ELECTIONS AUX USA : LES SIGNES D’UNE NOUVELLE FORME DE POLITISATION ?

      PREMIER ASPECT : LA PARTICIPATION.

      Selon les estimations du bureau national du recensement, la population des Etats Unis est aujourd’hui autour de 328 à 330 millions d’habitants, ce qui en fait, de loin, le premier pays du continent américain de ce point de vue, malgré la dynamique de l’Amérique Latine de ce point de vue.

      La croissance démographique états – unienne est constante puisque le pays a dépassé les 200 millions d’habitants en 1970 et qu’il comptait 100 millions d’habitants en moins en 1980, lors de l’élection de Ronald Reagan.

      Cette croissance, qui doit beaucoup à l’immigration, a profondément transformé le pays et déplacé peu à peu le « centre de gravité «  de la vie politique vers le Sud et la Côte Ouest.

      En 1970, pour la première fois, la Californie, avec 19,953 millions d’habitants, devient le premier Etat de l’Union pour la population, devançant l’Etat de New York, avec 18,237 millions.

      Ces deux Etats précèdent un bloc de quatre Etats comptant plus de 10 millions d’habitants (Pennsylvanie 11,794 ; Texas 11,197 ; Illinois 11,114 et Ohio 10,652).

      A l’époque, seuls les Etats de Virginie Occidentale, les deux Dakota (Nord et Sud) et le District de Columbia (Washington) connaissent une réduction de leur population sur le recensement précédent.

      Les champions de la progression démographique sont la Californie (+27 % en dix ans), la Floride (+ 37%), le Maryland (+ 26,5%), l’Oregon (+ 26%), le Colorado (+ 26%), l’Arizona (+ 34%), Hawaii (+ 22%), New Hampshire (idem), Delaware (+ 23%), Alaska (+ 33%) et, surtout, Nevada (+ 71%).

      Ce sont donc à la fois des Etats de l’Ouest et du Sud qui ont tiré la croissance démographique, tandis que les Etats du Nord Est concernés par la progression semblent participer de la « recomposition » et du remodelage de la mégapole Boswash, courant de Boston à Washington et traversant New Hampshire, Massachusetts, Connecticut, Rhode Island, New York, New Jersey, Maryland, Delaware jusqu’à la Virginie et la partie Est de la Pennsylvanie.

      En 1968, lorsque Nixon est élu Président des USA, avec 31 783 783 voix au suffrage universel, il doit son succès à une prééminence sur une large partie du pays courant de la Californie à la Virginie.

      Quelques Etats du Sud ont opté pour le candidat raciste George Wallace (Arkansas, Louisiane, Mississippi, Alabama et Georgie) tandis que le candidat démocrate, Humphrey, investi après l’assassinat de Bob Kennedy (qui avait pris l’avantage après les primaires de Califormie), s’est trouvé confiné sur le réduit du Nord Est.

      Le candidat démocrate emportait en effet le Maine, le Massachusetts, New York, Connecticut, Rhode Island, Maryland, District of Columbia, Pennsylvanie.

      Il ajoutait à cet ensemble la Virginie Occidentale, le Michigan, le Minnesota (Etat d’élection de Humphrey), l’Etat de Washington (Seattle), Hawaii et le Texas où il devance Nixon de 39 000 voix environ, bien moins que les 585 000 suffrages texans de Wallace…

      En 1980, Ronald Reagan bat le sortant, le démocrate géorgien  Jimmy Carter, sortant avec une très large avance (43 903 230 voix contre 35 480 115 pour le titulaire du poste).

      Il tire parti de la présence d’un candidat indépendant, John Anderson, qui a rassemblé 5 719 850 voix et favorisé la primauté en faveur de Reagan dans bien des Etats.

      C’est le cas à New York, dans le Massachusetts, en Wisconsin, dans le Michigan, le Connecticut ou certains Etats du Sud où l’origine géorgienne de Carter a pu relever le score démocrate.

      Ceci dit, les USA ont encore évolué en dix ans.

      La Californie compte alors près de 24 millions d’habitants, tandis que l’Etat de New York est désormais à 17,5 millions, avec un Texas monté à 14,3 millions, tandis que Pennsylvanie, Ohio et Illinois se retrouvent entre 10,8 et 11,8 millions d’habitants.

      Montée en puissance de la Floride (9,75 millions de résidents, en hausse de 43%), de l’Arizona, du Nouveau Mexique, du Colorado, de l’Oregon, de l’Utah et de l’Etat de Washington.

      Cette « Drang nach Westen » a aussi touché l’Idaho, le Wyoming  ou du Nevada, cet Etat atteignant les 800 000 habitants…

      Dans les estimations du recensement actuel, les données sont encore bouleversées.

      La Californie, avec près de 40 millions d’habitants, est en première position, devançant un Texas comptant désormais 29 millions de résidents, une Floride de 21,5 millions d’habitants, l’Etat de New York étant désormais 4e avec 19,5 millions.

      Si Pennsylvanie, Ohio et Illinois continuent de compter pour une part non négligeable de la population (et donc de peser lourd pour ce qui concerne le scrutin présidentiel), la Georgie et la Caroline du Nord, en développement relatif, comptent désormais plus de 10 millions d’habitants et devancent par exemple un Michigan victime de la crise de l’automobile.

      Les vingt dernières années ont également été marquées par une moindre progression de la population des autres Etats du Sud que ceux déjà cités  (Arkansas, Kansas, Oklahoma, Kentucky, Tennessee, Alabama, Mississippi, Louisiane, entre autres).

      Mais le processus politique associé à ces mouvements constants de population est d’abord marqué par une participation en avancée.

      C’est lors du scrutin de 1992 que le seuil des 100 millions de votants est franchi avec un total de 104,4 millions de suffrages.

      Le second mandat de George Bush Jr s’ouvre avec la participation de 122,3 millions d’électeurs, tandis que le premier mandat de Barack Obama est l’occasion de la mobilisation de 131,4 millions de citoyens et citoyennes.

      L’ex sénateur de l’Illinois avait alors réuni sur son nom 69,5 millions de suffrages, laissant John Mc Cain près de dix millions de voix derrière lui, et raflant 365 des 538 mandats du collège électoral.

      Dans les « gros «  Etats, Obama n’avait concédé que le Texas à son adversaire, remportant sans coup férir Californie, New York,  Floride, Ohio, Pennsylvanie, Illinois, Caroline du Nord, Virginie, Michigan ou Massachusetts.

    Le scrutin de 2016 avait marqué une nouvelle progression du vote avec 137,1 millions de suffrages mais il s’est trouvé largement débordé par celui de cette année puisque les résultats provisoires portent sur un contingent électoral de près de 160 millions d’électeurs.

    Ce nombre n’est pas encore définitivement fixé puisque le succès particulier du vote par correspondance a conduit nombre d’Etats à reporter au-delà du 3 novembre le dépouillement de ces bulletins.

    Seuls 28 Etats ont, pour le moment, clos leurs opérations de dépouillement et certifié leurs résulats. Il reste à dépouiller plusieurs centaines de milliers de bulletins, en général dans des fiefs démocrates.

         Selon la chaîne NBC parle même d’un total de plus de 2,5 millions e votes à traiter, dont rien moins que 1,76 million dans le seul Etat de New York.

      Cependant, il convient de rapprocher ces données du nombre des électeurs potentiels, c’est-à-dire des 255 millions d’Etats – uniens âgés de plus de 18 ans, selon les termes du recensement 2020.

      Ce qui fait que, de manière générale, on peut estimer, en gros, que la participation moyenne s’est située aux alentours de 60 à 63 %, non du corps électoral constitué, mais de la population adulte du pays.

    LA QUESTION DU COLLEGE ELECTORAL

      On ne reviendra pas ici sur le long processus des « primaires « qui avait conduit, au fil de ralliements plus ou moins intéressés, à ce que le Parti Démocrate et son appareil préfèrent investir Joe Biden, ancien Vice – Président et Sénateur chevronné du Delaware (un des plus petits Etats des USA transformé de longue date en paradis fiscal sur la Côte Atlantique) plutôt que le Sénateur du Vermont Bernie Sanders, élu « indépendant » aux vues social démocrates (quasiment un dangereux marxiste aux yeux de nombre de supporters de Trump) mais on rappellera quelques points essentiels.

      Comme nous l’avait déjà rappelé l’élection de 2000, avec le sketch du « recomptage » des voix en Floride, le Président des Etats Unis est élu au suffrage indirect.

      Dans un pays où il suffit, dans un scrutin donné, de disposer d’une voix de majorité pour être élu Sénateur, Député ou Intendant de l’Education, on élit en effet le Président par le truchement d’un collège électoral comprenant 538 membres.

      Ce qui fait de l’élection au suffrage populaire « the road to 270 », c’est-à-dire la majorité des membres de ce collège qui somme la totalité des membres des deux Assemblées fédérales (Sénat et Chambre des Représentants) siégeant au Capitole de Washington.

      Pour la Chambre des Représentants, le nombre de députés est fixé, depuis de longues années, à 438 et fait l’objet d’une redistribution régulière, à raison des recensements généraux de population effectuée.

      De ce point de vue, le scrutin 2024 se déroulera avec une nouvelle distribution des sièges de la Chambre, fondée sur l’extrapolation des résultats du recensement 2020.

      Comme c’est le cas depuis un certain temps, et compte tenu de la répartition géographique de la population états – unienne, la part des élus du Nord Est devrait se réduire (New York perdrait un ou deux sièges) et celle des élus du Sud et de l’Ouest progresser encore.

      Mais, l’autre règle intangible, c’est que chaque Etat de l’Union, quelque soit sa population ou sa superficie, étant traité à égalité, dispose quoiqu’il arrive d’au moins un élu.

      Et la seconde règle, bien connue dans cet Etat fédéral, c’est que chaque Etat dispose de deux représentants au Sénat, là encore, nonobstant sa population et sa surface.

      Il y a deux Sénateurs du Wyoming pour 578 759 habitants comme pour la Californie et ses 39 512 223 résidents.

      Quand on se retrouve face au collège électoral, on se rend compte qu’un électeur issu du Wyoming (1 représentant + 2 Sénateurs, soit 3 votes) pèse donc environ 190 000 habitants et qu’un électeur de Californie (53 représentants + 2 Sénateurs, soit 55 votes) en vaut pratiquement 720 000.

      En pratique, il y a donc, quoiqu’il arrive, une forme de sur représentation des Etats peu peuplés, ne comptant que trois ou quatre votes au collège.

      Cela peut il avoir quelques effets sur le résultat ?

      Un regard sur la carte permet de retrouver lesquels.

      Sur l’Ouest, il s’agit du Montana, de l’Idaho, du Wyoming, des deux Dakota (Nord et Sud), de l’Alaska et des Iles Hawaii, entre Rocheuses, Grande plaine et Pacifique, qui donnent 23 votes (dont 19 sont pour l’heure attribués au Président Trump et 4 à Joe Biden) et des Etats du Vermont, du New Hamsphire, du Rhode Island, du Delaware, du Maine et du District of Columbia, qui répartissent 21 sièges, tous acquis, sauf un, au candidat démocrate.

      On notera cependant que le District of Columbia (partie de l’agglomération de Washington) ne désigne pas de sénateur et que le Maine désigne ses « électeurs » à raison du résultat observé lors du scrutin présidentiel dans chaque district de la Chambre des représentants.

      Selon les projections effectuées, le second district du Maine (éminemment rural et assez largement peuplé d’Américains d’origine canadienne, eu égard à la proximité des provinces atlantiques du Canada voisin) a voté Trump pour le scrutin présidentiel mais réélu son représentant démocrate, ancien combattant en Irak et en Afghanistan, vainqueur en 2018 du sortant républicain.

      Pour l’ensemble de ces « petits «  Etats, on a donc 24 votes Biden et 20 votes Trump, avec une sensible différence entre l’Ouest républicain et l’Est, plutôt démocrate par tradition déjà ancienne.

      Observation : aucun de ces Etats n’a changé de « couleur », les Etats démocrates  (Blue en version US) étant restés favorables à Biden et les Etats républicains (Red en version US) ayant de nouveau opté pour Trump.

      Tout au plus peut on observer un élargissement de certains écarts.

      Ainsi Joe Biden a gagné de 59 277 voix dans le New Hampshire alors que Hillary Clinton n’avait emporté cet Etat que pour 2 736 voix en 2016.

      Dans le Dakota du Nord, Trump a obtenu autant de voix qu’en 2016 alors que son adversaire a progressé d’environ 24 000 votes sur le score de Hillary Clinton.

      A noter que dans cet Etat, acquis a priori au candidat républicain, la participation officielle a été assez faible (62,6 % des inscrits) et représente seulement 54,5 % de la population adulte de l’Etat.

      LES RESULTATS DANS LES ETATS « MOYENS »

      Les Etats désignant 5 ou 6 votes au collège électoral sont également relativement sur représentés.

      Cela concerne, à l’Ouest et dans les Rocheuses, les Etats du Nevada, du Nouveau Mexique, de l’Utah.

      C’est-à-dire de deux Etats à population hispanique importante et en constant développement (28 % dans le Nevada, Etat à population très concentrée sur le seul comté de Clark correspondant à l’agglomération de Las Vegas et 49 % au Nouveau Mexique) et de l’Etat mormon par excellence (la capitale de l’Utah étant Salt Lake City, la « Mecque » des Mormons).

      Ces Etats donnent pour l’heure (et ce ne sera pas remis en cause) 11 votes au candidat démocrate et 6 au sortant, même si le succès de Trump en Utah est autrement plus net que les victoires de Biden dans les deux autres Etats.

      Dans le Nevada, Joe Biden l’emporte, pour l’heure, de 33 600 voix environ, en obtenant près de 91 000 voix d’avance dans le comté de Clark (Las Vegas) et près de 11 500 dans le comté de Washoe (dont le chef lieu est Reno).

      Dans le Midwest de la Grande Plaine et le Sud, on trouve par contre l’Iowa, le Kansas, l’Arkansas, le Nebraska, le Mississippi.

      A part un mandat dans le Nebraska, attribué au sein du collège en fonction du résultat du deuxième district électoral de l’Etat (en gros la ville d’Omaha et ses alentours), 28 votes sont allés à Trump dans cet ensemble et un seul à Joe Biden.

      Précisément celui du second secteur du Nebraska.

      Pour le reste, Iowa, Kansas et Nebraska sont des Etats plutôt ruraux, essentiellement peuplés de Blancs, au niveau de vie proche de la moyenne nationale, ni trop riches, ni trop pauvres, qui ont depuis un certain temps une certaine inclination pour les candidats républicains aux présidentielles.

      L’Arkansas est un Etat de transition avec le Sud, ancien fief électoral de Clinton, mais fondamentalement républicain depuis.

      Quant au Mississippi, il s’agit d’un Etat sudiste profond (on se souviendra qu’il fut particulièrement marqué dans les années 60 par les actes et crimes racistes), où les Noirs constituent une part importante de la population (38 %), où le revenu moyen est faible (environ 72 % de la moyenne nationale), le taux de chômage plus élevé et le niveau de formation plus faible (22 % de diplômés du supérieur pour 32 % en moyenne).

      Ex Etat « dixiecrat » (les Démocrates racistes du Sud de jadis), ayant choisi Wallace en 1968, le Mississippi a évidemment voté pour Trump, avec moins de voix qu’en 2016.

      Le succès du Président sortant était si peu attendu que la participation, dans cet Etat, se situe aux alentours de 49,6 % de la population adulte.

      La prééminence républicaine n’a cependant pas empêché la réélection du représentant démocrate du deuxième district de l’Etat.

      Enfin, au Nord Est du pays, la Virginie Occidentale, l’un des Etats les plus pauvres du pays (le revenu moyen y est 30 % inférieur à la moyenne nationale et l’on ne compte que 20 % de diplômés universitaires contre 32 % pour les USA dans leur ensemble), dispose de cinq votes largement acquis au président sortant.

      Cet Etat, détaché de la Virginie originelle lors de la Guerre de Sécession (il s’agissait de la partie de cet Etat refusant la ségrégation raciale), est un Etat de vieille industrie (charbon notamment) sur le déclin, à population vieillissante, cible idéale pour tout politicien de la nature de Donald Trump.

      La participation officielle y est inférieure à 63 % au regard  des électeurs inscrits et se situe autour de 55,7 % de la population adulte.

      Ce qui donne, pour cet ensemble d’Etats, 39 votes Trump et 12 votes Biden.

      Aucun de ces Etats, notons – le, n’a changé de couleur.

      La série des Etats désignant 7 à 9 grands électeurs est assez significative.

      Elle comporte de l’Ouest à l’Est et, du Nord au Sud, les Etats de l’Oregon (7), Colorado (9), Oklahoma (7), Louisiane (8), Kentucky (8), Alabama (9), South Carolina (9), Connecticut (7), soit un ensemble de 64 votes.

      Donald Trump a enlevé, comme en 2016, les Etats de l’Oklahoma, de Louisiane, du Kentucky, d’Alabama et de South Carolina, soit 41 votes.

      Joe Biden a confirmé l’ancrage démocrate de l’Oregon, du Colorado et du Connecticut, soit 23 votes.

      Les Etats favorables à Trump ont en commun d’être plutôt au Sud, d’avoir des populations où la place des Noirs peut s’avérer importante (Kentucky et Oklahoma sont moins marqués de ce point de vue) et de se situer, au plan du revenu des ménages, sous la moyenne US.

      En Louisiane, la participation atteint 69,4 % des électeurs enregistrés et un peu plus de 60,3 % des adultes.

      Pour les trois Etats de la série votant Biden, on est face à trois Etats où le niveau de formation de la population est plus élevé qu’en moyenne (jusqu’à 40 % de diplômés universitaires), le revenu égal ou nettement supérieur à la moyenne (entre 25 et 30 % au – dessus de cette moyenne dans le Connecticut par exemple) et où les populations Noire ou Hispanique ne sont pas aussi déterminantes qu’ailleurs.

      Le vote démocrate du Colorado ou de l’Oregon est un vote urbain, diplômé, sans doute jeune et se rencontre donc dans les agglomérations de Denver, Portland ou Eugene.

      Comme d’habitude, le représentant de la partie orientale de l’Oregon est républicain tandis que les sièges découpés au sein des agglomérations de la Côte Pacifique échoient aux démocrates.

      Ce schéma (côté Rocheuses pour les républicains et côté Côte pour les démocrates) se retrouve d’ailleurs encore cette année dans l’Etat de Washington et en Californie.

      Le gain de voix sur le scrutin 2016 est général : 330 000 voix de plus en Oregon (Trump + 170 000), 465 000 voix dans le Colorado (Trump + 160 000) et 180 000 voix dans le Connecticut (Trump + 40 000).

      La participation est assez forte : plus de 72 % dans le Connecticut (plus de 64 % de la population adulte de l’Etat), plus de 70 % de la population adulte de l’Oregon et 71,5 % dans le Colorado, considéré avant le scrutin comme un des « Etats en balance » (swing states).

      Le vote de Denver, favorable à Biden avec près de 80 % des voix et 240 000 voix de majorité, a consacré l’échec du Président sortant.

      Avant de nous intéresser aux Etats désignant au moins 10 délégués, nous avons toutefois un rapport de forces favorable à Trump avec 100 votes au collège électoral contre 58 pour Biden.

      LE VOTE DES GRANDS ETATS

      De l’Ouest à l’Est, en partant du Nord, nous avons donc l’Etat de Washington (12 mandats), la Californie (55 mandats), l’Arizona (11), le Texas (38), le Minnesota (10), le Missouri (10), le Wisconsin (10), l’Illinois (20), le Tennessee (11), le Michigan (16), l’Indiana (11), l’Ohio (18), la Géorgie (16), la Floride (29), New York (29), la Pennsylvanie (20), le New Jersey (14), le Maryland (10), la Virginie (13), la Caroline du Nord (15) et le Massachusetts (11).

      Pour l’anecdote historique, on retrouve dans cette liste huit des Etats fondateurs des USA, représentant 128 mandats.

      Par comparaison, il y a cent ans, en 1920, lorsque Warren Harding fut élu Président des USA, face au démocrate Harry Cox, associé à Franklin Roosevelt, sur les 531 mandats du collège de l’époque (il n’y avait ni délégués pour Washington, ni pour l’archipel des iles Hawaii), ces huit Etats « pesaient » 161 mandats tandis que la trilogie Floride Texas Californie comptait pour 39 mandats (122 aujourd’hui)

      Commençons par les Etats de la région des Grands Lacs, appelés parfois « the Rust Belt » (ceinture de la Rouille), par référence à leur activité industrielle ancienne que constituent les Etats du Minnesota, du Wisconsin, du Michigan, de l’Illinois, de l’Indiana et de l’Ohio.

      En 2016, seuls le Minnesota et l’Illinois avaient échappé à Donald Trump qui avaient construit sa victoire dans cette partie du pays en enlevant aux démocrates les Etats du Wisconsin, du Michigan et de l’Ohio qui avaient soutenu, par exemple, Barack Obama lors de ses deux mandats.

      Ces Etats de la Rust Belt ont une configuration proche : une ou deux grandes agglomérations urbaines et un hinterland rural qui ont des pratiques et des traditions politiques différentes, les unes votant plutôt Democrat et l’autre Republican.

      Le Minnesota est ainsi dominé par l’agglomération des Twin Cities de Minneapolis et Saint Paul (Hennepin County), le Wisconsin par celle de Milwaukee, l’Ohio par les centres de Cleveland, de Cincinnati et Columbus (capitale de l’Etat et centre universitaire), l’Illinois par l’agglomération de Chicago (Cook County), le Michigan par Detroit (Wayne County entre autres) et l’Indiana par Indianapolis et, dans une moindre mesure, Gary, qui prolonge l’agglomération de Chicago.

      En 2016, le Minnesota avait accordé 44 593 voix d’avance à Hillary Clinton, également victorieuse en Illinois de 844 714 suffrages.

      Avec une avance de plus d’1,15 million de voix dans le seul comté de Cook…

      Donald Trump avait gagné l’Ohio avec 446 837 voix d’avance, malgré un vote en faveur de Hillary Clinton sur Cleveland et Cincinnati, mais aussi l’Indiana avec 524 160 voix de majorité.

      Le succès en Wisconsin fut plus étroit avec une avance de 22 748 suffrages et, a fortiori, dans le Michigan avec 10 704 voix.

      Cette année, selon les données acquises pour l’heure, Donald Trump a confirmé son succès en Indiana, en obtenant une majorité de 487 926 voix, restant devancé sur les comtés de Lake (Gary) et Marion (Indianapolis) mais l’emportant avec 57 % des voix.

      Il a également gagné l’Ohio, avec une majorité de 474 835 votes, malgré le succès de Joe Biden, comme prévu, sur Cincinnati, Cleveland, Columbus ou Toledo.

      La participation a atteint 72 % du corps électoral de l’Etat et un peu plus de 63 % de la population adulte.

      Problème pour les démocrates : les comtés favorables à Joe Biden ont moins voté (de trois à neuf points selon les cas) que la moyenne de l’Etat.

      Toutefois, il resterait, du fait du vote par correspondance, plus de 170 000 bulletins à dépouiller dans l’ensemble de l’Ohio dont rien moins que 15 % des électeurs du comté de Cuyahoga, c’est-à-dire Cleveland.

         Un comté qui, pour le moment, accorde 66 % des votes au candidat démocrate.

      Succès pour Joe Biden dans le Wisconsin avec une majorité de 20 546 voix (environ l’inverse du scrutin 2016), qui a consacré la première « bascule » du scrutin, apportant 10 mandats au camp démocrate.

      Une bascule qui doit beaucoup au vote du comté de Milwaukee, avec une majorité de 182 896 voix pour le candidat démocrate ( au lieu de 162 763 voix il y a quatre ans).

      Progression également de 35 000 voix de l’écart dans le comté de Dane, c’est-à-dire Madison, la capitale de l’Etat.

      L’Etat, dont les services calculent la participation électorale à raison de la population adulte, a connu une participation de 73 %.

      Autre bascule, tout à fait importante (16 mandats en jeu), celle de l’Etat de Michigan.

      Joe Biden y a gagné de 155 188 voix, remportant notamment une majorité de 332 617 voix dans le comté de Wayne (Detroit), une avance de 108 177 voix dans celui de Oakland et de 100 895 suffrages dans celui de Washtenaw, compris dans l’agglomération de l’ancienne capitale de l’automobile.

      Tous ces scores sont en hausse et l’Etat a vu le parti démocrate progresser de plus de 500 000 voix (535 201 votes) tandis que le score de Donald Trump n’avançait que de 370 309 votes, en partie grâce à la réduction du score de la candidate Libertarienne (- 111 855 voix).

      La participation passe donc de 4,8 à 5,5 millions d’électeurs, soit 70 % de la population adulte de l’Etat.

      Le retour du Michigan dans le giron démocrate a constitué le deuxième changement de couleur d’un Etat et réduit d’autant la majorité Trump de 2016.

      Quant aux Etats du Minnesota et de l’Illinois, ils ont confirmé leur ancrage démocrate.

      Pour le Minnesota, Etat de tradition démocrate, le vote du comté de Hennepin (Minneapolis, ville marquée par les manifestations anti racistes récentes) a assuré le succès de Joe Biden.

      Sur l’Etat, Joe Biden passe de 1 367 825 votes Clinton à 1 717 177 voix, tandis que Donald Trump passe de 1 323 232 à 1 485 065 voix.

      Dans le comté de Hennepin (nom tiré de celui d’un ancien missionnaire belge), donc, Biden obtient plus de 326 000 voix de majorité et une avance de 134 000 voix dans le comté de Ramsey, constitué autour de Saint Paul.

      En Illinois, selon des résultats encore provisoires, Biden est passé de 3 090 729 voix à 3 463 260 votes, tandis que Trump est passé de 2 146 015 à 2 438 943 voix.

      La hausse du vote Trump intervient, là encore, avec une baisse du vote libertarien (209 596 voix en 2016, 66 138 en 2020).

      Plus de 80 000 bulletins, en majorité dans le comté de Cook, et celui de Lake immédiatement voisin, sont encore en dépouillement.

      Ce qui devrait conduire à creuser l’écart observé, maintenant que Joe Biden a dépassé le nombre de voix obtenu en 2008 par Barack Obama, alors  Sénateur de l’Etat, avec plus de 3 419 000 suffrages.

      Passons à la partie Nord Est du pays qui comprend six Etats (Massachusetts, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Maryland et Virginie) dans le lot que nous examinons à présent.

      Le premier événement du scrutin, c’est bien entendu le fait que Joe Biden l’a emporté dans les six Etats concernés, et notamment en Pennsylvanie, qui avait opté pour Donald Trump en 2016.

      Ces Etats comprennent certaines des plus grandes agglomérations du pays : Boston, New York, Philadelphie, Pittsburgh, Baltimore et une bonne partie de Washington partagé entre Maryland et Virginie.

      Revue de détail.

      Le Massachusetts, c’est l’Etat démocrate par essence, puisqu’il fut celui des Kennedy et que Boston est associé à un certain « état d’esprit », plutôt libéral et progressiste, marqué notamment par les milieux universitaires.

      Nous sommes ici dans l’Etat du MIT, comme de la célèbre Université de Harvard, les deux établissements étant implantés dans la ville de Cambridge.

         Le propre d’un Etat comme le Massachusetts est d’avoir choisi, comme certains des autres Etats de la Nouvelle Angleterre, une toponymie assez largement inspirée des localités et entités territoriales des Iles Britanniques, même si le nom de l’Etat est d’origine amérindienne.

      Les deux sénateurs (dont Elizabeth Warren, ancienne candidate à l’investiture démocrate) et les neuf représentants de l’Etat sont tous démocrates et la seule étrangeté réside pour l’heure dans le fait que le Gouverneur de l’Etat soit républicain.

      Le dernier succès républicain dans l’Etat concerne la réélection de Ronald Reagan en 1984.

      Le vote pour la présidentielle a été clair.

      Officiellement, Joe Biden a obtenu 2 382 202 voix contre 1 167 202 voix pour Donald Trump, soit un avantage de 1 215 000 voix.

      En 2014, Hillary Clinton avait obtenu 1 995 196 voix et Donald Trump 1 090 893 suffrages.

      Là encore, les Libertariens ont perdu en influence avec plus de 91 000 voix perdues.

         C’est à dire un nombre légèrement supérieur au gain enregistré par le sortant.

      Dans l’Etat du New Jersey, en grande partie compris dans le périmètre de l’agglomération new yorkaise, succès net de Joe Biden avec 2 607 331 voix contre 1 882 454 suffrages Trump.

      Le candidat démocrate a, pour le moment, progressé de près de 460 000 voix sur 2016 contre un plus de 280 000 suffrages environ pour son adversaire.

      Dans cet Etat au niveau de vie relativement élevé (un bon tiers au dessus de la moyenne nationale), à population qualifiée et diplômée, avec une part importante de Latinos et de Noirs, on se situe un peu sous ce que l’on peut observer sur la ville de New York elle-même.

      Dans le comté d’Essex, où se trouve Newark, Joe Biden a atteint les 77 %.

      Dans l’Etat de New York, la position de Joe Biden est évidemment favorable, avec un total de 4 076 327 suffrages contre 2 987 266 voix pour Donald Trump.

      L’Etat a cependant un gros retard en termes de dépouillement puisque plus de 1,75 million de bulletins seraient encore à traiter.

      Cette situation devrait donc évoluer et dégrader encore la situation du Président sortant.

      En effet, si celui-ci est arrivé en tête dans la majorité des comtés de l’Etat, il se trouve que les comtés où le nombre de bulletins à traiter sont ceux du Bronx, de Brooklyn, de Manhattan, du Queens, c’est-à-dire de la ville de New York,

      Pour l’heure, l’écart dans l’ensemble des comtés new yorkais atteint  1,2 million de voix, le seul demeurant favorable à Trump étant celui de Richmond (Staten Island).

         Le Président Trump est en tête dans le comté de Suffolk, plus centré sur Long Island.

      Le candidat démocrate est également en tête dans la plupart des centres urbains de l’Etat (Albany, Buffalo, Rochester,  Syracuse ou Hempstead, principale agglomération de Long Island à proximité de New York).

      Le dépouillement des votes par correspondance devrait affiner les données.

      Le vote de l’Etat de Maryland est également encore en cours de dépouillement, mais il est d’ores et déjà très favorable au candidat démocrate, avec 1 985 023 voix contre 976 414 suffrages pour Trump.

      La situation du sortant s’est dégradée au regard de 2016 puisque Joe Biden progresse d’ores et déjà de plus de 300 000 votes, alors que Trump n’a gagné qu’environ 33 000 suffrages.

         Une progression en voix qui s’avère inférieure à la perte d’influence de la candidature Libertarienne, comme nous l’avions déjà vu dans le Massachusetts.

      Le score de Joe Biden est porté par le score de la ville de Baltimore et du comté du même nom, par celui de Montgomery mais aussi du comté de Prince George’s, ceux-ci étant constitués  par la partie de l’Etat comprise dans l’agglomération de Washington.

      Le comté de Prince George’s est un comté dont la population est Noire à 63 % et où près de 80 % des électeurs inscrits le sont comme Démocrates.

      Cette influence de l’agglomération de Washington sur le résultat compte également en Virginie, où se trouve par exemple le monument national d’Arlington.

      L’Etat a donné 2 413 568 voix pour Joe Biden et 1 962 430 pour Donald Trump.

      Au regard de 2016, le candidat démocrate gagne plus de 430 000 voix tandis que Donald Trump progresse de moins de 200 000 voix.

      Joe Biden devance le Président sortant de 370 000 voix environ dans les trois comtés (Loudon, Prince Williams et Fairfax) constituant l’essentiel de la partie virginienne de l’agglomération de la capitale.

      Reste donc le cas de la Pennsylvanie.

      L’état quaker est un ensemble assez composite, groupant activités industrielles anciennes, comtés ruraux et secteurs urbains intégrés à la grande mégapole de l’Est, dite Boswash.

      En 2016, cet Etat de tradition démocrate avait choisi Donald Trump et participé à son succès, malgré sa minorité de voix.

      Cette année, le retour de l’Etat dans le giron démocrate a consacré la victoire de Joe Biden, dépassant alors le seuil de 270 grands électeurs nécessaires.

      Le scrutin de cette année est marqué par une progression du nombre des votants.

      Donald Trump est ainsi passé de 2 970 742 voix à 3 377 674, soit une progression de 400 000 suffrages environ, mais Joe Biden a progressé de 2 926 458 à 3 458 229 voix, soit une progression de près de 532 000 votes.

      Le succès démocrate vient du comté d’Allegany (Pittsburgh), avec une avance de plus de 146 000 voix pour l’heure (+ 38 000 voix d’écart sur 2016) mais aussi des 470 000 voix du comté de Philadelphie ou du score du comté de Montgomery (avance de plus de 134 000 voix au lieu de 96 000).

      Les sondages « sortie des urnes » donnent une majorité démocrate chez les femmes, chez les Noirs (92 % dans l’Etat), les jeunes (62 % chez les 18/29 ans, 60 % chez les 30/44 ans), les diplômés, les familles à faibles revenus et celles à revenus supérieurs à 100 000 dollars, ainsi que les électeurs « indépendants ».

      Une combinaison électorale assez générale dans ce scrutin, observable dans la plus grande part des Etats.

      Allons à l’Ouest, le vrai, si l’on peut dire…

      Pour étudier la situation de trois Etats, celui de Washington (Seattle), de Californie et d’Arizona.

      Les deux premiers sont des bastions démocrates et le troisième constituait le fief républicain par excellence.

      L’Arizona a en effet voté républicain de 1952 à 2016, à l’exception du scrutin de 1996 où Bill Clinton avait tiré parti de la candidature de Ross Perot pour devancer Bob Dole d’une trentaine de milliers de voix.

      Mais l’Etat a beaucoup changé depuis qu’il est devenu membre de l’Union en 1912 et sa population s’est modifiée, attirant notamment nombre d’immigrants mexicains, mais aussi d’anciens habitants de la Californie.

      L’Arizona n’est plus seulement l’Etat du Grand Canyon du Colorado (situé au Nord de son territoire) et il compte désormais 30 % de Latinos, tandis que l’agglomération de Phoenix compte désormais près de 5 millions d’habitants, dont près d’1,7 million dans la ville de Phoenix elle-même.

      L’électorat, pour peu qu’on s’en conforme aux inscrits, penchait encore cette année pour le parti républicain avec un peu plus d’1,5 million d’inscrits, contre environ 1,38 million pour le parti démocrate, les indépendants comptant pour 1,36 million environ.

      Le résultat, longtemps attendu, a livré un verdict inattendu, avec une victoire de Joe Biden, pourvu de 1 672 143 voix contre 1 661 866 voix pour Donald Trump.

      Soit un peu plus de 10 000 voix, avec un score finalement scellé par les derniers votes issus du comté d’Apache.

      Par rapport à 2016, le gain de voix est supérieur à 500 000 voix pour le camp démocrate, tandis que Trump progresse d’un peu moins de 400 000.

      Le succès de Joe Biden se construit sur le vote des comtés de Maricopa (Phoenix), Pima (Tucson), Santa Cruz, Coconino (comté du Grand Canyon du Colorado, dont le quart de la population est de nationalité Navajo) et, donc, Apache (où les trois quarts de la population sont Navajos).

      Le vote des »Natives », c’est-à-dire des Indiens, semble, encore une fois, avoir été plutôt orienté vers le candidat démocrate.

      Le basculement de l’Etat, amplifié par la conquête du siège de sénateur en jeu et de cinq des neuf représentants de l’Etat par le parti démocrate, a consacré la défaite de Donald Trump.

      La participation restant toutefois aux alentours de 60 % de la population adulte résidente de l’Etat, il n’est pas interdit de penser que nous ne sommes pas encore au bout de la mutation politique de l’Arizona.

      Pour l’Etat de Washington, limitrophe du Canada et de l’Etat de la Colombie Britannique en l’espèce (Vancouver), le vote démocrate a été nettement victorieux avec un total établi à 2 369 437 suffrages, contre 1 584 588 votes Trump.

      Sur 2016, la progression est de près de 620 000 voix pour le camp démocrate et de 360 000 voix chez les Républicains.

      Bien que l’Etat soit a priori acquis aux démocrates, la participation semble avoir concerné 68 % de la population adulte et environ 80 % des électeurs dits actifs.

      Le résultat du comté de King (où se trouve Seattle) est vecteur de ce succès avec un pourcentage de plus de 75 % pour Joe Biden plus, un nombre de 900 000 voix et une avance de plus de 630 000 voix sur le candidat sortant.

      C’est là un nombre de suffrages jamais atteint dans ce comté, avec notamment une hausse de plus de 180 000 voix sur le scrutin 2016.

      Pour le reste, l’Etat est conforme à la « loi de l’Ouest », avec un vote démocrate dominant sur la Côte Pacifique et dans les villes et un vote républicain plus présent dans les parties rurales ou montagnardes des Etats.

      Une sorte de pendant de ce qui a pu être observé pendant si longtemps dans les Etats fondateurs du Nord Est entre quartiers urbains et banlieues rurales et résidentielles.

         Il convient cependant de souligner que c’est la première fois que le candidat démocrate dépasse (et très nettement) les deux millions de voix dans l’Etat.

      La confirmation de la Californie dans le camp démocrate s’est avérée, encore une fois, spectaculaire lors du scrutin présidentiel.

      Pour l’heure, Joe Biden atteint un total de 11 077 595 voix, disposant de plus de cinq millions de voix d’avance sur Donald Trump, pourvu de 5 977 636 suffrages.

      Au regard du scrutin 2016, Joe Biden progresse de plus de 2,3 millions de voix quand le candidat sortant doit se contenter d’une progression d’environ 1,5 million de suffrages.

      L’écart s’est donc creusé entre les deux camps, Joe Biden gagnant plus de 2 % sur le pourcentage atteint par Hillary Clinton.

      Le candidat sortant, comme en beaucoup d’endroits, s’est quelque peu requinqué avec la baisse du nombre de suffrages obtenus par la candidature Libertarienne (478 500 voix en 2016, 186 989 cette année).

      Un certain nombre de bulletins (près de 120 000) sont encore à dépouiller, mais ils sont concentrés dans les comtés démocrates, ce qui ne devrait que faciliter l’accroissement de l’écart.

      S’agissant des résultats, le succès du candidat démocrate est net dans les grandes villes de l’Etat (Los Angeles, San Diego, San Bernardino, San Francisco, San José, Sacramento, Fresno, Oakland ou encore Berkeley).

      Parmi les résultats, notons le cas du comté de Los Angeles, le plus peuplé du pays, où le candidat démocrate a gagné près de 560 000 voix sur 2016 tandis que Trump a gagné 375 000 votes environ.

      Au regard de l’influence démocrate dans la « cité des anges », la progression de Trump est plus forte que celle de Biden.

      Joe Biden arrive également en tête dans le comté d’Orange, avec 53,5 % des votes et une avance pour l’heure fixée à 137 000 voix, au lieu de 102 000 en 2016 pour Hillary Clinton.

      Il s’agit du comté le plus « riche » de l’Etat, peuplé de plus de 3 millions d’habitants souvent regroupés dans des « communautés « sécurisées.

      A noter que ce comté avait voté pour le candidat républicain lors des deux succès de Barack Obama.

      Sur toute la Californie, deux comtés, peu peuplés (Butte et Inyo) ont basculé du vote Trump au vote Biden.

      Passons maintenant au vote de la partie Centre et Sud des USA, a priori très favorable à Donald Trump mais où quatre Etats, pour le moins, constituaient un « champ de bataille « de la campagne, à savoir le Texas, la Géorgie, la Floride et la Caroline du Nord.

      Sur les six Etats concernés, 119 votes qui avaient tous renforcé la majorité de Trump en 2016, avec des avances plus ou moins nettes.

      Donald Trump avait ainsi gagné en Missouri (523 000 voix de majorité), au Tennessee (652 000 voix), au Texas (plus de 800 000 voix), en Géorgie (210 000 voix), en Caroline du Nord (plus de 170 000 voix) et en Floride (un peu moins de 113 000 voix).

      Cette année, les données ont quelque peu changé.

      Dans le Missouri, pas de problème de fond pour le sortant.

      Il emporte 1 711 848 suffrages contre 1 242 851 pour Joe Biden.

      Au regard de 2016, la progression du sortant atteint environ 117 000 votes tandis que Biden gagne 170 000 voix et remporte, comme d’habitude, le vote sur Saint Louis et Kansas City, les deux principales agglomérations de l’Etat.

      A Saint Louis City, Joe Biden dépasse même les 82 %…

Il n’a cependant par retrouvé l’électorat favorable à Barack Obama qui, en 2008, avait failli emporter l’Etat, traditionnellement républicain mais voisin de l’Illinois.

      Dans le Tennessee, le schéma est un peu le même.

      Donald Trump arrive en tête avec 1 849 820 voix contre 1 139 376 pour Joe Biden, ce qui fait de l’Etat le seul où le sortant creuse l’écart avec son adversaire…

      Il gagne en effet 327 000 voix environ tandis que Biden progresse de moins de 270 000 suffrages.

         Ce qui n’empêche pas le candidat démocrate d’obtenir plus de voix que les candidatures Al Gore (2000), élu de l’Etat, et Obama (2008 et 2012).

      Le paradoxe est le maintien en pourcentage du score Trump et la progression du score démocrate de ce point de vue, de par la chute du vote en faveur des autres candidats.

      Comme d’habitude, le candidat démocrate arrive en tête à Nashville et à Memphis, les deux principales villes de l’Etat, avec plus de 64 % des votes.

      On imagine ce que cela donne dans certains comtés plus « ruraux ».

      Au Texas, la lutte a été homérique, avant que les résultats du « Panhandle » (cette partie du territoire texan, situé au Nord de l’Etat et de forme carrée) et des comtés en général ruraux n’assurent la majorité de Trump.

      Le candidat démocrate a obtenu sur l’ensemble de l’Etat 5 261 061  voix, contre 5 891 792 voix pour Donald Trump.

      Celui-ci a remporté la majorité absolue dans les vingt six comtés du Panhandle, correspondant aux grandes plaines texanes comme on les imagine dans les westerns classiques, même si elles sont parfois couvertes de puits de pétrole, maintenant…

      Ces comtés ont voté Trump avec des majorités écrasantes, souvent proches des 90 %.

      Joe Biden est arrivé en tête dans les grandes villes de l’Etat, telles Dallas (64 %), Houston (56 %), Austin (71 %), San Antonio (58 %) ou El Paso (66 %).

      Et il a remporté le comté de Tarrant, comportant entre autres la ville de Fort Worth, l’une des plus importantes de l’Etat.

      Le candidat démocrate remporte également la majorité des voix dans le comté de Williamson, dans l’agglomération d’Austin, ou dans le comté d’Hidalgo, situé à la frontière mexicaine, dont 90 % des résidents sont des Latinos…

      Joe Biden a remporté également le comté de Fort Bend, l’un des comtés à population aisée du pays, dans l’agglomération de Houston.

      Dans l’Etat de Floride, ou « Sunshine State », véritable maison de retraite au grand air pour une bonne partie des Nord – Américains venus d’ailleurs (la Floride a augmenté sa population de façon importante depuis quarante ans, passant de moins de 10 millions à plus de 21,4 millions de résidents) et refuge préférentiel des exilés cubains anti castristes.

      On se souvient qu’en 2000, les voix de la Floride avaient permis à George Bush fils de l’emporter, après une controverse juridique interminable avant que Barack Obama ne ramène l’Etat dans le camp démocrate, n’obtenant toutefois que 49,9 % des voix populaires en 2012.

      En 2016, Donald Trump a emporté la Floride avec 4 617 886 voix (48,6 %) contre 4 504 976 voix (47,4 %) pour Hillary Clinton.

      Pour l’heure, Trump l’emporte avec 5 668 731 suffrages (soit une progression de plus d’un million de suffrages) contre 5 297 045 voix pour son adversaire, qui ne gagne donc qu’un peu moins de 800 000 votes.

      Le résultat est dû en partie au comté de Miami Dade, où Biden ne retrouve pas les votes de Hillary Clinton tandis que Trump progresse de 200 000 suffrages, pratiquement.

      Dans le comté de Broward, voisin, Joe Biden est toujours largement en tête mais ne progresse que de 66 000 votes quand Donald Trump gagne 72 000 votes.

      L’écart (100 000 voix) se maintient dans le comté de Palm Beach , situé au Nord du précédent, mais comme la participation augmente, Biden reste aux alentours de 56 % des votes quand Trump passe de 40,9 à 43,3 %.

      Ce qui fait sans doute le malheur du candidat démocrate provient du vote des plus de 30 ans qui, quelque soit la tranche d’âge, votent plutôt Trump et d’une trop courte majorité chez les Latinos (52/47), puisqu’il a, par exemple, obtenu 58 % chez les Latinos du Texas, 56 % dans le Nevada, 77 % en Californie ou 63 % en Arizona (66 % chez les femmes de la communauté).

      Le vote Latino constitue, selon les sondages « boca de urna », 19 % de l’électorat floridien.

      L’électorat d’origine cubaine est favorable à Trump (56/41) mais les Latinos de Puerto Rico sont pro Biden (68/31), ce qui compense l’effet des premiers.

         Ceci posé, Biden arrive tout de même en tête dans la plupart des centres urbains de l’Etat (Tampa, Miami, Palm Beach, Jacksonville ou Tallahassee)

C’est donc dans la population WASP que Trump l’emporte (61/38), largement inscrite sur les listes électorales au titre du parti républicain et de sensibilité clairement conservatrice.

      Il se trouve aussi que la Floride continue d’être l’un des Etats les plus « vieux «  des USA, abritant une population retraitée importante, plutôt fortunée d’ailleurs.

      Une sorte de version américaine de la Côte d’Azur en taille XL, avec des problèmes croissants en termes d’environnement, soit dit en passant.

      Nous avons maintenant les deux Etats les plus disputés, à savoir la Caroline du Nord et la Géorgie, deux des Etats fondateurs de l’Union, qui avaient choisi le camp sudiste lors de la guerre civile dite de Sécession.

      La Caroline du Nord, c’est un Etat en relatif développement économique et démographique avec un quasi doublement de la population de l’Etat depuis 1980 (de 5,9 à 10,9 millions de résidents), avec trois grosses agglomérations constituées, d’une part, celle de Charlotte (autour du textile et des activités commerciales), puis celle de Raleigh (la capitale), centre d’un pôle technologique et, enfin, celle de Greensboro Winston Salem, cœur d’une grande activité tabacole, et du groupe Reynolds, exploitant entre autres les marques Pall Mall, Camel ou Kent…

      La Caroline du Nord est un peu la ferme de l’Amérique, d’autant que son climat plutôt agréable favorise autant l’élevage de dindes (mauvaise période en ce moment pour ce type de volatiles), des cochons ou la pisciculture que la culture du tabac, des patates douces.

      L’Etat comporte une minorité noire d’une certaine importance (plus de 20 % de la population) et plus de 8 % de Latinos, en majorité métis…

      Il figure également, comme beaucoup d’Etats sudistes, dans le peloton de queue du revenu des habitants.

      La faiblesse relative du mouvement syndical participe de cette situation et la situation de ce point de vue n’a guère évolué depuis le film « Norma Rae » de Martin Ritt (1979) où Sally Field incarnait une militante syndicale qui luttait pour imposer la présence d’un syndicat dans son usine textile, située précisément en Caroline du Nord.

      L’Etat était donc un swing state parce qu’il était allé dans l’escarcelle de Barack Obama en 2008 (pour quelques milliers de votes), que le Gouverneur démocrate y a été réélu et que deux des sièges de représentant sont allés au parti démocrate, accordant à celui-ci désormais cinq des treize députés de l’Etat.

      Mais, bien entendu, il s’agit de succès obtenus dans les districts urbains (Charlotte, Raleigh, Winston Salem et Greensboro) avec des majorités nettes.

      Avec 29 000 voix d’avance dans le premier district jusqu’à 341 000 suffrages dans le douzième (Charlotte) où le sortant démocrate n’avait pas d’opposant républicain…

      Pour le scrutin présidentiel, Donald Trump l’a emporté avec 2 758 775 voix contre 2 684 302 pour son adversaire, soit une avance de 75 000 voix environ sur l’ensemble de l’Etat.

      En 2016, Trump avait réuni 2 362 631 électeurs et Hillary Clinton  2 189 316 voix.

      Le gain est donc de 400 000 voix environ pour le sortant et de près de 500 000 pour le vainqueur. Joe Biden obtient cependant un nombre de suffrages jamais atteint par un candidat démocrate dans cet Etat

      La victoire de Trump, dans cet Etat, est due aux électeurs plus âgés, Blancs, protestants affirmés, conservateurs et plutôt riches, le score de Biden étant en effet supérieur à celui du sortant jusqu’à 100 000 dollars de revenus dans la famille.

      Reste le cas de la Géorgie.

      Cet Etat a déjà voté démocrate dans le passé, notamment quand il s’est agi d’élire l’un de ses natifs, Jimmy Carter, en 1976.

      Mais depuis, l’Etat est devenu un fief républicain, après avoir été longtemps l’apanage des « Dixiecrats », c’est-à-dire des démocrates racistes et conservateurs du Sud, pour certains nostalgiques de l’époque antérieure de la Guerre civile.

      En 2016, Donald Trump a gagné l’Etat en obtenant 2 089 104 voix contre 1 877 968 suffrages pour Hillary Clinton.

      Une victoire assez nette (plus de 210 000 voix d’avance) mais en baisse sur le succès de Mitt Romney face à Barack Obama en 2012 (près de 300 000 suffrages) ou de George Bush Jr face à John Kerry (plus de 550 000 voix).

      En 2018, lors de l’élection du Gouverneur de l’Etat, le sortant républicain, Kemp, ne l’avait emporté que de 55 000 voix environ, marquant donc déjà une forme de poursuite de l’évolution de l’Etat vers le camp démocrate.

      La Géorgie est un pur Etat sudiste, avec une population ayant quasiment doublé en quarante ans, dépassant désormais les 10,6 millions d’habitants avec une majorité blanche et près d’un tiers de Noirs.

      Et ce, notamment dans l’agglomération d’Atlanta, la capitale de l’Etat (qui n’est plus la ville ravagée d’Autant en emporte le Vent ), dont la population se situe aux alentours de 6 millions d’habitants pour l’aire métropolitaine et plus de 500 000 pour la cité olympique de 1996.

      La population est très majoritairement protestante, avec une présence spécifique de l’Eglise baptiste du Sud, et les catholiques sont minoritaires, avec moins de 10 % des résidents.

      Le dynamisme économique de l’Etat est réel avec de grandes entreprises comme Home Dépôt, Delta Airlines (du fait de l’importance de l’aéroport d’Atlanta notamment), UPS et surtout, la marque la plus connue de l’économie géorgienne, à savoir Coca Cola.

      Sans compter le siège de CNN et d’autres télévisions comme TCM, TNT ou TBS, ou, plus concrètement, d’un grand nombre des artistes et entreprises de spectacle de la communauté noire, notamment dans le champ du hip hop et du rhythm and blues.

      Le niveau de formation de la population s’est également relevé, le niveau d’éducation se rapprochant du standard national (31 % contre 32 %), même si le revenu moyen des Géorgiens demeure toujours inférieur de 5 000 dollars à la moyenne nationale.

      Le succès de Joe Biden se mesure d’abord par le nombre des suffrages.

      L’ancien vice Président a obtenu,    après plusieurs recomptages, en effet 2 474 507 voix contre 2 458 378 suffrages pour Donald Trump.

      Un écart réduit (12 670 votes) mais qui traduit une progression de 597 539 voix pour les démocrates, contre une progression de 372 733 suffrages pour le Président sortant.

      En gros, les démocrates ont vu leur électorat augmenter de 30 % contre une hausse de 15 – 17 % pour les républicains.

      Le succès de Biden doit beaucoup aux Noirs, aux jeunes, aux femmes, aux électeurs à revenus modestes comme aux diplômés, tandis que les électeurs « petits Blancs » ont eu tendance à suivre le vote Trump.

      Bien entendu, le score démocrate doit au vote des grandes agglomérations, qu’il s’agisse d’Atlanta, de Columbus ou de Savannah.

      Dans les comtés de l’agglomération d’Atlanta, Joe Biden a réuni un nombre important de votes.

      Sur neuf comtés autour d’Atlanta, contigus les uns aux autres, où Joe Biden arrive en tête, il recueille en effet un total de 1 425 556 voix quand le sortant réunit 649 753 voix, soit un rapport 70/30 environ particulièrement préjudiciable au candidat républicain.

      On notera également que les bureaux de vote de ces comtés étaient souvent particulièrement dotés en électeurs, allant parfois jusqu’à près de cinq mille inscrits.

      A contrario, un comté comme le comté de Ware, votant massivement pour Donald Trump, disposait d’un bureau de vote pour environ 1 700 inscrits.

      Dans celui de Clinch, votant Trump à plus de 73 %, les 4 000 électeurs enregistrés disposaient de cinq bureaux de vote.

      Même chose pour le comté de Cook (qui doit son nom à un ancien officier de l’armée confédérée) qui vote à près de 70 % pour le Président sortant, les électeurs y disposant de 8 bureaux pour un peu plus de 10 600 inscrits.

      Dans ces élections et donc, ici, singulièrement dans l’Etat de Géorgie, dont le Gouverneur est républicain, le fait de gonfler le nombre des inscrits de chaque bureau de vote participe des conditions de déroulement des opérations électorales.

      Et influer d’autant sur la participation réelle des électeurs.

      N’oublions pas que, lorsque les Etats Uniens votent, leur bulletin de vote est un catalogue d’élections et de consultations diverses, ajoutant des sénatoriales, des législatives, des élections de Gouverneur, des élections locales (du sheriff à l’intendant de l’éducation) et des referenda au scrutin présidentiel.

      Pour donner un exemple, les Californiens, outre les scrutins destinés à élire des représentants et élus nationaux ou locaux, avaient cette année à répondre à rien moins que quinze referenda, portant sur des sujets aussi divers que l’étude des cellules souches, les droits des sortants de prison, le statut des livreurs de repas à domicile (une dangereuse initiative, d’ailleurs adoptée, faisant des chauffeurs et livreurs Uber des travailleurs indépendants) ou le financement des écoles…

      De fait, les électeurs mettent donc un temps certain (sinon un certain temps) à accomplir leur devoir civique.

      Toujours est il que le basculement de la Géorgie dans le camp démocrate a consacré l’échec de la candidature Trump et la victoire de Joe Biden.

         Au-delà de cette dernière observation, on notera que c’est la première fois dans son histoire que la Géorgie vote démocrate dans la configuration d’un électorat où les Noirs sont, enfin, à peu près à égalité avec les Blancs.

      L’épilogue est que l’Etat des pêchers va être au cœur de la vie politique américaine des prochaines semaines.

      Notamment parce qu’il va y avoir, en janvier, un second tour (runoff) pour les deux sièges de Sénateur de l’Etat et qu’une victoire des démocrates dans ce scrutin donnerait à Kamala Harris le rôle d’arbitre entre les deux partis au Sénat.

      En effet, le rapport de forces est pour le moment de 50 sièges républicains contre 48 démocrates et apparentés au sein de cette Assemblée.

      Les démocrates ont échoué à regagner le siège du Maine qui était en jeu, ce qui fait la fortune provisoire des républicains.

      DES LECONS A TIRER

      Le mandat de Donald Trump a été marqué, comme cela fut abondamment commenté en France, par une radicalisation politique assez marquée de l’opinion publique états unienne, illustrée notamment par la densité de la campagne électorale, aiguisée sur les questions de discrimination raciale, d’environnement et de santé publique.

      Le principal fait à tirer de ses élections est probablement le relèvement assez sensible de la participation électorale, lié au processus d’inscription des populations minorisées, singulièrement dans le Sud des Etats Unis, le basculement de la Géorgie rendant possible la construction d’un vote démocrate d’une autre nature, dans ces régions, que celui qu’il pouvait avoir dans les années 50 ou 60.

      Le succès de Joe Biden dans le Sud, alors qu’il s’agit d’un candidat Catholique d’origine irlandaise (ce n’est que la seconde fois que les Etats Unis se choisissent un Président catholique et le premier était …John Fitzgerald Kennedy) doit beaucoup à une forme de prise de conscience politique de la communauté afro américaine du poids politique qu’elle peut exercer dans le pays et de la place qu’elle pourrait y prendre. 

      Qu’en est il de ce mouvement dans le Sud profond, c’est-à-dire les Etats de la Confédération qui, à l’exception de la Virginie, avaient tous voté Trump en 2016 ?

         Sans entrer dans le détail, dans la plupart des Etats du Sud, si les deux candidats ont enregistré une progression du nombre de leurs voix, le candidat démocrate a, en général, réduit l’écart, au moins en pourcentage, entre lui et le Président sortant.

         Notamment parce sa progression en voix a souvent été aussi importante que celle du sortant.

         La conquête de la Géorgie et certains résultats sur la façade atlantique, comme l’amplification de la victoire en  Virginie, le succès dans deux circonscriptions électorales de Caroline du Nord des candidats démocrates face aux Républicains sortants, le gain du 7e district en Géorgie (ces trois sièges sont les seuls gains démocrates enregistrés pour l’heure aux élections législatives du 3 novembre) manifestent un début de modification des rapports de forces électoraux dans cette partie du pays.

         LA QUESTION DES DEPENSES ELECTORALES

         Le moins que l’on puisse dire est que la mobilisation de l’électorat qui a accompagné ce scrutin, paradoxalement facilitée par les contraintes de la pandémie Covid 19, a aussi été poussée par une intense campagne publicitaire dont les montants engagés ont atteint, eux aussi, des sommets inégalés.

         Le montant total des dépenses s’est élevé à plus de 3,7 Mds de dollars, dont l’essentiel (près de 3,1 Mds) a été réuni par les candidats démocrates.

         Et notamment du fait de l’environ de plus d’un milliard de dollars par le seul Michael Bloomberg, tiré de sa fortune personnelle, pour une campagne vite interrompue, vu les calamiteux résultats obtenus lors des premières élections primaires où il s’était aligné.

         Les deux finalistes ont réuni également des sommes importantes.

         Joe Biden a levé 937,7 millions de dollars (il a engagé de fortes dépenses dès les primaires, notamment pour écarter Bernie Sanders et ses 200 millions de dollars de dons inférieurs à 200 dollars pour plus de 95 %) et Donald Trump a mis 595,9 millions de dollars dans sa propre campagne.

         Le Président sortant a reçu plus de 58 millions en Californie, 52 au Texas et 48 en Floride, les trois Etats qui ont le plus contribué au financement de sa campagne.

         Il a dépensé près de 545 millions de dollars dans le strict cadre de sa campagne électorale.

         On notera que les dons supérieurs à 2 000 dollars ont rapporté plus de 86 millions de dollars pour le candidat républicain.

         Joe Biden, pour sa part, qui a engagé des sommes plus importantes, puisqu’il aura finalement dépensé plus de 777 millions de dollars pour sa campagne, ce qui fait qu’il lui reste tout de même pas mal de fonds.

         La Californie (plus de 128 millions), l’Etat de New York (plus de 63 millions) et la Floride (plus de 31 millions) sont les trois principaux contributeurs de la campagne Biden.

         Sur le fond, il n’est pas très étonnant que les deux principaux candidats aient obtenu des financements dont l’importance est certes à la hauteur de la taille du pays et du nombre d’électeurs à convaincre, mais qui laisse rêveur par rapport à ce qui se pratique en France.

         On rappellera qu’en 2017, le plafond de dépenses électorales autorisé pour la présidentielle se situait à 22,5 millions d’euros (27 millions de dollars en 2020) pour les candidats parvenus au second tour.

         Le total dépensé par les candidats en France s’est élevé à 74 millions d’euros, soit environ 89 millions de dollars 2020 (moins de 3 % du total constaté aux USA pour l’ensemble du cycle présidentiel, primaires comprises).

         Les donateurs se comptent évidemment par centaines de milliers, ne serait ce que parce que les candidats ont des circuits fort divers de financement.

         Bloomberg, groupe d’informations économiques autant que générales, a ainsi pu déterminer que les professions intellectuelles supérieures (professeurs d’Université, scientifiques), les travailleurs sociaux, les artistes et acteurs, les ingénieurs, entre autres exemples avaient assez massivement contribué à la campagne de Joe Biden.

         Ainsi, le candidat démocrate aurait obtenu un soutien financier de 84 % des 187 000 enseignants identifiés comme donateurs, ou de 94 % des 61 000 professeurs (on suppose d’Université) ayant accompli le même acte.

         Même tendance chez les avocats avec 84 % des 127 000 donateurs de la profession pour Biden ou de 68 % des 148 000 ingénieurs concernés.

         Le président sortant a obtenu des proportions significatives de donateurs dans des professions plus « manuelles » mais c’est souvent sur des effectifs qui ne permettent pas de conclure absolument au soutien massif de ces catégories à sa politique.

         Ainsi, récupère t il le soutien de 76 % des chauffeurs routiers et de 73 % des employés de maintenance, mais cela se fait sur des effectifs de 24 000 et 12 000 donateurs…

         Si on examine les donateurs issus du personnel des GAFAM, on se rend compte que 27 000 salariés et dirigeants de ces entreprises ont contribué à la campagne Biden contre seulement 3 200 pour celle de Trump.

         La tendance est la même dans les entreprises du secteur pharmaceutique (83 % des donateurs pour Biden chez Johnson and Johnson, 79 % chez Merck ou 77 % chez Pfizer) et il est sans doute inutile de relever ici l’ensemble des pourcentages atteints dans les milieux universitaires.

         Notons juste Columbia (97 % des 1 900 donateurs), Yale (91 % de 2 200), Harvard (96 % de 2 800 donateurs), Stanford (95 % de 3 000 donateurs) ou l’Université de Californie (94 % de 12 000 donateurs).

         Trump n’a vraiment dominé Biden, en termes de donateurs, que dans deux corps assez particuliers : celui de la police de New York (NYPD, où tous les agents ne sont pas membres de l’Unité Spéciale Victimes de Mariska Hargitay) et le corps de l’US Marines….

         Il a également partagé le nombre des donateurs de l’US Army, et engrangé un certain volume de soutiens chez Uber, Mc Donald’s ou encore chez United Postal Services et Lockheed Martin, entreprise directement intéressée par les dépenses militaires…

         Plus concrètement, les plus importants donateurs de la campagne Trump sont les PDG de Pan Am Systems (compagnie ayant repris le nom de la défunte compagnie aérienne pour exploiter, entre autres, des lignes de chemin de fer), d’Energy Transfers (entreprise directement intéressée par le soutien de Trump à la réalisation d’un pipeline dans le Dakota, particulièrement décrié), Geoffrey Palmer du groupe GH Palmer Associates (société de promotion immobilière), Linda Mc Mahon, patronne de WWE, c’est-à-dire de l’un des principales franchises US de sports spectacle (ici le catch) et ayant étendu ses activités sur l’événementiel ; Stephen Schwarzman, patron du fonds d’investissement Blackstone et grand ami de Donald Trump, spécialisé dans l’investissement dans les activités et parcs de loisirs entre autres (Legoland, SeaWorld,…) ; la famille Uihlein, dont le groupe Uline est spécialisé dans la vente d’emballages et de meubles de rangement ou encore Diane Hendricks, co fondatrice de ABC Supply, entreprise de fabrication de matériaux et outils de construction.

         La liste des grands donateurs de la campagne de Trump comporte aussi le nom de Patricia Duggan, épouse de Robert Duggan, PDG du groupe pharmaceutique Summit, classé par Forbes 378e fortune des USA.

         Patricia Duggan, comme son mari, appartient à l’Eglise de Scientologie dont elle est l’un des principaux généreux donateurs.

         Cette année, elle a engagé 3 millions de dollars dans le fonds de campagne « America First » destiné à la campagne de Donald Trump.

         Les donateurs les plus généreux pour Joe Biden sont parfois peu connus mais non moins prodigues.

         Le premier donateur est Donald Sussman, PDG du fonds d’investissement Paloma Partners, et le second James Simons, de Euclidean Capital, autre fonds d’investissement qui s’est particulièrement lancé dans les entreprises de biotechnologies et de santé dans la dernière période.

         Vient ensuite Deborah Simon, du groupe Simon Property Group, entreprise spécialisée dans la location de locaux compris dans des centres commerciaux (elle est d’ailleurs propriétaire d’une partie de Klépierre, ancienne filiale spécialisée de la BNP dans cette activité) qui a donné plus de 6 millions de dollars.

         On trouve aussi le PDG d’Arista Networks, l’un des leaders de l’informatique, ou encore celui de Baupost Group, fonds d’investissement domicilié à Boston et Londres, tout comme celui de Greylock Partners, fonds très engagé dans les nouvelles technologies, avec des parts dans Facebook, Dropbox, LinkedIn, entre autres.

         Dans un registre un peu différent, le premier PDG d’e Bay, James Skoll, a apporté deux millions de dollars et Steven Spielberg, le réalisateur de films, deux millions et demi.

         Quant à James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, magnat de la presse bien connu, il a apporté 1,6 million de dollars, alors que son père est un donateur historique du parti républicain.

         Et de la plupart des partis néo conservateurs des pays où le groupe est implanté.

         On rappellera ici que le groupe contrôle le New York Post, seul titre local plutôt favorable à Donald Trump, le Dow Jones et le Wall Street Journal, mais aussi la chaîne de télévision Fox News.

         Il est évident que de tels soutiens accordés à l’ancien Sénateur du Delaware ne peuvent être sans effets sur les choix politiques qui pourraient être formulés par l’équipe Biden, une fois installée aux commandes du pays.

         UNE CONCLUSION DE LA CONCLUSION

         Il n’est pas interdit de penser que, finalement, tout commence.

         Outre les péripéties du dépouillement électoral qui, au fil des jours, rendent de plus en plus ridicule l’attitude du sortant et signent la victoire de son opposant démocrate, la réalité politique américaine est en devenir.

         Avec une participation inégalée, en termes d’électeurs finalement mobilisés, et des records de votes battus dans bien des cas par les deux principaux candidats du scrutin, il semble bien que le pays connaisse, d’une certaine manière, une forme d’accroissement de sa « politisation ».

         Une politisation qui va de pair avec des contradictions vives dans les rapports entre chaque camp, mais aussi dans le rapport de forces interne dans chaque camp, le parti démocrate étant de ce point de vue traversé par des contradictions vives entre la tendance la plus à gauche (incarnée par exemple par Alexandria Ocasio Cortez) et les courants centristes modérés de l’appareil démocrate, respectueux des acteurs de Wall Street et des nouvelles technologies friands d’optimisation fiscale.

         On le voit, notamment avec la fameuse proposition 22, soumise au vote des Californiens, referendum visant à faire des chauffeurs Uber et des livreurs de repas à vélo des travailleurs indépendants par principe, et finalement adoptée par les électeurs.

         Le scrutin a donné 58,6 % en faveur de la proposition formulée, tandis que 41,4 % des électeurs ont donc voté pour permettre aux travailleurs concernés de continuer d’être considérés comme salariés.

         L’écart s’avère être de 3 millions de voix au total, avec une certaine homogénéité sur le territoire de l’Etat.

         Sauf que la région de San Francisco a clairement voté contre (comtés de Marin, d’Alameda, de San Mateo, entre autres) tandis que Frisco elle-même a enregistré un NON victorieux à 59 %.

         Les comtés républicains ont voté OUI, sans surprise… Et souvent dans des proportions importantes.

         Le changement politique sera-t-il au rendez vous de la présidence Biden, au demeurant suspendue au résultat des élections de mid term en 2022.

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