LECON D’HISTOIRE AU PARLEMENT EUROPEEN : UN ETRANGE TEXTE ADOPTE EN SEPTEMBRE DERNIER …

On se pose très souvent la question de savoir ce que font les députés européens (pas seulement les représentants de la France) pendant leurs sessions tenues à Bruxelles ou à Strasbourg.

Eh bien, nous pouvons d’ores et déjà dire qu’ils font de l’Histoire, en s’interrogeant régulièrement sur le passé plus ou moins brûlant du continent (une résolution sur l’appui de l’Allemagne pour le démantèlement de la Yougoslavie un de ces jours ?), produisant des résolutions voulues par nature le plus consensuelles possibles.

Il est un sujet qui occupe assez fréquemment le début des législatures européennes : celui de la Seconde Guerre Mondiale, de ses causes, conséquences, acteurs, faits et horreurs.

On se doute bien que dans une Assemblée ou siègent des nationalistes hongrois ou polonais, des lepénistes, des sociaux démocrates allemands ou suédois, des communistes tchèques, des indépendantistes espagnols, des écologistes de toutes nuances de vert  ou des trotskistes irlandais, tout est possible, eu égard au mélange et à la diversité des élus.

Le 19 septembre dernier, le Parlement européen a ainsi voté une résolution sur « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ».

Une résolution dont le contenu commence ainsi (je cite)

  1. considérant que 2019 marque le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, qui a causé des souffrances humaines d’une ampleur sans précédent et conduit à l’occupation de pays européens pendant de nombreuses décennies ;

 

  1. considérant qu’il y a 80 ans, le 23 août 1939, l’Union soviétique communiste et l’Allemagne nazie ont signé un pacte de non-agression, connu sous le nom de pacte germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop, dont les protocoles secrets partageaient l’Europe et les territoires d’États indépendants entre les deux régimes totalitaires selon des sphères d’influence, ouvrant la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ;

 

  1. considérant que, parmi les conséquences directes du pacte germano-soviétique et du traité germano-soviétique d’amitié, de coopération et de délimitation du 28 septembre 1939 qui s’ensuivit, l’on compte : l’invasion de la République de Pologne, d’abord par Hitler, puis par Staline deux semaines plus tard, qui a brutalement privé le pays de son indépendance et représenté un drame sans précédent pour la nation polonaise; le déclenchement par l’Union soviétique communiste d’une guerre d’agression contre la Finlande le 30 novembre 1939; l’occupation et l’annexion en juin 1940 par l’Union soviétique de parties du territoire roumain, qui n’ont jamais été restituées; et l’annexion des républiques indépendantes de Lituanie, de Lettonie et d’Estonie;

 

  1. considérant qu’après la défaite du régime nazi et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’après-guerre a été synonyme, pour certains pays d’Europe, de reconstruction et de réconciliation, tandis que d’autres sont restés, pendant un demi-siècle, soumis à des dictatures, parfois sous l’occupation ou l’influence directe de l’Union soviétique, et privés de liberté, de souveraineté, de dignité, de droits fondamentaux et de développement socio-économique ;
    (fin de citation)

Ces « considérants » sont à considérer, me semble t il, avec circonspection à la lumière d’une analyse historique qui serait, tout de même, un peu moins réductrice.

Parce qu’enfin, faire du pacte germano soviétique le fait générateur de la Seconde Guerre Mondiale résiste assez peu à l’examen des faits comme l’ineffectivité du pacte d’assistance mutuelle passé entre la France, l’Angleterre et la Pologne qui vit ce dernier pays se faire envahir par les Nazis pendant que troupes françaises et anglaises attendaient, l’arme au pied, de la ligne bleue des Vosges aux plages de la Mer du Nord une hypothétique attaque allemande qui se produira plus tard, le 10 mais 1940, à travers la forêt ardennaise…

Un examen des faits qui nous rappelle que les pays occidentaux avaient laissé l’Espagne, sans broncher, passer d’un régime démocratique et républicain à un régime autoritaire transitoire de restauration monarchique.

Puis, un an avant le fameux « pacte », le 30 septembre 1938, en signant les accords de Munich (sans demander la signature de l’URSS, faut il le rappeler), la France et l’Angleterre, à peine témoins de l’annexion de l’Autriche (le fameux Anschluss) au printemps précédent (une Autriche qui, au demeurant, avait perdu les qualités démocratiques qu’on avait pu lui prêter en 1918), laissaient Hitler occuper les parties germanophones de la Tchécoslovaquie, avant que d’envahir tout le pays au printemps 1939…

Là encore, le traité d’amitié et d’assistance entre Tchécoslovaquie, France et Angleterre n’avait été qu’un chiffon de papier sans effets…

Les héritiers de Sir Neville Chamberlain et d’Edouard Daladier, dont on se rappelle le mot qu’il eut en revenant de Munich au Bourget (alors qu’il craignait pour sa personne, le « Taureau du Vaucluse », apprenant l’allégresse que la signature des accords de Munich, outil de démembrement de la démocratie tchécoslovaque, dit «  quels c… »), peuvent dormir tranquilles dans le souvenir de leurs « glorieux ancêtres » ; il ne semble pas que leur rôle dans la montée des périls ait été pris en compte dans le schéma historique retenu pour la résolution…

Le considérant sur les occupations soviétiques est assez sidérant, lui aussi.

La Pologne de 1939, tout comme les trois Etats Baltes et la Finlande ne sont, pour aucun de ces pays, de démocratie exemplaire, la crise économique des années 30 ayant favorisé, comme en d’autres cas, le succès de Gouvernements d’essence et de pratiques autoritaires.

Les vraies démocraties ne sont pas nombreuses en Europe, au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale et, s’il faut éclaircir les zones d’ombre de l’Histoire de la Lettonie ou de la Pologne, nous serons sans doute obligés de parler de la « facilité » avec laquelle les partisans lettons ont combattu l’Armée Rouge mais aussi prêté la main à l’extermination des Juifs, dans le cadre de la  
« Solution finale ».
Pour la Roumanie de 1940, on rappellera ici qu’elle a cessé d’être une démocratie parlementaire, sous le règne de Carol II, et que les troupes fascistes de la Garde de Fer du maréchal Antonescu attendent leur tour de pouvoir reprendre le pouvoir.

 Une partie de la Roumanie, correspondant à l’actuelle Moldavie (capitale Chisinau, pour Kichinev en russe), ex – République de l’URSS, est alors cédée à l’Union Soviétique, tandis que les Roumains passent de la dictature anglophile du roi Carol à la dictature fascisante du maréchal Antonescu.

Un ralliement qui ouvrira le droit, pour les soldats roumains, d’aller se faire massacrer devant Stalingrad en qualité de supplétifs de la 6e Armée du Maréchal Von Paulus lors de la grande offensive de Joukov à l’automne 4Quant à la caricature entre Europe « libre » et Europe « occupée « par l’URSS, elle ne supporte guère l’épreuve des faits, puisque, sur la durée, pendant trente ans après la fin de la guerre, l’Europe dite libre accepta d’avoir, au Sud, deux régimes autoritaires en Espagne et au Portugal et qu’elle ne fit pas grand-chose lors du coup d’Etat des colonels en Grèce en 1967.

Sans parler du fait que les inégalités de développement économique et social ne sont aucunement l’apanage des pays de l’Est, où les mouvements migratoires attestent bien souvent d’une certaine qualité de formation qui manque à l’Ouest.

Le problème de la résolution, voyez – vous, c’est qu’elle a été adoptée assez largement (535 voix pour, 66 contre 52 abstentions) par une majorité composite alliant, pour la France, élus du Front national, socialistes, Les Républicains, Modem, la République en Marche…

Et que tout ce joli monde, peu attentif à la véracité historique, côtoie donc l’extrême droite catholique et antisémite polonaise, les partisans de Silvio Berlusconi, les post franquistes du Parti populaire espagnol ou le « Parti de la Liberté » autrichien, des nostalgiques du IIIe Reich.

La construction européenne, sur le fond, ne peut se réaliser sur une réécriture de l’Histoire qui ne respecterait pas les faits tels qu’ils se sont déroulés.

Nous ne pouvons, à ce stade, que féliciter de leur vote Contre les députés du Groupe de la Gauche unitaire européenne, qui savent ce à quoi peuvent conduire les approximations…

Soulignons ici que les Verts français n’ont pas joint leur voix au chœur de la révision historique, ainsi que les députés de la droite grecque qui, dans l’Histoire du pays, ont la conscience de la progression des faits…

 

           

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