du 5 avril 2006, modifiant la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel, a chargé la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques d’approuver, rejeter ou réformer, après procédure contradictoire, les comptes de campagne des candidats à l’élection présidentielle et d’arrêter le montant du remboursement forfaitaire de leurs dépenses dû par l’Etat. Les décisions de la commission peuvent faire l’objet d’un recours de pleine juridiction devant le Conseil constitutionnel dans le mois suivant leur notification.
Les décisions du 19 décembre 2012, relatives aux comptes de campagne de neuf candidats à l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai 2012, sont devenues définitives et sont publiées en application de l’article 3-V, dernier alinéa, de la loi du 6 novembre 1962 précitée. Elles sont présentées dans l’ordre de la liste des candidats établie par le Conseil constitutionnel après tirage au sort.
La décision relative au compte de campagne de M. Nicolas SARKOZY a fait l’objet d’un recours devant le Conseil constitutionnel déposé le 10 janvier 2013. En application des dispositions précitées, il n’appartient pas à la commission de publier une décision dont le Conseil constitutionnel est saisi par la voie d’un recours.

(fin de citation)

 

C’est à dire que les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy n’ont pas été validés, certaines dépenses effectuées apparemment sur le compte de l’Etat ayant été réintégrées au compte du candidat.

 

Le rejet définitif des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy coûterait rien moins que 11 millions d’euros à l’UMP, soit près du tiers de son budget annuel.

 

Une telle mésaventure, si elle devait se produire, entraînerait sûrement un dépôt de bilan du parti et la vente anticipée du siège.

 

Dur, tout de même, pour les contempteurs de la dépense publique et les doctrinaires de la réduction des déficits publics !

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