ELECTIONS BRESILIENNES : BALLE – BIBLE – BŒUF CONTRE MAINS NUES ET SANS TERRE

Dans une société aussi inégalitaire que peut l’être la société brésilienne qui présente des signes de développement économique évident autant que des signes d’inégalités sociales dignes du Tiers Monde, dans un pays aussi vaste et fragmenté (plus de huit millions et demi de kilomètres carrés et une capitale politique qui peine à s’affirmer face aux mastodontes économiques de la Côte que sont Sao Paulo, Rio de Janeiro et même Porto Alegre), un scrutin ne peut se définir que sous les auspices d’alliances parfois improbables et pour le moins produits de compromis.

C’est ainsi que, porté par un parti aux effectifs pour l’heure assez réduits, Jair Bolsonaro, présenté comme candidat d’extrême droite, est arrivé largement en tête du scrutin présidentiel.

Au-delà de son discours raciste, partisan de l’autodéfense, ultra libéral en économie et conservateur du point de vue des mœurs, Bolsonaro a su rassembler autour de lui des électeurs venus d’horizons divers : classes moyennes urbaines convaincues de leur rôle moteur dans l’Histoire de la société brésilienne, classes modestes confites en dévotion depuis leur adhésion à une secte évangélique, milieux d’affaires excédés par les impôts et le « distributionnisme » du PT, propriétaires terriens voulant disposer des coudées franches face aux peuples amérindiens et aux exigences environnementales.

Cela a donné à l’intéressé près de 50 Millions de voix, loin devant le candidat pétiste, Fernando Haddad, qui a atteint 29,3 % des votes, et plus de 31 millions de suffrages.

En troisième position arrive Ciro Gomes, candidat du Parti Démocratique Travailliste (formation de centre gauche rattachée à l’Internationale socialiste), qui a recueilli 12,5 % des votes et un peu plus de 13 millions de suffrages.

Même si Ciro Gomes a déjà été candidat sous d’autres étiquettes par le passé, on peut penser que ses électeurs ne seront guère enclins, a priori, à voter en faveur de Bolsonaro au second tour.

Ensuite, nous trouvons Geraldo Alckmin, candidat du PSDB (parti de la social démocratie brésilienne), avec un peu plus de 5 millions de voix et 4,8 % en pourcentage.

Le PSDB, comme son nom ne l’indique pas, est en réalité un parti dont l’arc par du centre vers le centre droit et la droite, le tout baigné dans un message politique « chrétien » et représentant d’une bourgeoisie d’affaires opposant la « qualité » de la gestion à la pure « politique ».

En 2010 comme en 2014, le PSDB a généré les candidatures de José Serra et Aecio Neves, candidats opposés au second tour de la présidentielle aux candidats du PT et notamment à Dilma Rousseff.

La défaite politique du PSDB, largement débordé sur sa droite par le PSL de Jair Bolsonaro, est aussi l’un des événements de cette élection, le parti ayant occupé à plusieurs reprises (avec Henrique Cardoso ou Tancredo Neves) les fonctions convoitées ce dimanche.

On notera également qu’est loin le temps où Geraldo Alckmin disputait la fonction présidentielle à Lula lors du scrutin de 2006 en obtenant 41,7 % des votes au premier tour…

Derrière ces candidats, nous trouvons ensuite le candidat de centre droit Joao Amoedo (NOVO, parti fondé en 2017), ancien sportif de haut niveau, homme d’affaires, banquier et économiste, d’obédience libérale et ses 2,5 % de voix (un peu moins de 2,7 millions), qui a cependant annoncé qu’au second tour, il voterait pour le candidat du PT.

Les autres candidats sont en dessous des 2 %, qu’il s’agisse des divers candidats de gauche ou écologistes (1,7 %) ou de droite et du centre (3,5 % au total).

Les résultats par grandes Régions du pays traduisent nettement les décalages politiques existants.

Dans le Centre Ouest, les quatre entités donnent la majorité absolue des votes à Jair Bolsonaro, avec des pourcentages allant de 55 à 60 % des voix.
C’est le Brésil de la grande exploitation terrienne.

Dans la partie Nord du pays, autour de l’Amazone, le vote favorable à Bolsonaro se manifeste sur le territoire d’Acre (62,2 %), aux confins du pays avec la Bolivie ; dans le Rondonia
(62,2 % également ) et dans le Roraima (63 %).

Le soutien en faveur du candidat du PSL est moins net dans les Etats amazoniens comme le Tocantins (44,6 % contre 41,1 % pour Fernando Haddad, et une avance de 26 000 suffrages imputable au seul vote de la capitale de l’Etat, Palmas où Bolsonaro recueille près de 59 % des votes été plus de 80 000 suffrages contre 31 000 à son adversaire) ; le territoire d’Amapa (40,7 % pour Bolsonaro contre 32,8 % pour Haddad et une avance de 32 000 suffrages assurée par l’écart sur la ville de Macapa, chef lieu du territoire) ; et, enfin, l’Etat d’Amazonas, où Bolsonaro obtient 43,5 % contre 40,3 % pour Haddad.

L’écart de votes entre les deux candidats (un peu moins de 60 000) s’explique là encore par le poids particulier du vote de la capitale de l’Etat, Manaus, qui met Bolsonaro en tête avec plus de 620 000 voix contre moins de moins de 248 000 pour Haddad.

En fait, hormis la grande ville amazonienne, Bolsonaro réunit 185 549 suffrages sur l’Etat contre 498 308 suffrages pour Haddad.

Enfin, Fernando Haddad arrive en tête dans l’Etat de Para.

Si la ville de Belem accorde ses faveurs à Bolsonaro (43,2 % et 348 000 voix environ) face à Haddad (22,3 % et environ 180 000 voix), l’Etat donne 41,4 % des votes en faveur de celui-ci (et près de 1,75 million de votes) contre 36,2 % pour le candidat de droite (et un peu moins d’1,5 million de voix).

Dans le Nordeste, les résultats sont assez différents de ceux que nous venons de commenter.

Il y a d’abord le Ceara, qui place en tête Ciro Gomes, avec 41 % des voix et élit le même jour avec 80 % des votes un Gouverneur PT.

Fernando Haddad obtient la majorité absolue des votes dans les Etats de Bahia (60,3 %), Maranhao (61,2 %), Piaui (63,4 %) et Sergipe (50,1 %).

Il arrive en première position dans les Etats d’Alagoas (44,8 %), Paraiba (45,5 %), Pernambuco (48,9 %) et Rio Grande do Norte (41,2 %).

Dans ces différents Etats, où les masses paysannes et populaires ont ainsi nettement marqué leur soutien au PT, le vote des villes favorise Bolsonaro tout en montrant la difficulté de son parti à rassembler au-delà.

Ainsi, à Maceio (Alagoas), Bolsonaro recueille 227 491 voix (52,3 %) contre 85 734 (19,7 %) pour Haddad.

Sur le reste de l’Etat, il y a donc 300 864 voix pour Bolsonaro mais 601 413 suffrages pour Haddad !

Dans le Paraiba, Bolsonaro arrive en tête à Joao Pessoa avec 204 456 voix (49,9 %) contre 99 614 voix (24,3 %) pour Haddad.

Déduction faite de ce résultat, l’Etat donne 473 262 voix à Jair Bolsonaro mais 884 784 suffrages pour Haddad.

La grande ville de Recife (Pernambuco) donne une avance de plus de 116 000 voix au candidat de droite quand le reste de l’Etat se traduit par 1 060 790 voix Bolsonaro et 2 041 775 voix pour Haddad.

Dans les sept Etats du Sud et du Sud Est, le cœur économique du pays, le vote Bolsonaro domine.

C’est dans ces Etats que le candidat de droite a fait la différence.

Plein Sud, le Parana (56,9 % et plus de deux millions de voix d’avance), le Santa Catarina (65,8 % et, là encore, plus de deux millions de suffrages d’avance) et le Rio Grande do Sul (52,6 % et 1,9 million de suffrages en sus) ont massivement apporté leur part au succès du candidat d’extrême droite.

Dans le Rio Grande do Sul, il arrive notamment en tête à Porto Alegre avec 45,4 % des votes, contre 20,1 % pour Haddad et 19,4 % pour Ciro Gomes dans ce qui fut l’un des « laboratoires » politiques de la gauche brésilienne.

Dans le Sudeste, majorité absolue pour Bolsonaro dans l’Etat d’Espiritu Santo (54,8 %), un Etat qui a réélu le même jour un Gouverneur membre du Parti Socialiste Brésilien face à un candidat ; dans l’Etat de Minas Gerais (48,3 % et une avance de plus de 2,3  millions de voix), dans les Etats de Rio de Janeiro (59,8 %) et Sao Paulo (53 %).

L’avance de Bolsonaro atteint 8,44 millions de votes sur le seul Etat de Sao Paulo, où Haddad se retrouve à 16,4 % et Alckmin à 9,5 %.

Sur Rio de Janeiro, c’est Ciro Gomes qui arrive deuxième, même si c’est fort loin du candidat de droite.

La ville de Sao Paulo donne 44,6 % des votes pour Bolsonaro, contre 19,7 % pour Haddad, 14,8 % pour Gomes et 8,8 % pour Alckmin.

Rio de Janeiro, pour sa part, vote Bolsonaro à 58,3 %, loin devant Ciro Gomes (19,5 %) et Fernando Haddad (12 %).

Nous verrons dans un autre article ce qui laisse quelques incertitudes au devenir de la mandature 2018 – 2022.