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DEBARQUEMENT : UN REGRETTABLE OUBLI

Les quelques jours qui viennent de s’écouler avant le lancement de la  Coupe du Monde de Football féminine ont été l’occasion de marquer le 75e anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 et de l’ouverture, au détriment du projet historique d’Adolf Hitler, d’un second front de combat.

Tout a été dit ou presque sur le caractère spectaculaire de l’opération Overlord, le nombre impressionnant des navires de guerre, des avions et même des combattants (plus de 170 000 le premier jour) engagés dans ce qui reste la plus grande opération de cette nature menée dans l’Histoire militaire.

Mais qui dit second front, dit qu’il y en avait un premier.

Un premier où depuis le 22 juin 1941, se menait une guerre aux conséquences matérielles et humaines considérables entre les troupes allemandes et l’URSS de Staline et son Armée Rouge.

On connaît quelques unes des grandes dates de cette guerre.

Entre l’offensive initiale de la Wehrmacht ; arrêtée devant Moscou à l’hiver 1941 par les renforts sibériens commandés par Joukov, le long siège de Leningrad tenu par les Allemands (et leurs alliés Finlandais) jusqu’au printemps 1944 ; la bataille de Stalingrad, conclue par la reddition de Von Paulus en janvier 1943 et le combat entre chars d’assaut de Koursk, entrainant du point de vue des Allemands la perte de leur suprématie technique, nous connaissons presque tout.

Nous ignorons peut être un peu plus que l’hiver 1943 – 1944 vient d’être l’unité de temps d’un nouveau recul des Allemands sur ce front Est, sous le coup d’offensives soviétiques qui ont libéré l’Ukraine, le Nord Caucase et très largement desserré l’étau autour de Leningrad.

Pour le 22 juin 1944 (date symbolique choisie par référence au jour du lancement de l’offensive Barbarossa, cette violente Drang nach Osten destinée à asservir les peuples slaves de l’URSS) l’Armée Rouge prépare l’offensive Bagration, du nom d’un ancien chef de l’armée impériale, par ailleurs aieul de Madame Hélène Carrère d’Encausse.

L’Armée Rouge a massé plusieurs millions de soldats, épaulés par un grand nombre d’avions, de chars, de canons pour repousser les troupes allemandes et leurs alliés (Roumains, Hongrois notamment) hors les frontières de l’URSS, le premier objectif étant de libérer la Biélorussie de la présence nazie.

Bagration est la première des offensives soviétiques qui, dans la dernière année du conflit, vont mener à la défaite des hitlériens et l’Armée Rouge jusqu’au Reichstag de Berlin.

Elle prive l’armée allemande, au moment où la Bataille de Normandie se déroule, de forces essentielles pour riposter à l’offensive menée par les troupes américaines, anglaises, canadiennes et françaises sur le front Ouest, notamment en matière de forces blindées comme de troupes  d’élite issues de la SS.

Au demeurant, quand le QG de Hitler sera contraint de rapatrier des forces à l’Ouest comme en Hongrie pour résister à la pression, il ne pourra que constater un recul de ses troupes plus marqué sur les parties du front ainsi dégarni.

Sur un strict plan statistique, on estime qu’avant le 6 juin, neuf soldats allemands sur dix étaient engagés sur le front Est et que c’est sur ce front qu’ils subiront les plus grosses pertes.

Ne pas inviter la Russie, en tant que telle, aux cérémonies du 75e anniversaire est donc une erreur.