AUSTRALIE : LA DROITE VAINQUEUR PAR DÉFAUT D’UNE GAUCHE MALADROITE…

Un succès qui se mesure évidemment d’abord et avant tout en termes de sièges obtenus puisque la coalition soutenant Tony Abbott, le leader des Libéraux, semble partie pour disposer de 90 des 150 sièges de la Chambre des Représentants, face à 55 sièges pour les Travaillistes, un pour les Verts, et quatre pour divers indépendants et partis.

Au demeurant, deux de ces sièges iraient au Palmer United Party, fondé par un businessman d’inspiration libérale – libertaire, qui s’est notamment fait connaître en payant une reproduction du Titanic en cours de réalisation dans un chantier chinois, après avoir fait fortune dans l’exploitation de mines de nickel, de charbon et de fer et l’autre au Katter’s Party, fondé par un ancien député agrarien du Queensland.

Les travaillistes ont donc connu une sensible réduction de leur influence, produit des divisions internes qui ont secoué le parti dans la dernière période entre partisans de Kevin Rudd, ancien Premier Ministre il y a six ans, et Julia Gillard, ancienne Premier elle aussi et qui avait renoncé à défendre son siège il y a quelques mois.

Au demeurant, treize élus travaillistes sortants avaient annoncé leur intention de ne pas se représenter lors de ce scrutin et c’était également le cas de deux indépendants qui avaient eu tendance à soutenir les gouvernements travaillistes de la dernière période.

Parmi les « retraités », on trouvait Julia Gillard, 52 ans, ancienne Ministre et Premier Ministre, députée du siège de Lalor (Victoria), Greg Combet, 55 ans, ancien Ministre du Changement Climatique et de l’Industrie, député de Charlton (Nouvelles Galles du Sud), Peter Garrett, 60 ans, ancien Ministre de l’Environnement et des Beaux Arts, député de Kingsford Smith (Nouvelles Galles du Sud), mais surtout connu comme chanteur du groupe Midnight Oil ; Craig Emerson, 58 ans, ancien Ministre des Technologies et de la Recherche, député de Rankin (Queensland) ; ou encore Stephen Smith, 57 ans, Ministre de la Défense et député de Perth (Australie Occidentale).

C’est donc un parti divisé, marqué par plusieurs échecs aux élections territoriales et régionales (nous en avons parlé) qui se présentait face aux électeurs.

Les résultats enregistrés ont donc eu un caractère presque mécanique ou fatal. Comme nous l’avions indiqué dans un message publié dès connaissance des résultats, le parti travailliste a réussi à maintenir ses élus dans quelques parties du pays, comme le district fédéral où la présence des fonctionnaires d’Etat suffit en général à lui assurer la suprématie politique, mais aussi l’Australie Occidentale où il a tout de même pu conserver ses trois sortants et le Territoire du Nord où il semble avoir préservé le siège de Lingiari, représentant 99,9 % de la superficie de ce Territoire, donné perdu dans un premier temps.

Jetons un regard sur quelques exemples, et notamment le fief travailliste que constitue l’Australian Capital Territory (ACT). Pour le district de la capitale, Canberra, le Labor conserve donc les deux sièges de Fraser et Canberra. A Canberra, la sortante Gai Brodtmann, 49 ans, est réélue avec 42 842 voix en première préférence (décompte provisoire), disposant de 3 787 voix d’avance sur le candidat Libéral, et de 58 715 voix en « Two Party Preferred » (TPP), après application du système « Instant Runoff Voting » (IRV).

Lors du scrutin précédent, elle avait obtenu 49 608 voix en première préférence et 66 335 en « TPP ».

Sur la circonscription de Fraser, centrée sur la ville de Canberra de manière plus nette encore que la précédente, le candidat travailliste, Andrew Leigh, économiste de 41 ans, élu depuis 2010, a obtenu 50 602 voix en première préférence et 70 441 en TPP, soit un pourcentage de 62,82 %.

Pour autant, lors de sa première élection, il avait réuni 51 092 électeurs en premier choix et 71 613 après répartition des votes minoritaires.

Bien que moins élevée que sur le siège de Canberra, la perte est réelle et atteste à la fois de la baisse de la participation électorale mais aussi de la relative désaffection subie par les travaillistes.

Sur la participation, elle présente, pour ce scrutin 2013, la particularité d’être inférieure à 80 %, alors même que le vote est obligatoire dans le pays.

Il semble bien qu’au delà de la pratique assez répandue du vote nul (informal vote), choisie par les électeurs mécontents de l’offre politique, l’abstention ait frappé plus rudement cette année, nonobstant les risques d’amende pour les contrevenants.

Mais, à la vérité, il semble cette année difficile d’envisager d’amender les millions d’électeurs qui ont passé leur tour…

Toujours est il qu’avant de nous intéresser aux autres circonscriptions, nous regarderons les données nationales du scrutin. Le corps électoral, de 2010 à 2013, est passé de 14 088 260 électeurs à 14 705 419. Une hausse de l’électorat d’environ 4 % donc. 11 498 505 électeurs se sont déplacés vers les urnes (certains bureaux de vote, soit dit en passant, sont des bureaux mobiles, notamment dans les zones désertiques), soit, pour le moment, 78,19 % de votants. 682 319 bulletins ont été déclarés nuls (informal vote).

Et, donc, 10 816 186 électeurs ont choisi un parti en première préférence. Sur ce nombre, pour la coalition sortante, les Travaillistes ont recueilli 3 660 217 suffrages, soit 33,84 % des voix, et les Verts, 906 479 voix, soit 8,38 %. Dans le bloc Libéraux / Nationaux victorieux, le Parti Libéral obtient 3 448 569 voix (31,88 %), le Parti Libéral National, présent exclusivement dans le Queensland où les deux formations ont fusionné il y a plusieurs années, 936 454 voix (8,66 %), le Parti National, avec ses candidats dans les circonscriptions de l’outback, 490 290 voix (4,53 %) et le Country Liberal Party, parti unifié présent exclusivement dans le Territoire du Nord, 38 052 voix (0,35 %).

La coalition victorieuse a donc réuni 4 913 365 suffrages, soit 45,43 % des suffrages. Deux autres formations politiques ont fait irruption sur la scène politique australienne.

D’une part, le Palmer United Party de Clive Palmer, dont j’ai parlé plus haut, riche de 599 578 voix (5,54 %) et, probablement, un siège de député pour son leader sur le siège de Fairfax (Queensland), situé dans la zone touristique de la Sunshine Coast : et d’autre part, le Katter’s Australian Party, 107 814 voix (1 %), constitué autour de son leader, Bob Katter, ancien député National de la circonscription rurale de Kennedy, dont son propre père (un émigré libanais ayant fait fortune dans l’exploitation minière et l’élevage) avait été lui même député de 1966 à 1990…

Le siège de Kennedy, pour donner une idée de la situation, est aussi étendu que l’Espagne…

Sur un plan idéologique, ces deux élus sont objectivement plutôt de droite, étant opposés à l’immigration illégale, et partisans d’une réforme fiscale conduisant à l’allégement des impôts (à commencer sans doute par les leurs propres).

Palmer a conquis, apparemment, le siège de Fairfax après avoir obtenu (sur 45 des 46 bureaux de vote) 19 304 voix (27,34 %) en première préférence face aux 28 942 voix (41 %) du candidat libéral/national et, surtout, 35 978 voix (51 %) contre 34 587 en seconde préférence (TPP). Bob Katter, lui, qui, dans sa prime jeunesse, accueillit les Beatles en Australie en leur jetant des œufs pourris pour condamner la « Beatlemania » (alors même que son père était Ministre de l’Armée), a été pourvu de 20 597 voix (29,52 %) en première préférence et l’a emporté face à la candidate Libéral/National avec 34 766 suffrages (52,64 %) contre 31 282 en TPP.

Il y a donc réalité d’une forme de poussée à droite, d’autant qu’un autre parti de droite, Family First, a réuni 146 890 voix (1,36 %) sans obtenir cependant d’élus. Cependant, les données 2013 ne sont pas celles de 2010. Lors de ce scrutin, en effet, on avait compté rien moins que 13 131 667 votants dont 729 304 votes nuls et, donc, 12 402 363 bulletins valables.

En trois ans, ce sont donc 1 586 177 électeurs qui ont passé leur tour et n’ont pas exprimé de choix cette fois ci.

Les évolutions électorales affectent singulièrement le Parti Travailliste, passé de 4 711 363 votes en 2010 (il était déjà en baisse sur le scrutin précédent) à 3 660 217 cette année, soit plus d’un million de suffrages.

Les Verts ne s’en sortent guère mieux, puisqu’ils avaient obtenu 1 458 998 voix et n’en retrouvent que 906 479, soit une chute de plus d’un tiers de l’électorat initial.

Même la coalition victorieuse est entamée, puisque ses partis obtenaient 5 408 630 voix et en réunissent 4 913 365 cette année, soit près d’un demi million en moins.

Le succès de Tony Abbott et de ses troupes n’est donc pour le moment qu’une forme de succès par défaut, la base électorale n’ayant pas été renforcée.

Au demeurant, Tony Abbott lui même, élu de la circonscription de Warringah (agglomération de Sydney, Nouvelles Galles du Sud), fief libéral de longue date, est largement en tête avec 45 666 voix (61,14 %) cette année en première préférence et 48 874 en TPP mais il avait obtenu 50 063 voix (58,92 %) lors du scrutin 2010 et 53 612 en TPP.

On pourrait donc, dans un premier temps, s’interroger sur les pertes subies par les travaillistes qui ont affecté certains des « swing seats » du découpage fédéral mais aussi des positions apparemment plus établies.

Statu quo, comme nous l’avons dit, dans l’Etat d’Australie Occidentale et les Territoires de la Capitale et du Nord.

De manière générale, les majorités libérales ou alliées se renforcent et les majorités travaillistes s’affaiblissent.

Dans le Territoire du Nord, Warren Snowdon, réélu sur le siège de Lingiari, perd ainsi 2,6 % sur 2010 et Natasha Griggs, réélue sous l’étiquette du Country Liberal Party, perd un petit 0,6 %.

En Australie Occidentale, les trois députés travaillistes perdent 0,4, 0,6 et 0,8 % sur le scrutin 2010 en TPP pendant que les douze élus de la coalition Libéraux Nationaux connaissent une progression quasi générale de leurs positions.

Sur dix circonscriptions, de caractère urbain ou résidentiel de banlieue, neuf constatent une progression de l’influence de la coalition, allant de sept dixièmes de point (siège de Moore) à 9,6 points (siège de Canning).

Par ailleurs, le siège de Pearce est le seul à voir une progression (de quatre dixièmes de point) du candidat travailliste au vote TPP.

Enfin, le parti Libéral prend aux Nationaux le siège de la très étendue circonscription de Durack (près de 1,6 million de km carrés), le candidat travailliste arrivant péniblement au – dessus de 20 % des votes et le candidat National arrive deuxième au détriment du travailliste sans mettre en cause l’élection du Liberal dans l’autre grande circonscription de l’outback désertique, celle d’O’Connor (seulement 909 000 km carrés pour un peu moins de 95 000 électeurs).

La participation est en baisse également dans ces immenses terres riches d’un sous – sol aux ressources exceptionnelles, puisque Durack a enregistré une participation de 67,23 % (88,22 % en 2010) et O’Connor de 76,39 % (92,83 % en 2010).

Les pertes travaillistes sont donc réparties sur les autres Etats du Commonwealth, à savoir l’Australie Méridionale (Adélaïde), l’Etat de Victoria (Melbourne), les Nouvelles Galles du Sud (Sydney), le Queensland (Brisbane) et la Tasmanie (Hobart). Comme chacun l’aura compris à la présentation rapide des résultats des deux territoires et de l’Australie Occidentale, le découpage électoral australien est du travail d’artiste…

Tout simplement parce que les circonscriptions électorales accueillent une population équivalente d’un Etat l’autre mais que la forme de développement du pays (de grandes métropoles régionales avec des banlieues infinies, avant un arrière – pays rural, dépeuplé et tour à tour désertique ou recouvert d’une jungle tropicale luxuriante, quand ce n’est pas de montagnes) fait que nous avons des circonscriptions de petite taille superficielle et de population importante et d’autres, plus rurales, nettement plus étendues…

Le cas de l’Australie Occidentale, comme du Territoire du Nord n’est pas isolé. Dans le cas de l’Australie Occidentale, ainsi que nous l’avions indiqué, les deux sièges de Durack et d’O’Connor représentent un territoire de près de 2,6 millions de km carrés, une superficie supérieure à celle de …l’Algérie !

Et les sièges de Curtin, Fremantle, Perth, Stirling, Swan et Tangney, tous situés dans l’agglomération de Perth – Fremantle, sont étendus sur 672 km carrés, soit une superficie moindre que celle de Berlin et correspondant à peu près à Paris et petite couronne.

Allons en Australie Méridionale, où l’on trouve onze sièges. En 2010, les travaillistes avaient obtenu six sièges et l’opposition cinq.

Les travaillistes sont reconduits à Adélaïde (perte de 3,4 %), Kingston (perte de 4,3 %), Makin (perte de 6,5 %), Port Adélaïde (perte de 6,7 %) et Wakefield (perte de 6,8 %). Les libéraux conservent Barker (gain de 3,5 %), Boothby (gain de 6,6 %) ; Grey (gain de 1,6 %), Mayo (gain de 5,3 %) et Sturt (gain de 6,6 %).

Les sièges de Barker (63 886 km carrés et 103 321 électeurs) et surtout de Grey (904 881 km carrés pour 100 744 électeurs) sont des circonscriptions à dominante rurale même si la seconde, qui borde les limites de l’Etat avec les autres Etats australiens, est aussi une grande zone minière.

Et le parti Libéral emporte le siège urbain de Hindmarsh. Le siège, situé dans l’agglomération d’Adélaïde, a connu des évolutions.

Couvrant la partie Ouest de la ville, celle ouverte sur la mer, il est proche de l’aéroport mais surtout des secteurs touristiques de la capitale de l’Australie méridionale, avec une population passant peu à peu de la classe ouvrière urbaine à une certaine gentry plus huppée et, surtout, une population plus âgée.

Le siège a d’ailleurs été redécoupé (le redécoupage des circonscriptions est un vrai sport national en Australie, comme il peut l’être au Royaume Uni, d’ailleurs) et a intégré en 1993 la division électorale de Hawker, qui venait de tomber dans les mains des Libéraux.

Le scrutin de 1993 a mis un terme au long stage des travaillistes sur le siège (tenu par l’Australian Labor Party de 1919 à 1993 !) et il a fallu attendre 2004 pour que Steve Georganas, issu de la communauté grecque australienne, reprenne le mandat pour le Labor.

Steve Georganas avait gagné le siège de 108 voix au décompte TPP en 2004 (soit 50,06 % des votes), avant d’être réélu en 2007 avec 9 170 voix d’avance (55,05 %) et en 2010 avec 10 172 voix d’avance (55,70 %).

En première préférence, Georganas avait recueilli 39 736 voix (44,54 %), devant la candidate Libérale, 34 831 (39,04 %) et le candidat des Verts, 10 773 (12,07 %). Participation : 94 092 des 100 216 inscrits.

Cette année, 82 835 votants sur 106 747 inscrits et 78 835 exprimés. Le candidat travailliste recueille 30 263 voix (perte de plus de neuf mille voix), quand le candidat Liberal, Matt Williams, jeune comptable père de famille bien sous tous rapports, en obtient 36 553, soit environ 1 700 de plus que la précédente candidate.

Au terme du TPP, Matt Williams arrive pour l’heure en tête avec 40 810 voix contre 38 025 pour Steve Georganas, soit un glissement de près de huit points sur le scrutin de 2010 qui n’a laissé aucun doute sur l’issue du scrutin.

Nous verrons la suite de ces résultats dans un autre article.

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