GRAND EST ET HAUTS DE FRANCE : DANS LE FIEF DU FRONT NATIONAL ?

Loin devant Xavier Bertrand et ses 558 360 suffrages (24,96%), plus encore devant la liste PS de Pierre de Saintignon dotée de 405 189 voix (18,12%) et la liste Front de Gauche de Fabien Roussel, 119 084 voix (5,32%).

On sait ce qu’il advint de l’affaire avec le retrait de la liste PS, conduisant à priver la région de tout élu de gauche.

Dans le Grand Est, qui n’avait pas encore trouvé ce nom génial mais regroupait pour autant Champagne Ardennes, Lorraine et Alsace, le lieutenant Florian Philippot était chef de file d’une liste FN réalisant 641 122 voix, soit 36,06 % des voix.

Loin devant la liste du sénateur Les Républicains Philippe Richert, doté de 459 138 voix, soit 25,83 %

A gauche, la liste PS de Jean Pierre Masseret (qui a soutenu Emmanuel Macron lors du scrutin présidentiel) avait atteint 16,11% et 286 438 voix, la liste EELV PRG recueillant 119 111 suffrages et 6,70 % tandis que la liste du Front de Gauche, victime de désaccords stratégiques (certains élus sortants étaient sur la liste Masseret), avait réuni 54 636 voix, soit 3,07 %.

Comme nous l’avons dit, tous les départements des deux Régions, à l’exception du Bas Rhin qui avait choisi la liste Richert,  avaient voté pour le FN.

Là, c’est grand chelem.

Dans le détail, en commençant par le Grand Est, cela donne

Ardennes : 47 578 voix FN, 32,41 % au lieu de 33 690 voix, 38,54 % aux régionales.

Aube : 48 842 voix, 30,33 % au lieu de 38 915 voix, 40,42 %

Marne : 82 473 voix, 28,07 % au lieu de 64 273 voix et 37,29 %

Haute Marne : 34 027 voix, 33,22 % au lieu de 26 843 voix, 42,20 %

Meurthe et Moselle : 98 194 voix, 25,86 % au lieu de 79 810 voix, 34,88 %

Meuse : 34 602 voix, 32,32 % au lieu de 26 908 voix, 40,32 %

Moselle : 158 549 voix, 28,35 % au lieu de 122 359 voix, 38,90 %

Bas Rhin : 147 595 voix, 24,69 % au lieu de 111 993 voix, 30,65 %

Haut Rhin : 109 704 voix, 27,16 % au lieu de 85 067 voix, 34,73 %

Vosges : 63 923 voix, 29,12 % au lieu de 51 264 voix, 37,19 %

En clair, la plus forte participation électorale augmente le nombre de suffrages de Marine Le Pen, mais son pourcentage diminue partout, entre 6 et 10 %.

Le gain en voix existe (il est même de quelque chose comme 184 000 voix environ) mais il est inférieur à la progression générale du nombre des exprimés.

Qui atteint 1,2 million d’électeurs…

Lors de la présidentielle 2012, Marine Le Pen avait atteint 700 176 voix, ce qui lui donne une hausse de 125 000 voix cette année.

Emmanuel Macron a obtenu 615 682 voix (20,72%), un score bien supérieur à celui de la liste Masseret mais que nous devons comparer, dans les faits, au total Hollande Joly Bayrou de 2012.

Il y avait 473 676 voix en Lorraine, 251 008 en Champagne Ardenne et 334 566 en Alsace, soit 1 059 250 suffrages.

Là, nous avons donc 615 682 votes Macron et 151 311 votes Hamon, soit un débours de plus de 290 000 voix sur 2012.

Le bloc de gauche a connu une certaine évolution du côté de la candidature Melenchon.

72 378 voix en Alsace en 2012, plus 62 132 voix en Champagne Ardenne, et 133 610 en Lorraine, soit 268 120 votes devenus 484 650 voix cette année, soit une progression de 216 530  suffrages !

Un quasi doublement des voix en Alsace, illustré par le cas de Strasbourg où Jean Luc Mélenchon dépasse les 24 % ou celui de Mulhouse, où il atteint 22,7 % et se retrouve à seulement 17 voix derrière Emmanuel Macron.

François Fillon n’a pas retrouvé la performance de Nicolas Sarkozy, déjà en recul sur 2007.

En 2012, le candidat de la droite faisait 326 317 voix en Alsace (Sarkozy étant en tête sur la Région avec plus de 10 % d’avance sur Marine Le Pen), 330 570 voix en Lorraine (2e ) et 206 031 voix en Champagne Ardenne (1er), soit un total de 762 918 voix.

Fillon s’arrête à 586 321 suffrages, n’étant plus en tête dans le moindre département.

Il cède donc 176 600 voix sur le score de 2012, quasiment  50 000 voix au delà des gains du Front National.

On peut aussi regarder la situation des villes importantes.

Lors des régionales, la droite avait gardé la première place à Strasbourg, Haguenau et Schiltigheim, Colmar et Mulhouse, Chaumont, Thionville et Epinal.

Le PS était en tête à Nancy, Vandoeuvre les Nancy, Bar Le Duc.

Le FN était arrivé en tête à Charleville Mézières, Troyes, Châlons en Champagne, Reims, Metz.

La distribution est différente cette fois.

Emmanuel Macron se retrouve en effet premier à Saint André les Vergers et Sainte Savine (Aube), Reims, Tinqueux, Chaumont, Nancy, Laxou, Vandoeuvre les Nancy, Villers les Nancy, Bar le Duc, Metz, Montigny les Metz, Thionville, Yutz, Strasbourg, Hoenheim, Illkirch Graffenstaden, Lingolsheim, Saverne, Sélestat,  Colmar, Mulhouse, Epinal.

Marine Le Pen est arrivée en tête à Charleville Mézières, Sedan, La Chapelle Saint Luc, Romilly sur Seine, Châlons en Champagne, Epernay, Vitry Le François, Saint Dizier, Lunéville, Toul, Pont à Mousson, Verdun, Amnéville, Creutzwald, Florange, Forbach, Freyming Merlebach, Hayange, Maizières les Metz, Saint Avold, Sarreguemines, Stiring Wendel, Woippy, Bischwiller, Erstein, Haguenau, Ostwald, Cernay, Guebwiller, Illzach, Kingersheim, Rixheim, Wittelsheim, Wittenheim et Saint Dié.

François Fillon a gardé la droite devant à Troyes, Sarrebourg,  Obernai, Riedisheim et Saint Louis.

La surprise vient du fait qu’un certain nombre de villes ont choisi de placer en tête Jean Luc Mélenchon, dans une Région où le PCF a connu, depuis les années 70, une sensible réduction de son influence.

Qu’on y songe, en 1977, le PCF avait emporté les municipales dans des villes comme Reims, Châlons sur Marne, Epernay, Thionville, Longwy (ainsi qu’une grande partie des villes du bassin sidérurgique lorrain) et conservé une ville comme Saint Dizier, alors en pleine activité économique.

En 1978, le même parti avait obtenu deux députés dans les Ardennes, mais aussi un siège en Moselle (sur l’arrondissement de Thionville Ouest) et deux en Meurthe et Moselle (dans le pays Haut).

Cette fois ci, Jean Luc Mélenchon termine 1er à Longwy, Fameck (mairies PS), Bischheim, Schiltigheim, villes alsaciennes où l’influence communiste n’a jamais été spectaculaire depuis longtemps, et enregistre surtout une série très intéressante de deuxièmes places dans des villes comme Charleville Mézières, Sedan, La Chapelle Saint Luc, Romilly sur Seine, Vandoeuvre les Nancy, Metz, Amnéville, Florange, Forbach, Freyming Merlebach, Maizières les Metz, Saint Avold, Stiring Wendel, Woippy, Strasbourg (où le candidat passe de 11,4 à 24,4%), Guebwiller, Illzach, Mulhouse, Wittelsheim, Wittenheim.

Contrairement au scrutin de 2012, Jean Luc Mélenchon se situe en tête dans la plupart des municipalités communistes de la région comme Villerupt (35,6%), Jarny (31%), Joeuf (33,2%), Longlaville (34,7%), Saulnes (38,4%), Hussigny Godbrange (34,8%), Homécourt (37,9%) ou ayant eu des élus communistes comme Bouligny (31,8%) mais aussi à Givet (29,6%)

Pour le reste, le FN semble encore une fois se nourrir des difficultés sociales et économiques des bassins de vie de la Région.

Ainsi, dans la vallée de la Meuse, est il largement en tête à Bogny sur Meuse (43,6%), Monthermé (36,8%), Nouzonville (34,6%), Vivier au Court (34,5%), Vireux Molhain (37,5%), Vrigne aux Bois (36,3%), Revin (31,8%).

Cela compte aussi dans le pays de Saint Dizier où l’on trouve Chevillon (48,4 % au premier tour, 65,2 % au second), Eclaron Braucourt Sainte Livière (43,3 % au premier tour, 61,7 % au second) ou encore La Porte du Der (37,8 % au premier tour, plus de 55 % au second).

Affront absolu : Colombey les Deux Eglises, après avoir opté                au premier tour pour François  Fillon, a donné la majorité au second à Marine Le Pen, celle ci devançant Emmanuel Macron par delà les villages de la commune de 41 voix sur  431 exprimés.

Ceci posé, on peut se demander quelle est l’évolution réelle de l’influence du Front National dans cette région qui lui permet de réaliser ces scores largement supérieurs à ses moyennes.

En 2002, les dix départements de la Région avaient donné des scores importants au père de Marine Le Pen, Jean Marie, ces scores allant de 18,11 % en Meurthe et Moselle, un département qui semble le plus rétif aux idées du FN, à 23,67 % dans la Moselle voisine.

Dans les départements alsaciens, Jean Marie Le Pen avait réalisé 23,38 % dans le Bas Rhin et 23,53 % dans le Haut Rhin.

En 2017, le département le plus favorable à Marine Le Pen est la Haute Marne, qui lui a accordé 33,22 % dans un contexte de réduction du corps électoral en quinze ans, avec une baisse de 9 500 inscrits.

Et le département le moins favorable à Marine Le Pen est celui du Bas Rhin, avec un score de 24,7 %, c’est à dire un pourcentage inférieur au total Le Pen + Mégret de 2002.

Et ce avec une population électorale progressant de 90 000 inscrits en quinze ans.

En Moselle, département d’élection de Florian Philippot, la progression sur 2002 est inférieure à 5 %, loin de la progression dans les Ardennes, la Meuse (douze pour cent!), la Haute Marne (près de onze)…

De manière générale, dans cette Région, les départements dont la population a tendance à décliner et à vieillir (notamment par véritable démolition des appareils de production industrielle  antérieurement existants) sont ceux qui donnent les meilleurs résultats au Front National.

A l’inverse, les départements dont la population continue de croître et comprend une population urbaine et estudiantine non négligeable enregistrent un mouvement inverse.

Si l’on prend les communes de l’Eurométropole de Strasbourg (33 communes au total), pour le score départemental de 24,7 % de Marine Le Pen, nous avons 20 % à Achenheim, 22 % à Bischheim, 20,7 % à Blaesheim, 18,5 % à Eckbolsheim, 20,1 % à Eckwersheim, 23,4 % à Eschau, 23,1 % à Fegersheim ; 22,8 % à Geispolsheim, 19,3 % à Hoenheim, 18,7 % à Illkirch Graffenstaden, 21 % à Kolbsheim, 15,3 % à Lampertheim, 18,9 % à La Wantzenau, 20,6 % à Lingolsheim, 22,4 % à Lipsheim, 13 % à Mittelhausbergen, 18,5 % à Mundolsheim, 15,7 % à Niederhausbergen, 16,3 % à Oberhausbergen, 20,1 % à Oberschaeffolsheim, 22,9 % à Reichstett, 16,8 % à Schiltigheim, 18,3 % à Souffelweyersheim, 12,2 % à Strasbourg, 19,2 % à Vendenheim et 19 % à Wolfisheim.

A noter qu’à Strasbourg, Marine Le Pen obtient 8,4 % dans le 4e canton ou encore 7,9 % dans le 5e canton, secteurs correspondant aux quartiers Robertsau – Wacken et Esplanade – Université.

Dans ces deux cantons, la candidate du Front National obtient moins de voix que ses candidats lors des élections départementales de 2015.

Dans le 6e canton, qui regroupe les quartiers de la Meinau, du  Neuhof ou une bonne partie de ceux du Neudorf et du Port du Rhin, Marine Le Pen réalise 3 663 voix (18,7%) mais se trouve notamment devancée par Jean Luc Mélenchon, pourvu de 4 660 voix (23,8%).

Dans ce canton populaire qui avait peu voté lors de départementales (moins de 40 % des inscrits avaient exprimé un vote), la candidate du FN gagne environ un milier de voix sur le scrutin de mars 2015 quand le candidat de la gauche multiplie ses suffrages par cinq.

Elle ne dépasse son score départemental que dans les communes de Breuschwickersheim (25,7 %), Entzheim (26,2 %), Hangenbieten (26,9%), Holtzheim (25,8%) ; Osthoffen (26,4%), Ostwald (25,2%), Plobsheim (26,8%).

On notera cependant qu’aucun de ces scores ne se situe au dessus du score régional de Marine Le Pen, attestant donc des difficultés du Front National à conserver son influence dans cette partie de l’Alsace.

Les choses peuvent être plus contrastées dans d’autres parties de la Région, comme le montrent les résultats sur l’agglomération de Mulhouse où si Marine Le Pen fait moins de 20 % au premier tour dans la ville centre, elle est en tête, y compris au second tour, sur Wittelsheim et Wittenheim., deux des principales villes de l’agglomération.

Il n’y a donc pas de géographie toujours uniforme de l’influence de tel ou tel courant politique…

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