NOUVELLE CALEDONIE : PERSISTANCE DES RUPTURES

Le mouvement de Philippe Gomes, plutôt bien intentionné à l’endroit du Gouvernement actuel, subit une sensible érosion, passant dans la province Sud de 36,4 à 18,5 % et de 16 à 7 sièges.

Le parti cède également sa représentation dans la province Nord, où il avait obtenu deux élus au Congrès derrière le Sénateur Gérard Poadja et un troisième pour l’Assemblée provinciale.

L’échec de la liste est assez cinglant (elle ne recueille que 7,8 % sur la province), notamment dans la commune de Koné, d’où Gérard Poadja est originaire, puisque, sur 2 851 suffrages exprimés, les deux principales listes indépendantistes (UNI et FLNKS) obtiennent respectivement 917 et 988 voix.

Pour 348 votes en faveur de la liste de Gérard Poadja.

Sur l’ensemble de la province, il manque au total …20 voix à la liste pour participer à la distribution des sièges.

  Le mouvement au sein du vote légitimiste profite de fait à la liste « L’Avenir en confiance », tirée par Sonia Backès dans la province Sud et qui regroupe de fait l’ensemble des forces issues de l’ancien Rassemblement Pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Lafleur père et fils.

Cette liste s’était présentée sous les couleurs de l’Avenir ensemble précédemment.

Divisés en 2014, lors du précédent scrutin, les anciens du RPCR ont fait cause commune cette fois dans le Nord et le Sud, arrachant deux sièges au Congrès dans le Nord (en général grâce au vote des bureaux de vote centraux) et obtenant 40,6 % dans la province Sud, ce qui leur a donné droit à 20 des 40 sièges de l’Assemblée provinciale, et 16 des 32 mandats au Congrès.

Cette situation leur donne une majorité un peu particulière dans un Congrès où les élus « caldoches » devraient pouvoir compter sur le renfort des élus de l’Eveil océanien, parti tendant à rassembler les « immigrés du Pacifique » que sont les Wallisiens, Futuniens et autres Polynésiens vivant en Nouvelle Calédonie.

Le mouvement obtient juste 655 voix de plus que la barre fatidique de 5 % des inscrits indispensable pour participer à la distribution des sièges.

Mais ses trois élus au Congrès (plus un quatrième pour l’Assemblée provinciale) « font la bascule » en faveur des légitimistes.

A noter que le dernier élu de la liste de droite est à 1 800 votes, le dernier élu de Calédonie ensemble à 1 874 suffrages, le troisième élu de l’Eveil à 2 025 voix et le dernier élu du FLNKS à 1 878 votes.

Moins d’un millier de voix sur la province auraient pu permettre au FLNKS de compter un élu de plus…

Le fait que l’un des principaux enseignements de l’élection est de n’avoir pu voir le mouvement indépendantiste reprendre, à la faveur du mode de répartition des membres du Congrès (qui « surcote » relativement les régions Nord et Loyauté), la majorité de l’instance dirigeant le territoire.

Les différentes « chapelles » indépendantistes disposent désormais de 26 sièges au Congrès (les 7 des Îles Loyauté, 13 dans le Nord et 6 au Sud) contre 28 aux courants légitimistes (16 issus de la liste Backès, 7 de Calédonie ensemble, 2 de l’Alliance pour le Nord et 3 de l’Eveil océanien) et, si l’on regarde les Assemblées provinciales, de 40 élus contre 36 aux partis légitimistes.

Lors du referendum de novembre dernier, le OUI à l’indépendance avait marqué des points, obtenant notamment plus de 23 000 suffrages dans la région Sud.

A l’occasion de ces élections provinciales, la liste du FLNKS n’obtient dans la province Sud que 11 269 votes, les deux autres listes de même obédience ne recueillant qu’un peu plus de 2 500 voix.

C’est là une situation sans doute regrettable, même si le courant légitimiste laisse aussi pas mal de suffrages dans la nature entre les deux votes.

On avait en effet enregistré 68 221 NON au Sud pour 28 802 voix en faveur de la liste Backès et 13 122 pour Calédonie ensemble.

Si l’on regarde la situation commune par commune, les ruptures habituelles de la vie politique locale se retrouvent.

Dans les Îles Loyauté (qui sont pourtant la région d’origine de personnalités politiques locales comme Dick Ukeiwé ou Simon Loueckhote), les deux listes indépendantistes se sont « disputé » la primeur des suffrages.

La liste du FLNKS obtient ainsi la majorité absolue des votes dans 16 des 26 bureaux de Lifou, les travaillistes dans un bureau, le PALIKA dans l’un.

La situation est moins claire sur l’île de Maré ;

Sur 4 753 exprimés, le FLNKS obtient 889 voix (18,7 %), concurrencé par les travaillistes (662 voix), mais aussi par le PALIKA (1 004 voix) et la liste Dynamique autochtone, portée par la Libération Kanake Socialiste (LKS), le parti fondé par Nidoish Naisseline, l’un des chefs coutumiers de l’île.

Cette liste obtient 1 349 voix sur l’île (28,4 %) et notamment 63,7 % des votes dans le bureau de Nece, fief d’origine des Naisseline.

Enfin, dans l’île d’Ouvéa, tristement célèbre pour l’affaire de la grotte en 1988, le FLNKS obtient 883 voix (32,6 %), suivi de près par le PALIKA avec 849 voix (31,4 %).

Dans la province Nord, les positions indépendantistes, déjà nettement affirmées lors du referendum sur l’autodétermination (seules les communes de Koumac et Pouembout avaient voté pour le NON. La première a pour maire Wilfrid Weiss, membre de l’Avenir ensemble et la seconde Robert Courtot, qui a rejoint le courant indépendantiste), se sont clairement exprimées une fois de plus.

Le FLNKS est en tête dans l’archipel des Belep (plus de 48 %), obtient la majorité absolue à Canala, Hienghene (56,4 %, avec une pointe à 95 % dans la tribu de Tiendanite, celle de Jean Marie Tjibaou), se place premier à Houaïlou (40,4 % pour 37,4 % pour l’UNI) ; à Kaala Gomen ( 45,4 %), Koné (988 voix contre 916 à l’UNI et 576 à la liste de droite), Kouaoua (274 voix contre 204 votes UNI et 199 pour Agissons pour le Nord, la liste de droite), Ouégoa (451 voix contre 408 pour l’UNI. Dans cette commune, la liste de droite ne recueille que 11 voix dans les bureaux de « brousse »).

Le FLNKS l’emporte également à Pouembout avec 300 voix, contre 288 pour Agissons pour le Nord et 222 voix pour l’UNI.

Il est premier à Poum, ralliant 375 suffrages, contre 338 pour l’UNI, comme à Pouébo avec 557 voix sur 1 261.

Il prend la première place à La Poya Nord (commune partagée entre les deux provinces Nord et Sud) avec 573 voix, notamment par le vote du bureau de Gohapin, appartenant à une aire coutumière différente de celle du reste de la commune.
La commune est gérée par une maire caldoche, membre de Calédonie ensemble.

L’UNI, pour sa part, parvient en tête à Poindimié, avec 1 586 voix (59,1 %), la commune étant la terre d’élection du chef de file de la liste, Paul Neaoutyine ; à Ponérihouen (70,9 %), commune dont le maire est pourtant UC – FLNKS ; à Touho (59,5 %) et Voh (51,4 %).

Ces nettes majorités en faveur de l’UNI lui permettent d’ailleurs de s’inscrire en tête dans la province devant le FLNKS.

La droite ne conserve que la commune de Koumac.

Et encore…

Sur 1 595 voix, Agissons pour le Nord en obtient 633, tandis que l’UNI se situe à 270 voix et le FLNKS à 293 voix.

La liste centriste de Gérard Poadja sauve l’honneur dans cette commune avec 341 suffrages.

Exception dans une province où elle s’est retrouvée hors jeu, comme nous l’avons dit.

En ne recueillant, par exemple, que 17 voix à Hienghene ou 44 à Canala.

Les listes légitimistes doivent leurs scores aux centres urbains de chaque commune.

Ainsi, à Voh, le bureau de la mairie donne 247 voix à la liste de droite et la liste de centre droit, contre 97 voix dans les quatre autres bureaux de la commune.

Dans la province Sud, dominée par Nouméa et son agglomération, les indépendantistes ont pu être un peu déçus du résultat obtenu mais…

Lors du referendum de novembre, Sarramea, Thio, Yaté et l’île des Pins avaient voté en faveur de l’indépendance.

Thio et Yaté, faut il le rappeler, prolongent l’axe de la province Nord et ont toujours constitué des fiefs indépendantistes.

Pour ce scrutin, le FLNKS l’a emporté nettement à Sarraméa (64 % des voix) et a confirmé sa prédominance dans l’île des Pins en y recueillant 57,1 % des suffrages.

Pour Thio, ville marquée par le tragique destin d’Eloi Machoro, le mouvement indépendantiste rassemble 69,2 % des voix et il réalise un score de 83,3 % dans la commune de Yaté.

Un pourcentage proche de celui du OUI à l’autodétermination dans cette localité.

Dans la petite commune de Moindou (municipalité centriste mais un temps détenue par les indépendantistes), le FLNKS arrive en tête avec 34,7 % des voix, devant l’Avenir en confiance (24,3 %) qui devance… d’une voix la liste Calédonie ensemble.

Pour le reste, notons les tendances de chaque localité.

L’Avenir en confiance, liste issue de l’ex RPCR, est en tête à Boulouparis avec 835 voix, loin devant le FLNKS, 348 voix et Calédonie ensemble, 293 voix

Le maire de la commune est pourtant issu de ce dernier mouvement.

Dans le même esprit, la municipalité de Bourail, centriste, semble avoir été désavouée par les électeurs.

923 voix ont été vers la liste l’Avenir en confiance, 630 au FLNKS et 554 à la liste Calédonie ensemble.

La partie Sud de la commune de la Poya a accordé une majorité à la liste L’Avenir en confiance avec 70 voix contre 43 pour Calédonie ensemble, qui est pourtant l’étiquette de la maire.

 Le Rassemblement national obtient 11 voix dans cette partie de la commune, réalisant l’un de ses meilleurs scores.

A La Foa (municipalité centriste), Calédonie ensemble reste en tête avec 716 voix , contre 568 pour l’Avenir en confiance et 460 pour le FLNKS.

Calédonie ensemble conserve également la tête dans la petite commune de Farino avec 43 % des votes contre 37,2 % pour l’Avenir en confiance.

Reste l’agglomération de Nouméa, dont trois communes (Païta, Mont Dore et Dumbéa ) ont un maire LR et la quatrième, une députée maire ex Calédonie ensemble devenue macroniste.

 A Païta, l’Avenir en confiance arrive en tête avec 33 % des votes, devançant … l’Eveil Océanien (18,9 %) qui doit sans doute une bonne part de son succès à ce score.

 Le FLNKS, avec 16 %, précède Calédonie ensemble (15,4 %).

Notons que, selon les derniers recensements, la commune compte plus de 20 % de Wallisiens et Futuniens, une communauté presque aussi importante que les Européens et plus nombreuse ici que les Kanaks.

A Dumbéa , nouveau succès pour l’Avenir en confiance avec 37,6 % des votes, contre 19,1 % pour Calédonie ensemble, 14,2 % pour l’Eveil Océanien et 12,2 % pour le FLNKS.

Là encore, la population wallisienne atteint les 20 % des résidents.

Au Mont Dore, l’Avenir en confiance obtient 38,9 %, devançant Calédonie ensemble (17,9 %), le FLNKS (15,9 ) et l’Eveil (11,8 %).

 Enfin, reste le cas de Nouméa.

Chacun aura remarqué que les scores de l’Avenir en confiance n’ont que très rarement atteint le pourcentage moyen de la province.

 C’est donc Nouméa qui vote massivement en faveur de l’Avenir en confiance (50,4 %), laissant loin derrière Calédonie ensemble (18,6 %), le FLNKS (9 %) et l’Eveil (5,5 %).

La liste de droite obtient la majorité absolue dans 35 bureaux de vote de la ville.

Et elle est en général en tête avec une majorité relative ailleurs, sauf quelques exceptions dans les quartiers à population kanake.

Ce résultat est évidemment un désaveu cinglant pour Sonia Lagarde, maire REM de Nouméa.

Elue à la tête de la municipalité en 2014 avec 12 431 voix au premier tour et 17 696 voix au second, face à l’UMP, Sonia Lagarde a vu son colistier Philippe Dunoyer devenir député de la 1ere circonscription du territoire (qui regroupe Nouméa, l’île des Pins et les Loyauté dans un ensemble assez incongru) en obtenant notamment 7 020 voix au premier tour et 15 376 au second, devançant Sonia Backès de 3 654 voix sur l’ensemble de la ville.           

En toute logique et compte tenu de l’évolution de Sonia Lagarde, Philippe Dunoyer, classé « divers droite » en juin 2017, a adhéré au groupe des Constructifs, ces élus de droite et du centre qui se sont rapprochés de la République en Marche.

Cette fois ci, l’Avenir en confiance arrive en tête avec 15 589 voix, contre seulement 5 757 pour la liste Calédonie ensemble.

 Cela semble donc aussi un désaveu pour le Gouvernement.

 Le FLNKS est pourvu de 2 794 suffrages à Nouméa, et les deux autres listes indépendantistes de 1 113 voix.

 Un score toutefois supérieur aux 1 415 suffrages des candidats de la mouvance indépendantiste lors des législatives de 2017.

On notera, pour le coup, que la province Sud est « lourdement «  affectée par le vote du chef lieu.

Hors Nouméa, nous avons en effet 40 015 suffrages exprimés.

Pour l’Avenir en confiance, cela donne 13 213 voix (33 %).

Pour Calédonie ensemble, 7 365 voix (18,4 %)

Pour le FLNKS, 8 475 votes (21,2 %)

Pour l’Eveil océanien, 4 377 voix (10,9 %).

Ceci posé, les différenciations politiques, particulièrement sensibles dans la Grande Terre, ne semblent guère avoir été transformées  par le scrutin provincial, ne serait ce le processus de « réalignement » qui s’est produit à droite.

Et, partant, les incertitudes que cela laisse planer sur le devenir du territoire.

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