CHILI : LE CENTRE SE DÉPLACE VERS LA GAUCHE…

 

Entre la région VI, dotée du nom de « Libertador General  Bernardo O’Higgins » (un personnage essentiel dans l’indépendance du Chili mais qui eût quelques travers autoritaires par la suite), et dont la capitale, Rancagua, lieu d’une défaite de l’intéressé, est aussi, sous certains aspects, une sorte de banlieue éloignée de Santiago, la région VII, celle du Maule (dont le nom signifie « Rivière de la pluie ») et la région VIII, celle du Bio Bio, nous sommes dans un autre Chili que celui du Nord.

 

Le climat, ici, est méditerranéen, quand bien même le fond du tableau paysager est toujours occupé par la muraille de la Cordillère des Andes, ce qui fait de ces trois régions le véritable garde manger du Chili, avec des cultures de tous types, depuis les céréales jusqu’au vin en passant par les fruits et légumes, la production de bois, les produits de la mer (quasi omniprésents de toute manière, tout au long de ses côtes travaillées par le courant de Humboldt) ou encore l’élevage, sous quasiment toutes ses formes.

 

En Région VI, comme dans le Maule, plus du quart des emplois disponibles sont des emplois agricoles et c’est encore le cas d’un peu plus du huitième des emplois de la Région du Bio Bio.

 

Si vous trouvez du raisin chilien, du vin de pays ou quelque chose d’approchant dans votre supermarché (notamment en contre saison), il y a de fortes chances que cela vienne de l’une de ces trois Régions.

 

Les activités industrielles et minières ne sont évidemment pas absentes (mine d’El Teniente à Machali, à côté de Rancagua), concernant notamment la transformation des produits agricoles, mais aussi la sidérurgie et la métallurgie (Talcahuano) ou l’hydroélectricité (notamment dans le Maule où la présence des Andes favorise cette activité).

 

Enfin, Concepcion est l’un des plus importants pôles urbains du pays, comptant aujourd’hui environ un million d’habitants, disputant au Grand Valparaiso la position de seconde agglomération chilienne.

 

En 2009, les trois régions avaient plutôt voté en faveur de Sebastian Pinera.

 

Mais de façon moindre que l’ensemble du pays en lui accordant au total 740 445 suffrages (42,2%).

Il avait devancé le candidat démocrate chrétien, Eduardo Frei Ruiz Tagle, 616 153 voix (35,1%), assez nettement plus influent dans cette partie du pays que dans le Chili tout entier, où il avait obtenu 29,6 %.

 

Marco Enriquez Ominami Gumucio avait réuni 316 906 voix (18,1%), score un peu inférieur à sa moyenne tandis que le vieux militant socialiste Jorge Arrate Mac Niven, candidat des communistes chiliens, avait obtenu 81 252 voix (4,6%), score également inférieur à sa moyenne nationale.

 

Le second tour avait été marqué par une victoire assez nette d’Eduardo Frei Ruiz Tagle dans le Maule, et un score plus serré en sa faveur dans la région d’O’Higgins et, plus étonnamment, favorable à Sebastian Pinera dans celle du Bio Bio.

 

Les élections législatives, où l’électorat de gauche s’était globalement retrouvé sur les candidats de la Concertacion élargie au PCCh, avaient donné un paysage un peu différent.

 

Les candidats de gauche et de centre gauche avaient  réuni 811 902 voix (48,37%), devant les candidats de la droite, 711 705 voix (42,46%), les régionalistes et centristes divers, 103 622 voix (6,17%), les candidats soutenus par MEO, 46 944 voix (2,80%) et les indépendants, 3 550 voix (0,2%).

 

Mais les hasards du scrutin binominal ont fait que seize sièges sur trente deux (quatre en Région VI, cinq dans le Maule et sept dans le Bio Bio) sont revenus aux candidats de droite.

Quinze sièges (trois dans la Région VI, cinq dans le Maule et sept dans le Bio Bio) ont été obtenus par la gauche et le dernier est revenu à Alejandra Sepulveda Orbenes, élue depuis 2001 sur le 34e disctrict et ancienne députée DC.

 

Le résultat des municipales fut également partagé, même si la gauche réalisa notamment une performance intéressante dans le Bio Bio en emportant les mairies de Concepcion, Talcahuano, Chiguayante ou encore Tomé, tandis que Coronel restait à droite.

 

Pour ces élections 2013, résultat clair et net.

 

Au scrutin présidentiel, majorité absolue dans les trois Régions pour Michelle Bachelet.

 

50,8 % dans le Bio Bio, 53 % dans O’Higgins et 56,6 % dans le Maule, région où débarquèrent, d’ailleurs, il y a deux siècles, les ancêtres bourguignons de la candidate de gauche.

 

Trente des communes de la région d’O’Higgins (sauf Machali, Rancagua et San Fernando), vingt neuf des trente communes du Maule (sauf Curico) et quarante quatre des cinquante quatre communes du Bio Bio (sauf Concepcion, Talcahuano ou Chillan) avaient d’ailleurs accordé la majorité de leurs votes à la candidate de gauche.

 

Pour les autres scrutins (législatives, sénatoriales en région VI et VIII, conseils régionaux), qu’en a t il été ?

 

Dans la région d’O’Higgins, quatre districts classés 32 à 35.

 

Dans trois districts (32,33 et 34), la coalition de centre gauche et de gauche progresse en voix et, bien entendu, en pourcentage.

 

Plus de 4 000 voix et 7,6 % dans le district 32, correspondant à la seule ville de Rancagua ; plus de 2 600 votes et 7,7 % dans le 33e district, correspondant à la province de Cachapoal (pour l’essentiel) ; 2 000 voix et 5,2 % dans le 34e district.

Enfin, dans le 35e district, si le ticket de gauche perd 2 000 suffrages, il gagne néanmoins 5,8 % et frise la majorité absolue.

 

Le gain net n’est cependant que d’un siège, obtenu dans le 33e district où le score de la droite, en chute libre dans un secteur de forte tradition de gauche (au second tour de la présidentielle, Michelle Bachelet y a obtenu 68,6 % des voix), est si faible que la Nueva Mayoria réalise le doublé.

 

Le score de la gauche est, par contre, trop faible pour que le 34e district ait un élu issu de ses rangs et c’est encore Alejandra Sepulveda Orbenes qui est réélue sans difficulté.

 

Sur l’ensemble de la Région, Nueva Mayoria rassemble donc 161 286 suffrages (47,58 %), loin devant la droite, 114 418 voix (33,75 %), les humanistes, 13 084 suffrages (3,86 %), les progressistes 9 611 voix (2,83 %), les régionalistes 5 836 voix (1,72 %), sans oublier, donc, Alejandra Sepulveda Orbenes, 34 741 voix (10,25 %), dont l’électorat vient de la gauche comme de la droite.

 

En effet, Michelle Bachelet a obtenu, au premier comme au second tour, une nette majorité sur ce district et il est manifeste que la candidature Sepulveda empêche Nueva Mayoria de disposer de la majorité absolue des suffrages sur la région.

 

On notera enfin que les délicieux effets du scrutin binominal permettent à la droite de limiter la casse à la perte d’un seul siège.

 

Aux élections sénatoriales, le ticket Nueva Mayoria, mené par Juan Pablo Letelier Morel, sénateur PS sortant (et fils d’un ancien Ministre et ambassadeur d’Allende, assassiné à Washington en 1976) l’a largement emporté, en réunissant plus de 208 000 suffrages et 61,3 % des votes, marquant une progression de quatre dixièmes de point en pourcentage sur le scrutin 2005.

 

Mais la règle du scrutin binominal a sauvé le candidat de droite, Alejandro Garcia Huidobro Sanfuentes, arrivé en deuxième position du scrutin avec 20,34 % des votes, fort loin de Juan Pablo Letelier Morel, 46,02 %…

 

Le conseil régional de Rancagua, pour sa part, était jusqu’ici partagé entre huit élus de gauche et de centre gauche, sept de droite et d’un candidat indépendant qui s’est représenté cette année sous l’étiquette de la Gauche Citoyenne, mouvement associé aux listes Nueva Mayoria por Chile, c’est à dire le pôle laïque de la majorité de gauche / centre gauche.

 

La région a été divisée en quatre circonscriptions, l’une recouvrant la seule ville de Rancagua (Cachapoal urbano), la deuxième le Cachapoal « rural », les deux autres les provinces dites de Colchagua et du Cardenal Caro.

 

312 371 électeurs ont voté pour l’une des listes en présence, c’est à dire assez nettement moins que pour les autres scrutins organisés ce 17 novembre.

 

A droite, les listes de l’Alianza obtiennent finalement 101 933 voix (32,63 %) et sept élus.

 

Nuance importante, cependant : si les sept sortants se répartissaient entre quatre élus RN et trois élus UDI, les nouveaux élus sont cinq UDI et deux RN.

 

Et aucun des sept nouveaux élus n’était sortant !

 

Par contre, on y trouve Eugenio Bauer Jouanne, député sortant UDI du 33e district qui s’est replié sur ce mandat de conseiller régional et Felipe Garcia Huidobro Sanfuentes, familier du Sénateur UDI de la région.

 

Les deux alliances de gauche obtiennent respectivement, pour Nueva Mayoria  por Chile et Nueva Mayoria para Chile, 63 128 voix (20,21 %) et quatre élus et 87 846 voix (28,12 %) et cinq élus.

Il y a six nouveaux élus.

 

Ce qui signifie tout de même que près de 20 % des électeurs ont choisi des listes n’ayant obtenu aucun élu.

 

C’est le cas des listes Humanistes (14 607 voix, 4,68 %), progressistes (18 733 voix, 6 %) et surtout régionalistes (26 124 voix, 8,36 %).

 

Dans la province du Maule, qui a comme particularité d’être à la fois la région d’origine des Pinochet et de Pablo Neruda, les élections législatives 2009 avaient été marquées par le parfait « empate », le mode de scrutin répartissant également entre droite et gauche les dix élus.

 

Cette année, la Région semble marquée par une grande stabilité, puisque la répartition des sièges n’a pas changé.

Mieux même, si l’on peut dire, puisque les dix députés élus en 2009 ont, tous, été réélus cette année !

 

Mais les données politiques ont cependant évolué, puisque la gauche / centre gauche mène la danse dans les cinq districts.

 

Elle réalise sur la Région 227 021 voix (55,22 %), ne perdant qu’un peu plus de 2 000 votes sur le scrutin 2009.

 

Les cinq candidats de droite réunissent pour leur part 163 283 voix (39,71 %), laissant près de 30 000 suffrages en route depuis 2009.

 

11 772 électeurs (2,86 %) ont voté pour les candidats progressistes et 9 094 (2,21 %) pour les listes régionalistes.

 

Le pourcentage de la gauche progresse, à l’inverse de celui de la droite, et l’écart, bien que porté de 37 à 64 000 voix, ne suffit pas pour changer la couleur politique des élus.

 

Le scrutin régional a marqué les évolutions de l’électorat mauletin.

 

Le conseil régional sortant était orienté à droite, avec neuf élus UDI et RN, huit de gauche et un indépendant, le maire sans étiquette de Constitucion.

 

Les élections régionales marquent une nette inflexion.

 

On a dénombré 385 678 suffrages exprimés.

 

A droite, les listes de l’Alianza RN – UDI obtiennent

144 210 voix (37,39 %), une performance qui ne leur permet d’obtenir  que huit sièges (deux sur Curico et Talca, trois sur Linares, un sur Cauquenes), dont sept élus UDI et un seul RN.

Aucun des huit élus n’était sortant.

 

A gauche, les listes Nueva Mayoria por Chile réunissent 85 002 suffrages (22,04 %) et décrochent cinq sièges dont deux PPD, deux PRSD et un apparenté PCCh.

Les listes Nueva Mayoria para Chile ont rassemblé, pour leur part, 114 403 suffrages (29,66 %) et obtenu sept élus dont un seul sortant.

 

La gauche a donc pris le contrôle de l’Assemblée régionale.

On trouve ensuite 18 026 voix progressistes (4,67 %), 17 469 voix régionalistes (4,53 %) et 6 568 voix régionalistes (1,70 %).

 

Passons désormais à la région du Bio Bio, la plus peuplée des trois Régions de cette partie centrale du Chili.

 

Les électeurs de Concepcion, Chillan ou Talcahuano étaient appelés à élire quatorze députés, quatre sénateurs (sur deux circonscriptions) et vingt huit conseillers régionaux (pour vingt deux sortants).

 

La gauche disposait de sept députés, trois sénateurs et treize conseillers régionaux sortants, laissant à la droite sept députés, un sénateur et sept conseillers régionaux.

 

La région avait accordé en 2009 la majorité absolue, par un écart réduit, au candidat présidentiel de la droite, Sebastian Pinera et une majorité relative, aux législatives, à la gauche, même si tout cela fut amorti par le puissant effet du scrutin binominal.

 

Cette année, pas de détail.

 

Dans le sillage d’une Michelle Bachelet obtenant, dès le premier tour, la majorité absolue dans la Région, les candidats de gauche et de centre gauche ont dominé le scrutin législatif.

 

Ils ont en effet recueilli 431 803 suffrages (55,15 %), devançant largement les candidats de la droite, 259 592 voix (33,15 %), l’ensemble des autres candidats, depuis les régionalistes jusqu’aux candidats du parti Igualdad réunissant 91 610 voix (11,70 %).

 

L’écart ayant nettement crû, la gauche obtient dix sièges sur quatorze, réalisant le doublé dans le 42e district (où cela tient à 1 135 suffrages), dans le 45e district (où il s’en faut d’un peu plus de 1 400 suffrages) et dans le 47e district (où, là, l’affaire se joue à … 20 voix!), où la présence d’un dissident de droite a coûté cher à l’Alliance.

 

La gauche emporte par ailleurs le scrutin dans l’ensemble des sept districts, ce qui n’était pas le cas en 2009 où le district de Chillan (41e district) avait choisi en majorité la droite.

 

Les deux scrutins sénatoriaux, particulièrement disputés, ont ramené la Région à l’équilibre entre droite et centre gauche /gauche.

 

Les deux tickets de Nueva Mayoria obtiennent 413 011 voix (52,82 %), loin devant les tickets de droite, 253 446 voix (32,41 %), et les autres candidats, plutôt de gauche, 115 422 suffrages (14,77 %).

 

Magnifique illustration du scrutin binominal où vingt points de différence ne se retrouvent aucunement en termes d’élus !

 

N’empêche, cependant, que la gauche dispose désormais de douze parlementaires sur dix huit dans la Région.

 

Et que les régionales ont été un chemin de croix pour la droite, les listes de gauche et centre gauche prenant la tête dans la plupart des circonscriptions de la Région.

 

Sur l’ensemble de la Région, les listes de droite ont réuni 208 412 suffrages (28,57 % ), et dix sièges.

 

Elles devancent les listes Nueva Mayoria para Chile (PS – DC), 200 396 voix ( 27,47 %) et dix élus également.

 

Les listes du pôle laïque Nueva Mayoria por Chile ont réuni 145 676 électeurs (19,97 %), et obtenu sept élus.

 

On trouve ensuite les régionalistes, 60 720 suffrages (8,32 %), aucun élu ; le parti Igualdad, 53 650 voix (7,35 %), 1 élu écologiste ; les humanistes, 30 415 voix (4,17 %), aucun élu et les progressistes, 30 323 suffrages (4,15 %), sans élu également.

 

Des résultats globalement nets et qui traduisent le basculement du centre du Chili vers la gauche

 

Les trois régions ont donc désormais un conseil régional à majorité de gauche, dix neuf députés de gauche et de centre gauche, et huit sénateurs face à douze députés de centre droit et de droite et huit autres sénateurs.

 

Les évolutions, nettement favorables à la gauche, se traduisent aussi par une répartition nouvelle des conseillers régionaux : au lieu d’un rapport comportant vingt neuf élus de gauche, quatre indépendants et vingt trois de droite, nous avons trente huit élus de gauche, un écologiste et vingt cinq de droite.

 

A gauche, nous avions huit élus du pôle laïque et vingt  et un des listes PS/DC et à droite douze élus RN et onze élus UDI.

Désormais, nous avons seize élus du pôle laïque et vingt deux des listes PS/DC face à dix huit élus UDI et sept élus RN.

 

A gauche, le pôle laïque réunit désormais sept députés pour douze entre PS et DC, tandis qu’à droite, l’UDI, avec dix élus, n’a laissé que la portion congrue (deux élus) à RN.

 

Une situation qui dénote un peu avec la norme nationale…

 

La suite au prochain numéro.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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