ELECTIONS EUROPEENNES : VERS LE VOTE RECROQUEVILLE D’UN CONTINENT VIEILLISSANT EFFRAYE PAR LE MONDE AUTOUR DE LUI…

Ces quatre forces politiques, engagées dans une compétition de longue haleine, deux ans avant le rendez vous cardinal du printemps 1981, s’étaient en effet partagé les 81 sièges de la représentation française et rien moins que 17 807 567 suffrages sur 20 242 347, soit 87,97 % des exprimés.

Ce qui fait que 12 % des électeurs avaient voté pour des listes n’ayant pas obtenu le moindre élu.

En 2014, les quatre premières listes (FN, UMP, PS et UDI) rassemblaient 13 191 199 suffrages, soit 69,59 % des exprimés.

Les électeurs ayant voté pour des listes sans élu constituaient alors près de 15 % des suffrages exprimés.

Cette année, avec plus de trente listes (dont une part importante n’ont pas même les moyens de faire imprimer leurs bulletins de vote et leurs affiches officielles qui manqueront sur les panneaux prévus à cet effet), nous sommes confrontés à une forme d’inflation qui contredit la tendance générale à la désaffection des urnes.

Ne semblent en effet plus manquer au paysage que la Fédération des Européens Unitaires, la Mouvance Européenne Radicale Démocrate et Ecologique, le Rassemblement International des Républicains Européistes, l’Alliance Interprofessionnelle des Libéraux Européens, entre autres mouvements qui, à l’instar du Parti d’Action Fédéraliste et du Mouvement pour une Europe Unie et Humaniste, n’ont pu trouver suffisamment de ressources pour se présenter devant les électeurs.

Ce choix élargi des électeurs se matérialise par un embarras provenant du fait que la ligne idéologique, si tant elle qu’il y en ait une, des listes en présence est parfois relativement proche.

Songez qu’à gauche, l’électeur a le choix entre l’indéfectible liste de Lutte Ouvrière, celle du PCF, celle de la France Insoumise, celle du PS, celle de Générations, celle d’Europe Ecologie, la liste féministe « A voix égales », sans oublier la liste Espéranto, eu égard au projet initial du Docteur Zamenhof, et que la liste de la Décroissance, celle du Parti animaliste ou la liste Parti révolutionnaire Communistes sont autant d’autres choix possibles.

A droite, même embarras.

Relevons d’ailleurs ici l’inanité de certains slogans et affirmations de campagne.

Comme ce mythe de l’Europe de paix depuis 70 ans qui oublie les conflits larvés menés en Irlande du Nord et la guerre ouverte déclarée en Yougoslavie au début des années 90, aux bons soins de l’Allemagne fédérale et du Vatican, empressés de déclarer l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie.

Nous pourrions aussi gloser sur le slogan de la liste des Républicains «  Refonder l’Europe, rétablir la France » puisque, depuis 1979, le PPE (Parti populaire européen) auquel ils sont rattachés a partagé le pouvoir avec le PSE et présidé à maintes reprises la Commission Européenne, y compris encore aujourd’hui avec Jean Claude Juncker, l’ex premier Ministre du Grand – Duché de Luxembourg.

L’Europe telle qu’elle est est donc le produit de l’action du PPE.

Difficile d’incarner le changement dans ce cadre.

On aura aussi relevé que les Socialistes nous parlent toujours d’Europe sociale, qui doit être leur leitmotiv depuis 1979 et qui semble demeurer un objectif à poursuivre au milieu de tous les compromis qu’ils ont dû passer avec leurs convictions et le …PPE.

Les candidats de la liste de la République en Marche devraient s’affilier à un groupe centriste, celui de l’Alliance des Libéraux et Démocrates Européens présidée par le Belge Guy Verhofstadt, vieux routier de la politique de son pays et partisan, entre autres, de la rupture de la règle de l’unanimité en Europe.

Un Guy Verhofstadt qui, entre deux mandats, exerça ses talents comme administrateur d’un fonds de pension et d’une société de portefeuille présente dans Danone, des sociétés de distribution et des « entreprises d’investissement » domiciliées au Luxembourg.

Même administrateur indépendant, notre Guy était susceptible de générer, par ces activités, de futurs conflits d’intérêt…

A la vérité, l’Europe est tout à la fois, dans le discours entendu, soit la promesse d’une indicible félicité qui ne s’appuie pas sur grand-chose de concret (la plupart des acquis prétendus de l’Union comme Airbus, Erasmus ou bien d’autres ne sont en effet que le produit de coopérations bi ou multilatérales différentes. A tel point que l’Espagne a contribué au programme Airbus avant même que le pays n’adhère à la Communauté Economique…), soit sur la description d’un univers épouvantable qui ne correspond pas plus à la réalité.

Dire que l’Europe a besoin de changement est une évidence, ne serait ce que du fait du développement des inégalités sociales et territoriales entre les différents pays de l’Union, ou par la persistance d’une fraude fiscale particulièrement significative, notamment dans les circuits intracommunautaires…

Le vieillissement accéléré de sa population constitue, de mon point de vue, l’un des problèmes majeurs de l’Union, bien plus qu’une prétendue « vague migratoire » qui a concerné, en 2018, un peu plus de 113 000 personnes (contre 172 000 en 2017), soit …0,02 % de la population résidant dans l’ensemble des vingt – huit pays de l’Union.

On comprend aisément l’inquiétude et les sueurs froides de Viktor Orban et de Matteo Salvini devant le risque couru puisqu’à ce train-là, quand même, il faudra donc 5 000 ans pour que les migrants soient aussi nombreux que les actuels Européens…

Pendant ce temps – là, le roi de Jordanie et le Président de la République libanaise comptent les centaines de milliers de Palestiniens établis chez eux, faute d’avoir, depuis soixante dix ans, pu attester de l’existence d’un Etat digne de ce nom aux côtés d’Israël.

Donc l’Europe vieillit, à la notable exception de la France et de l’Irlande, pour peu que je me souvienne…

En attestent les soldes naturels négatifs (donc nombre de décès plus important que celui des naissances) qui affectent des pays comme l’Allemagne fédérale, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Hongrie ou encore la Bulgarie.

Alors même que, dans le même temps, c’est l’accroissement naturel qui explique 80 % de la hausse de la population française.

L’Italie est ainsi devenue un pays où la population âgée est plus importante que celle des moins de quinze ans, mais dans des proportions moindres qu’en Allemagne fédérale.

Comme les plus de 65 ans constituent 20,6 % des Allemands (et de fait, 23,8 % des plus de quinze ans) on peut penser que leur poids électoral relatif se situe, une fois corrigé l’effet de l’abstention, entre 30 et 35 % des votes.

Est-ce là la source des votes plus ou moins attendus par les sondages ?

Nous le verrons dimanche.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.