DETTE PUBLIQUE, VOUS AVEZ DIT DETTE PUBLIQUE ?

Souvenez – vous, en 2007, en vous mettant le revolver sur la tempe, on vous avait agité l’épouvantail de la dette publique, avec son compteur tournant sans arrêt sur les plateaux de télévision, pour mieux justifier d’enfermer le débat politique et présidentiel pour le coup sur l’alternative entre ceux qui pourraient au mieux « gérer » cette dangereuse dérive…

Il ne saurait alors avoir été question de changements audacieux, de mesures de progression des salaires, les retraites ou les allocations diverses, vu que les marchés financiers mettaient le pays sous surveillance.

On sait ce qu’il en advînt.

Elu par une majorité d’électeurs, Nicolas Sarkozy s’empressa de formuler des cadeaux fiscaux sonnants et trébuchants aux plus fortunés (baisse de l’ISF, allégement de la fiscalité sur les successions et les donations) et aux entreprises, principales gagnantes des mesures de défiscalisation des heures supplémentaires par la voie des exonérations sociales et de l’exemption fiscale.

Et la dette publique de continuer de croître, au point que le quinquennat Hollande s’est limité, en grande partie, à en compresser la hausse, sans y parvenir tout à fait.

Si l’on appréhende le volume de la dette publique, elle s’élevait à 1 868 Mds d’euros fin 2012 et a atteint 2 147 Mds d’euros fin 2016, à quelques mois de l’élection d’Emmanuel Macron.

Rappelons tout de même que la dette publique est composée de plusieurs ensembles d’importance variable, à savoir d’une part la dette de l’Etat, l’élément de loin le plus important ; la dette sociale, dont l’évolution est marquée à la baisse (que feront les contempteurs de la dette publique quand la dette sociale aura disparu en 2025 ?) ; la dette des collectivités territoriales, qui n’est qu’une dette d’investissement, rendue d’ailleurs nécessaire par les désengagements successifs de l’Etat et la dette de certaines entités publiques.

Autant dire que le morceau le plus important est celui de la dette de l’Etat.

Selon France Trésor, au 31 août de cette année, la dette de l’Etat est proche de 1 836 Mds d’euros, en hausse d’environ 200 Mds depuis l’élection du Président actuel.

Seulement voilà, cela fait quelques temps que les taux d’intérêt réels de cette dette sont passés dans le vert pour les comptes, c’est-à-dire au négatif, y compris au nominal.

En effet, même si cela ne fit pas alors la une de l’actualité, le Trésor public émet depuis le 28 août 2014 (donc plus de cinq ans)  des Bons à intérêt négatif, où ce qu’il faut rembourser est donc moins élevé que ce que l’on a emprunté.

Depuis cette date, le budget de l’Etat est donc alimenté par des ressources de court terme, peu coûteuses, qui lui permettent de faire face au quotidien, notamment la rémunération de ses agents…

Mais pour faire bonne mesure, les taux négatifs sont apparus pour les titres de long terme dès 2017 et ils semblent avoir tendance à se généraliser.

Ainsi, depuis le début de l’année, deux adjudications d’OAT sur trois ont été lancées avec un taux pondéré négatif.

A tel point que le TEC 10 (taux moyen de la dette à dix ans) est aujourd’hui, en ce mois d’octobre, de – 0,27 % , somme qu’il convient par exemple de rapprocher du taux directeur de la Fed (- 0,50 %) et des taux de la BCE (-0,50 % par exemple pour le taux d’intérêt de dépôt, destiné à contraindre les banques à activer des lignes de prêt).

C’est-à-dire que la dette publique est un problème du point de vue de son montant, mais qu’elle ne l’est pas du point de vue de son « service », en d’autres termes du taux d’intérêt qui la grève.

Et ce n’est pas près de changer, puisque les taux directeurs négatifs sont la condition d’un soutien, avec le « quantitative easing », à l’activité économique.

Même si, pour l’heure, Sœur Anne ne voit rien venir…

Sinon des heures sombres.

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