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LE PRINTEMPS ARABE EST IL DE SAISON ?

La question pouvait se poser.

Après l’installation en Egypte du pouvoir pour le moins répressif et autoritaire du Maréchal Sissi (une sorte de Sissi imperator si l’on veut), après l’élection en Tunisie d’un juriste certes éminent mais profondément conservateur et semblant avoir partie liée avec le mouvement islamiste Ennadha, on pouvait avoir l’impression que les espoirs nés du Printemps arabe s’étaient en quelque sorte « perdus dans les sables » et qu’une chape de plomb, récemment coulée, allait finir de noyer les rêves et les illusions nées des révoltes populaires.

Où en sommes – nous en effet ?

Les monarchies du Golfe, passés les Championnats du Monde d’athlétisme au Qatar, ont repris leur bonhomme de chemin, avec tout de même l’introduction du géant pétrolier Aramco à la Bourse de Riyad, pour une capitalisation supérieure à celle de l’ensemble du CAC 40, continuant de massacrer allégrement les populations civiles du Yémen avec des armes en partie fournies par la France et financer l’intégrisme religieux partout dans le Monde avec leurs pétrodollars.

Pour donner une petite idée, on rappellera ici que les bénéfices d’Aramco sont l’équivalent du déficit de l’Etat en France.

Mais, à la vérité, nous sommes encore loin de la réalité qui voudrait que le monde arabe reste, en quelque sorte, comme rétif aux changements qui affectent bien des parties du monde d’aujourd’hui.

C’est ainsi que le peuple irakien s’est dernièrement soulevé contre la vie chère et la situation créée par le Gouvernement installé par les Américains suite à leur intervention militaire et que l’affaire est loin d’être achevée.

De son côté, à l’autre bout du monde arabo – musulman, la jeunesse algérienne, qui a déjà obtenu le retrait de la vie politique d’Abdelaziz Bouteflika, continue de presser alors que le pouvoir politique est littéralement vacant, occupé qu’il est par un Abdelkader Bensalah prolongeant au-delà des délais prévus par la Constitution son « intérim «  présidentiel.

Et la situation économique du pays ne semble pas plus reluisante, d’autant que les mesures de libéralisation prévues par la loi de finances pour 2020 ne semblent pas les réponses adaptées aux questions posées.

Mais l’épicentre des contestations populaires se situe plutôt aujourd’hui du côté de Beyrouth et du Liban, secoué par un mouvement social d’une ampleur sans précédent dans ce qui fut, un temps, la « Suisse du Moyen Orient ».

Le fait générateur semble bénin puisqu’il s’est agi de la taxation des communications téléphoniques passées par Internet, c’est-à-dire par l’usage assez largement répandu de What’s App ou de Skype par des Libanais soucieux de réduire leur budget « communication », dans un pays de hausse continue des prix de bien des services publics.

Pour autant, il me semble utile de revenir sur quelques unes des réalités de ce pays.

Dans les accords secrets Sykes Picot, signés entre la France et l’Angleterre avant la fin de la Première Guerre Mondiale et le traité de Sèvres d’août 1920 (qui les reprendra), le Liban fut, suite au partage programmé de l’Empire Ottoman, placé dans la zone d’influence de la France, à l’instar de la Syrie, de la Cilicie (aujourd’hui une partie de la région d’Adana et le sandjak d’Iskenderun) et d’une participation à l’exploitation des champs pétrolifères de Kirkouk en Irak.

Grand comme le plus grand des départements français de Métropole (la Gironde), le Liban faisait cohabiter des populations d’origines diverses.

La population libanaise recoupe en effet une mosaïque assez étonnante de religions, avec la quasi-totalité des chapelles de la religion chrétienne et de la religion musulmane.

On trouve en effet au Liban des catholiques romains, des orthodoxes, des maronites, des grecs melkites, quelques protestants, des assyro – chaldéens, des arméniens, des syriaques d’obédience diverse mais aussi un nombre croissant de sunnites, chiites, alaouites et autres musulmans.

Et pour conclure, si l’on peut dire, une minorité druze, dont la relion est un dérivé de l’islam chiite.

Cette diversité religieuse a inspiré ce que l’on appelé « le compromis de 1943 », accord tacite de répartition des pouvoirs entre Maronites (Présidence de la République), Sunnites (Premier Ministre) et Chiites (Présidence du Parlement).

Cet accord tacite, posé au terme du mandat français sur le Liban, a guidé la vie politique (et continue de le faire) du pays, tout en favorisant, comme cela pouvait être craint, l’émergence de familles « claniques » ayant tendance à se poser en chefs de file de leur communauté religieuse respective, tout en contrôlant largement l’activité économique du pays.

Car, dans la filiation quasi génétique des Libanais à exercer des activités commerciales (ils ne sont pas descendants des Phéniciens pour rien), qualités que l’on retrouve notamment au sein de la diaspora syro – libanaise de par le monde et notamment en Amérique Latine, les fortunes ont commencé de s’édifier.

Ce fut ainsi vrai pour les clans Frangié, Chamoun, Eddé ou encore Gemayel.

Les musulmans ne furent cependant pas en reste comme l’illustre la réussite du clan Hariri, qui a fourni notamment le dernier Premier Ministre ayant démissionné du pays…

Ce qui fut la Suisse du Moyen Orient, son coffre fort, sa villégiature favorite a été, au milieu des années 70, frappé par les effets du conflit israélo – arabe.

La présence de plus en plus forte de réfugiés palestiniens modifiait en effet le fragile équilibre politique du pays, d’autant que si Israël bombardait régulièrement le pays supposé accueillir de dangereux « terroristes palestiniens » et notamment dans la partie Sud du territoire libanais.

Et le fameux Septembre Noir palestinien, en Jordanie, où les forces de l’Organisation de Libération de la Palestine furent battues par les troupes du royaume hachémite ne simplifia pas la situation (1970).

Beyrouth devint alors le centre de la politique palestinienne, une part essentielle des réfugiés venant résider dans le pays.

La confrontation politique et militaire a duré de fort longues années, avec son cortège habituel d’horreurs et de massacres, comme lors du siège du réduit palestinien de Tall Al Zaatar (la colline du thym), en août 1976 où plus de deux mille personnes furent exécutées par les combattants des milices chrétiennes, ou phalangistes (Al Kataeb).

Les Phalangistes eurent le soutien de la Syrie d’Hafez el Assad, celui-ci poursuivant de fait ses propres objectifs de mainmise sur le pays, illustrés par la constitution de la milice de la SAIKA.

 L’intervention israélienne de 1982, menée par Tsahal et le général Ariel Sharon, se conclut en septembre par ce qu’il est convenu d’appeler le massacre de « Sabra et Chatila », ordonné en représailles de l’assassinat de Béchir Gemayel, l’événement causant la mort d’environ 3 500 civils palestiniens.

A partir de 1990, le Liban a cependant cessé de servir de paillasson aux velléités guerrières de ses voisins pour le moins envahissants pour revenir peu à peu à une situation normale et pacifiée de démocratie réelle mais fragile.

Fragile parce qu’elle demeure définie par l’appartenance religieuse, l’affiliation politique des partis comptant somme toute assez peu, d’autant qu’ils ont tous, autant qu’ils sont, mis de plus en plus d’eau dans leur vin…

Les chefs de clans/partis se sont surtout distingués, pour l’essentiel, par leur propension à tirer parti de leur position pour s’enrichir, au point que l’un des débats du moment, à Beyrouth, est la discussion d’une loi d’amnistie générale dont le Président du Parlement (Nabih Berri, par ailleurs leader du parti chiite Amal) a du repousser l’examen.

La rue libanaise, pour sa part, réclame un peu plus de transparence, notamment sur les avoirs détenus par les membres de la classe politique (qui comptent aussi au premier rang des insolentes fortunes du pays) dans des pays extérieurs au Liban…

L’ensemble de la classe politique locale est donc, très largement, contesté par la population libanaise.

IL faut dire que, selon certains éléments, l’essentiel de la richesse d’un pays par ailleurs doté d’une dette publique de 151 % du PIB et victime d’une liaison obligée de sa monnaie avec le dollar (la parité de la livre libanaise suit l’évolution de la devise US) est totalement capté par la micro société des chefs de clans politiques chrétiens ou musulmans.

Sauf que, dans un Liban devenu depuis quelques années comme une sorte de pays exutoire de la parole arabe (on trouve l’équivalent des Guignols de l’Info sur l’une des chaînes de télé locales), tout semble bien en train de changer.

Comme le dit l’universitaire Karim Emile Bitar, directeur de l’Institut d’Etudes Politiques de la prestigieuse Université Saint Joseph de Beyrouth

« Le Liban passe par une phase historique. C’est extrêmement émouvant. Des Libanais de toutes les confessions chantent l’hymne à la joie de Beethoven en bas d’une mosquée de Beyrouth ; toutes les barrières idéologiques sont en train de tomber. Une citoyenneté libanaise émerge. La peur change de camp. Mais d’énormes risques pèsent encore sur ce pays : les trois principaux partis communautaires ne veulent pas lâcher du lest. « 

Nul doute que c’est bien de cela dont il s’agit dans un pays où la moitié du corps électoral ne s’est pas déplacée lors du scrutin de 2018, le plus récent.

mode de comptabilite

Appartement bourgeois, meublé avec goût.

Il doit être trois heures du matin et la nuit est plutôt fraîche.

Sonnerie de téléphone.

– C’est pour toi, chéri.

– Allo ?

– (voix inaudible au bout du fil)

– Oui, c’est bien moi. Que se passe t il ?

– (voix inaudible toujours)

– Oui, bien entendu, j’arrive tout de suite. Dites au Roi que je suis au Palais dans un petit quart d’heure, le temps d’enfiler un pantalon et de prendre mon manteau.

Les rues sont vides ce soir et le bitume sent la pluie froide tombée toute la journée.

Seuls les rails de tramway brillent plus que les feux tricolores, tous  passés à l’orange.

Au loin, on entend une voiture reprendre de la vitesse mais la ville est calme, très calme.

Peut être trop.

Le bureau du Roi est comme une ruche bourdonnante.

Tous les ministres sont là et l’on a même invité les chefs de parti, même ceux du Parti du Travail, qui ont pourtant marqué leur opposition aux plus récentes mesures.

Des mesures qu’il a bien fallu prendre, devant la gravité de la situation et la multiplication des faits.

Au début, ce n’était pas un problème.

Ceux qui venaient chez nous avaient, pour certains, des aïeux dans le pays et, pour l’essentiel, pour y faire des études ou dissimuler leur argent.

Trop bons, nous n’avions en effet pas mis en place de numerus clausus (on appelle aussi cela un quota) pour les études de médecine, de pharmacie ou de kinésithérapie.

Cela nous amusait un brin de penser que tous les vieux croulants du continent (et Dieu sait qu’il y en a) voyaient leurs rhumatismes massés par ceux passés dans nos écoles.

Nous n’avions pas mis plus de limites à l’arrivée de quelques fortunes, fuyant l’impôt sur la fortune de leur pays pour goûter à nos hivers humides et froids, à notre soleil timide et aux longues plages de sable battues par les vents de notre côte.

Le romantisme avait son prix, celui de l’exemption fiscale…

Et puis les choses s’étaient gâtées.

D’autant plus étonnant que, pour d’autres origines, nous n’avions pas autant de difficultés.

Nos vieux Italiens finissaient tranquillement de mourir de silicose dans leurs villages miniers, nos Marocains de tenir leurs épiceries et de fournir régulièrement un ou deux footballeurs de qualité à l’équipe nationale et même nos Congolais, malgré le lourd contentieux né de l’époque de la « colonie personnelle » du Roi, se tenaient à carreau, accomplissant pratiquement toutes les besognes les plus salissantes et les moins glorieuses.

Combien de nos anciens étaient ainsi soignés, dorlotés, bordés, accompagnés par de jeunes femmes congolaises au dévouement remarquable ?

D’ailleurs, congolaise, rwandaise ou burundaise, l’employée de maison fournissait la même qualité de service, y associant souvent le secours d’une religion fiévreusement partagée…

Décidément, donc, il n’y avait que les Français.

De loin, comme le confirmait encore le Ministre fédéral de l’Intérieur, ce sont les Français qui, de Gand à Luxembourg en passant par Anvers et Charleroi, posaient le plus de problèmes pour l’ordre public.

Le quota annuel était pourtant fixé assez haut, puisque la démographie française était l’une des plus dynamiques d’Europe et que nous souffrions d’un manque de main d’oeuvre dans beaucoup de secteurs en tension, mais cela ne suffisait pas.

Poussés par la faim et la pauvreté, notamment depuis la mise en œuvre de la réforme des retraites par points et la réduction des allocations chômage et des allocations logement, de nombreux Français, d’origine parfois douteuse, tentaient de forcer les frontières du pays pour y jouir d’un meilleur niveau de vie.

Certains petits malins passaient par Mouscron, où quelques rues sont communes aux deux pays, ou par Comines, pour les mêmes raisons.

Mais d’autres, plus audacieux, tentaient de passer par les Ardennes, jusqu’à traverser la Meuse en plein hiver pour les plus inconscients.

C’était justement par là que le dernier incident s’était produit, causant la mort de trois migrants clandestins, quelques dommages corporels à nos gendarmes en faction dans le secteur et ayant intercepté le camion en transportant une bonne trentaine…

Leur seule chance, faut il le dire, était de ne pas avoir tenté d’entrer par la Flandre, où les milices du Belang et du Blok étaient prêtes à les arrêter à coups redoublés de batte de base ball et de gourdin.

Qu’allions nous savoir faire de tous ces Français ?

LECON D’HISTOIRE AU PARLEMENT EUROPEEN : UN ETRANGE TEXTE ADOPTE EN SEPTEMBRE DERNIER …

On se pose très souvent la question de savoir ce que font les députés européens (pas seulement les représentants de la France) pendant leurs sessions tenues à Bruxelles ou à Strasbourg.

Eh bien, nous pouvons d’ores et déjà dire qu’ils font de l’Histoire, en s’interrogeant régulièrement sur le passé plus ou moins brûlant du continent (une résolution sur l’appui de l’Allemagne pour le démantèlement de la Yougoslavie un de ces jours ?), produisant des résolutions voulues par nature le plus consensuelles possibles.

Il est un sujet qui occupe assez fréquemment le début des législatures européennes : celui de la Seconde Guerre Mondiale, de ses causes, conséquences, acteurs, faits et horreurs.

On se doute bien que dans une Assemblée ou siègent des nationalistes hongrois ou polonais, des lepénistes, des sociaux démocrates allemands ou suédois, des communistes tchèques, des indépendantistes espagnols, des écologistes de toutes nuances de vert  ou des trotskistes irlandais, tout est possible, eu égard au mélange et à la diversité des élus.

Le 19 septembre dernier, le Parlement européen a ainsi voté une résolution sur « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ».

Une résolution dont le contenu commence ainsi (je cite)

  1. considérant que 2019 marque le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, qui a causé des souffrances humaines d’une ampleur sans précédent et conduit à l’occupation de pays européens pendant de nombreuses décennies ;

 

  1. considérant qu’il y a 80 ans, le 23 août 1939, l’Union soviétique communiste et l’Allemagne nazie ont signé un pacte de non-agression, connu sous le nom de pacte germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop, dont les protocoles secrets partageaient l’Europe et les territoires d’États indépendants entre les deux régimes totalitaires selon des sphères d’influence, ouvrant la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ;

 

  1. considérant que, parmi les conséquences directes du pacte germano-soviétique et du traité germano-soviétique d’amitié, de coopération et de délimitation du 28 septembre 1939 qui s’ensuivit, l’on compte : l’invasion de la République de Pologne, d’abord par Hitler, puis par Staline deux semaines plus tard, qui a brutalement privé le pays de son indépendance et représenté un drame sans précédent pour la nation polonaise; le déclenchement par l’Union soviétique communiste d’une guerre d’agression contre la Finlande le 30 novembre 1939; l’occupation et l’annexion en juin 1940 par l’Union soviétique de parties du territoire roumain, qui n’ont jamais été restituées; et l’annexion des républiques indépendantes de Lituanie, de Lettonie et d’Estonie;

 

  1. considérant qu’après la défaite du régime nazi et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’après-guerre a été synonyme, pour certains pays d’Europe, de reconstruction et de réconciliation, tandis que d’autres sont restés, pendant un demi-siècle, soumis à des dictatures, parfois sous l’occupation ou l’influence directe de l’Union soviétique, et privés de liberté, de souveraineté, de dignité, de droits fondamentaux et de développement socio-économique ;
    (fin de citation)

Ces « considérants » sont à considérer, me semble t il, avec circonspection à la lumière d’une analyse historique qui serait, tout de même, un peu moins réductrice.

Parce qu’enfin, faire du pacte germano soviétique le fait générateur de la Seconde Guerre Mondiale résiste assez peu à l’examen des faits comme l’ineffectivité du pacte d’assistance mutuelle passé entre la France, l’Angleterre et la Pologne qui vit ce dernier pays se faire envahir par les Nazis pendant que troupes françaises et anglaises attendaient, l’arme au pied, de la ligne bleue des Vosges aux plages de la Mer du Nord une hypothétique attaque allemande qui se produira plus tard, le 10 mais 1940, à travers la forêt ardennaise…

Un examen des faits qui nous rappelle que les pays occidentaux avaient laissé l’Espagne, sans broncher, passer d’un régime démocratique et républicain à un régime autoritaire transitoire de restauration monarchique.

Puis, un an avant le fameux « pacte », le 30 septembre 1938, en signant les accords de Munich (sans demander la signature de l’URSS, faut il le rappeler), la France et l’Angleterre, à peine témoins de l’annexion de l’Autriche (le fameux Anschluss) au printemps précédent (une Autriche qui, au demeurant, avait perdu les qualités démocratiques qu’on avait pu lui prêter en 1918), laissaient Hitler occuper les parties germanophones de la Tchécoslovaquie, avant que d’envahir tout le pays au printemps 1939…

Là encore, le traité d’amitié et d’assistance entre Tchécoslovaquie, France et Angleterre n’avait été qu’un chiffon de papier sans effets…

Les héritiers de Sir Neville Chamberlain et d’Edouard Daladier, dont on se rappelle le mot qu’il eut en revenant de Munich au Bourget (alors qu’il craignait pour sa personne, le « Taureau du Vaucluse », apprenant l’allégresse que la signature des accords de Munich, outil de démembrement de la démocratie tchécoslovaque, dit «  quels c… »), peuvent dormir tranquilles dans le souvenir de leurs « glorieux ancêtres » ; il ne semble pas que leur rôle dans la montée des périls ait été pris en compte dans le schéma historique retenu pour la résolution…

Le considérant sur les occupations soviétiques est assez sidérant, lui aussi.

La Pologne de 1939, tout comme les trois Etats Baltes et la Finlande ne sont, pour aucun de ces pays, de démocratie exemplaire, la crise économique des années 30 ayant favorisé, comme en d’autres cas, le succès de Gouvernements d’essence et de pratiques autoritaires.

Les vraies démocraties ne sont pas nombreuses en Europe, au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale et, s’il faut éclaircir les zones d’ombre de l’Histoire de la Lettonie ou de la Pologne, nous serons sans doute obligés de parler de la « facilité » avec laquelle les partisans lettons ont combattu l’Armée Rouge mais aussi prêté la main à l’extermination des Juifs, dans le cadre de la  
« Solution finale ».
Pour la Roumanie de 1940, on rappellera ici qu’elle a cessé d’être une démocratie parlementaire, sous le règne de Carol II, et que les troupes fascistes de la Garde de Fer du maréchal Antonescu attendent leur tour de pouvoir reprendre le pouvoir.

 Une partie de la Roumanie, correspondant à l’actuelle Moldavie (capitale Chisinau, pour Kichinev en russe), ex – République de l’URSS, est alors cédée à l’Union Soviétique, tandis que les Roumains passent de la dictature anglophile du roi Carol à la dictature fascisante du maréchal Antonescu.

Un ralliement qui ouvrira le droit, pour les soldats roumains, d’aller se faire massacrer devant Stalingrad en qualité de supplétifs de la 6e Armée du Maréchal Von Paulus lors de la grande offensive de Joukov à l’automne 4Quant à la caricature entre Europe « libre » et Europe « occupée « par l’URSS, elle ne supporte guère l’épreuve des faits, puisque, sur la durée, pendant trente ans après la fin de la guerre, l’Europe dite libre accepta d’avoir, au Sud, deux régimes autoritaires en Espagne et au Portugal et qu’elle ne fit pas grand-chose lors du coup d’Etat des colonels en Grèce en 1967.

Sans parler du fait que les inégalités de développement économique et social ne sont aucunement l’apanage des pays de l’Est, où les mouvements migratoires attestent bien souvent d’une certaine qualité de formation qui manque à l’Ouest.

Le problème de la résolution, voyez – vous, c’est qu’elle a été adoptée assez largement (535 voix pour, 66 contre 52 abstentions) par une majorité composite alliant, pour la France, élus du Front national, socialistes, Les Républicains, Modem, la République en Marche…

Et que tout ce joli monde, peu attentif à la véracité historique, côtoie donc l’extrême droite catholique et antisémite polonaise, les partisans de Silvio Berlusconi, les post franquistes du Parti populaire espagnol ou le « Parti de la Liberté » autrichien, des nostalgiques du IIIe Reich.

La construction européenne, sur le fond, ne peut se réaliser sur une réécriture de l’Histoire qui ne respecterait pas les faits tels qu’ils se sont déroulés.

Nous ne pouvons, à ce stade, que féliciter de leur vote Contre les députés du Groupe de la Gauche unitaire européenne, qui savent ce à quoi peuvent conduire les approximations…

Soulignons ici que les Verts français n’ont pas joint leur voix au chœur de la révision historique, ainsi que les députés de la droite grecque qui, dans l’Histoire du pays, ont la conscience de la progression des faits…