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LIVRET A : BRUNO LEMAIRE SE MOQUE DU MONDE

Pour changer un peu, après une série d’articles sur le projet de loi retraite, quelques mots sur la décision, annoncée pour le 1er février prochain, de réduction de la rémunération du Livret A et des livrets d’épargne défiscalisée de même nature (Livret de développement durable solidaire par exemple) de 0,75 à 0,50 %

Une telle mesure est la résultante de la fameuse équation de calcul de la rémunération du Livret.

Pour la déterminer, deux calculs sont effectués :

1) Taux Livret A = ( Moyenne 6 mois Taux Inflation hors tabac + Moyenne 6 mois Taux EONIA) / 2.


2) Taux Livret A = Taux inflation hors tabac + 0.50 % (sauf si Inflation – EONIA > à 0,25 %).

 Le taux le plus favorable sera retenu, arrondi au quart de point le plus proche.

Le problème c’est que le taux EONIA est aujourd’hui assez nettement négatif, tiré vers le bas par le taux directeur de la Banque Centrale Européenne et, plus encore, par le taux qu’elle pratique pour les dépôts des établissements de crédit…

Et qui est négatif.

Le taux EONIA (taux d’intérêt interbancaire sur un jour) a flotté depuis fin juin 2019 entre – 0,366 et – 0,464 %.

Il ressort à – 0,412 % sur la période en moyenne.

(En aparté, j’invite chacun et chacune à comparer ce taux avec celui des frais de découvert perçus par les banques chaque fois que vous émettez un chèque insuffisamment provisionné).

Quant aux prix, leur hausse annuelle (entre 1 et 1,2 %) limite entre un et quatre dixièmes de point le mouvement mensuel.

Ce qui fait que la seconde formule de calcul a tendance à s’appliquer ces temps derniers, après le relèvement du plancher à 0,50 %.

Pour autant, c’est bien évidemment l’encours du Livret A qui intéresse certains.

C’est que, selon l’Observatoire de l’Epargne Réglementée, l’encours total ( qui a encore progressé en 2019) atteignait 263,5 Mds d’euros, générant par conséquent, a priori, une rémunération annuelle d’environ 2 Mds d’euros.

Réduire d’un tiers cette rémunération revient donc à prendre dans la poche des titulaires du livret A d’environ 660 millions d’euros, selon la même évaluation.

Soit 12 euros par an et par livret environ en moyenne.

L’affaire se corse évidemment dès qu’on évoque les usages de cet encours.

Qu’il convient, par habitude, de cumuler avec celui du Livret de développement durable et solidaire (107,6 Mds d’euros) et ceux du Livret d’épargne populaire (43,3 Mds d’euros), soit un ensemble de 414,4 Mds d’euros qui échappent à la seule logique des marchés financiers…

Rien à voir avec l’encours de l’épargne retraite (250 Mds d’euros à fin 2018) qui souffrait, en attendant la loi Pacte, des contraintes de l’illiquidité…

Le Livret A, c’est le vecteur du financement du logement social, de la politique de la ville et de la transition énergétique.

Donc, dans la bouche de Bruno Le Maire, réduire la rémunération du Livret A, c’est réduire le coût financier de la réalisation de logements sociaux.

Ensuite vous prenez la baisse du taux et vous annoncez fièrement que cela va permettre de construire 17 000 logements sociaux de plus…

Mais, là – dedans c’est un peu la paille et la poutre.

Parce que le taux d’intérêt des emprunts souscrits par les bailleurs sociaux, c’est la rémunération du Livret A plus celle du réseau de collecte qui fait qu’on se retrouve, pour le logement intermédiaire, avec des prêts 2019 entre 2,15 et 2,40 %, pour les logements sociaux entre 1,86 et 2,11 % et pour l’accession sociale à la propriété entre 1,75 et 2 %.

Quant à l’enveloppe 2018 des nouveaux prêts CDC, elle se montait, pour ces trois types de prêts, à …12,8 Mds d’euros.

Ce qui, à 100 millions près, constitue la collecte nouvelle effectuée par les réseaux !

L’encours de prêts de la Caisse était, en fin d’année, plus conséquent avec 188,3 Mds d’euros engagés dont 162,7 concernent logement et politique de la ville.

C’est évidemment plutôt sur cet encours que joue la baisse du taux du Livret A puisque la plupart (sinon la totalité) des conventions de prêt prévoient un ajustement du taux d’intérêt de l’emprunt à raison de l’évolution du taux de rémunération du Livret.

On fera cependant observer que ces sommes génèrent, si l’on peut dire, environ 3 à 3,5 Mds d’intérêts pour le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations, fonds centralisant la collecte des Livrets par les banques et les réseaux historiques (Poste, Caisses d’Epargne, Crédit Mutuel).

Réduire à un taux zéro les emprunts souscrits par les organismes de logement social ne coûterait pas plus cher et se révèle sans commune mesure avec les dépenses induites par les aides personnelles au logement et le soutien aux organismes HLM en difficulté.

Et cela coûte moins cher, par exemple, que nombre des mesures prises pour « alléger « le coût du travail sans évaluation effective de leur efficacité.

Sans compter que réduire les charges financières des bailleurs sociaux, c’est ouvrir la porte à la baisse des loyers et donc au redressement du pouvoir d’achat des locataires…

Les charges financières nettes des bailleurs sociaux représentent en effet près de 6,5 % de leur « chiffre d’affaires ».

 Quasiment donc un mois de loyer…

 Notons cependant ici que le fonds d’épargne centralisait effectivement fin 2018 pas moins de 253 Mds d’euros dont 89 placés sous forme d’actifs financiers…

 Largement de quoi bonifier les prêts accordés.

 Ah oui, dernier point.

Pendant que Bruno Le Maire s’occupe de la rémunération annuelle du Livret A, il ne voit pas que les banques ordinaires ont perçu l’an dernier rien moins que 21  Mds d’euros de produits divers sous forme de frais bancaires, parfois injustifiés et injustifiables, sur les comptes courants de leurs clients.

Dont 6,5 Mds d’euros au seul titre des découverts

le groupe d’experts sur le SMIC.

Dans son rapport de décembre 2017, le Groupe d’experts avait analysé des pistes de réformes possibles du SMIC.

Deux objectifs avaient guidé cette réflexion : augmenter l’emploi et réduire le chômage, de façon durable et soutenable, et lutter efficacement contre la pauvreté, en particulier celle des enfants et des personnes les plus fragiles.

Plusieurs arguments économiques et sociétaux avaient amené le Groupe d’experts à ne pas recommander une régionalisation du salaire minimum ou une modulation du SMIC selon l’âge.

Mais une réforme du mode de revalorisation automatique du SMIC y était recommandée.

Le Groupe d’experts réitère cette recommandation dont il est utile de rappeler les raisons.

Les comparaisons internationales contenues dans le rapport de décembre 2017 faisaient ressortir que le mode de revalorisation automatique du SMIC est sans équivalent dans les autres pays développés où existe un salaire minimum national (28 des 36 pays de l’OCDE). Dans latrès grande majorité de ces derniers (24 pays sur 28), aucune automaticité de revalorisation n’existe.

Dans les quatre pays -la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et la France -où une automaticité existe, elle ne porte dans les trois premiers d’entre eux que sur un seul critère, l’inflation.

Seule la France utilise simultanément deux critères de revalorisation automatique, l’inflation et la moitié du pouvoir d’achat du salaire horaire brut ouvrier et employé (SHBOE).

(fin de citation)

Ce texte provient du rapport 2018 du groupe d’experts sur le SMIC, piloté par Gilbert Cette, l’un des économistes passés de Hollande en 2012 à Macron en 2017…

Ce brillant aréopage qui préconise donc que le SMIC évolue avec l’indice des prix (ce qui veut dire que le pouvoir d’achat des Smicards est voué à un gel longue durée) recommande, pour janvier 2020, de ne pas « donner de coup de pouce » au SMIC , car la hausse du coût du travail nuit à l’emploi…

Gilbert Cette et ses coauteurs privilégient la prime d’activité, payée par l’Etat, et au demeurant récupérable en cas d’indu (détail à ne jamais oublier), pour améliorer la situation des personnes payées au salaire minimum ou sur la base de celui ci.

Une prime d’activité alimentée en grande partie par la TVA payée par les consommateurs, c’est à dire, notamment, les smicards eux mêmes…

Cette année, toutefois, nouveauté, le groupe d’experts recommande d’appliquer une « rémunération minimale pour les travailleurs des plateformes ».

Vous savez ce que c’est là, puisque nous sommes ici face aux livreurs à vélo et aux taxis sans plaque officielle qui viennent tirer certains tarifs vers le bas…

Avec, cependant, quelque prévention.

Puisque «  cette rémunération présente des risques, en particulier ceux de brider des formes d’activités dont le développement peut être bénéfique pour la croissance, l’emploi et le bien être du consommateur ».

L’emploi d’un pédaleur payé moins de 1 000 euros par mois ?

Le bien être du consommateur ?

Vite, Gilbert Cette, à bicyclette ! Uber Eats vous attend !