CEST BLACKROCK QUI LE DIT

03.01.20
L’enquête Global Investor Pulse 20171 de BlackRock montre que la question de la croissance et de la préservation du patrimoine jusqu’à la retraite est primordiale pour les épargnants français.

Cette attitude a été confirmée par l’enquête menée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) fin 2018. Le manque de confiance des Français en la pérennité du système de retraite d’après-guerre explique certainement en partie leur taux d’épargne élevé (14%) au regard des autres épargnants européens.

Les réformes successives du système des retraites ces 25 dernières années ont tenté de remédier aux changements démographiques, sans pour autant apaiser les craintes des Français. Les régimes de base et complémentaire ont été essentiellement modifiés paramétriquement en allongeant la période de travail, en augmentant le niveau des cotisations et en désindexant le niveau des pensions. La Commission Delevoye dirige aujourd’hui les travaux sur de nouvelles réformes structurelles visant à mettre en œuvre les promesses électorales de 2017 du Président Macron.

Ces réformes visent à rationaliser l’ensemble actuel des régimes sous la devise « 1 euro cotisé donne lieu aux mêmes droits pour tous».

En ce qui concerne le troisième pilier, des réformes ont également été mises en place au cours des 15 dernières années, à commencer par la création dès 2003, des régimes d’épargne collectifs (PERCO) et individuels (PERP), favorisant la constitution d’une épargne individuelle pouvant être utilisée pour augmenter les revenus pendant la retraite.

Fin 2017, seuls 130 milliards d’euros avaient été collectés dans ces produits, ce qui est décevant par rapport à l’épargne déposée en liquidités (1.500 milliards d’euros), les produits d’assurance-vie en euros (1.600 milliards d’euros) ou les investissements directs/indirects en actifs non financiers (plus de 7.600 milliards d’euros).

Il en résulte un manque de diversification et de performance financière dans un contexte de taux d’intérêts peu élevés et, comme le gouvernement français l’a souvent souligné, une incapacité de l’épargne domestique à financer l’économie, contrairement à la situation d’un grand nombre de pays dans le monde.

La loi Pacte vise spécifiquement à combler les lacunes structurelles des régimes d’épargne retraite volontaire existants.

Elle permet à l’épargnant :

de bénéficier d’un allègement fiscal pour les cotisations versées en réduisant sa base imposable sur le revenu,

d’accéder à son capital avant la retraite dans certains cas prédéfinis,   d’opter librement pour une sortie en rente ou un retrait du capital ou une combinaison de ceux-ci lors du départ en retraite,

de transférer son patrimoine à une entité plus concurrentielle sans frais de transfert après 5 ans,

et de bénéficier automatiquement de solutions d’investissement efficaces comme la gestion pilotée pendant toute la phase d’accumulation. (fin de citation)

Cela, c’était avant que Jean François Cirelli, haut fonctionnaire et ancien directeur de cabinet adjoint de Jean Pierre Raffarin (vous vous souvenez de la France d’en bas, n’est ce pas?), ne soit décoré comme officier de la Légion d’Honneur, pour services rendus à la France.

Il est vrai qu’outre avoir prêté la main à la réforme des retraites de Fillon, Cirelli travailla à la fusion entre Gaz de France, entreprise publique, et Suez Lyonnaise des Eaux, entreprise publique, fusion qui conduisit, sans surprise, à la création d’Engie (autant faire disparaître le mot France, pour bien marquer le coup), opérateur énergétique devenu le premier concurrent ….d’Electricité de France, autre entreprise publique ayant d’ailleurs un certain nombre de points communs avec Gaz de France.

Notamment, puisque c’est de saison, une caisse de retraite en grande partie commune…

Pour avoir ainsi privé l’Etat des dividendes de Gaz de France, un certain nombre de Français du raccordement au réseau public de distribution et des avantages du tarif réglementé (aujourd’hui quasi disparu sans que les prix de l’énergie concernée aient été orientés à la baisse), et nous avoir donc offert crédit d’impôt pour les actionnaires d’Engie et hausse des prix du gaz (50 % du mètre cube depuis la privatisation), Jean François Cirelli a donc été largement récompensé…

Devenu opérateur des marchés financiers, en dirigeant la filiale française de BlackRock, Cirelli est désormais présenté comme l’une des sources d’inspiration de l’actuelle réforme des retraites.

Le fait est que BlackRock, dont les actifs gérés atteignent 7 000 milliards de dollars (6 300 milliards d’euros), c’est à dire environ trois fois et demi la dette de l’Etat français, a regardé avec le plus grand intérêt la loi PACTE, cette sorte de seconde loi Macron, dont on peut attendre des résultats aussi significatifs que la première.

Comme le montrent la création de lignes de bus concurrentes des trains, dont il ne reste in fine qu’environ trois ou quatre opérateurs au demeurant en situation déficitaire ou encore cette privatisation réussie de l’aéroport de Toulouse Blagnac qui vient de permettre au groupe chinois investisseur de dégager une plus value de 200 millions d’euros en se dégageant de la gestion de la plate forme occitane.

La loi PACTE, c’est l’acharnement thérapeutique pour tenter de convaincre les travailleuses et travailleurs de ce pays de mettre leur épargne dans le grand cirque de la spéculation financière où ils n’auront, de fait, que le droit de regarder ce qui se fera avec leur argent…

Comme on le voit depuis trente cinq ans avec l’assurance vie qui a largement soutenu et l’expansion de la dette publique et le marché immobilier avec les résultats que l’on connaît…

Le grand projet des acteurs des marchés financiers, c’est donc de permettre au grand public de porter pour les détenteurs de capitaux décisionnaires et stratèges les fameux risques industriels…

Le tout pour un rendement qui sera évidemment entamé par les frais de gestion et les mauvais choix d’investissement.

Mais, ne l’oublions pas, quand le rendement sera plus élevé, c’est aussi parce que les dividendes auront été plus conséquents.

En clair, que le travail n’aura pas été récompensé par la voie du salaire…Car il ne demeure que trois vecteurs de performance aux placements de l’épargne retraite.

Le premier, ce sont les plus values de cession, donc la spéculation au quotidien.

Le deuxième, c’est la perception de dividendes, donc la rémunération du capital au détriment des salaires, de l’emploi, des investissements productifs ou responsables.

Et le dernier, c’est celle d’intérêts grevant les titres obligataires publics comme privés acquis par le gestionnaire du fonds.

Dans le cas des titres publics, ce qui pèse sur la réalisation d’investissements utiles aux populations et sur toute possibilité de réduction de la pression fiscale.

Une dernière citation pour finir.

Position de BlackRock concernant les dispositifs de retraite en France

Paris,le19 décembre2019

-A la suite de diverses affirmations relayées par les médias et réseaux sociaux, BlackRock souhaite apporter les précisions suivantes:

BlackRock est un gestionnaire d’actifs indépendant,agissant dans le cadre des mandats qui lui sont confiés. Les épargnants et les investisseurs institutionnels nous font confiance pour gérer leurs placements: nous avons le devoir de le fairedans le cadre des objectifs qu’ils nous fixent, et au mieux de leursintérêts.

BlackRock n’est pas un fonds de pension et ne commercialise pas de plan d’épargne-retraite.

Dans ce dernier cas, le rôle des gestionnaires d’actifs, tels que BlackRock, consiste à gérer des produits d’investissement pour le compte des professionnels de l’épargne-retraite.

C’est à ces acteurs que revient le choix des produits à intégrer dans les plans d’épargne-retraite qu’ils proposent aux particuliers et aux entreprises.

Nous nous étonnons des allégations qui circulent à propos de nos positions concernant les dispositifs de retraite en France.

Il existe depuis longtemps des plans d’épargne-retraite, tels que le PERCO et le PERP, qui viennent en supplément des régimes de base et complémentaire, et qui sont financés par des versements volontaires des épargnants.

Dans le cadre de la réforme de ces plans par la Loi PACTE, nous avons, comme beaucoup d’autres professionnels du secteur, exprimé notre point de vue sur ces mesures, notamment par une analyse de cette loi après son vote définitif par le Parlement, accessible à tous sur notre site internet.

Comme il est expressément indiqué dans cette note, notre analyse était adressée à tous les acteurs de la retraite des secteurs publics et privés.

Cette analyse s’appuyait sur notre expertise de gestionnaire d’actifs international implanté en France depuis plus de 13 ans et appelait tous ces acteurs à travailler ensemble pour développer des produits d’épargne retraite supplémentaire viables et efficaces.

Lorsque BlackRock dialogue avec les organismes de réglementation et les pouvoirs publics, c’est dans le but d’expliquer notre point de vue sur l’intérêt des investisseurs à long terme.

Nous publions régulièrement, sur notre site internet, nos analyses sur différents sujets réglementaires et législatifs.

Nous veillons à respecter la réglementation en vigueur en termes d’engagement avec les pouvoirs publics, comme dans l’ensemble de nos activités de gestionnaire d’actifs.

En aucune manière, nous n’avons cherché à exercer une influence sur la réforme du système de retraite par répartition en cours auprès des pouvoirs publics ou de tout autre acteur du secteur.

Le système de retraite par répartition restera le socle de la retraite en France, comme notre analyse de la Loi PACTE le soulignait déjà.

Les incompréhensions sur notre métier qui ont circulé au cours des derniers jours plaident pour que nous poursuivions la pédagogie à propos des activités de gestionnaire d’actifs.

Nous continuerons à promouvoir une épargne responsable, créatrice de valeur sur le long terme pour nos clients et la société dans son ensemble.  (fin de citation)

Ah oui, une petite question, toute bête…

Pourquoi avoir inventé un nouveau plafond de perception des cotisations vieillesse à trois SMIC au lieu de huit ?

J’ose avancer l’hypothèse que BlackRock et d’autres sont fort intéressés par cette clientèle de hauts cadres bien payés, du public, comme du privé, pour assurer la viabilité des produits d’épargne retraite dont ils ont la gestion sous mandat.

Le calcul a été fait que, d’ici 2040, on peut accumuler ainsi au moins 70 Mds d’euros en capitalisation, soit à peu de choses près la moitié des dépôts actuels…

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