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CHILI : RAVAGES ET COLERE

Nous avons vendu aux intérêts privés notre eau, notre lumière, notre Education, notre Santé, nos retraites, nos médicaments, nos routes, nos forêts, le salar de Atacama, nos glaciers, nos transports.

Autre chose en plus ? Ce ne sera jamais assez.

Nous ne voulons pas d’un Chili pour quelques uns.

Nous voulons un Chili pour tous. Cela suffit !

C’est en ces termes que le capitaine de la sélection de football du Chili, le gardien Claudio Bravo Munoz a commenté les événements qui marquent aujourd’hui son pays.

Un pays dont nous avions déjà parlé il  y a quelques temps et qui, bien qu’appartenant à l’OCDE, est l’un des plus inégalitaires de la planète.

 Le Chili en est en effet arrivé à cette situation parce qu’en 2017, il a élu, pour la seconde fois, le milliardaire Sebastian Pinera Echenique à la tête du pays, représentant de l’oligarchie locale dont les positions économiques et sociales s’étaient trouvées fort renforcées à l’époque de la dictature d’Augusto Pinochet Ugarte, après le coup d’Etat du 11 septembre 1973.

Une gauche fracturée après la seconde présidence de Michelle Bachelet, un électorat massivement démobilisé (6,7 millions de votants au premier tour du scrutin présidentiel pour un corps électoral de 14,3 millions d’inscrits) avaient permis le succès de l’homme le plus riche du pays, élu avec le soutien de la droite locale « renouvelée » et des nostalgiques de la dictature.

Le candidat le plus ouvertement pinochetiste, fils d’immigrés allemands venus de Bavière après la Seconde Guerre Mondiale, avait recueilli environ 8 % des votes et soutenu Pinera au second tour, celui-ci ayant rassemblé près de 42 % des suffrages.

Le second tour avait conduit à la victoire du candidat de droite avec un peu moins de 3,8 millions de suffrages et 635 000 voix d’avance sur le candidat de gauche.

La droite ne dispose cependant que d’une majorité relative au Parlement (72 élus sur 155 à travers un mode de scrutin quasiment hérité d’un lointain passé, mêlant proportionnelle et vote préférentiel, qui favorise les alliances et regroupements au détriment de l’expression des opinions) et ne peut donc mettre en œuvre toute la politique qu’elle entend appliquer.

Ceci posé, avec le lourd héritage de l’époque pinochetiste, qui fit du Chili un véritable laboratoire à ciel ouvert pour les théories économiques les plus libérales (et notamment celles de l’Ecole de Chicago autour de Milton Friedman), le pays, même s’il est marqué par des éléments de développement économique, l’est surtout par des inégalités qui ont ruiné notamment les retraités, victimes du passage à la capitalisation intégrale du financement de leurs pensions et créé des poches de pauvreté dans bien des villes, voisinant des quartiers particulièrement huppés n’ayant rien à envier à leurs équivalents nord américains ou européens.

Le motif sur lequel s’est développé le mouvement social chilien est assez modeste : il s’agit de la hausse du ticket de métro dans la capitale, Santiago, dont l’agglomération est une véritable « ventouse » pour l’ensemble des forces vives du pays et qui concentre les multiples difficultés rencontrées par la population (sous – emploi, crise du logement, trafics divers et notamment de drogue).

Une hausse intolérable pour les travailleurs chiliens les plus modestes, puisque plaçant les dix tickets au niveau de 2 % du salaire moyen.

 Tout simplement parce que le Chili est un pays où les prix de la plupart des services « publics » se rapprochent du prix « réel » sans la moindre correction par l’impôt ou les subventions publiques.

 La violence des affrontements policiers er celle de la répression ont fait repenser à une époque plutôt sombre de l’Histoire du pays qui, comme on l’a vu, continue de structurer en grande partie la vie politique locale.

Le recul opéré par le Gouvernement Pinera devant les protestations populaires (qui rappelaient la révolte estudiantine de 2011) nous appelle à regarder l’évolution du Chili dans les années à venir, notamment jusqu’au terme prévu pour le mandat en cours, c’est-à-dire 2022.

Et à ne pas laisser accroire qu’après un basculement à gauche il y a quelques années, le continent sud américain aurait viré sa cuti et opterait désormais, dans le sillage de Bolsonaro, Pinera ou Macri, pour la droite plus ou moins « modernisée », loin des uniformes vert – de – gris des dictateurs des années 70…