ESPAGNE : LA FIN DU COMPROMIS GISCARDO BOURBONNIEN ?

Pour la seconde fois cette année, les électeurs espagnols étaient conviés à élire leur Parlement (Congrès des Députés et Sénat), faute d’avoir vu le précédent vote, tenu en avril, dégager une majorité politique pour exercer le pouvoir depuis le palais de la Moncloa.

Provoquée par cette impasse et la volonté du Premier Ministre socialiste, Pedro Sanchez, de vouloir disposer d’une majorité significative, cette journée électorale ne semble pas avoir simplifié la situation, la presse locale pouvant même titrer sur « Le Sudoku se complique ».

A la vérité, le scrutin de ce 10 novembre ne peut être regardé comme une simple péripétie dans un processus passablement épuisant pour des électeurs sans cesse sollicités (quatrième vote depuis 2015…) mais bel et bien, à mon sens, comme une sorte de « point final » d’un temps long historique engagé depuis l’instauration de la « démocratie octroyée », sous les auspices de ce que j’ai appelé dans le titre de cet article du compromis Giscardo Bourbonnien.

Ce qui signifiait, alors, que le retour à la démocratie allait de pair avec l’acceptation de la monarchie, la période franquiste s’étant définie comme une longue Régence en attendant que l’héritier présomptif (Juan Carlos) soit reconnu par toutes les parties de l’aristocratie castillane.

Le premier scrutin organisé dans l’Espagne post franquiste fut dominé par un parti de centre droit, l’UCD, proche du giscardisme français qui connut un destin météorique, disparaissant en effet dès le premier succès du PSOE, parti contrôlé par Felipe Gonzalez, victorieux des élections de 1982.

A l’occasion de ce scrutin, le PSOE obtint en effet plus de 48 % des votes et 202 députés sur 350.

A droite, l’effondrement de l’UCD fit place à la progression de l’influence de l’Alliance Populaire / Parti Démocrate Populaire, alliance animée par l’ancien Ministre franquiste Manuel Fraga Iribarne.

Avec plus de 26 % des voix, la coalition constitua de fait un excellent refuge pour les nostalgiques de la grande époque, d’autant que l’AP obtint 107 sièges au Congrès, pour 10 sortants.

L’UCD, pour sa part, passa de 157 à 11 sièges, dans un effondrement qui me semble rappeler quelque peu celui subi ce dimanche par le parti de la Citoyenneté.

C’est à partir de la coalition de Fraga que le PP s’est constitué, permettant d’ailleurs d’entrée l’identification de ses « fiefs » électoraux, à savoir la Galice, communauté autonome située au Nord du Portugal et au nord Ouest de l’Espagne et la Communauté de Castilla y Leon, jadis Vieille Castille, comprenant les provinces, en général plutôt dépeuplées et rurales, de Leon, Zamora, Soria, Burgos, Palencia, Valladolid, Salamanca, Avila et Segovia.

Ce qui me fait penser que le discours tenu par certains sur la poussée soudaine de l’extrême droite dans le pays est assez discutableC’est ignorer que, tous démocrates qu’ils furent, les partis de droite des années 30 ont versé sans problème dans le soutien à l’insurrection militaire de juillet 36 et que la droite espagnole a donc déjà connu des « réalignements » de ses forces, et que l’expérience de l’UCD, qui fit long feu, a été suivie de celle, plus longue, du Parti Populaire, rassemblant de fait nostalgiques du franquisme et penseurs de droite plus « modernes ».

L’extrême droite post franquiste n’avait pas de place dans le paysage politique espagnol parce qu’elle avait trouvé un domicile confortable au sein du PP, celui ci ayant, à plusieurs reprises et jusqu’à récemment, exercé le pouvoir.

Nier cette réalité est à peu près aussi oublieux de l’Histoire du pays que de ne pas voir le terreau de l’anarcho syndicalisme dans ce qui généré, depuis quelques années, à la fois le mouvement des Indignés puis Unidos Podemos, en tant qu’expression politique d’une partie de la gauche.

Le problème, c’est que le Parti Populaire a serieusement commencé à se confondre dans une gestion pour le moins douteuse des affaires publiques, un nombre croissant de ses responsables et élus se trouvant inquiétés par la justice pour de multiples histoires de corruption, de pots de vin et de trafic d’influence, ce qui a mené le Parti à ce qui constitue tout de même son plus mauvais résultat historique, lors du scrutin d’avril 2019.

Rappelons les faits.

En 2016, le PP arrive en tête des élections législatives avec 7,9 millions de votes et un peu plus de 33 % des suffrages, obtenant 137 mandats de député.

Ciudadanos dispose alors de 3,1 millions de suffrages, un peu plus de  13 % des votes et 32 élusA gauche, le PSOE est à 22,7 %, avec 5,4 millions de voix et 85 députés.

Podemos atteint 21 %, avec un peu plus de 5 millions de votes et 71 élus.

En avril 2019, le PSOE reprend la première place avec 7,5 millions de voix environ, 28,7 % et 123 députés.Le PP passe à 4,3 millions de voix, 16,7 % et 66 députés.

Soit la perte de 3,6 millions de suffrages (environ 45 % de l’électorat précédent) et de 71 députés…

Ciudadanos progresse, avec 57 députés, 15,9 % des votes et rien moins que 4,1 millions de voix, soit une progression d’un million de suffrages environ.

L’effondrement du PP fait la fortune du parti d’extrême droite Vox qui recueille plus de 2,4 millions de voix.

On aura noté l’équation.

PP – 3,6 = C’s + 1 et Vox + 2,4.

Il faut se méfier, sachant que les élections et la politique ont plus à voir avec les sciences physiques qu’avec la simple arithmétique et qu’il convient de regarder les évolutions comme plus profondes encore, l’électorat de droite étant plus encore attiré par le vote en faveur de Vox.

Le mouvement peut être illustré, de manière assez emblématique, par les votes de deux Communautés autonomes comme la Galice et Castilla y Leon.

En 2016, la Galice élit 12 PP, 6 PSOE et 5 élus Podemos avec un rapport de forces ainsi défini.

644 000 voix pour le PP, 134 000 pour Ciudadanos et …1 000 pour Vox.

345 000 voix PSOE et ,,,344 000 pour Podemos et ses alliés locaux.

En avril 2019, la Galice élit 10 députés PSOE, 9 PP, 2 Podemos et 2 Ciudadanos.

525 000 voix pour le PSOE, 255 000 pour Podemos et environ 94 000 par le Bloc nacional Galicien, parti régionaliste de gauche, issu de l’ancien parti de Casares Quiroga, homme politique local dans les années 30 qui était le père de la grande actrice Maria Casarès.

A droite, la distribution change.Le PP tombe à 448 000 voix, tandis que C’s obtient 183 000 suffrages (un plus d’un peu moins de 50 000 votes) et que Vox atteint 86 000 suffrages.

On aura noté que la perte d’influence du PP (près de 200 000 votes) fut supérieure à la progression cumulée de Vox et de Ciudadanos.

Pour le scrutin de dimanche, la Galice a élu majoritairement des députés de gauche (tout fout le camp) puisque le PP a obtenu 10 députés, face aux 10 du PSOE, complétés par 2 sièges pour Podemos (dans les provinces de La Corogne et Pontevedra) et celui du BNG.

Le PP réunit 470 000 voix, soit un peu plus de 25 000 de plus, tandis que Vox, avec 115 000 suffrages, n’obtient aucun député et que C’s s’effondre à 63 500 suffrages environ.

A gauche, le PSOE se situe à 460 000 voix quand Podemos obtient 186 000 voix environ et le BNG 120 000.

Notons ici que la ville natale de Franco a voté à gauche à plus de 56 %, tandis que la droite galicienne n’a du réellement sa position qu’au vote des provinces de Lugo et Ourense, plus rurales que les deux provinces de Vigo et A Coruna, dominées par les deux villes concernées.En Castilla y Leon, le faible peuplement de bien des provinces favorise une forme de bipartisme, le plus souvent favorable au PP depuis 1977.

En 2016, Rajoy et le PP étaient largement en tête, avec 670 000 suffrages, et rien moins que 18 députés sur l’ensemble des neuf provinces de la Communauté.Le PSOE devait se contenter de 334 000 voix pour ses neuf députés, Podemos de de 224 000 pour deux sièges et C’s de 204 000 pour son unique siège.

Vox, alors, est à 2 700 voix…

En avril dernier, dans ce qui fut le noyau originel de la monarchie espagnole, le PP est tombé à 395 000 voix, perdant ainsi près de la moitié de ses voix antérieures, et ne retrouve plus que 10 députés.

Le PSOE est passé en tête avec 451 000 voix, ce qui lui a permis de décrocher 12 sièges.

C’s s’est installé dans le paysage castillo – léonais, avec 286 000 voix et 8 élus, tandis que Vox est passé à 186 000 suffrages, obtenant ainsi un élu.

Notons cependant pour Ciudadanos que le parti devait à 3 000 électeurs de la province d’Avila, 200 de celle de Palencia et 1 500 de celle de Zamora d’obtenir trois élus…Enfin, Podemos s’est trouvé privé de représentation parlementaire avec plus de 157 000 voix et environ 10,4 % des votes.Ce dimanche, le PP a retrouvé une partie de ses forces avec 436 500 votes, soit une quarantaine de milliers de votes bien loin de l’hémorragie constatée en avril.Vox a continué sa progression avec environ 230 000 votes, ce qui donne six sièges au parti d’Abascal.

Ciudadanos s’effondre avec 104 000 voix et perd la totalité de sa représentation parlementaire.La progression de Vox (56 000 votes environ) et celle du PP (40 000) est donc, là encore, inférieure à la chute de C’s (182 000).

Dans ce contexte, ce qui constituait les limites de la démocratie octroyée me semble de plus en plus évident.Le caractère pour le moins divers de la réalité espagnole, notamment de par certaines identités régionales fortes ( Catalogne, Pays Basque, singulièrement) se heurte à de banales réalités démographiques qui font que les partis régionaux sont déterminants pour former les majorités.

Quand on y rajoute les légers problèmes issus d’une construction européenne qui a, globalement, renforcé les inégalités de développement d’un pays rétif au centralisme et creusé les différences sociales…

Autant dire qu’un Gouvernement en Espagne n’aurait de sens que constitué par les partis de gauche de dimension nationale, agrégeant à leur projet politique les partis basques, catalans, galiciens, aragonais ou autres refusant le retour du PP et, a fortiori, l’intégration de Vox dans quelque combinaison possible.

Ce qui implique, entre autres, que le PSOE est contraint d’envisager le dialogue avec les partis catalanistes (Gauche Républicaine de Catalogne,   Junts per Catalunya, Candidatura d’Unitat Popular) en contentieux avec un pouvoir central qui a, fait exceptionnel dans l’Europe d’aujourd’hui, condamné pour sédition les organisateurs du referendum d’indépendance du 1er novembre 2017.

Il doit d’autant plus le faire que ces partis ont obtenu 23 des 48 sièges  partagés entre les quatre provinces catalanes ce dimanche.

On notera aussi que les partis opposés à l’indépendance ont obtenu 18  sièges (12 PSOE, 2 C’s, 2 PP et 2 Vox).En termes de voix, les partis catalanistes ont recueilli plus de 1 640 000 voix, contre 1 535 000 aux partis opposés à l’indépendance.Au milieu, si l’on peut dire, restent les 588 000 votes de la gauche radicale (En Comu et MAS PAIS), partisans du dialogue constructif.

Notons aussi ici que, de manière générale, ce sont les villes ouvrières de la banlieue de Barcelone qui ont évité à Vox comme à Ciudadanos de se retrouver sans député en Catalogne.

La Generalitat a d’ailleurs plutôt beaucoup voté (deux points de plus que la moyenne nationale) et c’est donc le vote de la province de Barcelone  qui sauve les formations de centre droit.Qu’on y songe, C’s obtient deux élus avec 5,6 % des voix sur l’ensemble de la Catalogne quand Podemos n’en obtient aucun avec 9,3 % en Castilla y Leon, comme avec 9,1 % en Castilla La Mancha.

Merveilles de la démocratie octroyée et de son mode d’élection des membres du Parlement…

Pour le reste, le dialogue entre la Moncloa et la Plaça Sant Jaume est nécessaire pour sortir des impasses du giscardo – bourbonnisme.

 

 

 

ELECTIONS EN EUROPE : AGITER L’EPOUVANTAIL PLUTOT QUE LES IDEES

A la vérité, dans des démocraties modernes comme celles de la plupart des pays développés, le fait électoral est un phénomène si récurrent qu’il est loisible de prendre un temps soit peu de recul pour analyser certaines tendances dominantes dans l’opinion publique.

Il est de notoriété que les moyens d’information, dans un pays comme le nôtre, brodent depuis une bonne trentaine d’années sur la thématique de la »montée de l’extrême droite » et, partant, des comportements intolérants, pour ne pas dire de la radicalisation des idées, une radicalisation ayant, de mon point de vue, ses origines à la fois dans la mémoire historique telle que construite par et pour certains, mais aussi dans des évolutions sociologiques et démographiques.

 Des évolutions qui, peu à peu, conduisent à faire de l’Europe le continent le plus vieux de la planète, avec des populations en déclin démographique plus ou moins prononcé dans nombre de pays.

Bien entendu, pour se rassurer en quelque sorte d’avoir déjà vu deux fois un candidat d’extrême droite participer au second tour de l’élection présidentielle et  le Rassemblement National arriver en tête des scrutins européens, nos journalistes font la chasse au vote d’extrême droite hors de nos frontières.

L’Italie, l’Allemagne, la Suisse, entre autres, sans parler des pays de l’Est, constituent d’intéressants sujets d’étude et de controverse, de ce point de vue.

Cet automne, les Suisses ont voté pour renouveler leur Parlement et l’Allemagne a vu se dérouler une ultime élection régionale pour l’année, dans le Land de Thuringe, région de l’Est du pays où ont vécu nombre des personnalités les plus marquantes du pays.

Qu’il s’agisse de Bach, Goethe, Hegel, Marx, Brahms ou encore Luther ou les architectes du Bauhaus, tous ont à voir avec la Thuringe et ses villes (Jena, Eisenach, Meiningen, Weimar entre autres).

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais les différentes télévisions françaises, généralistes comme d’information, ont fort peu parlé du scrutin suisse.

Il faut dire que les élections au Conseil national suisse, comme au Conseil des Etats, sont en quelque sorte marquées par une forme de permanence puisque, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un accord politique de gouvernement réunit le Parti socialiste suisse (PSS), le Parti Libéral Radical (PLR), le Parti Démocrate Chrétien (PDC) et l’Union Démocratique du Centre ‘(UDC) qui se répartissent les sept mandats du Conseil fédéral, sorte de Présidence collégiale de la Confédération.

PSS, PLR et UDC ont deux représentants au Conseil et le PDC un seul.

Comme chacun sait, l’UDC, malgré son nom, s’avère le parti le plus à droite d’un échiquier politique suisse fondé sur une sorte de stabilité.

Le scrutin de cette année a, ceci dit, bousculé quelque peu les habitudes.

En effet, l’électorat suisse, malgré une nouvelle progression de l’abstention (une abstention trouvant sans doute son explication dans le recours fréquent aux urnes pratiqué dans le pays et à l’absence a priori d’alternative politique), s’est manifesté en faveur de partis situés hors du champ des partis de gouvernement.

La progression la plus sensible a ainsi affecté le vote en faveur des Verts suisses.

Ainsi, le parti écologiste a obtenu 24,6 % des votes dans le canton de Genève, en hausse de plus de treize points, et s’est positionné première force politique dans une République penchant à gauche (PSS 14,7 %, Parti suisse du travail 7,4 %).

Même tendance dans les deux cantons romands de Vaud (Verts 19,7 %, PSS 20,4 %, PST 4,1 %) où l’UDC passe de la deuxième à la quatrième position sur l’échiquier politique local ; et de Neuchâtel (Verts 20,8 %, PSS 16,6 %, PST/Solidarité 14,1 %).

Dans le canton de Bâle Ville, les Verts se placent en deuxième position derrière le PSS (17,7 % contre 32,7 %).

Dans celui de Zurich, si l’UDC y reste première force politique (26,7 %, – 4 % sur le scrutin de 2015), le PSS y parvient en seconde position (17,3 %) et les Verts troisièmes (14,1 %).

Même situation dans le canton de Berne, avec une UDC suivie du PS et des Verts.

La progression des écologistes est sensible, atteignant finalement 17 sièges au niveau national (sur 200 mandats au total).

Les écologistes disposent désormais de 28 élus, leur total le plus élevé depuis l’installation du parti dans le paysage politique helvétique et leur performance est doublée du score des « Verts libéraux », écologistes de centre droit passés de 7  à 16 élus dans le nouveau Conseil national.

Les Verts devancent d’ailleurs désormais le parti démocrate – chrétien au niveau national, ce qui pose la question de la place de ce parti au sein du collège exécutif.

Si l’on appréhende d’ailleurs l’influence des partis associés dans cet ensemble, on se retrouve avec 146 élus, là où l’on en comptait 168 en 2015…

Un résultat du au recul de l’UDC qui a perdu 12 députés, 3,8 % et 120 611 suffrages.

Au silence radio qui a fait suite au scrutin suisse, est venu le bruit fait autour de la »nouvelle poussée » de l’extrême droite (Alternative für Deutschland) dans le Land de Thuringe.

Une nouvelle poussée qui met l’AfD en deuxième position, devant la CDU d’Angela Merkel, sur l’ensemble du Land et lui assure d’ailleurs 11 sièges de député provincial (essentiellement dans les parties les plus rurales de la Thuringe), les candidats du parti ayant obtenu le plus de « premières voix ».

Mais la vérité commande de dire que c’est le parti de gauche Die Linke, constitué à partir de 1990 par les communistes est allemands attachés au renouvellement de leur parti et par des syndicalistes et militants de l’Ouest en désaccord avec le SPD, qui parvient en tête de l’élection avec 31 % des voix, là où l’AfD se situe à 23,4 %.

On relèvera ici que, lors du scrutin européen de juin dernier, le parti d’extrême droite se situait à 22 % et Die Linke à 13,8 %.

Pour l’heure, la série des élections régionales allemandes de 2019, si elle confirme l’implantation de l’AfD sur l’ensemble du territoire de la République fédérale, est marquée par plusieurs faits essentiels.

Un, il y a, dans la plupart des scrutins, hausse de la participation dans chaque Land concerné.

Douze points de plus par exemple ce dimanche après une hausse de dix sept points en Saxe début septembre, et de près de quatorze points dans le Brandenburg et dans la ville libre hanséatique de Brême.

Deux, les partis associés au Gouvernement (CDU et SPD) subissent un recul de leur influence.

Dans le Brandenburg, le SPD a perdu cinq sièges et la CDU 6 ; le SPD a perdu sept élus sur Brême ; la CDU quatorze élus en Saxe et le SPD huit sur dix huit et la Thuringe n’est pas en reste avec une perte de quatre des douze sièges du SPD (qui ne remporte qu’un mandat direct sur Gotha) et de treize des trente quatre élus sortants de la CDU.

Sur les quatre Länder, même si le nombre des élus n’a pas grand-chose à voir avec le poids démographique de chaque région, le SPD passe donc de 90 à 66 sièges, la CDU de 134 à 105 et l’AfD de 40 à 88.

Die Linke, fort affaiblie en Saxe et dans le Brandenburg, est en progrès à Brême et en Thuringe où son chef de file, Bodo Ramelow semble en mesure de constituer de nouveau un gouvernement régional, mais minoritaire, en associant SPD et Verts comme précédemment.

Notons d’ailleurs que le Ministre Président de Thuringe présente la particularité d’être né à l’Ouest (en Basse Saxe) et de n’avoir intégré le parti qu’après la disparition de la RDA.

Ceci pour nous permettre une troisième observation, essentielle.

A savoir que l’électorat de l’AfD, gonflé par le vote de ceux qui n’avaient pas pris part à certaines des consultations précédentes, semble avoir défini une base électorale propre, assise sur un vote masculin, relativement jeune et, surtout, issu des milieux populaires et sans grande qualification professionnelle au départ.

Un électorat qui semble donc largement composé des délaissés et des laissés pour compte de l’évolution de l’Allemagne depuis trente ans, et le creusement des inégalités sociales généré par la « triangulation » version Schröder et les plans Hartz…

Quant au déclin du SPD et de la CDU, il semble bien inscrit dans le vieillissement de la population allemande et leur incapacité à parler aux jeunes générations.

Laissons, à ce stade, au journal Ouest France la paternité de son pauvre titre « Succès des extrêmes en Thuringe » qui oublie, un peu vite, que Die Linke gouvernait le Land avec sociaux – démocrates et écologistes tandis que toute participation de l’AfD à une quelconque majorité est de toute manière exclue.

Rappelons juste aux rédacteurs qu’à quelques kilomètres de Weimar, existe un lieu historique, marqué par la peine et la souffrance.

Il fut lieu de promenade et de villégiature pour Goethe, quand il sortait de la cour de Weimar et du palais du grand duc.

Son nom est Buchenwald.

mode de comptabilite

Appartement bourgeois, meublé avec goût.

Il doit être trois heures du matin et la nuit est plutôt fraîche.

Sonnerie de téléphone.

– C’est pour toi, chéri.

– Allo ?

– (voix inaudible au bout du fil)

– Oui, c’est bien moi. Que se passe t il ?

– (voix inaudible toujours)

– Oui, bien entendu, j’arrive tout de suite. Dites au Roi que je suis au Palais dans un petit quart d’heure, le temps d’enfiler un pantalon et de prendre mon manteau.

Les rues sont vides ce soir et le bitume sent la pluie froide tombée toute la journée.

Seuls les rails de tramway brillent plus que les feux tricolores, tous  passés à l’orange.

Au loin, on entend une voiture reprendre de la vitesse mais la ville est calme, très calme.

Peut être trop.

Le bureau du Roi est comme une ruche bourdonnante.

Tous les ministres sont là et l’on a même invité les chefs de parti, même ceux du Parti du Travail, qui ont pourtant marqué leur opposition aux plus récentes mesures.

Des mesures qu’il a bien fallu prendre, devant la gravité de la situation et la multiplication des faits.

Au début, ce n’était pas un problème.

Ceux qui venaient chez nous avaient, pour certains, des aïeux dans le pays et, pour l’essentiel, pour y faire des études ou dissimuler leur argent.

Trop bons, nous n’avions en effet pas mis en place de numerus clausus (on appelle aussi cela un quota) pour les études de médecine, de pharmacie ou de kinésithérapie.

Cela nous amusait un brin de penser que tous les vieux croulants du continent (et Dieu sait qu’il y en a) voyaient leurs rhumatismes massés par ceux passés dans nos écoles.

Nous n’avions pas mis plus de limites à l’arrivée de quelques fortunes, fuyant l’impôt sur la fortune de leur pays pour goûter à nos hivers humides et froids, à notre soleil timide et aux longues plages de sable battues par les vents de notre côte.

Le romantisme avait son prix, celui de l’exemption fiscale…

Et puis les choses s’étaient gâtées.

D’autant plus étonnant que, pour d’autres origines, nous n’avions pas autant de difficultés.

Nos vieux Italiens finissaient tranquillement de mourir de silicose dans leurs villages miniers, nos Marocains de tenir leurs épiceries et de fournir régulièrement un ou deux footballeurs de qualité à l’équipe nationale et même nos Congolais, malgré le lourd contentieux né de l’époque de la « colonie personnelle » du Roi, se tenaient à carreau, accomplissant pratiquement toutes les besognes les plus salissantes et les moins glorieuses.

Combien de nos anciens étaient ainsi soignés, dorlotés, bordés, accompagnés par de jeunes femmes congolaises au dévouement remarquable ?

D’ailleurs, congolaise, rwandaise ou burundaise, l’employée de maison fournissait la même qualité de service, y associant souvent le secours d’une religion fiévreusement partagée…

Décidément, donc, il n’y avait que les Français.

De loin, comme le confirmait encore le Ministre fédéral de l’Intérieur, ce sont les Français qui, de Gand à Luxembourg en passant par Anvers et Charleroi, posaient le plus de problèmes pour l’ordre public.

Le quota annuel était pourtant fixé assez haut, puisque la démographie française était l’une des plus dynamiques d’Europe et que nous souffrions d’un manque de main d’oeuvre dans beaucoup de secteurs en tension, mais cela ne suffisait pas.

Poussés par la faim et la pauvreté, notamment depuis la mise en œuvre de la réforme des retraites par points et la réduction des allocations chômage et des allocations logement, de nombreux Français, d’origine parfois douteuse, tentaient de forcer les frontières du pays pour y jouir d’un meilleur niveau de vie.

Certains petits malins passaient par Mouscron, où quelques rues sont communes aux deux pays, ou par Comines, pour les mêmes raisons.

Mais d’autres, plus audacieux, tentaient de passer par les Ardennes, jusqu’à traverser la Meuse en plein hiver pour les plus inconscients.

C’était justement par là que le dernier incident s’était produit, causant la mort de trois migrants clandestins, quelques dommages corporels à nos gendarmes en faction dans le secteur et ayant intercepté le camion en transportant une bonne trentaine…

Leur seule chance, faut il le dire, était de ne pas avoir tenté d’entrer par la Flandre, où les milices du Belang et du Blok étaient prêtes à les arrêter à coups redoublés de batte de base ball et de gourdin.

Qu’allions nous savoir faire de tous ces Français ?

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