MEXIQUE LA REVANCHE D’EMILIANO ZAPATA (6)

AMLO a obtenu la majorité absolue des votes dans les quatre  Etats de la circonscription (de 50 % dans le Michoacan à 61 % dans l’Etat d’Hidalgo), les huit sièges de sénateur dévolus au parti disposant de la majorité ont été attribués à l’alliance Juntos Haremos Historia et le scrutin législatif a été marqué par une sorte de petit chelem.

JHH a en effet conquis cinquante six sièges sur soixante deux, obtenant tous les élus du Colima et de Hidalgo, et une majorité écrasante sur l’Edomex.

Dans l’Etat d’Hidalgo, où la coalition s’est présentée en ordre dispersé, le MORENA a tout de même obtenu les sept sièges en jeu, en approchant le plus souvent de la barre des 50 %.

Dans le Colima, on élisait aussi l’Assemblée de l’Etat, élection marquée par le succès de la coalition de gauche qui obtient quinze sièges, n’en laissant qu’un seul au PAN/PRD.

Dans la configuration antérieure, on comptait douze élus du PRI, dix du PAN, deux du PRD et un PVEM.

La liste des élus à la proportionnelle n’est pas encore connue.

Pour les municipales, les forces sont plus réparties avec quatre succès pour JHH, deux pour le Movimiento Ciudadano (l’Etat est limitrophe du Jalisco), deux pour le PRI et deux pour le PAN.

JHH emporte ainsi les ayuntamientos de Manzanillo (la première ville de l’Etat pour la population), Tecoman et Villa de Alvarez, laissant au Movimiento Ciudadano le chef lieu, Colima.

Dans l’Etat d’Hidalgo, le scrutin pour l’Assemblée de l’Etat a été un grand succès pour le MORENA, qui obtient dix sept des dix huit sièges à la majorité relative, ne laissant qu’un seul mandat au PRI.

Le PT (un élu au scrutin proportionnel) et le PES (deux) complètent la majorité JHH, tandis que le PRI se retrouve avec quatre élus, confortés par deux Nueva Alianza et un PVEM.

Enfin, PAN (deux sièges) et PRD (un siège) complètent le plateau.

JHH réunit environ 51,5 % des votes, contre 28 % pour le PRI et ses alliés et 15,5 % pour le PAN.

Lors du scrutin précédent (2016), les dix huit sièges au scrutin majoritaire avaient été ainsi répartis : douze PRI et alliés, cinq PAN et un PRD.

Et ceux à la proportionnelle ainsi : deux PAN, trois PRI, deux PRD, un Movimiento Ciudadano, un PVEM, un Nueva Alianza, un MORENA, un PES.

Soit dix sept PRI et alliés, contre onze PAN et alliés et deux MORENA.

Le gain de l’alliance de gauche atteint donc dix huit sièges sur trente, le PRI (parti du Gouverneur de l’Etat) perdant dix sièges.

Dans le Michoacan, Etat de naissance de Lazaro Cardenas, Président du Mexique entre 1934 et 1940, peuplé de près de 5 millions d’habitants, la poussée de gauche s’est exprimée sur les scrutins fédéraux, mais aussi sur les scrutins locaux.

Une alliance de gauche qui a, en effet, obtenu seize sièges sur vingt quatre (douze MORENA, quatre PT) au scrutin majoritaire dans l’Assemblée de l’Etat, contre trois PAN, trois PRD et deux Movimiento Ciudadano.

Lors du scrutin précédent, on comptait douze élus PRI et alliés, dix PRD en alliance avec le PT le plus souvent et deux PAN.

Au scrutin proportionnel, les seize sièges sont ainsi répartis : trois PAN, quatre PRI, trois PRD, un PT, un Movimiento Ciudadano, deux PEVM et deux MORENA.

Ou comment faire en sorte de ne pas accorder de majorité de sièges à la première des coalitions.

Pour les 113 municipalités de l’Etat, les élections ont marqué quelques évolutions.

Le MORENA ne disposait que d’une mairie, la coalition JHH en a désormais seize.

Le PRI est passé de trente huit à vingt deux mairies.

JHH l’emporte à Morelia (première ville de l’Etat), Apatzingan, Ciudad Hidalgo, Lazaro Cardenas, Patzcuaro, Tarimbaro et Zamora, entre autres communes d’importance.

Symboliquement, victoire de la coalition à Jiquilpan, la ville natale de Lazaro Cardenas.

Nous reste donc l’Edomex.

Nous sommes en présence du plus peuplé des Etats du Mexique, avec plus de 16 millions d’habitants.

L’Etat a élu quarante et un députés fédéraux (dont trente sept obtenus par l’alliance de gauche), mais également soixante quinze députés de l’Assemblée Législative et les élus de cent vingt cinq municipalités.

Les plus importantes sont Ecatepec de Morelos et Nezahualcoyotl, qui dépassent le million d’habitants, puis Naucalpan, Toluca, Tlalnepantla ou encore Chimalhuacan, au dessus des six cent mille habitants.

Pour les députés fédéraux, victoire du PRI dans le district 1 (Jilotepec), dans le district 9 (San Felipe del Progreso) et le district  36 (Tejupilco de Hidalgo), ce dernier siège avec une majorité de 374 voix sur plus de 220 000 votants.

Le PRD a obtenu le siège du district 18 (Huixquilican de Degollado), avec une courte majorité de 1 242 votants sur près de  220 000 votants, là encore.

Pour le reste, les trente sept autres mandats ont été décrochés par l’alliance de gauche.

Pour l’Assemblée de l’Etat, la poussée de gauche a été aussi forte.

Le MORENA a obtenu quarante deux sièges au scrutin majoritaire, plus dix au scrutin proportionnel, soit cinquante deux élus sur soixante quinze.

Le PAN a obtenu deux élus au scrutin majoritaire, plus cinq au scrutin proportionnel.

Le PRD obtient trois élus au même scrutin proportionnel.

Enfin, le PRI décroche le dernier élu majoritaire et dix élus au  mode proportionnel.

Enfin le PVEM obtient deux élus au mode proportionnel.

Entre autres perdants, le PRI cède vingt trois mandats et le PRD doit abandonner neuf élus, effet désastreux de ses retournements d’alliance.

Pour les élections municipales, les évolutions ont été assez nettes, là encore.

Cinquante sept municipalités, en coalition ou non, ont été emportées par le MORENA et ses alliés.

Vingt ayuntamientos sont tombés dans l’escarcelle du PRI, et cinq autres dans celle du PVEM et quatre dans celle de la Nueva Alianza.

Le PAN et le PRD ont, pour leur part, gagné la partie dans trente cinq localités.

On a enregistré un « empate » ou égalité parfaite entre deux listes et trois succès pour le parti Via Radical, qui se présente comme anti corruption mais s’allie parfois localement avec le PRI…

Les victoires de l’alliance de gauche sont toutefois importantes car elles ont eu lieu, entre autres, à Ecatepec de Morelos (51,7%), Toluca (39,5%), Naucalpan (39,5%), Tlalnepantla (44,7%), Cuautitlan (42,1%), Atizapan (34,1%), Tultitlan (47,1%), Coacalco (46,3%), Zumpango (42,5%) et Valle de Chalco (53,6%).

Le PRD emporte, dans son alliance avec le PAN, la municipalité de Nezahualcoyotl (candidat réélu), le PRI gagne Chimalhuacan (ville de plus de 600 000 habitants), Ixtapaluca (avec une candidate, ex députée et épouse du chef de file de Chimalhuacan), le PAN est réélu à Huixquilucan de Degollado.

Si l’on appréhende les mairies de plus de 100 000 habitants, notons que la coalition de gauche emporte également Acolman, Almoloya de Juarez, Chicoloapan, Metepec, Nicolas Romero, La Paz, San Felipe del Progreso, Tecamac, Texcoco et Zinacantepec.

C’est là une série de succès qui donne une large assise au nouveau pouvoir.

Et qui confirme le mouvement de fond qui a touché l’électorat mexicain ce 1er juillet.

QUELQUES PISTES DE REFLEXION

On peut évidemment se demander ce qui a produit l’évolution spectaculaire de l’opinion mexicaine mais il importe alors de se souvenir des éléments clé de la situation du pays.

Car le Mexique peut être la quinzième puissance économique du Monde, et la quatrième économie des Amériques, et la deuxième de l’Amérique Latine, le pays demeure confronté à des enjeux particuliers.

La jeunesse de la population est une réalité, même si le pays a connu sa transition démographique, puisque le taux de natalité et l’excédent naturel de la population se sont peu à peur réduits dans la dernière période.

Autre phénomène : l’espérance de vie progresse, du fait d’une meilleure couverture médicale que par le passé.

Il en est de même pour l’éducation puisque le taux d’alphabétisation du pays se situe aux alentours de 95 %.

Le Mexique, par contre, subit toujours de plein fouet les effets de sa dépendance vis à vis des USA (notamment dans les régions du Nord où une bonne partie de l’activité économique est  conditionnée par les donneurs d’ordre états uniens) et ceux de l’urbanisation plus ou moins contrôlée de ses principales villes, attirant notamment le peuple des campagnes déshéritées.

En témoignent par exemple, même si le mouvement se ralentit dans la dernière période, des situations comme celle d’Iztapalapa, première des délégations de l’actuel District Fédéral, qui compte plus d’1,8 million d’habitants aujourd’hui contre un peu plus de 520 000 en 1970 ou 1,4 million lors de la Coupe du Monde 1986 ; de même pour Nezahualcoyotl, deuxième municipalité de l’Edomex, qui compte plus d’un million d’habitants contre 580 000 en 1970 ou Ecatepec de Morelos, qui a gagné 400 000 habitants depuis 1990.

Le phénomène peut aussi affecter les grandes villes de province, comme Acapulco de Juarez dont la population a plus que triplé entre 1970 et 2015, passant de 240 000 à 790 000 résidents.

Observons le cas de Ciudad Juarez, dans le Chihuahua.

La ville a dépassé, en population, celle de la capitale éponyme de l’Etat, et a vu sa population plus que tripler entre 1970 et 2010, passant de 410 000 à 1,32 million d’habitants.

On peut aussi penser à l’aire urbaine de Monterrey, dans le Nuevo Leon, qui compte plus de 4,1 millions d’habitants pour 1,25 million en 1970 ou 2,67 millions en 1990.

Dans cette aire urbaine, qui comptait jusqu’alors six mairies PRI, quatre mairies PAN, une PRD et un indépendant, peu d’évolution en apparence avec cinq mairies PAN, cinq PRI et deux indépendants.

Mais neuf des onze élus de la coalition JHH au Congrès du Nuevo Leon viennent de cette partie de l’Etat.

Ces inégalités de développement, social comme économique, sont à la base de bien des problèmes de la société mexicaine.

Une société marquée par le trafic de drogue et le blanchiment du produit de ce trafic qui est confrontée à un sérieux problème de sécurité.

Et une société où l’un des problèmes à venir est celui de la poursuite du traité NAFTA (version anglaise) – TLCAN  (version castillane) – ALENA (version française) avec un Président états unien nommé Trump dont aucun signe ne semble avoir montré, depuis le 1er juillet, qu’il goûtât spécialement l’élection d’Andres Manuel Lopez Obrador.

Et qui risque fort de trouver, dans le nouveau pouvoir mexicain, un opposant assez forcené à la réalisation du fameux mur destiné à réduire l’immigration centre américaine aux USA.

Pour le reste, le programme d’AMLO insiste sur la réduction du train de vie de l’Etat ou encore la lutte contre la corruption des élus, mal endémique d’un pays où existent tout de même des marques de développement économique.

De ce point de vue, le principe de non réélection des mandataires de telle ou telle fonction, longtemps appliqué, a, dans les faits, organisé une forme de « tour de rôle » au sein des partis et singulièrement de l’appareil du PRI, la fréquence des scrutins faisant de tel candidat tour à tour un élu municipal, puis un député d’Etat, avant d’en faire un député fédéral ou un sénateur en passant par la case Gouverneur.

Les autres priorités du nouveau régime sont claires : lutte contre les mafias, égalité entre hommes et femmes, indépendance économique du pays, effort particulier sur l’éducation, action contre les discriminations.

Un programme dont la mise en œuvre appelle sans doute l’attention de bien des opinions publiques en Centre Amérique et Amérique du Sud.

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