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NOUVELLE CALEDONIE : PERSISTANCE DES RUPTURES

Les récentes élections territoriales en Nouvelle Calédonie ont attesté, une fois de plus, des lignes de rupture politiques qui affectent, traduction des inégalités sociales, la société dans sa profondeur.

Sans surprise, en effet, le courant indépendantiste l’a emporté dans les provinces du Nord et des îles Loyauté et le courant « rattachiste » a gagné dans la province Sud, capitalisant comme souvent dans l’agglomération de Nouméa.

La persistance des ruptures de comportement politique ne peut cependant masquer plusieurs faits.

Le premier, c’est la perte d’influence, au sein du camp « caldoche », du mouvement Calédonie Ensemble, proche des centristes en métropole et qui compte notamment dans ses rangs les deux députés du territoire et l’un des deux sénateurs.

Le mouvement de Philippe Gomes, plutôt bien intentionné à l’endroit du Gouvernement actuel, subit une sensible érosion, passant dans la province Sud de 36,4 à 18,5 % et de 16 à 7 sièges.

Le parti cède également sa représentation dans la province Nord, où il avait obtenu deux élus au Congrès derrière le Sénateur Gérard Poadja et un troisième pour l’Assemblée provinciale.

L’échec de la liste est assez cinglant (elle ne recueille que 7,8 % sur la province), notamment dans la commune de Koné, d’où Gérard Poadja est originaire, puisque, sur 2 851 suffrages exprimés, les deux principales listes indépendantistes (UNI et FLNKS) obtiennent respectivement 917 et 988 voix.

Pour 348 votes en faveur de la liste de Gérard Poadja.

Sur l’ensemble de la province, il manque au total …20 voix à la liste pour participer à la distribution des sièges.

  Le mouvement au sein du vote légitimiste profite de fait à la liste « L’Avenir en confiance », tirée par Sonia Backès dans la province Sud et qui regroupe de fait l’ensemble des forces issues de l’ancien Rassemblement Pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Lafleur père et fils.

Cette liste s’était présentée sous les couleurs de l’Avenir ensemble précédemment.

Divisés en 2014, lors du précédent scrutin, les anciens du RPCR ont fait cause commune cette fois dans le Nord et le Sud, arrachant deux sièges au Congrès dans le Nord (en général grâce au vote des bureaux de vote centraux) et obtenant 40,6 % dans la province Sud, ce qui leur a donné droit à 20 des 40 sièges de l’Assemblée provinciale, et 16 des 32 mandats au Congrès.

Cette situation leur donne une majorité un peu particulière dans un Congrès où les élus « caldoches » devraient pouvoir compter sur le renfort des élus de l’Eveil océanien, parti tendant à rassembler les « immigrés du Pacifique » que sont les Wallisiens, Futuniens et autres Polynésiens vivant en Nouvelle Calédonie.

Le mouvement obtient juste 655 voix de plus que la barre fatidique de 5 % des inscrits indispensable pour participer à la distribution des sièges.

Mais ses trois élus au Congrès (plus un quatrième pour l’Assemblée provinciale) « font la bascule » en faveur des légitimistes.

A noter que le dernier élu de la liste de droite est à 1 800 votes, le dernier élu de Calédonie ensemble à 1 874 suffrages, le troisième élu de l’Eveil à 2 025 voix et le dernier élu du FLNKS à 1 878 votes.

Moins d’un millier de voix sur la province auraient pu permettre au FLNKS de compter un élu de plus…

Le fait que l’un des principaux enseignements de l’élection est de n’avoir pu voir le mouvement indépendantiste reprendre, à la faveur du mode de répartition des membres du Congrès (qui « surcote » relativement les régions Nord et Loyauté), la majorité de l’instance dirigeant le territoire.

Les différentes « chapelles » indépendantistes disposent désormais de 26 sièges au Congrès (les 7 des Îles Loyauté, 13 dans le Nord et 6 au Sud) contre 28 aux courants légitimistes (16 issus de la liste Backès, 7 de Calédonie ensemble, 2 de l’Alliance pour le Nord et 3 de l’Eveil océanien) et, si l’on regarde les Assemblées provinciales, de 40 élus contre 36 aux partis légitimistes.

Lors du referendum de novembre dernier, le OUI à l’indépendance avait marqué des points, obtenant notamment plus de 23 000 suffrages dans la région Sud.

A l’occasion de ces élections provinciales, la liste du FLNKS n’obtient dans la province Sud que 11 269 votes, les deux autres listes de même obédience ne recueillant qu’un peu plus de 2 500 voix.

C’est là une situation sans doute regrettable, même si le courant légitimiste laisse aussi pas mal de suffrages dans la nature entre les deux votes.

On avait en effet enregistré 68 221 NON au Sud pour 28 802 voix en faveur de la liste Backès et 13 122 pour Calédonie ensemble.

Si l’on regarde la situation commune par commune, les ruptures habituelles de la vie politique locale se retrouvent.

Dans les Îles Loyauté (qui sont pourtant la région d’origine de personnalités politiques locales comme Dick Ukeiwé ou Simon Loueckhote), les deux listes indépendantistes se sont « disputé » la primeur des suffrages.

La liste du FLNKS obtient ainsi la majorité absolue des votes dans 16 des 26 bureaux de Lifou, les travaillistes dans un bureau, le PALIKA dans l’un.

La situation est moins claire sur l’île de Maré ;

Sur 4 753 exprimés, le FLNKS obtient 889 voix (18,7 %), concurrencé par les travaillistes (662 voix), mais aussi par le PALIKA (1 004 voix) et la liste Dynamique autochtone, portée par la Libération Kanake Socialiste (LKS), le parti fondé par Nidoish Naisseline, l’un des chefs coutumiers de l’île.

Cette liste obtient 1 349 voix sur l’île (28,4 %) et notamment 63,7 % des votes dans le bureau de Nece, fief d’origine des Naisseline.

Enfin, dans l’île d’Ouvéa, tristement célèbre pour l’affaire de la grotte en 1988, le FLNKS obtient 883 voix (32,6 %), suivi de près par le PALIKA avec 849 voix (31,4 %).

Dans la province Nord, les positions indépendantistes, déjà nettement affirmées lors du referendum sur l’autodétermination (seules les communes de Koumac et Pouembout avaient voté pour le NON. La première a pour maire Wilfrid Weiss, membre de l’Avenir ensemble et la seconde Robert Courtot, qui a rejoint le courant indépendantiste), se sont clairement exprimées une fois de plus.

Le FLNKS est en tête dans l’archipel des Belep (plus de 48 %), obtient la majorité absolue à Canala, Hienghene (56,4 %, avec une pointe à 95 % dans la tribu de Tiendanite, celle de Jean Marie Tjibaou), se place premier à Houaïlou (40,4 % pour 37,4 % pour l’UNI) ; à Kaala Gomen ( 45,4 %), Koné (988 voix contre 916 à l’UNI et 576 à la liste de droite), Kouaoua (274 voix contre 204 votes UNI et 199 pour Agissons pour le Nord, la liste de droite), Ouégoa (451 voix contre 408 pour l’UNI. Dans cette commune, la liste de droite ne recueille que 11 voix dans les bureaux de « brousse »).

Le FLNKS l’emporte également à Pouembout avec 300 voix, contre 288 pour Agissons pour le Nord et 222 voix pour l’UNI.

Il est premier à Poum, ralliant 375 suffrages, contre 338 pour l’UNI, comme à Pouébo avec 557 voix sur 1 261.

Il prend la première place à La Poya Nord (commune partagée entre les deux provinces Nord et Sud) avec 573 voix, notamment par le vote du bureau de Gohapin, appartenant à une aire coutumière différente de celle du reste de la commune.
La commune est gérée par une maire caldoche, membre de Calédonie ensemble.

L’UNI, pour sa part, parvient en tête à Poindimié, avec 1 586 voix (59,1 %), la commune étant la terre d’élection du chef de file de la liste, Paul Neaoutyine ; à Ponérihouen (70,9 %), commune dont le maire est pourtant UC – FLNKS ; à Touho (59,5 %) et Voh (51,4 %).

Ces nettes majorités en faveur de l’UNI lui permettent d’ailleurs de s’inscrire en tête dans la province devant le FLNKS.

La droite ne conserve que la commune de Koumac.

Et encore…

Sur 1 595 voix, Agissons pour le Nord en obtient 633, tandis que l’UNI se situe à 270 voix et le FLNKS à 293 voix.

La liste centriste de Gérard Poadja sauve l’honneur dans cette commune avec 341 suffrages.

Exception dans une province où elle s’est retrouvée hors jeu, comme nous l’avons dit.

En ne recueillant, par exemple, que 17 voix à Hienghene ou 44 à Canala.

Les listes légitimistes doivent leurs scores aux centres urbains de chaque commune.

Ainsi, à Voh, le bureau de la mairie donne 247 voix à la liste de droite et la liste de centre droit, contre 97 voix dans les quatre autres bureaux de la commune.

Dans la province Sud, dominée par Nouméa et son agglomération, les indépendantistes ont pu être un peu déçus du résultat obtenu mais…

Lors du referendum de novembre, Sarramea, Thio, Yaté et l’île des Pins avaient voté en faveur de l’indépendance.

Thio et Yaté, faut il le rappeler, prolongent l’axe de la province Nord et ont toujours constitué des fiefs indépendantistes.

Pour ce scrutin, le FLNKS l’a emporté nettement à Sarraméa (64 % des voix) et a confirmé sa prédominance dans l’île des Pins en y recueillant 57,1 % des suffrages.

Pour Thio, ville marquée par le tragique destin d’Eloi Machoro, le mouvement indépendantiste rassemble 69,2 % des voix et il réalise un score de 83,3 % dans la commune de Yaté.

Un pourcentage proche de celui du OUI à l’autodétermination dans cette localité.

Dans la petite commune de Moindou (municipalité centriste mais un temps détenue par les indépendantistes), le FLNKS arrive en tête avec 34,7 % des voix, devant l’Avenir en confiance (24,3 %) qui devance… d’une voix la liste Calédonie ensemble.

Pour le reste, notons les tendances de chaque localité.

L’Avenir en confiance, liste issue de l’ex RPCR, est en tête à Boulouparis avec 835 voix, loin devant le FLNKS, 348 voix et Calédonie ensemble, 293 voix

Le maire de la commune est pourtant issu de ce dernier mouvement.

Dans le même esprit, la municipalité de Bourail, centriste, semble avoir été désavouée par les électeurs.

923 voix ont été vers la liste l’Avenir en confiance, 630 au FLNKS et 554 à la liste Calédonie ensemble.

La partie Sud de la commune de la Poya a accordé une majorité à la liste L’Avenir en confiance avec 70 voix contre 43 pour Calédonie ensemble, qui est pourtant l’étiquette de la maire.

 Le Rassemblement national obtient 11 voix dans cette partie de la commune, réalisant l’un de ses meilleurs scores.

A La Foa (municipalité centriste), Calédonie ensemble reste en tête avec 716 voix , contre 568 pour l’Avenir en confiance et 460 pour le FLNKS.

Calédonie ensemble conserve également la tête dans la petite commune de Farino avec 43 % des votes contre 37,2 % pour l’Avenir en confiance.

Reste l’agglomération de Nouméa, dont trois communes (Païta, Mont Dore et Dumbéa ) ont un maire LR et la quatrième, une députée maire ex Calédonie ensemble devenue macroniste.

 A Païta, l’Avenir en confiance arrive en tête avec 33 % des votes, devançant … l’Eveil Océanien (18,9 %) qui doit sans doute une bonne part de son succès à ce score.

 Le FLNKS, avec 16 %, précède Calédonie ensemble (15,4 %).

Notons que, selon les derniers recensements, la commune compte plus de 20 % de Wallisiens et Futuniens, une communauté presque aussi importante que les Européens et plus nombreuse ici que les Kanaks.

A Dumbéa , nouveau succès pour l’Avenir en confiance avec 37,6 % des votes, contre 19,1 % pour Calédonie ensemble, 14,2 % pour l’Eveil Océanien et 12,2 % pour le FLNKS.

Là encore, la population wallisienne atteint les 20 % des résidents.

Au Mont Dore, l’Avenir en confiance obtient 38,9 %, devançant Calédonie ensemble (17,9 %), le FLNKS (15,9 ) et l’Eveil (11,8 %).

 Enfin, reste le cas de Nouméa.

Chacun aura remarqué que les scores de l’Avenir en confiance n’ont que très rarement atteint le pourcentage moyen de la province.

 C’est donc Nouméa qui vote massivement en faveur de l’Avenir en confiance (50,4 %), laissant loin derrière Calédonie ensemble (18,6 %), le FLNKS (9 %) et l’Eveil (5,5 %).

La liste de droite obtient la majorité absolue dans 35 bureaux de vote de la ville.

Et elle est en général en tête avec une majorité relative ailleurs, sauf quelques exceptions dans les quartiers à population kanake.

Ce résultat est évidemment un désaveu cinglant pour Sonia Lagarde, maire REM de Nouméa.

Elue à la tête de la municipalité en 2014 avec 12 431 voix au premier tour et 17 696 voix au second, face à l’UMP, Sonia Lagarde a vu son colistier Philippe Dunoyer devenir député de la 1ere circonscription du territoire (qui regroupe Nouméa, l’île des Pins et les Loyauté dans un ensemble assez incongru) en obtenant notamment 7 020 voix au premier tour et 15 376 au second, devançant Sonia Backès de 3 654 voix sur l’ensemble de la ville.           

En toute logique et compte tenu de l’évolution de Sonia Lagarde, Philippe Dunoyer, classé « divers droite » en juin 2017, a adhéré au groupe des Constructifs, ces élus de droite et du centre qui se sont rapprochés de la République en Marche.

Cette fois ci, l’Avenir en confiance arrive en tête avec 15 589 voix, contre seulement 5 757 pour la liste Calédonie ensemble.

 Cela semble donc aussi un désaveu pour le Gouvernement.

 Le FLNKS est pourvu de 2 794 suffrages à Nouméa, et les deux autres listes indépendantistes de 1 113 voix.

 Un score toutefois supérieur aux 1 415 suffrages des candidats de la mouvance indépendantiste lors des législatives de 2017.

On notera, pour le coup, que la province Sud est « lourdement «  affectée par le vote du chef lieu.

Hors Nouméa, nous avons en effet 40 015 suffrages exprimés.

Pour l’Avenir en confiance, cela donne 13 213 voix (33 %).

Pour Calédonie ensemble, 7 365 voix (18,4 %)

Pour le FLNKS, 8 475 votes (21,2 %)

Pour l’Eveil océanien, 4 377 voix (10,9 %).

Ceci posé, les différenciations politiques, particulièrement sensibles dans la Grande Terre, ne semblent guère avoir été transformées  par le scrutin provincial, ne serait ce le processus de « réalignement » qui s’est produit à droite.

Et, partant, les incertitudes que cela laisse planer sur le devenir du territoire.

IL EST DIT QUE L’ENFER EST PAVE DE BONNES INTENTIONS

ou

DERRIERE LA BAISSE DES IMPOTS, DE NOUVELLES COUPES CLAIRES DANS LA DEPENSE PUBLIQUE !

Entretien intéressant que celui accordé par le Ministre de l’Action et des Comptes publics dans un journal populaire de ce jour sur la fameuse baisse de l’impôt sur le revenu annoncée comme grande mesure de « pouvoir d’achat » par le Président de la République.

Un journal qui, fidèle à sa méthode, rappelle les termes de la question en plaçant les choses dans leur contexte.

Il nous est même rappelé que l’impôt sur le revenu ne constitue, pour l’Etat, qu’une recette proche de la moitié de la seule TVA.

Un élégant « camembert » nous indique, en effet, que la recette de l’impôt sur le revenu en 2019 (70,5 Mds attendus) pèsent bien moins que la  TVA (130,3 Mds d’euros), et doivent être comparés au produit de l’impôt sur les sociétés (31,5 Mds) ou des taxes sur l’essence (17 Mds d’euros).

Cette appréhension des choses souffre cependant de quelques inexactitudes critiques.

1), une part importante de la TVA (plus ou moins 30 Mds d’euros, rien que cela) est aujourd’hui fléchée vers la Sécurité Sociale, pour compenser la « pérennisation » du CICE, entre autres allégements de cotisations sociales décidés dans le cadre des politiques budgétaires.

 2) , une part non négligeable des recettes des taxes sur les carburants ne finit pas dans les caisses de l’Etat et le rendement général de ces taxes est de 37 Mds au lieu des 17 Mds annoncés.

Le schéma oublie également une recette fiscale « dédiée «  fort importante, à savoir la CSG qui, avec son appendice, la CRDS, va dépasser les 130 Mds de rendement cette année…

Ce qui réduit à assez peu de choses la remise laissée aux retraités pour 1,5 Md…

A ces oublis, le quotidien populaire omet également de se demander pourquoi le rendement de l’impôt sur le revenu s’est réduit de plus de 2,5 Mds d’euros depuis l’arrivée au pouvoir de Macron.

Un effet de la retenue à la source ou plutôt un effet des mesures déjà prises en faveur des détenteurs de patrimoines importants usant du prélèvement forfaitaire unique ?

Parce que, de manière générale, « l’évolution spontanée «  des impôts  est plutôt à la hausse…

Pour ce qui concerne la baisse de l’impôt sur le revenu, en tout cas des effets de son barème progressif, car il faut bien considérer la contribution sociale généralisée comme un impôt proportionnel payé par quasiment tout le monde et devenu « socle » de l’IR, même si Darmanin entretient un peu le flou, cela devrait se faire par le biais de la décote.

Ce système qui réduit le poids de l’impôt pour les contribuables soumis à petite cotisation devrait être renforcé.

Pour le moment, la décote c’est, selon l’article 197 du code général des impôts (citation)4.

a. Le montant de l’impôt résultant de l’application des dispositions précédentes est diminué, dans la limite de son montant, de la différence entre 1 196 € et les trois quarts de son montant pour les contribuables célibataires, divorcés ou veufs et de la différence entre 1 970 € et les trois quarts de son montant pour les contribuables soumis à imposition commune.

b. Le montant de l’impôt résultant du a est réduit dans les conditions prévues au sixième alinéa du présent b pour les contribuables dont le montant des revenus du foyer fiscal, au sens du 1° du IV de l’article 1417, est inférieur à 20 500 €, pour la première part de quotient familial des personnes célibataires, veuves ou divorcées, et à 41 000 €, pour les deux premières parts de quotient familial des personnes soumises à une imposition commune. Ces seuils sont majorés de 3 700 € pour chacune des demi-parts suivantes et de la moitié de ce montant pour chacun des quarts de part suivants.
(fin de citation)


Si vous n’avez pas compris tout le sel de la littérature bercynienne, disons simplement qu’il suffira de relever les différents seuils précisés par cet article du code général des impôts, pour obtenir les fameux cinq Mds d’euros requis.

         Pendant que les ordinateurs s’agitent et que les algorithmes planchent, se pose maintenant la question du « financement ».

         C’est une question qu’on pourrait traiter avec la légèreté du premier paquet de mesures de décembre dernier, où une avantageuse présentation des choses (on parlait alors de « mesures conjoncturelles ») a dispensé la France de devoir rendre des comptes à l’Europe, celle ci ayant de fait toléré un coup de canif dans le pacte budgétaire.

         Un pacte budgétaire qui est d’ailleurs caduc, soit dit en passant.

         Ceci posé, le plus de pouvoir d’achat pour les salariés, cela veut dire « recettes » en plus pour le budget…

         Parce que, c’est assez incroyable, mais les gens ont quand même tendance à dépenser le peu d’argent que leur salaire leur laisse à disposition…

         Effet retard à attendre, cependant…

         Les heures supplémentaires sans impôt ni cotisations sociales, c’est peut – être bien, mais cela dégrade les comptes de la Sécurité Sociale, aussi sûrement que les primes défiscalisées de caractère exceptionnel.

         Bilan des courses : en 2020, on va serrer un peu la vis sur les prestations sociales (encore un peu plus) pour tenir les comptes.

         Et c’est là que nous entrons dans les soucis, si l’on peut dire…

         Parce que si Gérald Darmanin annonce fièrement que « pour 95 % des contribuables, il n’y aura pas de hausse d’impôt », il oublie de préciser comment le Gouvernement va tenir son objectif de stabilité globale du déficit.

         Il y aurait d’abord un effort accompli par les entreprises sur les « niches fiscales «  les concernant.

         On parle d’un effort sur 2,5 Mds d’euros (la moitié de la facture de la baisse de l’impôt sur le revenu ), en excluant d’office le crédit d’impôt compétitivité emploi et le crédit d’impôt recherche des pistes explorées.

         Par un pur hasard, il s’agit évidemment des deux niches les plus coûteuses (ou les mieux garnies) pour des montants respectifs annoncés de 19,6 Mds et 6,2 Mds en 2019.

         Les lecteurs attentifs auront remarqué que cela fait au moins 25,8 Mds d’euros, somme évidemment à rapprocher des 31,5 Mds d’euros de recettes annoncées pour l’impôt sur les sociétés par notre journal populaire…

          En réalité, je vous invite à mener une réflexion sur un impôt sur les sociétés rapportant 31,5 Mds et pourvu de niches fiscales dont le coût, selon le même journal, est de … 86 Mds !

         Ce qui tendrait à signifier que si 117,5 Mds constituent le produit d’un impôt sur les sociétés au taux de 33,33 %, le rendement exact, qui n’en représente plus qu’environ 27 %, correspond à un taux réel d’imposition de …8,9 % environ. 

         La vérité commande de dire que les 86 Mds d’euros ne correspondent pas à grand-chose et que la masse d’argent public aujourd’hui utilisée à alléger, pour les entreprises, taxes, impôts et cotisations sociales est encore plus importante…

         Puisque, pour ne donner qu’un exemple, sous le délicieux vocable de « mécanique de l’impôt », se dissimulent en effet des mesures « automatiques » concernant les groupes, qui coûtent la bagatelle de 41 Mds d’euros aux comptes publics…

         Ajoutez y le CICE, le CIR, le report des déficits imputables, le remboursement des acomptes excédentaires et vous vous retrouvez peu à peu avec ce qui génère le déficit structurel des comptes publics pour lequel les salariés de ce pays, et sans nul doute aussi les artisans, commerçants et paysans suent sang et eau du 1er janvier au 31 décembre sans parvenir, et pour cause, à le faire diminuer…

         Que l’on cherche à gager la baisse de l’impôt sur le revenu sur ces « niches » n’est donc pas un scandale, d’autant que la meilleure forme du soutien que l’Etat puisse accorder aux entreprises ne réside sans doute pas dans l’accumulation d’avantages fiscaux, mais plutôt dans le fait de faire appel à leurs services…

         La défiscalisation, en tant que telle, ne remplit pas les carnets de commandes.

         Et là où le problème se pose, c’est que les 2,5 Mds que l’Etat entend consacrer au financement de la baisse des impôts, il risque fort d’aller les trouver sur la piste des « économies ».

         Par exemple, sur les allocations chômage…

         Ce qui, eu égard au nombre des privés d’emploi dans notre pays, laisse penser que ce ne sera pas agréable pour les chômeurs aujourd’hui indemnisés.

         Mais c’est sans doute là le lot de bien des politiques à visée étroite : reprendre à certains qui, en général, n’en peuvent mais ce qu’on a feint de donner aux autres…

N’OUBLIEZ PAS LES PAROLES !

Parce qu’il avait beaucoup à parler et assez peu  à dire, notre VRP présidentiel nous a gratifié, cette semaine, d’une conférence de presse précédée d’un long discours de présentation de plus d’une heure, parvenant par là même à supprimer l’émission habituelle de l’une des chaînes du service public à cette heure là, dont le titre figure en exergue de cet article…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intéressé a tiré du fameux Grand débat national initié par ses soins sous la pression d’une poussée de jaunisse nationale, une longue série de conclusions dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles pouvaient être attendues.

Fort utilisateur du mot « je », et devant sans doute prendre pour lui bien des choses qui se disent ces temps derniers, Emmanuel Macron a en quelque sorte fait fonctionner devant nous son propre algorithme sémantique, apparemment déterminé par le paramètre du « bilan globalement positif ». 

Cet emprunt subreptice à la formule d’un ancien dirigeant du Parti Communiste Français semble en effet parfaitement qualifier l’exercice auquel s’est attelé notre Président.

Il s’agissait en effet pour lui de justifier, par des résultats d’ailleurs assez faiblement illustrés (il n’y a quasiment pas de chiffres dans le prononcé de la Conférence de Presse), l’ensemble des politiques lancées depuis le printemps 2017 et de défendre par anticipation celles à venir.        

Quiconque est un peu versé dans le suivi de la véritable vie politique, et notamment la vie parlementaire, n’aura pas pu éviter de se souvenir qu’outre les lois de finances qui ont conduit par exemple à la réforme de l’ISF et sa régression dans ce pauvre impôt pour riches que constitue l’impôt sur la fortune immobilière (étrangement Macron est plus discret sur le prélèvement forfaitaire  sur les revenus du capital et du patrimoine), qu’il a entendu reparler de la loi « Etat au service d’une société de confiance » pour la volonté de créer des maisons de services publics « dans chaque canton », de la loi Santé de Mme Buzyn dans le moratoire sur les fermetures d’hôpitaux, de la loi « Ecole de la confiance » de Mr Blanquer dans celui concernant les écoles, etc…

De la même manière, la controverse lancée sur le devenir de l’ENA, et qui se traduit dans les faits par une mission exploratoire de Frédéric Thiriez, l’ancien Pdt de la Ligue Professionnelle de Football et avocat au Conseil d’Etat, fait écho à l’esprit et à la lettre de la loi de transformation de la fonction publique que porte Gérald Darmanin, une loi dont le fondement est notamment de mettre en cause le recrutement par concours des plus hauts fonctionnaires.

Et de favoriser le « pantouflage » et les allers retours entre secteur public et secteur privé.

On aura noté, pour le coup, que la mise en cause de l’ENA vise un établissement public dès l’origine, créé à la Libération par un Gouvernement issu de la Résistance associant gaullistes, communistes, socialistes, radicaux et démocrates chrétiens, bien différent d’autres grands établissements produits d’initiatives privées, de l’ex Ecole libre des sciences politiques (ou Sciences Po) à HEC…

Le projet initial de l’ENA, celui de former la haute administration d’un pays jusque là recrutée en grande partie par cooptation et sans la moindre espèce d’évaluation quelconque des compétences réelles des fonctionnaires concernés, datait du Front Populaire et se trouva d’autant plus renforcé à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale qu’une bonne part de cette haute administration avait collaboré, sans grande difficulté, avec le régime de Vichy et l’occupant allemand.

On compta alors moins de Jean Moulin que de Maurice Papon…        

Ensuite, le procès d’intention fait à l’ENA procède de ces ressorts que le discours macroniste utilise souvent, ceux du « populisme » et du faux « bon sens populaire ».

Un peu comme le débat sur les retraites, que, dans sa grande bonté, le Gouvernement va progressivement réindexer sur le niveau de l’indice des prix à la consommation, à l’image de ce qu’avait prévu, en la matière, la réforme … Balladur de 1993.

Sur les retraites, dont nous reparlerons un jour, nous connaissons la situation.

Cela fait des mois que l’ancien Président de l’Association des maires de France, et ex Médiateur de la République, le brave Jean Paul Delevoye, tente de définir le contenu de la « grande réforme systémique » attendue depuis 2013 et le texte de la présidence Hollande sur le sujet.

Le cadre est fixé : on ne touche pas aux annuités, aux règles de calcul de la pension a priori, ni à l’âge légal.        

En fait le passage au système par points est une formidable machine à égaliser, ou plutôt à niveler le montant des retraites versées au titre du régime général.        

La technocratie à l’oeuvre nous dira, dans le cadre de cette réforme, que le nombre de points acquis par chaque retraité ne sera pas suffisant, à l’âge légal, pour disposer d’une pension digne de ce nom.

Et que la contrainte de la poursuite de l’activité professionnelle se posera dès lors pour obtenir un meilleur taux de remplacement.

Vaste hypocrisie, alors même que la plupart des retraités liquidant leur pension aujourd’hui sortent, dans les deux tiers des cas, d’une période de chômage ou, pour le moins, d’inactivité.

Le véritable objectif de la réforme est connu, et Jean Paul Delevoye n’y peut mais, c’est celui de limiter autant que faire se peut le poids des retraites dans les comptes publics et, par delà, dans la richesse nationale.

Que voulez vous, 260 milliards d’euros de revenus (j’ai bien dit de revenus) distribués au nom de la solidarité interprofessionnelle et intergénérationnelle, parfaite illustration du « vivre ensemble », c’est encore de trop !

Une fois posé le principe du calcul des pensions par points, il suffira de faire bouger la valeur du point pour aboutir, rapidement,  au pourcentage du PIB que l’on acceptera de consacrer à nos retraités…

L’égalité n’a pas grand chose à voir là dedans, contrairement aux assertions macroniennes, puisque les principales inégalités (notamment en matière d’espérance de vie) ne seront sans doute pas résolues.        

Et les ouvriers continueront de cotiser pour les pensions de réversion des veuves de cadres supérieurs…

Le non dit du discours présidentiel, dans cette affaire, c’est de  se plier à cette logique assurantielle qui tend, dans les faits, à pervertir un système solidaire pour en quelque sorte, définir une durée « étalon » de perception de la pension, qu’on peut cyniquement estimer entre quinze et dix huit ans après la suspension de l’activité professionnelle…        

C’est la logique des propositions de Geoffroy Roux de Bézieux, notre grand ami Président du Medef, sur la réforme des retraites, propositions qui ont au moins un avantage.

C’est qu’elles laissent accroire que les propositions du Gouvernement sont progressistes et modernes.        

Ne négligeons pas, dans cette affaire, que le souci de développer encore et toujours la retraite par capitalisation existe derrière la mise en question des retraites mutualisées.

On n’en parle pas trop parce que je crois savoir que les « performances « de nombreux supports, largement dépendants des émissions de titres publics, n’ont pas vraiment été à la hauteur en 2018, que l’époque où nos compagnies d’assurance faisaient leurs choux gras de la dette publique de l’Italie, de la Grèce ou du Portugal appartient au passé et que le taux réel de la dette publique  française est désormais négatif, mais l’idée demeure.


Le vieillissement et le grand âge, véritable question du temps et des années à venir.        

Là dessus, la conférence de presse me semble avoir assez bien pointé les problèmes posés : demande croissante et peu solvable, intervenants souvent mal payés et mal formés (surtout en garde à domicile), établissements d’accueil au bord de la saturation, employant des personnels précarisés….

Ce qui me fait penser qu’il y a vingt cinq ans, quand le problème est venu se coller dans l’actualité, je me souviens avoir manifesté avec des syndicalistes qui estimaient que le plus juste était d’utiliser la Sécurité sociale pour porter le coût financier de la dépendance.

Je continue de le penser et de penser que toute autre solution n’est qu’un pis aller et une source infinie de difficultés (et de fabrication de tuyauteries complexes appelées parfois « usines à gaz »).

L’automobiliste salarié doit savoir qu’il paie deux fois pour l’autonomie des personnes âgées.

Une fois sur ses cotisations sociales et une autre fois sur l’essence qu’il consomme puisque les taxes en découlant sont, en partie, consacrées à cela.

Ah oui, quelques points sur le chapitre institutionnel où Macron n’a évoqué le recours au scrutin proportionnel que sur le principe, en rejetant la reconnaissance du vote blanc ou le recours au RIC.        

Et glissé sa réforme du referendum d’initiative partagée quelques semaines après le lancement d’une telle initiative par ses opposants sur la privatisation d’Aéroports de Paris…

On aura juste noté qu’utilisant l’une des ficelles politiques du Vieux Monde, Emmanuel Macron semble décidé à mettre l’ensemble dans un même texte, à savoir referendum, proportionnelle, réforme du CESE et réduction du nombre des parlementaires.        

Un vieux truc qui consiste à contraindre de voter pour l’ensemble d’un texte même si on ne partage pas une partie de ses dispositions.        

Un vieux truc de VRP aussi, d’ailleurs…