FRANCOIS HOLLANDE SUR LES TRACES DE GUY MOLLET ?

On notera d’ailleurs que le Gouvernement français, d’un seul coup seul associé (avec les monarchies féodales plus ou moins éclairées du Golfe Persique et les supplétifs assez ordinaires des USA que sont l’Australie et la Nouvelle Zélande) de la possible expédition punitive US, s’est trouvé d’un coup confronté à une situation où l’enjeu principal du débat (l’intervention militaire) était volontairement occulté par deux considérations principales.

La première, c’est celle de la morale, étant entendu que le régime de Bachar El Assad est insupportable pour tout esprit libre, il convient de le « punir » d’avoir usé des armes chimiques.

Argument qui, hélas, souffre de deux difficultés majeures.

La première, c’est que l’on fait dans ce cas une balance effroyable entre les 100 000 et quelques victimes et tués recensés depuis le début de la guerre et les 231 tués (ou peut – être plus) de l’attaque chimique du 21 août.

La deuxième, c’est que la condamnation vient de pays (France, USA) qui directement ou par personne interposée (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite,…) ont en quelque sorte jeté de l’huile sur le feu en décidant de développer l’armement des rebelles, donc de choisir un camp contre l’autre et d’encourager l’escalade guerrière et militaire…

La morale, hélas, n’a pas grand-chose à voir avec la diplomatie et même le droit international, comme le rappelait la semaine dernière dans une entrevue avec le Parisien l’ancien Ministre Jean Pierre Chevènement (dont on rappellera qu’il avait démissionné lors de la Guerre du Golfe, entraînant dans son refus de l’aventure militaire au Koweït et en Irak ceux qui, avec lui, allaient constituer le Mouvement des Citoyens) et comme l’a de nouveau souligné Rony Brauman, à « titre personnel », hier encore à la télévision.

L’ancien président de Médecins sans frontières qui s’était déjà opposé à l’intervention militaire en Libye, est dubitatif sur l’efficacité d’une intervention militaire qui ne peut être que « symbolique » et ne doit pas éloigner de la nécessaire solution politique au problème du pays.

Rony Brauman a même utilisé, parlant des pays occidentaux, l’image éclairante de « l’instituteur punissant le mauvais élève », pour mieux faire comprendre encore son rejet de l’expédition prévue.

Devant la difficulté à faire comprendre le caractère salutaire de la « punition » envisagée contre le régime de Bachar El Assad, on notera très vite qu’est venue se poser la question de savoir s’il convenait de faire voter le Parlement français.

Une sorte de second écran de fumée, destiné à souligner que nous pourrions « démocratiquement » en quelque sorte nous retrouver parfaitement seuls au monde ou presque pour aller bombarder la Syrie avec la précision, déjà connue, des missiles de croisière US et des missiles intercepteurs type Patriot.

Au demeurant, sur un plan tactique, une question parfaitement stupide se pose.

Et nécessite que nous la posions ici.

Attendu que l’on souhaite priver le régime en place en Syrie d’utiliser l’arme chimique, que faut – il bombarder ?

Les usines ou les stocks ?

Parce que, sauf si je n’ai pas bien compris, mais faire sauter un dépôt de munitions chimiques, c’est-à-dire des obus chargés de gaz neurotoxiques ou asphyxiants, n’est – ce pas le meilleur moyen d’assurer la diffusion du contenu de ces obus, avec des conséquences pour l’environnement immédiat et tout ce qui peut y vivre, notamment ?

Passons maintenant aux questions qui se posent réellement.

Faire voter les parlementaires de notre pays pourrait être une bonne idée mais encore faudrait – il savoir pour quelles dispositions.

Et c’est là que les affaires se gâtent.

Parce qu’à bien y regarder, le PS français et le Gouvernement qu’il soutient est peut – être bien la seule force politique social – démocrate du Monde (avec peut – être le Labour israélien qui pense que la paix est possible avec les Palestiniens si ceux-ci acceptent de procéder à des échanges de territoires et de céder quelques morceaux de la Cisjordanie) qui pense qu’il faille punir Assad.

Or, chacun sait, depuis le début, que l’intervention militaire à courte vue n’est pas la solution.

Et que les exemples de l’Irak, d’Afghanistan et de Libye, avec leurs développements, leurs changements de pied, leurs retournements d’alliance (les USA soutinrent longtemps les taliban en Afghanistan jusqu’au jour où ils décidèrent de les combattre…) sont là pour montrer que le droit d’ingérence n’est pas une réussite exemplaire.

Et l’on ne parle pas du Kosovo, devenu «un Etat mafieux » au cœur de l’Europe ou de la Somalie, qui n’est plus un Etat mais le simple champ de bataille de bandes armées plus ou moins « religieuses » qui se partagent les dépouilles d’un pays qui fut…

Là où la situation de notre PS est délicate, c’est que de nombreux partis de l’Internationale socialiste, même les plus « recentrés », sont clairement opposés à tout aventurisme militaire.

Ainsi, Phil Goff, secrétaire du parti travailliste néo – zélandais aux Affaires Etrangères et ancien candidat du parti au poste de Premier Ministre, indique t – il, dans un communiqué que son pays doit prendre des initiatives politiques sur la Syrie.

Il souligne notamment que l’Australie voisine étant appelée à présider le Conseil de Sécurité des Nations Unies, la proximité des liens entre les deux pays doit favoriser l’action diplomatique de la Nouvelle Zélande.

Et de recommander, notamment, que son pays fasse débattre à l’ONU d’une résolution mettant un terme à la livraison d’armes par toute puissance extérieure (la Russie et l’Arabie Saoudite sont citées expressément) aux combattants des deux côtés.

Dans un autre registre, le Parti des Travailleurs, au pouvoir au Brésil, condamne pour sa part les ingérences étrangères dans les affaires syriennes et rappelle que le conflit ne peut trouver de solution acceptable que dans le cadre de l’ONU.

Beaucoup plus près de la France, le candidat SPD à la Chancellerie allemande, Peer Steinbruck, a formulé un certain nombre de propositions.

Il invite ainsi l’ONU, outre le fait de mener les enquêtes nécessaires sur l’usage des armes chimiques (ne serait – ce que pour répondre à la lancinante question : l’usage des armes chimiques est – il le fruit d’une stratégie concertée, décidée au plus haut niveau de l’Etat syrien ou la résultante de l’initiative d’un officier supérieur, prise indépendamment des ordres ?), à promouvoir un cessez le feu de soixante – douze heures et l’envoi d’une force d’interposition, destinée à maintenir la paix en Syrie.

En attendant de lancer le processus indispensable de discussion politique sur l’avenir du pays, sachant que si le régime est décrié, l’opposition est loin de présenter un front uni.

La solution des problèmes n’est jamais simple et il faut de la patience.

Mais elle n’est sans doute pas dans cette option mollettiste du gouvernement français, proche de réitérer sur le dossier syrien l’aventureuse expédition de Suez où elle eût la mauvaise idée de ne s’entourer que du soutien des Britanniques et d’Israël pour une victoire militaire éclatante, assortie d’un désastre diplomatique de proportion exactement inverse.

D’autant que le canal de Suez fut effectivement nationalisé par l’Egypte et que nos navires durent s’acquitter du droit de passage comme les autres.

Le grand problème du positionnement actuel du PS français et du Gouvernement est de prétendre faire respecter le droit international au moment même où il serait violé (intervention hors champ des résolutions de l’ONU) par ceux qui en seraient les défenseurs.

On ne peut pas marchander la réfection de quelques frégates saoudiennes par la DCNS (dont l’activité est réelle sur le site de Lorient, ville d’élection du … Ministre de la Défense, Jean Yves Le Drian) contre un nouveau coup de canif porté contre le droit international.

Et l’autre difficulté, c’est que la multiplication des interventions militaires aux objectifs plus ou moins avérés ou acceptables ne peut remplacer l’offensive diplomatique permanente que nous mènerons d’ailleurs de moins en moins, puisque nous sommes en train de réduire notre présence internationale en fermant quelques ambassades à faible activité et consulats…

Réduire notre politique extérieure à l’envoi de la fameuse « force projetable » d’une dizaine de milliers de combattants que nous avions vu à l’œuvre pendant la guerre du Golfe est un pur non – sens.

La France vaut et mérite mieux que cela.

PS quitte à intervenir sur tous les pays de la planète où l’on massacre les civils par tous les moyens, que fait – on de plus, par exemple, que d’apporter un soutien humanitaire aux organisations non gouvernementales qui interviennent depuis une bonne vingtaine d’années dans le conflit intérieur (et en partie extérieur) qui ravage le Congo (ex Zaïre et ex Congo Kinshasa) et aurait fait huit millions de victimes ?

Je sais bien qu’une partie des rebelles de l’Est du pays sont directement aidés par le Rwanda et que la France a eu, dans ce pays, une attitude équivoque, mais tout de même…

Ah oui, vu aussi que Michèle Cotta, grande journaliste et fille de l’ancien maire SFIO de Nice à la Libération, Jacques Cotta (son frère porte le même prénom), recommandait dans une chronique dans un grand hebdomadaire de ne pas intervenir militairement en Syrie.

 

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