Archives de catégorie : Espagne

ESPAGNE : LA FIN DU COMPROMIS GISCARDO BOURBONNIEN ?

Pour la seconde fois cette année, les électeurs espagnols étaient conviés à élire leur Parlement (Congrès des Députés et Sénat), faute d’avoir vu le précédent vote, tenu en avril, dégager une majorité politique pour exercer le pouvoir depuis le palais de la Moncloa.

Provoquée par cette impasse et la volonté du Premier Ministre socialiste, Pedro Sanchez, de vouloir disposer d’une majorité significative, cette journée électorale ne semble pas avoir simplifié la situation, la presse locale pouvant même titrer sur « Le Sudoku se complique ».

A la vérité, le scrutin de ce 10 novembre ne peut être regardé comme une simple péripétie dans un processus passablement épuisant pour des électeurs sans cesse sollicités (quatrième vote depuis 2015…) mais bel et bien, à mon sens, comme une sorte de « point final » d’un temps long historique engagé depuis l’instauration de la « démocratie octroyée », sous les auspices de ce que j’ai appelé dans le titre de cet article du compromis Giscardo Bourbonnien.

Ce qui signifiait, alors, que le retour à la démocratie allait de pair avec l’acceptation de la monarchie, la période franquiste s’étant définie comme une longue Régence en attendant que l’héritier présomptif (Juan Carlos) soit reconnu par toutes les parties de l’aristocratie castillane.

Le premier scrutin organisé dans l’Espagne post franquiste fut dominé par un parti de centre droit, l’UCD, proche du giscardisme français qui connut un destin météorique, disparaissant en effet dès le premier succès du PSOE, parti contrôlé par Felipe Gonzalez, victorieux des élections de 1982.

A l’occasion de ce scrutin, le PSOE obtint en effet plus de 48 % des votes et 202 députés sur 350.

A droite, l’effondrement de l’UCD fit place à la progression de l’influence de l’Alliance Populaire / Parti Démocrate Populaire, alliance animée par l’ancien Ministre franquiste Manuel Fraga Iribarne.

Avec plus de 26 % des voix, la coalition constitua de fait un excellent refuge pour les nostalgiques de la grande époque, d’autant que l’AP obtint 107 sièges au Congrès, pour 10 sortants.

L’UCD, pour sa part, passa de 157 à 11 sièges, dans un effondrement qui me semble rappeler quelque peu celui subi ce dimanche par le parti de la Citoyenneté.

C’est à partir de la coalition de Fraga que le PP s’est constitué, permettant d’ailleurs d’entrée l’identification de ses « fiefs » électoraux, à savoir la Galice, communauté autonome située au Nord du Portugal et au nord Ouest de l’Espagne et la Communauté de Castilla y Leon, jadis Vieille Castille, comprenant les provinces, en général plutôt dépeuplées et rurales, de Leon, Zamora, Soria, Burgos, Palencia, Valladolid, Salamanca, Avila et Segovia.

Ce qui me fait penser que le discours tenu par certains sur la poussée soudaine de l’extrême droite dans le pays est assez discutableC’est ignorer que, tous démocrates qu’ils furent, les partis de droite des années 30 ont versé sans problème dans le soutien à l’insurrection militaire de juillet 36 et que la droite espagnole a donc déjà connu des « réalignements » de ses forces, et que l’expérience de l’UCD, qui fit long feu, a été suivie de celle, plus longue, du Parti Populaire, rassemblant de fait nostalgiques du franquisme et penseurs de droite plus « modernes ».

L’extrême droite post franquiste n’avait pas de place dans le paysage politique espagnol parce qu’elle avait trouvé un domicile confortable au sein du PP, celui ci ayant, à plusieurs reprises et jusqu’à récemment, exercé le pouvoir.

Nier cette réalité est à peu près aussi oublieux de l’Histoire du pays que de ne pas voir le terreau de l’anarcho syndicalisme dans ce qui généré, depuis quelques années, à la fois le mouvement des Indignés puis Unidos Podemos, en tant qu’expression politique d’une partie de la gauche.

Le problème, c’est que le Parti Populaire a serieusement commencé à se confondre dans une gestion pour le moins douteuse des affaires publiques, un nombre croissant de ses responsables et élus se trouvant inquiétés par la justice pour de multiples histoires de corruption, de pots de vin et de trafic d’influence, ce qui a mené le Parti à ce qui constitue tout de même son plus mauvais résultat historique, lors du scrutin d’avril 2019.

Rappelons les faits.

En 2016, le PP arrive en tête des élections législatives avec 7,9 millions de votes et un peu plus de 33 % des suffrages, obtenant 137 mandats de député.

Ciudadanos dispose alors de 3,1 millions de suffrages, un peu plus de  13 % des votes et 32 élusA gauche, le PSOE est à 22,7 %, avec 5,4 millions de voix et 85 députés.

Podemos atteint 21 %, avec un peu plus de 5 millions de votes et 71 élus.

En avril 2019, le PSOE reprend la première place avec 7,5 millions de voix environ, 28,7 % et 123 députés.Le PP passe à 4,3 millions de voix, 16,7 % et 66 députés.

Soit la perte de 3,6 millions de suffrages (environ 45 % de l’électorat précédent) et de 71 députés…

Ciudadanos progresse, avec 57 députés, 15,9 % des votes et rien moins que 4,1 millions de voix, soit une progression d’un million de suffrages environ.

L’effondrement du PP fait la fortune du parti d’extrême droite Vox qui recueille plus de 2,4 millions de voix.

On aura noté l’équation.

PP – 3,6 = C’s + 1 et Vox + 2,4.

Il faut se méfier, sachant que les élections et la politique ont plus à voir avec les sciences physiques qu’avec la simple arithmétique et qu’il convient de regarder les évolutions comme plus profondes encore, l’électorat de droite étant plus encore attiré par le vote en faveur de Vox.

Le mouvement peut être illustré, de manière assez emblématique, par les votes de deux Communautés autonomes comme la Galice et Castilla y Leon.

En 2016, la Galice élit 12 PP, 6 PSOE et 5 élus Podemos avec un rapport de forces ainsi défini.

644 000 voix pour le PP, 134 000 pour Ciudadanos et …1 000 pour Vox.

345 000 voix PSOE et ,,,344 000 pour Podemos et ses alliés locaux.

En avril 2019, la Galice élit 10 députés PSOE, 9 PP, 2 Podemos et 2 Ciudadanos.

525 000 voix pour le PSOE, 255 000 pour Podemos et environ 94 000 par le Bloc nacional Galicien, parti régionaliste de gauche, issu de l’ancien parti de Casares Quiroga, homme politique local dans les années 30 qui était le père de la grande actrice Maria Casarès.

A droite, la distribution change.Le PP tombe à 448 000 voix, tandis que C’s obtient 183 000 suffrages (un plus d’un peu moins de 50 000 votes) et que Vox atteint 86 000 suffrages.

On aura noté que la perte d’influence du PP (près de 200 000 votes) fut supérieure à la progression cumulée de Vox et de Ciudadanos.

Pour le scrutin de dimanche, la Galice a élu majoritairement des députés de gauche (tout fout le camp) puisque le PP a obtenu 10 députés, face aux 10 du PSOE, complétés par 2 sièges pour Podemos (dans les provinces de La Corogne et Pontevedra) et celui du BNG.

Le PP réunit 470 000 voix, soit un peu plus de 25 000 de plus, tandis que Vox, avec 115 000 suffrages, n’obtient aucun député et que C’s s’effondre à 63 500 suffrages environ.

A gauche, le PSOE se situe à 460 000 voix quand Podemos obtient 186 000 voix environ et le BNG 120 000.

Notons ici que la ville natale de Franco a voté à gauche à plus de 56 %, tandis que la droite galicienne n’a du réellement sa position qu’au vote des provinces de Lugo et Ourense, plus rurales que les deux provinces de Vigo et A Coruna, dominées par les deux villes concernées.En Castilla y Leon, le faible peuplement de bien des provinces favorise une forme de bipartisme, le plus souvent favorable au PP depuis 1977.

En 2016, Rajoy et le PP étaient largement en tête, avec 670 000 suffrages, et rien moins que 18 députés sur l’ensemble des neuf provinces de la Communauté.Le PSOE devait se contenter de 334 000 voix pour ses neuf députés, Podemos de de 224 000 pour deux sièges et C’s de 204 000 pour son unique siège.

Vox, alors, est à 2 700 voix…

En avril dernier, dans ce qui fut le noyau originel de la monarchie espagnole, le PP est tombé à 395 000 voix, perdant ainsi près de la moitié de ses voix antérieures, et ne retrouve plus que 10 députés.

Le PSOE est passé en tête avec 451 000 voix, ce qui lui a permis de décrocher 12 sièges.

C’s s’est installé dans le paysage castillo – léonais, avec 286 000 voix et 8 élus, tandis que Vox est passé à 186 000 suffrages, obtenant ainsi un élu.

Notons cependant pour Ciudadanos que le parti devait à 3 000 électeurs de la province d’Avila, 200 de celle de Palencia et 1 500 de celle de Zamora d’obtenir trois élus…Enfin, Podemos s’est trouvé privé de représentation parlementaire avec plus de 157 000 voix et environ 10,4 % des votes.Ce dimanche, le PP a retrouvé une partie de ses forces avec 436 500 votes, soit une quarantaine de milliers de votes bien loin de l’hémorragie constatée en avril.Vox a continué sa progression avec environ 230 000 votes, ce qui donne six sièges au parti d’Abascal.

Ciudadanos s’effondre avec 104 000 voix et perd la totalité de sa représentation parlementaire.La progression de Vox (56 000 votes environ) et celle du PP (40 000) est donc, là encore, inférieure à la chute de C’s (182 000).

Dans ce contexte, ce qui constituait les limites de la démocratie octroyée me semble de plus en plus évident.Le caractère pour le moins divers de la réalité espagnole, notamment de par certaines identités régionales fortes ( Catalogne, Pays Basque, singulièrement) se heurte à de banales réalités démographiques qui font que les partis régionaux sont déterminants pour former les majorités.

Quand on y rajoute les légers problèmes issus d’une construction européenne qui a, globalement, renforcé les inégalités de développement d’un pays rétif au centralisme et creusé les différences sociales…

Autant dire qu’un Gouvernement en Espagne n’aurait de sens que constitué par les partis de gauche de dimension nationale, agrégeant à leur projet politique les partis basques, catalans, galiciens, aragonais ou autres refusant le retour du PP et, a fortiori, l’intégration de Vox dans quelque combinaison possible.

Ce qui implique, entre autres, que le PSOE est contraint d’envisager le dialogue avec les partis catalanistes (Gauche Républicaine de Catalogne,   Junts per Catalunya, Candidatura d’Unitat Popular) en contentieux avec un pouvoir central qui a, fait exceptionnel dans l’Europe d’aujourd’hui, condamné pour sédition les organisateurs du referendum d’indépendance du 1er novembre 2017.

Il doit d’autant plus le faire que ces partis ont obtenu 23 des 48 sièges  partagés entre les quatre provinces catalanes ce dimanche.

On notera aussi que les partis opposés à l’indépendance ont obtenu 18  sièges (12 PSOE, 2 C’s, 2 PP et 2 Vox).En termes de voix, les partis catalanistes ont recueilli plus de 1 640 000 voix, contre 1 535 000 aux partis opposés à l’indépendance.Au milieu, si l’on peut dire, restent les 588 000 votes de la gauche radicale (En Comu et MAS PAIS), partisans du dialogue constructif.

Notons aussi ici que, de manière générale, ce sont les villes ouvrières de la banlieue de Barcelone qui ont évité à Vox comme à Ciudadanos de se retrouver sans député en Catalogne.

La Generalitat a d’ailleurs plutôt beaucoup voté (deux points de plus que la moyenne nationale) et c’est donc le vote de la province de Barcelone  qui sauve les formations de centre droit.Qu’on y songe, C’s obtient deux élus avec 5,6 % des voix sur l’ensemble de la Catalogne quand Podemos n’en obtient aucun avec 9,3 % en Castilla y Leon, comme avec 9,1 % en Castilla La Mancha.

Merveilles de la démocratie octroyée et de son mode d’élection des membres du Parlement…

Pour le reste, le dialogue entre la Moncloa et la Plaça Sant Jaume est nécessaire pour sortir des impasses du giscardo – bourbonnisme.

 

 

 

ELECTIONS ESPAGNOLES DU 28 AVRIL 2019 : REMUGLES DU PASSE ?

C’était une chose acquise.
On allait voir ce qu’on allait voir mais, à la suite des élections régionales andalouses qui avaient été marquées par la chute du PSOE, dirigeant la Communauté autonome depuis le retour de la démocratie en Espagne, nous allions voir apparaître aux Cortès un nouveau parti, d’extrême droite, appelé Vox, susceptible de capter les suffrages populaires.

En fait, l’événement principal de ces élections ne me semble pas résider dans ce résultat mais bel et bien dans le processus de réalignement de la droite espagnole, avec cette double « vidange » des électeurs, les uns tentés par Ciudadanos et son côté moderniste et les autres par Vox, et ses stigmates franquistes.

Affirmer bêtement, pour ne pas dire braire, sur toutes les ondes que l’extrême droite est, pour la première fois, présente en tant que telle au Parlement espagnol constitue une erreur.

Ce serait faire injure à Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de l’Intérieur de Franco, que d’avoir été le porte drapeau de l’opposition à Felipe Gonzalez avec …107 députés élus en 1982, au nom d’un parti, l’Alliance Populaire, machine à recycler les anciens du régime franquiste.

Ou tout du moins à les repeindre des couleurs de la « démocratie octroyée », selon la formule qui a pu qualifier le schéma giscardo – bourbonnien de sortie de la dictature…

L’élection de cette année illustre donc que les cartes de la droite politique ont été rebattues, avec un PP très affaibli (perte de plus de 70 députés, de 75 sénateurs et de rien moins que de 3,5 millions de votes), un parti Ciudadanos en bonne santé (25 sièges et plus et un million de voix gagnées) et un parti Vox en progression…

Un affaiblissement qui affecte le Parti Populaire dans les deux Communautés historiquement les plus rétives au pouvoir central (Pays Basque et Catalogne) au point que la formation de droite se retrouve sans le moindre député sur les bords de l’Atlantique et avec une seule élue, du fait du nombre de sièges à pourvoir, sur ceux de la Méditerranée.

Le Parti Populaire est ainsi devancé sur la Communauté de Madrid par le PSOE et Ciudadanos, perdant huit sièges de député sur le scrutin de 2016 et deux sièges de sénateur sur trois.

Si le PP reste première force de droite sur la capitale elle même, elle est dépassée par Ciudadanos dans les villes de banlieue comme Leganes, Alcala de Henares, Alcobendas, Alcorcon, Getafe ou encore Mostoles.

A Fuenlabrada, il est cinquième, étant même devancé par Vox, tout comme à Parla.

Au Pays Basque, l’ensemble PP – Ciudadanos – Vox est comprimé à 12,8 %, quand le pays national basque (aussi centriste que possible) est à 31 %, et que la gauche indépendantiste obtient 16,7 %.

Euzkadi se retrouve avec six députés PNV, et quatre socialistes, quatre Podemos et quatre Euskal Herria Bildu, façade politique de l’ETA.

Si le PNV tient encore assez solidement la Biscaye, il est fort chahuté en Guipuzcoa où le score de Donostia / San Sebastian masque l’influence de Bildu dans les zones plus rurales.

En Catalogne, la chute du PP est également impressionnante, puisqu’il perd cinq de ses six sièges.

Dans la province de Gérone, le PP est même devancé, avec 3,24 % des votes, par le Front Républicain, petite formation de gauche locale.

Dans celle de Lleida, il passe de 13,5 à 5 %, laissant au passage le siège de député qu’il avait obtenu en 2016 pour un peu plus de 1 700 voix.

Dans la province de Tarragona, même punition avec un score passé de 14,9 à 5,1 %.

Là encore, le PP est devancé par C’s, en perdant plus de 30 000 voix, soit 60 % de ses anciens électeurs…

Enfin, dans la province de Barcelone, le PP obtient 5 % des voix, perdant 200 000 voix et trois députés sur quatre.

C’s gagne, sur ses terres d’origine, environ 70 000 voix et Vox en recueille un peu plus de 110 000.

La perte du PP est sensible à Barcelone (plus de 60 000 voix perdues), où il est devancé par C’s, ce parti gagnant environ 15 000 votes sur 2016.

Mais elle est amère dans des villes comme Sabadell ou Mataro, où le PP est talonné par Vox…

Ceci posé, la perte d’influence du PP affecte l’ensemble des Communautés autonomes du pays, au point de céder la première place dans ses places fortes historiques comme Castille et Léon ou la Galice.

Seule la Navarre (qui ne comporte que la province de Pampelune) vote en faveur du PP ou plutôt de l’alliance électorale dont il fait partie (Navarra Suma) avec le parti régionaliste de droite qu’est l’Union du Peuple Navarrais.

En Communauté valencienne, le PP a perdu six de ses treize élus sortants, et plus ou moins 420 000 voix sur 2016.
C’s gagne un peu moins de 100 000 voix dans cet ensemble et Vox plus de 310 000.

Talonné par C’s sur l’ensemble de la Comunitat, le PP est devancé par ce parti dans les trois capitales provinciales.

En Andalousie, Communauté historiquement de gauche qui avait vu, pour la première fois, une large alliance de droite emporter la majorité au Parlement régional, le PP se retrouve derrière C’s, en cédant rien moins que douze de ses vingt trois élus sortants.
Le PP perd également plus de 640 000 voix, là où C’s progresse d’un peu moins de 235 000 votes et que Vox dépasse les 610 000 voix.
C’s le devance dans les provinces de Cadix, Malaga et Séville.
En Castille La Manche, le PP reste deuxième force politique mais cède six députés et plus de 200 000 voix.
La progression de C’s est d’environ 60 000 votes quand Vox progresse de 1 813 à 181 142 voix…

A noter que C’s obtient quatre députés sans jamais obtenir plus de 20 % des voix.

Si le PP reste deuxième sur Murcie, il est en recul en Estrémadure, perdant trois élus sur cinq.

Le recul du PP dans le Nord Ouest de l’Espagne (Cantabrie, Asturies, Castille et Léon, Galice, La Rioja) dans ce qui a plutôt constitué jusqu’alors ses zones de force n’est pas négligeable.

Sur l’ensemble des cinq Communautés considérées, le rapport des forces de 2016 avait donné la situaton suivante : 37 députés PP et 3 C’s sur le flanc droit, contre 19 élus PSOE et 12 Podemos.

Le PP tombe à 22 élus, tandis que C’s obtient 13 mandats, Podemos 3, Vox 2 et le Parti régionaliste cantabrien 1 (le PRC est un mouvement proche du centre droit, allié par exemple de l’UPN ou de l’Unio Valenciana, autres partis régionalistes de cette obédience).

La situation de C’s dans ce Nord Ouest ibérique, où le parti obtient une part essentielle de ses gains en termes de représentation, appelle à ce stade une observation.

En 2016, pour obtenir 3 élus, C’s avait recueilli 483 995 suffrages.

En 2019, pour 13 députés, il obtient 659 054 voix.

Dans le même temps, la gauche radicale (Podemos et En Marea en Galice) se retrouve avec 3 députés (un dans les Asturies et deux dans les deux provinces maritimes de Galice) avec 558 483 suffrages.

Il faut, en grande partie, voir là les effets du mode de scrutin, fondé sur une proportionnelle intégrale dans chaque province, le problème étant que la plupart des provinces du Nord Ouest élisent cinq députés ou moins.

Seuls échappent à cette règle les provinces d’A Coruna et Pontevedra (provinces maritimes de Galice) et le Principado de Asturias.
De fait, les sièges peuvent être attribués au « cordeau » comme dans la province de Salamanque où 1 016 voix de majorité pour le PP sur le PSOE lui suffisent pour avoir deux sièges au lieu d’un seul.
Il manque aussi 445 voix au PSOE dans la province de Palencia pour obtenir un second élu au lieu du siège attribué à C’s avec moins de 16 % des suffrages.

Pour finir ce tour d’horizon, un détour par l’Aragon, avec ses trois provinces dont deux peu peuplées (Huesca et Teruel où l’on élit trois députés avec, respectivement, 165 247 et 102 900 électeurs) et la province de Zaragoza, élisant sept députés pour ses 714 469 électeurs, dont 502 850 dans la seule capitale régionale.

Pour aller vite, les deux tiers du corps électoral ou peu s’en faut résident dans la seule ville capitale, cinquième localité d’Espagne.

Le PP y est nettement devancé par le PSOE comme par C’s (il y a 16 875 voix d’avance sur Zaragoza pour le parti orange, soit plus que les 12 145 enregistrés au niveau Aragon) et tout cela contribue au résultat observé avec cinq élus PSOE, trois C’s, trois PP, un Podemos et un Vox sur l’ensemble de l’Aragon…

Autres résultats à ne pas oublier, ceux des îles.

Le PSOE l’emporte aux Baléares comme aux Canaries, avec en deuxième position, dans les deux cas, Podemos et ce, dans un contexte où le rapport des forces semble plus favorable à la droite.

Aux Baléares, avec la différence habituelle entre Mallorca et Menorca, comme avec Ibiza et Formentera, la droite, avec ses trois partis, cumule 44,55 % des votes quand PSOE et Podemos en recueillent 44,16 %.

Une situation qui donne cinq députés à la gauche et trois à la droite.
Au Sénat, l’archipel a élu quatre sénateurs PSOE pour une sénatrice PP sur l’île de Mallorca.
A noter que sur cette île, Podemos a manqué d’avoir un mandat pour 1 690 suffrages sur près de 500 000 exprimés.

Aux Canaries, la gauche a réuni 43,57 % des votes contre 36,74 % pour les trois forces de droite.

Le score du parti régional (la Coalition Canarienne), à près de 13 %, modifie les données électorales de l’archipel.
Ce parti, orienté vers le centre/ centre droit, est l’équivalent insulaire du Parti National Basque ou de l’ex coalition catalane Convergencia i Unio.

Sur l’échiquier politique actuel de l’Espagne, ses deux élus se positionneraient cependant dans une posture de soutien mesuré au gouvernement PSOE, rejetant le retour du PP aux affaires.

Toujours est il que, quant à la répartition des élus, la gauche a décroché huit sièges contre cinq à la droite disons « métropolitaine » et deux pour la Coalition canarienne.

Au Sénat, où chaque île de l’archipel dispose de sa représentation, le PSOE a remporté les sièges d’El Hierro, de Fuerteventura, de Lanzarote, et de La Palma, ce dernier avec 264 voix d’avance sur le PP.

Un parti local (l’Agrupacion Socialista Gomera, scission du PSOE) l’a largement emporté à la Gomera tandis que le PSOE est arrivé en tête sur la Grande Canarie et Tenerife, obtenant deux élus dans chaque île contre un au PP.

Enfin, les deux territoires africains (Ceuta et Melilla) ont eu un sort différent : le PSOE a gagné le siège de Ceuta devant … Vox, le PP perdant plus de 7 000 voix au passage, et le PP a préservé son siège de Melilla, avec un peu plus de 1 000 voix d’avance sur le PSOE, au lieu de 6 800…

Les explications de la chute, si ce n’est même de l’effondrement du Parti Populaire, qui a obtenu son plus faible score de son histoire, tient sans doute à l’usure du pouvoir et à la révélation des multiples affaires de corruption concernant les dirigeants du Parti.

Quand on songe que le PP, lorsqu’il fut candidat pour la première fois, en tant que tel, en 1989, avait réuni plus de 5 millions de voix, et obtenu 109 députés !

Au point d’être la première force politique dans les provinces de Lugo, Ourense, Pontevedra, Zamora, Salamanca, Palencia, Soria, Avila, Segovia, Valladolid, Burgos, La Rioja, Guadalajara, la Navarre, mais aussi Madrid et les Baléares.

C’est-à-dire de définir, dès ce scrutin, ses zones de forces, au Nord Ouest du pays.

La chute du PP marque aussi la nouvelle poussée de Ciudadanos/Ciutadans, parti de centre droit, venu de Catalogne, pour incarner la droite « moderniste », attachée à l’unité de l’Espagne mais, a priori, débarrassée des stigmates franquistes.

C’s (pour utiliser la terminologie en vigueur en Espagne même) s’est fort rapproché du PP, en obtenant, au niveau national, 57 députés et 4 136 600 votes, au dernier décompte, soit 15,68 % des suffrages.

Le parti, d’une certaine manière, réincarne l’Union du centre démocratique d’Adolfo Suarez, et s’est renforcé d’environ un million de suffrages et de 2,6 %.

Dire que C’s est un parti urbain est assez juste pour peu qu’on constate qu’il précède le PP à Barcelone, Séville, Zaragoza, Valence, Cadix ou Malaga.

Comme à Gijon, Las Palmas de Gran Canaria, Santa Cruz de Tenerife ou encore les grandes villes des banlieues de Madrid et Barcelone.

Pour appréhender le résultat de C’s, on peut regarder, dans un premier temps, les provinces et Régions accueillant les élus du Parti.
Ainsi, compte t on cinq élus C’s en Catalogne (pas de progrès en termes de sièges sur l’ensemble de la Generalitat).
On en compte huit dans la Communauté de Madrid, en progression de deux sièges ; au détriment notamment d’un PP affaibli par la perte de huit élus.

Dans la Communauté valencienne, C’s obtient six sièges au lieu de cinq, gagnant un siège dans la province de Valence et maintenant son influence sur Castellon et Alicante.

En Andalousie, C’s passe de sept à onze élus, progressant de plus de quatre points et de 230 000 voix.
Le Parti doit son renforcement à la province de Cadix (+ un élu), de Huelva (idem), de Jaen (idem) et de Séville (idem).

C’s a réalisé une percée en Castille et Léon, comme nous l’avons déjà indiqué, en décrochant huit élus là où elle n’en avait qu’un seul…

Un succès qui a nettement amplifié le nombre de ses élus au niveau national puisque ces huit députés n’ont nécessité l’attribution que de moins de trois cent mille voix.

L’agenda de C’s, précisé dans cet extrait de la déclaration de principes du Parti (Una clase media trabajadora fuerte y dinámica es condición esencial en una democracia de calidad. Aquella solo existirá en el marco de una economía de mercado donde los poderes públicos garanticen la libre competencia. Es la riqueza que genera este modelo económico la que podrá sostener la igualdad de oportunidades dentro de una sociedad de bienestar, y serán esos mismos poderes públicos los que deberán garantizar los derechos sociales reconocidos en nuestra constitución. Une classe moyenne active forte et dynamique est une condition essentielle pour une démocratie de qualité. Celle-ci ne peut exister que dans le cadre d’une économie de marché dans laquelle les pouvoirs publics garantissent la libre concurrence. C’est la richesse générée par ce modèle économique qui permet de soutenir l’égalité des chances dans une société de bien être, et ce seront les mêmes pouvoirs publics qui devront garantir les droits sociaux reconnus par notre Constitution) ressemble furieusement au discours macroniste qui marque aussi, soulignons le, le champ fiscal…

Nous en étions, pour C’s, à trente huit sièges.

Les dix neuf autres sont ainsi répartis : Aragon (trois sièges, un par province et un gain de deux sièges), Asturies (un), Baléares (un), Canaries (deux), Cantabrie (un), Castille Manche (quatre au lieu de zéro), Estrémadure (deux au lieu de zéro), Galice (deux au lieu de zéro), La Rioja (un au lieu de zéro) et Murcie (deux).

C’est-à-dire que, pour une bonne part, C’s a tiré parti du mode de scrutin où le fait d’arriver deuxième ou troisième peut permettre d’obtenir un élu.

Vox, le parti d’extrême droite, semble avoir une destinée un peu différente.

L’Andalousie, si elle lui assure six élus, est complétée par Madrid (cinq élus) et la Catalogne pour parvenir à la moitié des sièges du mouvement.

Vox n’obtient qu’un élu en Castille/Léon avec un peu plus de 186 000 voix, lorsque C’s en décroche huit avec cent mille voix de plus.

La formation franquiste obtient trois élus sur Valence, un en Estrémadure, deux à Murcie, deux dans la Manche, un dans les Asturies, un aux Baléares et un en Aragon.

Elle est donc privée de représentation au Pays Basque (avec 2,2 % des voix), en Galice (5,3 %) ou encore en Cantabrie (11,2 %) et dans les Canaries (6,6 %).

Vox obtient un élu en Catalogne avec 3,6 %, ne devant leur représentation qu’à la seule province de Barcelone où le nombre de sièges en jeu (32) donne un vrai sens au scrutin proportionnel.

Le parti franquiste y recueille environ 14 000 voix au dessus du quotient, grâce à quelques scores supérieurs au quotient dans des villes comme Badalona (4,1 %), Hospitalet del Llobregat (4 %), Castelldefels (5,3 %), Terrassa (4,2 %).

On notera par ailleurs que Vox réalise parfois des scores intéressants dans les villes à vocation touristique.

Vox dépasse ainsi les 16 % à Marbella (province de Malaga), et réalise 15,9 % à Torremolinos dans la même province.
On arrive à 17,1 % à Estepona, mairie PP, sur la même Costa del Sol.
Et à près de 16 % à Fuengirola, 16,7 % à Mijas (devant le PP dans cette municipalité C’s) et 15,7 % à Velez Malaga, commune à direction PSOE.

Le parti décroche également un 19,65 % sur Algeciras, l’une des villes les plus proches de l’Afrique du Nord.

Nous verrons dans une autre analyse ce qu’il en est pour la gauche et les mouvements régionalistes.