PIMKIE : UN PLAN SOCIAL COUSU DE FIL BLANC ?

J’entends déjà, dans le cas qui nous préoccupe, certaines des observations pleines de finesse que ne manqueront pas de produire  certains commentateurs experts pour lesquels le fait de vendre des vêtements connectés à la mode à de jeunes femmes âgées de moins de 35 ans (la cible de Pimkie) doit s’apparenter à une sinécure…

On nous dira qu’il existe des garde fous au dispositif de rupture conventionnelle collective, qui s’apparente tout de même à un plan social en version maxi discompte…

Deux garde fous essentiels : un, le volontariat des salarié(e)s eux(elles) mêmes ; deux, l’accord majoritaire des organisations syndicales représentatives dans l’entreprise ou l’unité économique et sociale.

On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi un double verrou peut ainsi être posé à un « nouvel outil » de gestion des ressources humaines…

C’est sans doute que son application ne doit pas être flamboyante, singulièrement si l’on se place du côté du salarié…

Ceci posé, allons au fait.

Au début, il y a environ quarante cinq ans, nous avons une enseigne de vente de vêtements destinés aux très jeunes femmes, âgées de 15 à 25 ans,

Un beau jour, l’activité de Pimkie intéresse l’une des familles les plus industrieuses de la région Nord, à savoir la tribu Mulliez, qui a commencé de construire sa fortune dans la vente par correspondance de laine à tricoter (Phildar…).

Mulliez, pour ce qui est du textile, comme d’ailleurs de la restauration, en connaît un rayon.

Le groupe, pour gagner des parts de marché, procède par lancement de magasins « concept », destinés, selon l’activité, à un segment de clientèle donné.

Ainsi Kiabi s’attaque à la demande en vêtements pour enfants ou à petits prix, quand Pimkie vise le public des adolescentes et jeunes femmes sans enfant, Décathlon les sportifs et Rouge Gorge la demande en lingerie fine ou Jules à l’équivalent masculin de la clientèle de Pimkie…

Et cela marche plus ou moins bien, dans un contexte de faible progression du pouvoir d’achat des couches modestes, populaires comme de la « petite classe moyenne »…

Ceci dit, ce n’est pas la première fois que Pimkie pose des problèmes à Auchan et un précédent plan social avait été mis en œuvre en 2009, suite à une perte opérationnelle constatée en cours d’année…

Plus récemment, en 2016, dans une autre entité du groupe, Grain de Malice (ex Phildar), un plan social a conduit à la suppression de 177 postes sur l’ensemble des magasins du réseau et un certain nombre de fonctions administratives, l’enseigne étant rapprochée de Pimkie pour « alléger les coûts de structure ».

La nouveauté, c’est donc la volonté d’adapter la « voilure » de l’entreprise à la réalité du chiffre d’affaires, en tirant parti des nouvelles dispositions légales en vigueur.

C’est à dire, notamment, la mise en œuvre de la fameuse rupture conventionnelle collective, au coût inférieur, pour l’entreprise, aux actuels plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), autrement dit les plans de licenciements négociés et assortis, entre autres, d’obligations de reclassement.

Où en est on pour Pimkie ?

Selon la direction de l’entreprise (je cite) «

Nous sommes sur un marché difficile, avec des clientes de plus en plus sollicitées par la concurrence traditionnelle, comme sur le web, avec des comportements d’achats qui évoluent, et un budget habillement en baisse constante depuis 5 ans.

Le chiffre d’affaires de Pimkie va baisser de 10 % cette année. L’enseigne ne gagne plus d’argent depuis trois ans. Cela nous oblige à nous interroger sur notre modèle économique.

On ne peut pas éviter d’ajuster la taille de l’entreprise à sa taille réelle sur le marché

(fin de citation)

Ce qui me laisse toujours pensif, dans cette affaire, c’est quand les chefs d’entreprise trouvent surprenant que les politiques de modération salariale qu’ils mènent tout au long de l’année finissent par avoir quelques effets sur les « comportements d’achat ».

Quant à la sollicitation par la vente en ligne, même s’il est évident que le volume de transactions peut avoir tendance à s’accroître sur ce segment, on se souviendra juste que toutes les marques et chaînes comme Pimkie proposent elles mêmes des ventes à distance…

C’est même, selon les documents que j’ai pu lire, le secteur sur lequel la marque a réalisé cette année la plus forte progression de ses ventes…

Il est extrêmement difficile de savoir ce qu’il en est de la réalité des comptes de Pimkie, parce qu’il se trouve que le groupe auquel elle appartient (Auchan) échappe de longue date à la cotation en Bourse et que la forme sociale privilégiée de la famille Mulliez (la société en commandite par actions) est une forme dispensant de la publicité des comptes…

Un économiste, qui fut (ou reste je ne sais) professeur d’économie de l’Université de Nanterre, Benoît Boussemart, mène depuis plusieurs années un authentique « travail de bénédictin » pour démêler l’écheveau du fonctionnement du groupe Mulliez, exercice bien plus complexe que de défaire une pelote de laine Phildar qui se serait emmêlée…

C’est qu’en plus de résider en Belgique, pour échapper à l’impôt de solidarité sur la fortune, les Mulliez ont acquis une solide maîtrise du droit des sociétés néerlandais…

Connaissance utile quand il s’agit notamment, dans cette arrière cour de l’Union Européenne accueillante pour les opérations sur capital, de créer des sociétés holding permettant, au besoin, de mener ici une opération de « leverage buy out », là une opération de remontée de dividendes, ailleurs une revente de titres.

Et surtout de couvrir sans droits d’enregistrement toute opération sur capital…

Et selon Benoit Boussemart (mais je dois avouer que ma petite expérience des arcanes de la finance me laissait supposer de telles turpitudes), ce serait une opération de « remontée de dividendes » déguisée en endettement financier qui serait à la base des difficultés actuelles de Pimkie…

Le schéma est un peu  complexe mais voici, en gros, ce qu’il en est.

Prenons le cas.

Vous avez une société A qui contrôle majoritairement notre chaîne de magasins et détient 60 % des parts sociales.

Elle procède à la revente de ses parts, avec plus value importante, à une société B (qui est une autre entité du groupe).

La société A peut alors se consacrer à sa mission, c’est à dire le versement d’un gros dividende à une société C, également entité du groupe, sur un échelon disons intermédiaire puisqu’elle en est la filiale.

C’est le principe des montages avec « holdings » en cascade, schéma fort développé depuis une trentaine d’années dans nos activités industrielles…

Or, la société C est partie prenante de la première opération, puisque les sociétés A et B sont ses filiales et que c’est elle qui, en augmentant le capital de la société B par souscription d’une dette financière, a permis la prise de contrôle des parts détenues par la société A.

Un endettement financier de la société C que celle ci a, en partie, déjà comblé grâce au versement du dividende de la société A.

Pour le reste, la société C a deux problèmes.

Le premier, c’est de rémunérer le groupe Auchan et notamment ses sociétés de commandite destinées au contrôle des entités du groupe.

Le second, c’est d’imputer le reste de sa dette à ce qu’il y a au dessous d’elle, c’est à dire notamment nos magasins de prêt à porter…

Selon Benoît Boussemart (qu’il en soit ici remercié), l’affaire aurait d’ores et déjà permis de ramener, sous une forme ou une autre, près de 650 millions d’euros vers la tête de groupe à partir de la chaîne dont le « modèle économique est en question » selon l’expression citée plus haut, utilisée par son directeur général en réponse à la presse régionale du Nord Pas de Calais…

Sauf que, dans le cas précis, c’est plutôt le schéma de l’os à moelle dans le pot au feu dont on se délecte jusqu’à la dernière trace de gélatine qui va incarner le modèle économique…

Dans ce cadre, les personnels auront beau s’esbigner à travailler plus, y compris dimanches et jours fériés, cela ne fera pas le compte.

Doit on alors penser que le groupe Mulliez qui, toutes marques confondues, doit se situer en tête du classement français des réseaux de vente de vêtements, cherche à restructurer lui même son offre ?

A faire par exemple la part des choses entre les réseaux « physiques «  de magasins en nom propre ou franchisés (l’un des secteurs profitables du groupe Auchan est le secteur de l’immobilier d’entreprise, qui met en location les « murs » de toute surface commerciale, du Pimkie à l’hypermarché) et le réseau de vente à distance.

Le groupe liquide une partie de son stock, au besoin, auprès de soldeurs ou d’un célèbre site de vente en ligne de vêtements tous publics et tous budgets.

Un projet de développement de la vente à distance n’a pas besoin de grand chose d’autre que d’un centre logistique, suffisamment bien placé sur la carte des modes de transport et d’un pôle Internet pouvant être commun à plusieurs marques…

Dans l’agglomération lilloise, à quelques encâblures de Lille Roubaix et Tourcoing, les conditions sont d’ores et déjà réunies…

 

Pimkie annonce une perte pour 2017 en lieu et place d’un bénéfice pour 2016, une perte qui serait liée à ses tentatives de développement à l’international…

On croit rêver, une fois encore…

La réalité commande de dire que la marque est confrontée, comme nombre d’enseignes de ce genre de groupes, à l’imputation de charges d’exploitation plus ou moins indues (loyers, dépenses de promotion, par exemple) allant jusqu’au rachat du stock par certains franchisés (là, c’est tout bénéfice pour l’enseigne) qui peuvent, au besoin, se doubler de charges financières d’origine interne.

Toutes dépenses qui consomment de la « marge commerciale » et plus encore de la « valeur ajoutée »

Comme nous l’avons vu avec la dette financière qui, descendant des holdings néerlandais, pèse dans les chaussures de la marque.

Ce genre d’affaires et la dégradation des comptes de l’entreprise qui en découle, c’est un peu le schéma du « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », c’est à dire qu’on va utiliser tout ce qui permettra de « charger la benne » pour faire comprendre que la seule solution est celle du départ volontaire…

Alors qu’il suffira de rappeler que les 45 millions d’euros de pertes invoquées par la direction de Pimkie pour justifier de son « plan social au petit pied » ne représentent que 0,17 % de la fortune estimée de la tribu Mulliez, regroupée au sein de l’Association de la Famille…

A vot’ bon cœur, M’sieurs dames !

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