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Plan pauvreté : un pauvre plan plan plan

 

On allait voir ce que l’on allait voir !

« Virage social », « avancée sur la jambe gauche «  de la politique gouvernementale, plus prosaïquement tentative de reconquête et/ou d’accrochage des électeurs de gauche et singulièrement socialistes séduits z’et apeurés du printemps 2017, le Plan Pauvreté, annoncé à grands coups de trompe par les media écrits comme audiovisuels, allait bouleverser la donne.

Et là, patatras !

Les enquêtes sociologiques plus ou moins fiables attestent d’un niveau de pauvreté frappant les populations et concernant environ 9 millions de nos compatriotes, du berceau au grand âge.

Le Plan annoncé par le Président de la République lui-même atteint, pour les quatre ans à venir, la somme considérable de 8 milliards d’euros.

Deux opérations arithmétiques simples, effectuées sous le contrôle de Me Blanquer, huissier du participe passé rue de Grenelle, permettent donc de définir que nous allons consacrer, en moyenne, un peu plus de 220 euros par an et par « pauvre », ledit pauvre étant, jusqu’à plus ample informé, un être humain (d’abord et avant d’être un objet statistique) dont le quotidien l’amène à tirer le diable par la queue, selon l’expression bien connue.

Si on considère une troisième division, on aboutit à un effort considérable de moins de vingt euros par mois.

Quelques – unes des mesures d’ores et déjà annoncées (extension de la garantie jeunes, effort pour la formation des 16 – 18 ans sortis du système scolaire, démarche sur les modes de garde) ne vont aucunement dans le mauvais sens mais elles ne caractérisent pas le moins du monde une originalité quelconque.

Ainsi, l’insertion sociale et professionnelle des jeunes de 16 à 18 ans qui est l’un des problèmes récurrents de notre société, était au cœur du dispositif du Plan Rigout de …1982 ( !) qui avait couvert le pays de permanences d’accueil et de missions locales destinées aux jeunes de cette tranche d’âge, tout en développant un appareil de formation multiforme (avec une forte implication des établissements scolaires et des collectivités locales) facilitant le développement en grand de la pédagogie de l’alternance, aujourd’hui très largement éprouvée.

Et ce, à tous niveaux de formation initiale !

La somme engagée par le Gouvernement peut donc paraître importante mais elle souffre en réalité de la comparaison.

Les 8 Mds d’euros du plan pauvreté sont à mettre en regard des 4,5 Mds que l’augmentation de la CSG a permis de récupérer sur les retraites (sans contrepartie), comme des 2 Mds d’allocation logement que le budget 2018 a « récupérés ».

Ou d’une somme évaluée entre 1,2 et 1,4 Md d’euros que la mise en œuvre de la retenue à la source va permettre de récupérer sur des allocations logement déjà amputées, grâce au recours à la »contemporanéité »des ressources prises en compte par les CAF.

Et l’on ne peut s’empêcher de comparer les sommes ainsi consacrées au plan pauvreté avec les 2 Mds annuels (au moins) qui vont, depuis l’instauration du prélèvement forfaitaire libératoire sur les revenus du capital, dans la poche des personnes sollicitant ce dispositif.

Ou avec les 5,5 Mds que l’Etat a renoncé à percevoir en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune…

Retenue à la source : si les petits ruisseaux font les grandes rivières, attendez-vous à l’inondation…

Soyons clairs : même si cela va faire tout drôle à quelques jeunes sémillants cadres en début de carrière de laisser entre 500 et 800 euros (voire plus) tous les mois aux services fiscaux, au lieu d’une gestion « optimisée » du compte en banque et du découvert autorisé, la retenue à la source, applicable à compter du 1er janvier 2019, n’est pas vraiment l’aboutissement de la réforme fiscale idéale, faisant enfin rentrer dans le rang une France qui, en Europe, était le seul pays à ne pas l’appliquer.

Sur le fond et la pratique, on notera d’ailleurs de suite que l’état actuel des rentrées fiscales de l’Etat (et notamment l’impôt sur le revenu), malgré notre antique système déclaratif, ne peut être considéré comme défaillant. Continuer la lecture de Retenue à la source : si les petits ruisseaux font les grandes rivières, attendez-vous à l’inondation…

MACRON TIENT SES PROMESSES : LE BUDGET 2018 EST PARFAITEMENT INEGALITAIRE !

Comme vous n’êtes pas sans savoir que la politique menée par Emmanuel Macron et son Gouvernement n’a jamais éveillé mon enthousiasme pourtant naturel, il vous aurait sûrement paru surprenant que  les annonces relatives à la première loi de finances produite par cette équipe provoquassent en moi la moindre jubilation.

A dire vrai, je dois reconnaître que je me suis surpris à lire ce que contiennent les articles de ce texte, par ailleurs présenté comme
« sincère » par l’aréopage d’experts comptables en finances publiques que constitue le Haut Conseil des Finances Publiques.

Les militants d’En Marche, pour peu qu’il en reste ou que vous en connaissiez autour de vous (n’ayez surtout pas peur d’en photographier quelques uns, puisque leur nombre est appelé à se réduire, à mon humble avis), vous diront qu’au moins, leur Président tient ses engagements et qu’il avait annoncé la couleur pendant la campagne électorale.

Mouais, quoique je pourrais d’entrée faire remarquer que la proposition de suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune avait subtilement disparu des propositions phare des derniers tracts de campagne

Il faut dire qu’il est tout de même difficile de laisser penser qu’un impôt rapportant 5,5 milliards d’euros constituât le moindre obstacle à la réalisation d’investissements en capital dans les entreprises de quelque chose comme 330 000 contribuables dont le patrimoine global dépasse désormais les 1 000 milliards d’euros, c’est à dire plus, faut il le souligner, que les actifs matériels et financiers inscrits au « bilan de l’Etat ».

Une disparition qui, soit dit en passant, avait alors une bonne raison : supprimer l’ISF est une idée qui rencontre, de manière systématique, la plus large désapprobation publique, parce qu’il se trouve que les Françaises et Français ont une conception pour le moins aiguë de l’égalité, l’une des trois valeurs cardinales de notre République.

De ce point de vue, force est de constater que l’égalité est pour le moins malmenée dans la loi de finances 2018.

Outre la disparition de l’ISF et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière qui va faire payer les cadres parisiens devenus propriétaires de leur logement à la fin de leur carrière et épargner les administrateurs de sociétés milliardaires (l’affaire devrait coûter 3,2 Mds d’euros en net pour les comptes publics), voici en effet que se remet en place un magnifique prélèvement forfaitaire libératoire sur les revenus du capital.

Cette mesure va coûter 1,3 Md d’euros, selon les estimations du Ministère des Finances et n’est évidemment intéressante que pour les contribuables dont le taux de prélèvement apparent au titre de l’impôt sur le revenu est supérieur aux 12,8% retenus.

Je vous rassure tout de suite : les contribuables en question sont les 750 000 (environ, soit 2 % des déclarants de l’impôt sur le revenu) dont le revenu dépasse les 100 000 euros annuels…

Les autres n’ont aucun intérêt, a priori, à solliciter ce fameux prélèvement libératoire forfaitaire dont 42,7 % iront au budget de l’Etat et 57,3 % dans celles de la Sécu…

On rappellera ici, pour simple mémoire, que le taux maximum de l’impôt sur le revenu est de 45 %.

Pour ce qui est des ménages, comme on le sait, au milieu d’un tour de passe passe entre CSG et cotisations sociales (ce qui tend à étatiser la Sécurité Sociale, de prime abord), il y a la fameuse baisse de la taxe d’habitation de 3 Mds d’euros pour compenser la différence…

Magique idée sauf que la révision des valeurs locatives cadastrales, serpent de mer dont on parle depuis 1990 et qui permettrait, a priori, de réduire la taxe pesant sur les logements sociaux (surcotés) et d’accroître celle des logements anciens de centre ville (sous cotés) largement améliorés depuis la dernière évaluation (1970), ne fait plus partie de l’ordre du jour…

En clair, plutôt que de réformer une imposition percluse et inadaptée, on préfère l’effacer en l’annonçant à grands coups de trompe.

Ah, au fait, cela fait moins de bruit mais la fiscalité énergétique, largement supportée par les particuliers (notamment les taxes sur l’essence) va progresser de 3,7 Mds d’euros en 2018.

Et comme les crédits de la Mission ministérielle Ecologie, développement et mobilité durables progressent de moins d’un milliard, on peut se demander où sont passés les autres…