LEGISLATIVES : EN MARCHE AVEC LES VIEUX CHEVAUX DE RETOUR

Car voici que non seulement une bonne partie des électeurs allait voter par défaut plus que par conviction mais qu’en plus les dernières heures de la campagne sont marquées par les déclarations stupéfactionnantes de Christophe Castaner, porte parole du candidat Président putatif…

Sur le confidentiel canal que constitue La Chaîne Parlementaire, celui qui fit, avec l’accord de Manuel Valls, disparaître la gauche du conseil régional de Provence Alpes Côte d’Azur en décembre 2015 pour ne pas assez su vendre la politique déjà fort décriée d’un Gouvernement ayant dépassé sa date limite d’exaspération, nous annonce benoîtement (si j’ose dire) qu’il « existera un label Majorité Présidentielle » lors des législatives qui s’annoncent.

En clair, tout candidat acceptant le programme d’Emmanuel Macron, qu’il vienne du PS, du Modem, de la droite ou d’ailleurs pourra ainsi être « labellisé », à condition de s’engager à soutenir durant toute la législature les textes présentés par le Gouvernement d’Union nationale et probablement européenne…

Car, si Emmanuel Macron, à treize minutes de la clôture de la campagne électorale, a fait passer une dépêche sur la
« restructuration nécessaire de la dette publique grecque », histoire de faire croire que la France ne suivrait pas aveuglément l’Allemagne dans la construction européenne, il n’en demeure pas moins que les contours de la « majorité présidentielle » se dessinent avec une certaine précision.

A gauche, on ne comptera évidemment pas sur les votes portés au premier tour de la présidentielle sur Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Jean Luc Mélenchon.

Encore que certains escomptent peut être rattraper dans l’électorat de l’ex Sénateur de l’Essonne une partie des électeurs socialistes qui s’y sont fourvoyés…

A droite, on laisse évidemment les votes portés sur Marine Le  Pen, ou Nicolas Dupont Aignan, en espérant que la défaite prévisible du 7 mai les laisse à la maison le 11 juin.

Le bloc des votes des Républicains, c’est bien sûr un peu plus compliqué, mais on espère que quelques prises de guerre du Gouvernement temporaire constitué après la proclamation du résultat de la présidentielle suffisent à décrocher les électeurs de sensibilité centriste et plus si affinités.

Ceci dit, vu que Les Républicains semblent déjà tirés à hue et à dia avec la double tête Laurent Wauquiez / François Baroin, on peut se dire que la défaite est au coin de la rue pour ce qui les concerne.

Reste le bloc des votes Macron, c’est à dire 24 % au premier tour qu’on espère à la fois, avec ce « label Majorité Présidentielle », élargir et densifier.

Emmanuel Macron n’est pas un idiot et il sait très bien que ce qui lui a permis de passer le cap du premier tour, c’est plus la résignation d’un certain nombre d’électeurs, notamment socialistes (et surtout socialistes, en tout cas électeurs de François Hollande de 2012) que l’adhésion à son projet qui, pour certains aspects, promet ce qui existe déjà et qui, sur plein d’autres, emprunte tantôt à la gauche, tantôt à la droite et trouve même des similitudes avec le programme de Marine Le Pen.

La synthèse n’est pas toujours fameuse mais soit.

Porté par un électorat de bric et de broc, Emmanuel Macron doit donc trouver de quoi le « solidifier » un minimum, au moins le temps nécessaire à se retrouver avec une majorité parlementaire.

D’où cette annonce de ce vendredi 5 mai.

Elle trouve aussi sans doute son origine dans la difficulté qu’auront de toute façon les candidats d’En Marche qui, bien qu’issus de la société civile, vont sans doute être d’abord représentatifs de l’électorat de leur candidat, très marqué par la présence des professions dites intellectuelles supérieures, avec le quota de candidats issus de la « diversité » requis pour faire genre et servir de caution au message « Pour que la France soit une chance pour tous ».

Alors, dans ce cadre là, la porte est ouverte et la machine à recycler les « planches pourries » venues de partout est prête à fonctionner.

J’utilise effectivement cette expression de « planches pourries » car la démarche politicienne d’En Marche va en effet s’appuyer sur des candidats sans principes ni vertu, prêts à renoncer à ce qui fait l’essence du Parti auxquels ils appartiennent pour escompter siéger sur les bancs du Palais Bourbon et, pour certains, récupérer un maroquin ministériel.

Une vaste opération de recomposition politique se met en place, tendant notamment à attirer les socialistes ayant soutenu jusqu’au bout la politique de Manuel Valls (celui ci ayant déjà donné des gages au Président putatif), les centristes de François Bayrou qui se demandent encore combien cela fait  de temps que le pays est privé du plein exercice de leurs compétences et quelques élus de droite, proches de Juppé ou grands élus locaux (Xavier Bertrand ? Le Motodidacte Christian Estrosi?) dans une seule structure politique.

Voilà ce qu’est la majorité présidentielle voulue par Emmanuel Macron et ses conseillers.

Pour mener à bien l’agenda fixé par le programme.

Notamment cette réforme du code du travail par ordonnances dont le promoteur semble oublier, un peu vite, que la première tentative, la loi El Khomri, est précisément à l’origine des difficultés de Manuel Valls lors de la primaire du PS puis de Benoit Hamon lors du scrutin présidentiel.

Quand Christophe Castaner affirme (je cite)

La priorité c’est d’aller vite pour l’emploi ! Emmanuel Macron aura la légitimité du peuple. Il y aura une discussion avec tous les partenaires sociaux, mais ensuite il y aura une décision politique et on ne va pas chercher à faire un texte consensuel. Parce que justement, le consensus mou, c’est celui qui fait qu’au bout du compte on ne change rien… »

Que nous dit il en bon français bien compréhensible ?

Il nous dit que, syndicats d’accord ou pas, vu que les retraités et les cadres supérieurs auront massivement voté pour Emmanuel Macron, la réforme qui s’appliquera sera celle qu’on aura décidé par avance avant même toute consultation.

La démarche ainsi mise en place n’est rien d’autre qu’autoritaire et augure assez mal de la popularité de moyen terme du Président si tant est qu’il deviendrait pourvu d’une « majorité présidentielle ».

Légiférer par ordonnances, ce que François Hollande a beaucoup fait (301 textes de cette nature ont été promulgués depuis le début de ce quinquennat) est le signe évident d’une faiblesse politique.

C’est en effet, puisqu’on demande au Parlement de ne pas écrire la loi (ce qui est sa fonction naturelle), la marque d’un refus du débat, avec un texte qui, bien des fois, ne va pas plus vite que s’il avait été examiné en séance publique !

Mais c’est surtout la négation de la discussion devant les Assemblées, porteuses de l’intérêt général (en principe) par leur mode d’élection, au profit d’une forme de « négociation » entre l’exécutif et les éléments concernés du corps social, c’est à dire une confiscation de la souveraineté populaire au profit de la prise en compte d’intérêts particuliers.

Quand le Gouvernement fait accepter une ordonnance sur l’organisation du secteur des pharmacies d’officine sur le territoire,  il négocie en direct avec les instances de la profession et prive de toute participation au débat les élus locaux et nationaux, souvent directement concernés en ces matières…

Et le Parlement notamment parce qu’il vote les lois de financement de la Sécurité Sociale…

Quant à l’emploi, qui serait la justification de cette soudaine hâte à réformer le code du travail, il a bon dos, dans ces cas là, notamment quand on regarde les effets de la loi Macron et de la loi El Khomri sur le niveau du chômage dans notre pays !

Rappelons pour le coup qu’il ne semble déjà plus y avoir que trois opérateurs actifs en matière de transport par car longue distance dans notre pays et que le quart des 1 500 malheureux emplois créés par les « cars Macron » a déjà disparu dans le plan social du quatrième opérateur en liquidation judiciaire…

Le projet de majorité présidentielle d’Emmanuel Macron est donc une machine à recycler…

Imaginons la perplexité d’un électeur des législatives le mois prochain qui se retrouvera face à un candidat de France insoumise, un candidat soutenu par le Parti communiste français, un candidat PS « hamoniste », un candidat d’En Marche ancien socialiste, un candidat des Républicains et un candidat Front National.

Ajoutez deux ou trois farfelus, un souverainiste quelconque, un complotiste avéré, deux gauchistes de bon aloi et un défenseur de la cause animale et  vous atteignez la cote limite.

Je ne sais pas trop comment le PS et Les Républicains vont se comporter in fine.

Mais quand on voit déjà la discorde née au sein de la majorité socialiste de la mairie de Paris entre élus hamonistes et élus ralliés à Macron, cela promet…

L’opération doit en surprendre quelques uns mais elle semble nous révéler, tout à fait crûment, que la « nouvelle façon de faire de la politique », marque de fabrique du candidat En Marche, ne fait, pour l’essentiel, que reprendre les vieilles habitudes de l’ancienne manière de faire.

Le pire étant que l’impétrant escompte aussi mener de suite une réforme visant à « moraliser «  la vie publique (on croit rêver!) consistant entre autres à réduire le nombre de parlementaires (on peut se demander en quoi cela facilitera le renforcement des liens entre le peuple et l’Etat), à aligner leur retraite sur celle du privé et à les empêcher d’employer leurs proches.

Une vertueuse mesure qui sera facile à contourner puisqu’il suffira de demander au premier collègue venu d’embaucher la femme, la fille ou le fils d’un parlementaire pour que l’affaire soit jouée.

Je ne crois pas que des esprits libres et des êtres attachés au respect d’un minimum de vertu publique puissent accepter longtemps de tels comportements.

Il va devenir de salubrité publique de mettre en échec cette opération politicienne qui constitue, avant même la victoire, l’expression du plus parfait reniement.

Ce 7 mai, occupons nous de Marine Le Pen

Et le 11 juin, présentons la facture de notre mécontentement à Emmanuel Macron !

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