L’EUROPE FINIT DU COTE DE LESBOS…

Elle exprime en effet sa critique de la charité chrétienne version Pape François le jour même où l’on apprend que, selon toutes vraisemblances, plusieurs centaines (peut être 400 ou 500 personnes au total) de « migrants » ont vu leur embarcation d’infortune couler entre les côtes libyennes et l’Italie, emportant dans les flots de la Méditerrannée les rêves et espoirs d’hommes et de femmes prêts à tout quitter pour fuir guerre, oppression, pauvreté et misère.

La seule excuse que je puisse trouver à Nadine Morano, qui confirme donc ainsi ce jour son appartenance à la catégorie des personnalités politiques infréquentables, c’est de ne pas être la seule à penser ce qu’elle pense ni à dire ce qu’elle dit.

Hélas, sans doute, hélas…

Car nous sommes quand même confrontés à une sacrée affaire depuis le début des interventions militaires inconséquentes que les Etats Unis et l’Europe à leur suite dans bien des cas ont pu mener dans les pays de la zone proche et moyen orientale.

Nadine Morano ayant fait partie de ceux qui ont, en son temps, approuvé l’intervention de nos troupes en Libye (dissimulée sous les auspices de la protection des populations civiles par l’ONU, celle ci poursuivit en réalité l’objectif politique essentiel d’élimination du régime en place dans ce pays, sans perdre de vue l’arrière fond des luttes sur la maîtrise des matières premières, la fixation de leur cours et le niveau de leur production) dont l’une des conséquences a été d’ouvrir la boîte de Pandore des mouvements islamistes de la zone sahélio saharienne.

Sans parler, évidemment, du soudain développement du « trafic » des passages vers l’Europe, que le régime de Kadhafi avait jusque là évité.

La Libye était un guêpier et l’aventurisme des Sarkozy et Bernard Henri Lévy a dangereusement réveillé les insectes bourdonnants qui y restaient tapis…

Pour ce qui me concerne, chaque naufrage dramatique en Méditerranée, entre Libye et Italie, est imputable à ceux qui ont ainsi déstabilisé ce pays, au risque de contaminer d’ailleurs aussi l’Egypte, la Tunisie, le Mali et quelques autres Etats de la région.

Mais c’est aussi la terrible guerre civile en Syrie qui est au cœur du débat aujourd’hui.

Que les pays occidentaux aient eu quelques difficultés, pendant plusieurs mois, à savoir sur quel pied danser dans cette affaire est une évidence.

Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que les formes du « printemps arabe » étaient différentes d’un pays à l’autre et que les forces politiques en jeu n’étaient pas toujours orientées de la même manière vers La Mecque ou ailleurs.

La résistance syrienne, pour une bonne partie, est aujourd’hui dominée par les forces islamistes, appuyées par la logistique d’une partie de l’ancienne armée irakienne (celle d’avant la chute de Saddam Hussein) qui a fourni les cadres de l’ISIS ou Daesh.

L’opposition sécularisée était restée soit « hors sol « , c’est à dire financée depuis l’étranger mais sans véritable influence sur le territoire, soit minorisée parce qu’opprimée, notamment pour tous les mouvements politiques non religieux opposés au Baas version Assad.

Au bout d’un certain temps, de plus, l’une des puissances importantes du monde (la Russie en l’espèce) s’est souvenue qu’elle disposait en Syrie de bases (Tartous, Lattaquié) et que, derrière le chaos de la guerre civile et l’éventuelle chute de Bachar Al Assad, se profilait sa propre exclusion d’un territoire pourtant essentiel pour la géopolitique du Kremlin, notamment comme port d’attache pour les unités de la flotte russe en Méditerranée.

Passons évidemment sur le jeu équivoque de Recep Tayyip Erdogan, le potentat turc, soutenant en sous main la rébellion islamiste tandis qu’il ouvrait des camps de réfugiés pour Irakiens ou Syriens et en profitait, une fois de plus, pour régler quelques comptes avec sa minorité kurde.

Et arrivons au problème, c’est à dire le nombre élevé de personnes déplacées, réfugiées dans un premier temps dans les pays voisins du théâtre des opérations, comme le Liban, la Jordanie ou la Turquie.

Prenons l’exemple du Liban.

Voilà un pays dont la taille est pour le moins réduite :10 450 km carrés officiellement.

C’est à dire, à quelques centaines de kilomètres près, la superficie de notre département de la Gironde, le plus étendu de nos départements métropolitains.

Maintenant, imaginez qu’un habitant sur cinq de Bordeaux, Mérignac ou Libourne soit un réfugié arrivé depuis moins de cinq ans, alors même qu’il y avait déjà un habitant sur huit de chacune de ces villes qui l’était au titre d’un autre conflit ou qui avait été naturalisé Libanais.

Et voilà, nous aurions, sur la seule ville d’élection d’Alain Juppé, 45 à 50 000 réfugiés, plus que le « quota » que la France s’est engagée à prendre en charge dans le cadre européen.

Seulement voilà, au bout d’un certain temps, entre Erdogan qui « ouvre le robinet » et dont les services ont laissé se constituer les premiers convois de partants (surtout que la Grèce n’est pas toujours très loin de la Turquie, au plan géographique, vu que l’île de Lesbos est, par exemple, à une dizaine de kilomètres de la côte turque) et la pression causée par les agissements de l’ISIS (Islamic State in Irak and Sunset), les réfugiés ont commencé d’être relativement nombreux à frapper à la porte de l’Europe.

Et le spectacle affligeant laissé par les gouvernants européens, dans la gestion de cette « crise migratoire » dont l’un des aspects les plus saillants est sans doute de réduire l’humanité des réfugiés à l’indicible de masses informes et anonymes de « migrants », me semble, dans les faits, à la hauteur de ce qu’est devenue la construction européenne depuis quelques années.

A savoir un ensemble de plus en plus fragile, bousculé par des forces centrifuges de plus en plus vivaces, qui se nourrissent des rancoeurs du racisme, de la xénophobie, de l’ignorance, du vieillissement et des angoisses montantes de populations de plus en plus ballottées par des logiques d’austérité tuant, à petit feu, ce qu’il reste du rêve des pères fondateurs…

L’Europe vieillit, c’est une évidence et que les plus virulents contre l’accueil des réfugiés soient les pays de l’Est européen confrontés à la stagnation de leur population, insuffisamment renouvelée n’est pas une surprise.

Ce vieillissement est même tellement évident qu’il me semble que c’est cette réalité qui, au delà de toute autre considération, fût elle guidée par une foi protestante sincère, a guidé le choix d’Angela Merkel, parfaitement informée des risques pesant sur l’Allemagne du futur, c’est à dire des années 2020 à 2050, exposée à une dramatique déflation démographique qui la privera rapidement, si rien n’est fait, des forces vives nécessaires pour maintenir son niveau de développement économique et social.

Pour ce qui est de la France, n’ayons pas peur de le dire.

L’attitude du gouvernement français n’est pas vraiment à la hauteur des besoins.

Accueillir sur notre sol entre 30 et 40 000 réfugiés (soit moins d’un millième de la population actuelle du pays, ce qui relativise de fait la nature de l’invasion annoncée) quand l’Europe s’engage sur un million de personnes accueillies n’est pas à la hauteur de ce que nous pouvons faire.

Certains prétendent au demeurant que les réfugiés ou aspirants réfugiés ne sont pas très nombreux à vouloir habiter en France.

N’oublions pas, cependant, que les pays d’origine d’une bonne part des candidats sont à la fois arabophones et anglophones, plus que francophones et que ceci explique peut être en grande partie cela.

Mais peut être payons nous en l’espèce le prix de la détérioration de l’image de notre pays dans le Monde, que quelques aventures en Irak ou en Libye ont pu faciliter.

Quant à ceux qui s’étonnent qu’on n’ait pas plus d’attention pour les « Chrétiens d’Orient » dont l’accueil devrait s’avérer en quelque sorte « prioritaire », dois je rappeler que la question ne se posait guère pour eux quand, lors de la première comme de la seconde guerre du Golfe, nous participions à bombarder l’Irak, ses infrastructures et ses populations civiles, chiites, sunnites ou chrétiennes sans distinction ?

Il est temps d’être conséquent.

Soit l’Union Européenne s’achève politiquement à Lesbos comme elle le fait déjà géographiquement, soit elle assume enfin son rôle d’avant garde éclairée des droits de l’homme et de la démocratie en accueillant les réfugiés et victimes de conflits dont le règlement diplomatique est urgent.

Je crains cependant que les égoïsmes ne l’emportent sur l’intérêt commun.

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